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jeudi 1 novembre 2018

Le saturnisme menace des milliers d'enfants en Ile-de-France - le 16.10.2018


16 octobre 2018

Le saturnisme menace des milliers d'enfants en Ile-de-France

La pollution au plomb atteint des niveaux " inacceptables " dans plusieurs sites des Yvelines et du Val-d'Oise, selon Santé publique France

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Santé publique France devait publier lundi 15  octobre les résultats d'une enquête qui ne devrait pas rassurer les familles vivant dansles plaines d'Achères, Carrières-sous-Poissy, Triel-sur-Seine (Yvelines), Méry-sur-Oise et Pierrelaye (Val-d'Oise). Dans un rapport que Le Monde a pu consulter, l'organisme de veille sanitaire détaille pourquoi il est favorable à une " incitation au dépistage du saturnisme  infantile " ainsi qu'à la " mise en œuvre de mesures de réduction des expositions " au plomb. " Il n'est pas possible d'exclure la survenue d'un effet sanitaire en lien avec la présence de plomb dans les sols pour les enfants de 0 à 6  ans du site ", conclut Santé publique France.
Pendant plus d'un siècle, ces trois plaines, qui s'étendent sur 4 620  hectares entre les boucles de la Seine et la forêt de Saint-Germain-en-Laye, ont servi de gigantesque égout à Paris puis à son agglomération. Elles ont fait l'objet d'épandages massifs d'eaux usées brutes (entre 1895 et 1999) puis partiellement traitées jusqu'en  2006.
Les épandages de boues et eaux usées sont à l'origine d'une pollution qui contamine durablement les sols. Plomb mais aussi mercure, arsenic, cadmium, zinc, manganèse ou cuivre : de nombreux métaux lourds se sont accumulés dans des zones au départ réservées aux activités agricoles, qui se sont progressivement urbanisées. Au total, dix-neuf communes ont été concernées par ces pratiques. Elles représentent un bassin de population de plus de 300 000  habitants dont environ 25 000  enfants de moins de 9  ans.
Attention aux potagersSanté publique France s'est focalisée sur les enfants de moins de 6  ans car ils constituent une population à " risque élevé d'intoxication saturnine ". Ils ont en effet tendance à ingérer davantage de plomb – par exemple en portant leurs mains à la bouche lorsqu'ils jouent dehors – et leur système nerveux est plus sensible à ses effets neurotoxiques.
L'étude répond à une saisine de 2013 de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France. Une étude provisoire rendue un peu plus tôt concluait que les risques sanitaires résultant de la pollution par le plomb étaient " inacceptables ".
Des prélèvements ont été effectués sur 54  sites ayant subi les épandages les plus intenses. La campagne de mesures a particulièrement ciblé les établissements accueillant des enfants (crèche, école, collège) ou du public (club de sport, stade) ainsi que les potagers privés ou collectifs. Les concentrations de plomb les plus élevées ont été retrouvées dans des jardins privés (jusqu'à 690  mg/kg dans la plaine d'Achères) et ouvriers (640  mg/kg à Carrières-sous-Poissy). Des points noirs (dépassant 200  mg/kg) ont également été identifiés dans plusieurs écoles.
L'étude montre également que ces résidus sont facilement accessibles aux enfants. La fraction de plomb dite " bioaccessible " – absorbable par l'organisme – est établie à 100  %, soit " une valeur très élevée ", précise le rapport. C'est pourquoi, outre un dépistage du saturnisme, Santé publique France préconise de compléter la présente enquête par une analyse " technico-économique " qui devra permettre de prendre des mesures spécifiques pour réduire l'exposition au plomb.
L'organisme rappelle déjà quelques recommandations d'hygiène générale : " lavage de mains fréquent, particulièrement avant les repas, et coupage des ongles court " pour éviter aux enfants d'ingérer du plomb au contact de la terre. Santé publique France préconise aussi de limiter la consommation des fruits et légumes des jardins.
Dans un rapport de juillet  2014, le Haut Conseil de santé publique (HCSP) a émis de nouvelles recommandations, basées sur une plombémie critique abaissée à 12  microgrammes par litre de sang, pour protéger les jeunes enfants des effets neurotoxiques du plomb. Cette valeur " critique " correspond à la perte d'un point de quotient intellectuel. Les connaissances scientifiques ont mis en évidence de nombreux effets néfastes d'une exposition chronique au plomb : retards de croissance ou pubertaires, troubles du comportement ou encore réduction de l'acuité auditive.
Stéphane Mandard
© Le Monde

Inondations : six morts dans l'Aude - le 16.10.2018


16 octobre 2018

Inondations : six morts dans l'Aude

Des pluies diluviennes ont provoqué une crue, sans précédent depuis 1891

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Au moins six personnes sont mortes dans l'Aude depuis dimanche 14  octobre, alors que le sud de la France est frappé par des pluies diluviennes et des crues exceptionnelles. Ce département a été placé en vigilance rouge au cours de la nuit de dimanche à lundi. Dès le lendemain matin, les départements de l'Aveyron, de la Haute-Garonne, de l'Hérault, des Pyrénées-Orientales, du Tarn et du Tarn-et-Garonne ont à leur tour été placés en alerte orange ou rouge pour les crues. Le premier ministre Edouard Philippe est attendu sur place lundi 15  octobre dans l'après-midi.
La vallée de l'Aude connaît une crue historique, sans précédent depuis 1891 selon Vigicrues. Dans ce département, il est tombé plus de 180 millimètres de pluie dans la nuit de dimanche à lundi, et il était prévu que le cumul des précipitations atteigne 300 millimètres avant la fin de la matinée de lundi, soit l'équivalent de trois mois de précipitations. Au lever du jour, les habitants ont pu voir des rues transformées en torrent. Des ponts, pourtant situés à cinq mètres au-dessus de l'Aude d'ordinaire, se sont retrouvés sous l'eau.
Les trombes d'eau ont fait au moins six victimes dont une femme – " une sœur  emportée par l'eau à Villardonnel " – et quatre autres personnes à Villegailhenc, a précisé le préfet du département, Alain Thirion. " Une personne au moins a été emportée dans son sommeil, pour les autres les conditions ne sont pas complètement établies à ce stade ", a-t-il ajouté sur BFM-TV. Par ailleurs, une personne a été blessée dans " l'effondrement d'une maison à Cuxac " et transportée à l'hôpital, a-t-il précisé.
" Remontées d'air chaud "" Ce bilan risque d'évoluer ", a-t-il prévenu, alors que dans les communes les plus touchées, " l'accès des secours est quasiment impossible "" On va envoyer dans un certain nombre de cas des hélicoptères (…), les premiers ont décollé ", a indiqué le préfet.
Selon le ministère de l'intérieur, des renforts sont partis sur place. Il s'agit de sapeurs-pompiers des départements voisins et de militaires de la sécurité civile, ainsi que des " moyens aériens complémentaires ".
Les écoles, collèges et lycées de l'Aude sont fermés. Les transports scolaires sont suspendus à Carcassonne. Plusieurs routes sont coupées et certains accès à l'autoroute A61 sont fermés. Météo France engage les habitants à rester chez eux dans la mesure du possible et rappelle qu'il ne faut " en aucun cas " s'engager à pied ou en voiture sur une voie immergée.
" Cette région est sous l'influence des remontées d'air chaud et humide dans un flux de sud avec des températures très élevées. En outre la Méditerranée, également très chaude, est un facteur aggravant. On pense sortir de l'événement mardi soir, mais les précipitations se déplacent vers l'Hérault, les Bouches-du-Rhône et le Var ", indique Météo France.
" Toutes mes condoléances aux familles des trois victimes des inondations ", a tweeté le ministre de la transition écologique, François de Rugy, avant que le bilan des victimes s'aggrave. Il a salué la " mobilisation des services de l'Etat, du département et des communes "" Respectons les consignes de sécurité ", a-t-il ajouté.
Patricia Jolly et Martine Valo
© Le Monde

Affaire Khashoggi : l'Arabie saoudite sur la défensive - le 16.10.2018


16 octobre 2018

Affaire Khashoggi : l'Arabie saoudite sur la défensive

Les capitales occidentales menacent Riyad, accusé d'avoir fait tuer un journaliste en Turquie, de sanctions

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LE CONTEXTE
Défiance
Le roi Salman d'Arabie saoudite a réaffirmé la " solidité " des relations bilatérales avec la Turquie, lors d'un entretien téléphonique, dimanche 14 octobre, avec le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré le ministère saoudien des affaires étrangères, à Riyad. Cet appel survient en pleine polémique sur le sort du journaliste Jamal Khashoggi, disparu depuis son entrée, le 2 octobre, dans le consulat saoudien à Istanbul. Il a pour but de calmer le jeu entre Ankara et Riyad, bien que M. Erdogan se soit gardé, à ce stade, de mettre en cause ouvertement la pétromonarchie. Les médias turcs accusent les dirigeants saoudiens d'avoir commandité l'assassinat du journaliste, dans les locaux mêmes du consulat. Mais ceux-ci nient toute responsabilité dans l'affaire.
Le mystère Khashoggi n'est désormais plus seulement une affaire bilatérale turco-saoudienne. Durant le week-end, la Maison Blanche et les principales capitales européennes ont durci le ton à l'égard de Riyad, qui a riposté en agitant la menace de représailles économiques. Un accès de tension très rare entre le royaume et ses alliés occidentaux.
L'Arabie saoudite est accusée par les autorités d'Ankara d'avoir assassiné Jamal Khashoggi, un journaliste saoudien de renom, qui a disparu après avoir pénétré dans le consulat de son pays, à Istanbul, le 2  octobre. Selon les médias turcs, cet éditorialiste de 59  ans, très critique vis-à-vis du prince héritier Mohammed Ben Salman, dit " MBS ", a été tué par un commando de quinze personnes, arrivé le même jour de Riyad, qui aurait ensuite démembré son corps pour mieux s'en débarrasser.
Samedi 13  octobre, dans un entretien à la chaîne CBS, qui a été diffusé le lendemain, le président des Etats-Unis, Donald Trump, a menacé l'Arabie saoudite, son partenaire numéro un au Proche-Orient après Israël, d'une " sévère punition " si son implication dans la disparition de M. Khashoggi était établie. " Il y a quelque chose d'horrible et de dégoûtant dans tout ça, a ajouté le chef d'Etat américain. Pour le moment, ils - les Saoudiens - démentent, et ils démentent avec véhémence. Est-ce que cela pourrait être eux ? Oui. "
Jusque-là, l'administration Trump avait commenté avec prudence les accusations turques, en dépit de l'émotion qu'elles suscitent dans la presse américaine et parmi les experts en politique étrangère du Congrès, dont M.  Khashoggi, en exil aux Etats-Unis depuis un an, était un interlocuteur très prisé. " Il est probable que le président a été briefé par ses services de renseignement, qui disposent d'informations propres et en ont peut-être recueilli d'autres auprès de leurs homologues turcs ", suggère Joseph Bahout, analyste à la Fondation Carnegie.
Piratage du circuit audio-vidéoMardi dernier, le Washington Post, auquel M.  Khashoggi contribuait, avait affirmé que les agences d'espionnage américaines ont intercepté des communications entre responsables saoudiens discutant d'un plan destiné à capturer le journaliste. Deux jours plus tard, le même quotidien assurait que le pouvoir turc dispose de documents audio et vidéo prouvant que M.  Khashoggi a bel et bien été liquidé. " On peut entendre sa voix et des voix d'hommes parlant arabe, explique une source, citée par le quotidien américain. On peut entendre comment il a été interrogé, torturé et puis assassiné. "
Selon le quotidien Sabah, très proche de la présidence turque, le dissident saoudien aurait activé la fonction dictaphone de sa montre connectée Apple Watch avant de rentrer dans le consulat. Le fichier audio aurait été transmis à son téléphone portable, resté dans les mains de sa fiancée qui l'attendait à l'extérieur. Les bourreaux de M.  Khashoggi auraient, certes, veillé à effacer le fichier sur la montre de leur victime. Mais les autorités turques seraient malgré tout parvenu à le récupérer sur le service de stockage en ligne d'Apple.
Cette version est jugée peu plausible d'un point de vue technique, la distance entre la montre et le téléphone semblant trop grande pour permettre un transfert de données. De nombreux observateurs estiment que cette fuite vise à éviter aux renseignements turcs d'avoir à reconnaître qu'ils avaient piraté le circuit audio-vidéo du consulat saoudien. " Trump a compris qu'il n'a rien à gagner à se battre contre les faits, estime Joseph Bahout. Et n'oublions pas que les élections de mi-mandat arrivent, et que, parmi l'électorat du président, l'Arabie saoudite n'est pas très populaire. "
Le président est sous la pression du Congrès, y compris de la part des élus républicains, qui évoquent de manière répétée un gel des contrats d'armement. Donald Trump n'a cependant pas paru prêt à renoncer à ceux-ci, samedi, mettant en avant l'emploi américain et la possibilité pour les Saoudiens de se tourner vers d'autres vendeurs.
Dimanche 14  octobre, les ministres des affaires étrangères français, britannique et allemand, qu'on avait entendus sur ce dossier encore moins que Washington, se sont décidés à leur tour à interpeller directement Riyad. " Nous attendons du gouvernement saoudien qu'il fournisse une réponse détaillée et complète ", insiste le communiqué signé parJean-Yves Le  Drian, le Britannique Jeremy Hunt et l'Allemand Heiko Maas.
Vendredi, en marge du sommet de la francophonie à Erevan, le président français, Emmanuel Macron, avait lui aussi musclé son discours sur le sujet. Dans un entretien à la chaîne de télévision France  24, il avait évoqué " des faits graves, très graves ", précisé que, pour la France, " le politique prime sur les intérêts économiques " et que, de toute façon, " l'Arabie saoudite n'est pas un grand client de la France ". Une allusion au chantage aux contrats auquel Riyad recourt pour contraindre ses alliés au -silence, notamment sur la question de la guerre au Yémen.
Dimanche, en réponse à ces pressions inédites, la monarchie – qui prétend que M. Khashoggi est sorti du consulat, mais n'en a fourni aucune preuve – a brandi la menace d'une guerre économique. Un dirigeant anonyme, cité par l'agence de presse officielle, a prévenu que le pays -répondrait à toute sanction le -visant par " des mesures de rétorsion encore plus fortes ".
" La marque “MBS” "Dans un article publié par le site d'Al-Arabiya, le directeur de cette chaîne à capitaux saoudiens, Turki Al-Dakhil, qui est un proche conseiller de " MBS ", a même détaillé la forme que ces représailles pourraient prendre : baril de pétrole " à 100  dollars - 87  euros - , 200  dollars ou même le double de ce chiffre ", arrêt des achats d'armes américaines, suspension de la coopération sécuritaire avec les Etats occidentaux, ouverture d'une base militaire russe dans le nord du royaume et, même, rapprochement avec l'Iran, l'ennemi juré ! " Les Etats-Unis se poignarderaient eux-mêmes ", vitupère Turki Al-Dakhil.
L'ambassade saoudienne à Washington s'est efforcée d'atténuer la portée de ces propos, en affirmant qu'il ne s'agit pas de la position officielle du pays. Mais pour les observateurs de la nouvelle Arabie, celle de Mohammed Ben Salman, l'instigateur de l'intervention saoudienne au Yémen et de la démission forcée du premier ministre libanais Saad Hariri, en novembre  2017, cette virulence n'est pas surprenante. " C'est la marque “MBS”, dit Stéphane Lacroix, professeur à Sciences Po, de l'hubris, du nationalisme décomplexé, aux antipodes de l'Arabie d'avant. "
Benjamin Barthe, et Gilles Paris
© Le Monde

Brexit : la question irlandaise bloque un accord entre Londres et l'UE - le 16.10.2018


16 octobre 2018

Brexit : la question irlandaise bloque un accord entre Londres et l'UE

Les négociateurs sont passés tout près d'un compromis dimanche, mais ont constaté leurs divergences avant le Conseil européen du 17 octobre

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Les " bruxellois ", habitués des négociations difficiles, n'auront probablement pas été outre mesure surpris par l'épisode chaotique de ce week-end. A la veille d'un sommet européen " spécial Brexit " crucial, qui s'ouvre le mercredi 17  octobre, les Vingt-Sept et le gouvernement britannique de Theresa May sont passés tout près d'un accord, ces derniers jours. Raté momentané ou vraie crise ?
Samedi 13  octobre au soir, à en croire des sources proches des discussions, un compromis sur les modalités du divorce entre l'Union européenne et Londres était quasiment trouvé. L'équipe du négociateur pour l'UE à 27, -Michel Barnier, opérait un dernier échange de textes avec les Britanniques. Le lendemain, jusqu'en début d'après-midi, l'atmosphère était encore clairement à l'optimisme.
Les Britanniques annonçaient la venue de Dominic Raab, leur négociateur en chef, pour une réunion inopinée avec M.  Barnier. Vers 17 h 30, le site d'information européenne Politico.eus'empressait d'annoncer un accord… démenti sèchement quelques minutes plus tard, sur Twitter, par de multiples sources diplomatiques et journalistiques.
La réunion des conseillers des dirigeants européens et la conférence de presse de M. Barnier prévues en cas d'accord, dès lundi 15  octobre, ont été annulées. " Il n'y aura pas d'autres négociations avant le sommet européen, mercredi 17  octobre ", ont même prévenu deux sources diplomatiques. Celles-ci n'espèrent pas de nouvelle proposition britannique à temps, afin qu'un accord de divorce puisse enfin être partiellement scellé lors du sommet de mercredi.
Michel Barnier a évité toute dramatisation excessive dimanche soir, tweetant sobrement : " En dépit d'efforts intenses, certaines questions clés restent ouvertes, notamment le filet de sécurité” irlandais, afin d'éviter une frontière dure - entre Irlande du Nord et République d'Irlande - . Les Britanniques constataient également l'échec des discussions, dimanche soir : " Ces derniers jours, les négociateurs britanniques et les Européens ont réalisé de réels progrès sur un certain nombre de sujets-clés. Néanmoins, il reste des questions non résolues liées au filet de sécurité - " backstop " irlandais - ", indiquait un porte-parole du gouvernement. Et d'ajouter : " Les Britanniques sont toujours engagés à faire des progrès pour le sommet d'octobre. "
Pour autant, à en croire le Financial Times, dimanche soir, Theresa May aurait repoussé l'offre européenne, considérant qu'elle n'était " pas envisageable " et qu'elle diviserait trop son gouvernement.
Ces derniers jours, la première ministre conservatrice avait fait d'ultimes concessions sur l'explosive question du statut de l'Irlande du Nord. Afin d'aller vers un Brexit le plus " doux " possible, celle-ci resterait intégrée dans le marché unique européen, le Royaume-Uni ne restant que dans l'union douanière, au moins de façon temporaire. Mais ce mouvement n'est du goût ni des partisans d'une rupture plus nette avec l'UE, ni du parti unioniste nord-irlandais, le DUP, dont les dix députés sont indispensables au gouvernement de Mme  May pour garder la majorité absolue au Parlement. Ce serait une " annexion permanente de l'Irlande du Nord, qui sortirait du Royaume-Uni, et nous laisserait pour toujours soumis à des règles écrites sans que nous ayons notre mot à dire ", a déploré sa dirigeante, Arlene Foster, dans une tribune publiée samedi par le Belfast Telegraph. La formation préfère même prononcer l'échec des négociations.
Préserver les accords de paixC'est cette question qui a donc fait dérailler les discussions ce week-end. En décembre  2017, Michel Barnier avait proposé un " backstop ", une " clause de sauvegarde " pour empêcher le retour de la frontière entre l'Irlande du Nord et la république d'Irlande, quelle que soit la relation future entre le Royaume-Uni et les Vingt-Sept.
Le but est de préserver les accords de paix de 1998, qui mirent fin à trente ans de conflit armé -entre unionistes et nationalistes en Irlande du Nord. Selon ce backstop, l'Irlande du Nord resterait dans le marché intérieur pour les biens. Les contrôles douaniers devenus nécessaires s'effectueraient, non en Irlande, mais entre l'Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni.
Londres considère cette solution comme une violation insupportable de son intégrité territoriale. Pour contourner le problème, Mme  May avait proposé en juillet que l'ensemble du Royaume-Uni reste dans " un arrangement douanier temporaire " avec l'Union. Cette option a été définitivement repoussée par les Vingt-Sept, qui insistent sur un backstopgaranti dans le temps. Michel Barnier tente, depuis quelques semaines, une stratégie de " dédramatisation " : les contrôles sont nécessaires en mer d'Irlande, mais ils pourraient être minimaux.
Mais côté britannique, on cherche à obtenir des garanties sémantiques que le backstop  ne s'appliquera jamais. Les brexiters durs bloquent par ailleurs sur la solution consistant à prolonger l'appartenance du Royaume-Uni à l'union douanière. Les unionistes nord-irlandais, partenaires de coalition de Mme  May, continuent, eux, à refuser tout " filet de sécurité ".
En l'absence de nouvelle proposition britannique, les Vingt-Sept devraient profiter du conseil européen des 17 et 18  octobre à Bruxelles pour mettre en scène, comme à Salzbourg, leur soutien à Michel Barnier, seul et très apprécié négociateur pour l'Union. Ils devraient aussi insister sur leur unité – assez remarquable depuis le début des discussions avec Londres, même si les Britanniques continuent encore à parier sur leur désunion.
Très probablement, ils tireront aussi la sonnette d'alarme sur le risque de " no deal ", et souligneront la nécessité de s'y préparer désormais très activement. Coup de bluff destiné à mettre une pression maximale sur Mme  May, en vue d'un atterrissage définitif des négociations lors d'un ultime sommet éventuellement convoqué en novembre ? Peut-être.
Cécile Ducourtieux
© Le Monde

LE DESSIN DU JOUR DE PLANTU - Mardi 16 octobre 2018



    LE DESSIN DU JOUR DE PLANTU

                                                         Mardi 16 octobre 2018



Le regard de Plantu


La coalition de Merkel ébranlée par les élections en Bavière - le 16.10.2018


16 octobre 2018

La coalition de Merkel ébranlée par les élections en Bavière

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 Les conservateurs de la CSU ont subi un échec électoral retentissant, dimanche 14 octobre, en Bavière, en perdant leur majorité absolue dans la région
 Ce recul fragilise encore la grande coalition d'Angela Merkel, déjà minée par les divergences incessantes avec la CSU
 Le mauvais score des sociaux-démocrates du SPD affaiblit le flanc gauche de la coalition, tandis que l'extrême droite fait son entrée au Parlement régional avec plus de 10 % des voix
Page 2 et éditorial page 24

16 octobre 2018

La coalition allemande en mode survie

Le gouvernement Merkel sort ébranlé des élections en Bavière, où la CSU perd sa majorité absolue

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Bien sûr, ce n'était qu'un scrutin régional. Bien sûr, seuls 9,5  millions d'électeurs – sur les 62  millions que compte l'Allemagne – étaient appelés aux urnes. Mais le séisme politique qui a secoué la Bavière, dimanche 14  octobre, est d'une telle intensité que la grande coalition d'Angela -Merkel, à Berlin, en subira nécessairement l'onde de choc.
D'abord, à cause du revers historique infligé à l'Union chrétienne-sociale (CSU), le parti conservateur bavarois allié à l'Union chrétienne-démocrate (CDU), la formation qu'elle préside depuis 2000. Dimanche, la CSU n'a recueilli que 37,2  % des voix, soit 10,5 points de moins qu'en  2013. Si la plupart des partis européens rêveraient aujourd'hui d'atteindre un tel score, celui-ci est en réalité un cruel camouflet pour les conservateurs bavarois qui, depuis 1958, n'étaient jamais passés sous la barre des 43  % lors d'élections régionales. La formation d'extrême droite, Alternative pour l'Allemagne, a récolté 10,2 %.
Certes, Mme Merkel n'est sans doute pas mécontente du camouflet infligé au président du parti, Horst Seehofer, avec qui elle entretient des relations exécrables, surtout depuis qu'il a rejoint son gouvernement, en mars, comme ministre de l'intérieur. En se trouvant ainsi fragilisé, M.  Seehofer deviendra-t-il pour autant un partenaire plus docile ? Rien n'est moins sûr. Dimanche soir, s'il a admis une " part de responsa-bilité " dans le " mauvais résultat " de son parti, le président de la CSU s'est en effet empressé d'ajouter que " les causes " de ce revers se trouvaient aussi " à Berlin ", sous-entendu à la chancellerie.
Les relations entre la CSU et la CDU risquent donc de se dégrader d'autant plus que s'ajoute désormais un autre facteur, lié à l'avenir de M.  Seehofer lui-même. Dimanche, celui-ci est resté très évasif sur son sort, excluant dans un -premier temps toute perspective d'une retraite anticipée, avant de déclarer qu'il " discuterait volontiers "" le moment venu ", des " questions de personnes ". Le mandat de M.  Seehofer à la tête de la CSU doit s'achever à l'automne 2019, date du prochain congrès. Mais plusieurs responsables du parti estiment qu'il n'a plus la -légitimité pour se maintenir -jusqu'à cette date. Une chose est en tout cas certaine : la guerre de succession a commencé.
" Piètre performance "Même si personne ne s'est pour l'instant risqué à ouvrir les hostilités, le jeu des pronostics est lancé, avec déjà deux noms qui reviennent avec insistance parmi les bons connaisseurs de la CSU : Manfred Weber, chef de file des députés conservateurs au Parlement de Strasbourg, et possible candidat à la présidence de la Commission européenne après les élections de mai  2019, et Alexander Dobrindt, le chef de file des députés bavarois au sein du groupe CDU-CSU du Bundestag, de profil plus droitier que le premier.
Fragilisée sur son flanc droit par une CSU électoralement sonnée, la coalition de Mme Merkel l'est aussi sur son flanc gauche, les élections de dimanche ayant encore aggravé la situation du Parti social-démocrate (SPD). Certes, la Bavière n'a jamais été un bastion du SPD. Certes, les derniers sondages laissaient entrevoir une -défaite cuisante. Mais rares étaient ceux qui avaient imaginé que les sociaux-démocrates passeraient sous le seuil symbolique des 10  %. C'est pourtant le cas : avec 9,7  % des voix, ils reculent de 10,9 points par rapport à 2013.
Le teint blême et la voix blanche d'Andrea Nahles parlaient d'eux-mêmes. Dimanche soir, depuis Berlin, la présidente du parti a ainsi reconnu qu'il s'agissait d'un " très mauvais résultat " pour le SPD, avant d'expliquer que, pour elle, " l'une des principales causes " de cette déroute était " la piètre performance de la grande coalition à Berlin " et l'incapacité de son parti " à se libérer des querelles incessantes entre la CDU et la CSU ".
Le résultat des élections bavaroises pourrait donc rendre également plus rugueuses les relations entre le SPD et ses partenaires de coalition. Ces dernières semaines, plusieurs responsables du parti ont en effet estimé que le temps était venu d'ouvrir un débat sur le maintien ou non du SPD au gouvernement. D'après le " contrat de coalition " qui a été signé en février, une " évaluation " du travail gouvernemental doit être faite au mitan de la législature, c'est-à-dire début 2020. Mais certains souhaiteraient qu'elle ait lieu dès les prochains mois.
A défaut de remettre en cause sa participation au gouvernement – hypothèse peu probable dans la mesure où le SPD, crédité de 16  % à 17  % des voix dans les sondages nationaux, n'a aucun intérêt à provoquer des élections anticipées –, les sociaux-démocrates pourraient se montrer moins accommodants avec la chancelière, eux qui étaient jusqu'alors des alliés beaucoup moins turbulents que les conservateurs bavarois.
Pour Mme  Merkel, les prochaines semaines seront donc compliquées. Le 25  septembre, déjà, elle avait subi un affront personnel avec la défaite inattendue de Volker Kauder, un fidèle parmi les fidèles, qui lui avait succédé à la présidence du groupe CDU-CSU en  2005, quand elle avait été élue chancelière, et avait toujours été reconduit depuis. Le 28  octobre, c'est un autre de ses proches, Volker Bouffier, qui pourrait à son tour essuyer un revers. Candidat à sa réélection à la présidence du Land de Hesse, il est crédité de seulement 29  % des voix. En  2013, la CDU avait recueilli 38,3  % des voix.
Or, c'est dans ce contexte difficile qu'aura lieu le prochain -congrès de la CDU, à Hambourg, les 7 et 8  décembre. Pour l'instant, rien ne semble pouvoir empêcher Mme  Merkel d'être réélue à la tête du parti qu'elle préside depuis dix-huit ans. Mais – et c'est une première – trois " petits " candidats se sont déjà déclarés, un entrepreneur de la Hesse, un professeur de droit public de Bonn, et un étudiant en droit de Berlin. D'autres, avec plus de poids politique, se lanceront-ils à leur tour ? Aucun, parmi les bons connaisseurs de la CDU, ne se risque à une prédiction.
Professeur de science politique à l'université de Trèves, Uwe Jun considère, comme beaucoup, que " rien ne se passera à l'intérieur de la CDU avant les élections dans la Hesse ". Il n'en estime pas moins que le résultat du scrutin bavarois est " un terrible signe de fragilisation pour les -partis de la grande coalition ", la CSU et le SPD ayant perdu 21,4  points à eux deux en l'espace de cinq ans dans ce Land.
Au déclin des deux partis de gouvernement, M.  Jun oppose le succès spectaculaire des Verts qui, avec 17,5  %, ont gagné 8,9 points par rapport à 2013 et deviennent la deuxième force politique de la région. " Les Verts ont renouvelé leur direction cette année, ils ont présenté des candidats jeunes, ils donnent l'impression de vouloir faire de la politique autrement. Leur succès est le signe que les électeurs veulent essayer autre chose, qu'ils souhaitent tourner une page. " Celle, à l'évidence, des années Merkel.
Thomas Wieder
© Le Monde



16 octobre 2018

En Bavière, la CSU recule, les Verts et l'AfD progressent

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Franz Josef Strauss était mort une première fois, le 3  octobre 1988. Il est mort une seconde fois, dimanche 14  octobre 2018, à l'occasion d'un scrutin historique qui a liquidé l'héritage et la doctrine de celui que l'on surnommait " le taureau de Bavière ". L'héritage, d'abord. En  1961, quand Strauss a pris la présidence de la très conservatrice Union chrétienne-sociale (CSU), celle-ci était à 45  %. Vingt-sept ans plus tard, à sa disparition, elle dépassait les 55  %. Dimanche, c'est cet âge d'or de la CSU, quand le parti était habitué aux majorités absolues lui assurant une domination sans partage au Parlement régional, que les électeurs ont rejeté. 37,2  % des voix pour la CSU : jamais, depuis 1950, elle n'était tombée si bas.
Avec ce score, Markus Söder, qui dirige depuis six mois l'exécutif régional et souhaite rempiler pour les cinq ans à venir, va donc devoir former une coalition. Arithmétiquement, une alliance avec les Verts, arrivés deuxièmes avec 17,5  %, serait possible. Politiquement, elle serait risquée pour les deux partis, trop opposés l'un à l'autre pour ne pas donner le sentiment de se compromettre en cherchant à s'entendre.
Campagne très droitièreA ce stade, l'hypothèse la plus probable serait un accord avec les Freie Wähler, les " électeurs libres ", un parti conservateur attaché à la défense des intérêts locaux, qui a créé la surprise en recueillant 11,6  % des voix, soit 2,6  points de plus qu'en  2013. Dimanche soir, M.  Söder a laissé entendre qu'il penchait pour cette option, idéologiquement plus cohérente qu'une alliance avec les écologistes. Reste à savoir si elle sera arithmétiquement possible : il n'était pas encore certain dimanche que les deux partis aient à eux seuls la majorité absolue en sièges. Si tel n'est pas le cas, l'appoint du Parti libéral-démocrate, qui devrait dépasser de peu les 5  % nécessaires pour entrer au Parlement, pourrait être utile.
Mais, dimanche, c'est aussi la stratégie de Franz Josef Strauss qui a été dilapidée. " Il n'y a pas de place pour un parti démocratique à la droite de la CSU ", avait affirmé, au milieu des années 1980, celui qui cumulait alors la présidence du parti et celle de l'exécutif régional. La phrase était dirigée à l'époque contre les Republikaner, un petit parti d'extrême droite que la CSU parvint à tenir à l'écart du Parlement bavarois.
Dimanche, malgré une campagne très droitière destinée à siphonner le vote d'extrême droite, la CSU n'a pas réussi à faire avec Alternative pour l'Allemagne (AfD) ce qu'elle avait fait avec les Republikaner. Avec 10,2  % des voix, l'AfD ne fait certes pas la percée qu'elle espérait, sans doute à cause de la concurrence des Freie Wähler, qui ont su capter les déçus de la CSU. Il n'empêche : grâce à ce score, l'AfD siège désormais dans quinze assemblées régionales sur seize. En Bavière, le parti devrait compter 22 élus sur 205. En  2013, sept mois après sa création, l'AfD n'avait pas présenté le moindre candidat.
Th. W.
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16 octobre 2018

Les écologistes profitent du recul des sociaux-démocrates

Dans trois scrutins en Europe, les Verts ont obtenu des scores historiques

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AU LUXEMBOURG, LA COALITION DE XAVIER BETTEL CONSERVE LA MAJORITÉ DE JUSTESSE
La coalition sortante, dirigée par le libéral Xavier Bettel, et -associant les socialistes et les écologistes, conserve de justesse la majorité au Parlement luxembourgeois à la suite des législatives organisées dimanche 14 octobre. La formation de M. Bettel a perdu un siège et en compte désormais 12, les socialistes n'en totalisent plus que 10 (– 3), mais, compte tenu de la progression des Verts, l'équipe sortante conserve une courte majorité de 31 députés sur 60. La formation de Jean-Claude Juncker, le Parti populaire chrétien social (droite conservatrice), reste toutefois le premier mouvement du pays, avec 21 sièges, et son leader, Claude Wiseler, a jugé " normal "de revenir au pouvoir.
Avec 17,5  % des voix en Bavière, trois députés supplémentaires au Parlement luxembourgeois et près de 17  % des voix aux municipales à Bruxelles, les Verts européens ont connu une journée électorale euphorique, dimanche 14  octobre. Tout au long de la soirée, les principaux responsables écologistes du continent ont jubilé sur les réseaux sociaux, avec dans leur viseur les élections européennes de mai  2019, traditionnellement favorables à leur formation.
" L'écologie politique a gagné, on ne pourra plus faire de la politique comme avant ", a commenté Zakia Khattabi, coprésidente du parti des Verts belges, en citant Nicolas Hulot pour défendre l'idée d'un " vrai projet écologique global ". Dans la région de Bruxelles-capitale, le parti Ecolo a créé la surprise en conquérant plusieurs mairies – il n'en détenait qu'une jusqu'à présent – et en devenant un probable arbitre à Bruxelles.
" Ce résultat historique a montré qu'on peut faire un très bon score quand on ne tombe pas dans une spirale de haine et de rejet mais quand on défend une vision pro-européenne qui offre une vision rassurante de l'avenir au lieu de nourrir les peurs ", a défendu -Katharina Schulze, co-tête de liste des Verts bavarois, où la formation devient le second parti de la région, derrière la CSU, qui perd sa majorité absolue.
" Les écologistes apparaissent comme un vrai refuge par rapport au discours très dur de l'extrême droite ", abonde Yannick Jadot, tête de liste française des Verts pour les élections européennes. A l'en croire, ces victoires sont une traduction de la tendance " Heimat " des écologistes européens, un concept allemand qui vise à promouvoir la préservation des identités et des territoires. " C'est ce côté territoire que nous développons au niveau européen et que je veux développer en France qui permet de trouver une conscience économique, sociale et identitaire, tout en permettant aussi l'ouverture ", affirme l'eurodéputé. Les sondages sont toutefois actuellement nettement moins favorables pour lui, avec un score estimé inférieur à 10  % en France.
Ligne clairement centristeSurfant sur l'effondrement des sociaux-démocrates, les Verts bavarois, belges et luxembourgeois ont gagné sur une ligne clairement centriste. Au Luxembourg, les Verts locaux, qui avaient décidé en  2013, pour la première fois de leur histoire, de s'allier aux libéraux pour gouverner, sont les grands gagnants des législatives, en passant de six à neuf sièges – sur soixante.
Egalement très centristes, les Verts bavarois bénéficient de la déception générée par la " grande coalition " au pouvoir à Berlin. D'après l'institut Forsa, 40 % des électeurs qui disaient vouloir voter pour les Verts avant le scrutin ont voté pour le SPD aux législatives de 2017, tandis que 25  % ont voté pour les conservateurs (CDU-CSU). Face à un gouvernement qui paraît déjà à bout de souffle après six mois d'existence, les écologistes sont parvenus à se réorganiser, en se dotant d'une direction rajeunie et surtout unie, ce qui n'a pas toujours été le cas.
Même tendance pour les Verts belges, qui ont connu, au fil de leur histoire, des résultats en dents de scie : des succès dès 1989 puis en  1999 – l'année de leur première participation au pouvoir fédéral –, suivis de défaites parfois sévères, indiquant qu'ils restent un parti refuge pour bon nombre d'électeurs déçus. Le PS wallon a ainsi perdu globalement 7  points, passant de 32 à 25  %, et le Mouvement réformateur libéral du premier ministre Charles Michel connaît un résultat décevant en de nombreux endroits. Les Verts en profitent d'abord dans les grandes villes, comme à Bruxelles, mais aussi à Anvers, où le parti Grœn atteint le score notable de 18,4  %. En revanche, dans les villes de l'ancien sillon industriel wallon et les communes populaires de Bruxelles, c'est plutôt le Parti du travail (PTB, gauche radicale) qui a fait irruption. Il engrange notamment 15, 8  % à Charleroi et 16,5  % à Liège.
Dérèglement climatiqueLes Verts belges ont aussi largement profité des problèmes récurrents du nucléaire dans le pays, contre lequel ils font campagne. Au Luxembourg, l'action de leurs deux ministres, François Bausch, chargé du développement durable et des infrastructures, et Carole Dieschbourg, qui avait le portefeuille de l'environnement, a été jugée positivement en raison, notamment, des investissements auxquels ils ont procédé pour améliorer la mobilité, avec la création d'un réseau de tramway à Luxembourg ville, 1,6 milliard débloqué pour le réseau ferré et près de 20 millions d'euros pour des pistes cyclables. Le pays s'est aussi doté d'un vaste ensemble de bornes électriques.
En Bavière, les Verts l'emportent également surtout dans les villes. Ils arrivent ainsi en tête avec 30,3  % des voix à Munich, devant les conservateurs de la CSU. Alors que le dérèglement climatique est de plus en plus perceptible, la préoccupation croissante quant aux questions environnementales semble ainsi plus sensible chez les urbains. Dans cette région en situation de plein-emploi, la protection de la nature est citée comme le deuxième sujet le plus important après l'éducation, selon une enquête publiée le 2  octobre par l'institut Infratest Dimap.
Un intérêt confirmé par le succès inattendu de la manifestation organisée à Munich, samedi 6  octobre, à l'appel de 80  associations de défense de l'environnement. Plus de 15 000  personnes y ont participé. Du jamais-vu, dans la région, pour un rassemblement consacré à ces sujets.
Jean-Baptiste Chastand (à Paris), Jean-Pierre Stroobants et Thomas WiedeR
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16 octobre 2018

L'Allemagne, à son tour dans la bataille

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Si le résultat des élections bavaroises du 14  octobre est un séisme politique pour Berlin, à l'échelle de l'Europe, déjà tant secouée depuis trois ans, on pourrait l'interpréter comme une réplique. On aurait tort, cependant, d'en minimiser l'ampleur : parce que l'Allemagne est l'Allemagne, parce qu'elle a, depuis l'après-guerre, constitué un pôle de stabilité, parce qu'elle joue un rôle déterminant au sein de l'Union européenne, cette réplique est d'une intensité considérable.
Mais on aurait tout aussi tort de ne voir que les aspects négatifs d'une telle secousse. Trois enseignements principaux peuvent être tirés de l'élection régionale du Land de Bavière. Le premier concerne l'effondrement des partis traditionnels : les chrétiens-démocrates de la CSU, partenaire bavarois de la CDU d'Angela Merkel, accusent une chute historique de 10,5  points par rapport à 2013, même s'ils restent en tête avec 37,5  % des voix ; les sociaux-démocrates du SPD poursuivent, eux, leur descente aux enfers, comme en France, en Italie ou aux Pays-Bas, et passent même sous la barre des 10  % (9,7  %). C'est un phénomène désormais familier en Europe.
Deuxième tendance lourde : l'ascension annoncée du jeune parti d'extrême droite AfD (Alternative pour l'Allemagne), qui a bouleversé le paysage politique outre-Rhin. Avec 10,2  % des suffrages, il ne fait pas un score triomphal, mais il siège désormais dans 15 des 16 Parlements régionaux.
Troisième enseignement : le triomphe des Verts, qui arrivent en deuxième position avec 17,5  % des voix. C'est là, sans doute, la leçon la plus intéressante – et la plus positive – de ce scrutin. Jeunes, résolument pro-européens, pragmatiques et ouverts, les Verts bavarois ont mené une campagne intelligente et volontariste, sous la houlette d'une jeune femme de 33  ans, Katharina Schulze. Leur succès dépasse la préoccupation croissante de la société allemande à l'égard de l'écologie ; il reflète le désir d'une autre façon de faire de la politique et la recherche de nouvelles voies pour résister à la montée du populisme et des extrémismes.
La politique n'est pas morte. Le taux de participation particulièrement élevé (72  %), ce 14  octobre en Bavière, montre que l'exercice du droit de vote reste un -instrument civique privilégié. L'affaiblissement des partis de gouvernement, qui ont fini par perdre leur identité dans d'épuisants compromis de coalitions, au profit de mouvements comme l'AfD ou les Verts qui, eux, affichent leurs convictions ou leurs projets comme marqueurs forts de leur identité, peut aussi être interprété comme un désir de repolitisation de l'électorat.
Cette repolitisation passe par l'offre d'une réelle alternative au populisme et aux extrêmes. Les succès électoraux des Verts le même jour en Belgique et au Luxembourg, confirmant une tendance déjà enregistrée en mars  2017 aux Pays-Bas, ou, sous une autre forme, la victoire d'Emmanuel Macron et d'En marche !, en France, l'an dernier, participent d'une même dynamique, déclinée différemment suivant les spécificités nationales.
Au centre de cette dynamique se trouve le combat pour ou contre la démocratie, les sociétés ouvertes et le projet européen. C'est pour les défendre qu'une manifestation géante et pluraliste a rassemblé plus de 200 000 personnes, samedi, à Berlin, à la veille du scrutin bavarois. L'Allemagne est à son tour lancée dans cette bataille historique. A huit mois d'élections européennes cruciales, c'est une bonne nouvelle.
© Le Monde