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jeudi 2 août 2018

à lire sur Metro - mercredi 1 er août 2018

Metro

      01/08/18 

L’humanité a épuisé toutes les ressources naturelles de la planète

Plan canal : près de 95.000 adresses contrôlées en un an

Voici à quoi ressembleront les maisons sur la planète Mars

Cinq conseils pour charger son coffre le plus efficacement possible

TOP 3


Metro Newsletter 01/08/18 

Solidarité envers un SDF qui a accepté 100 € pour se faire tatouer sur le front


En vacances à Benidorm, des touristes anglais ont donné 100 € à un SDF pour qu’il se fasse tatouer sur le front. À Benidorm, en Espagne, le geste d’un groupe d’amis Anglais venu fêter un enterrement de vie de garçon scandalise des milliers d’internautes. Lors de leur périple arrosé, les amis ont rencontré dans la […] L’article Solidarité envers un SDF qui a accepté 100 € pour se faire tatouer sur le front (https://fr.metrotime.be/2018/08/01/must-read/solidarite-envers-un-sdf-qui-a-accepte-100-e-pour-se-faire-tatouer-sur-le-front/) est apparu en premier sur Metro (https://fr.metrotime.be) .... Lisez-en plus »
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Après #metoo et #balancetonporc, place à #jesuiscute


Via le nouvel hashtag #jesuiscute, les femmes montrent qu’elles veulent disposer librement de leur corps. Le 28 juillet dernier, Marina, une Lilloise de 29 ans, lance un nouvel hashtag :#jesuiscute. Le but? Que les femmes montrent qu’elles sont fières de leur corps et de leur féminité. Très vite, le mouvement prend de l’ampleur et devient […] L’article Après #metoo et #balancetonporc, place à #jesuiscute (https://fr.metrotime.be/2018/08/01/actualite/apres-metoo-et-balancetonporc-place-a-jesuiscute/) est apparu en premier sur Metro (https://fr.metrotime.be) .... Lisez-en plus »
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Les douaniers français découvrent 80 oiseaux exotiques cachés dans trois valises


Un Autrichien en provenance du Mexique a été arrêté vendredi à l’aéroport parisien de Roissy alors qu’il transportait illégalement dans ses bagages à main 80 oiseaux. Seule une vingtaine ont depuis survécu. Un autrichien qui se déplaçait avec cinq bagages a été contrôlé par la douane française: trois des sacs contenaient les 80 oiseaux, dont […] L’article Les douaniers français découvrent 80 oiseaux exotiques cachés dans trois valises (https://fr.metrotime.be/2018/08/01/actualite/douaniers-francais-decouvrent-80-oiseaux-exotiques-valises/) est apparu en premier sur Metro (https://fr.metrotime.be) .... Lisez-en plus »
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Mila Kunis raconte son horrible voyage de noces : « Nous avons failli mourir »


Mila Kunis et Ashton Kutcher sont mariés depuis 3 ans. Invitée sur le plateau du « Tonight Show », l’actrice a expliqué avoir vécu un voyage de noces catastrophique. C’est une lune de miel que personne n’aurait aimé vivre ! Mila Kunis a confié à Jimmy Fallon avoir vécu un moment «absurde». Et le mot est faible ! […] L’article Mila Kunis raconte son horrible voyage de noces : « Nous avons failli mourir » (https://fr.metrotime.be/2018/08/01/actualite/mila-kunis-raconte-son-horrible-voyage-de-noces-nous-avons-failli-mourir/) est apparu en premier sur Metro (https://fr.metrotime.be) .... Lisez-en plus »
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L’Autriche teste le 140 km/h sur autoroute


L’Autriche a lancé une expérimentation controversée destinée à porter la limitation de vitesse à 140 km/h sur autoroute, contre 130 km/h jusqu’à présent. Mis en place sur deux tronçons à six voies de la principale autoroute du pays reliant Vienne et Salzbourg, le relèvement de la limitation de vitesse à 140 km/h doit permettre aux […] L’article L’Autriche teste le 140 km/h sur autoroute (https://fr.metrotime.be/2018/08/01/actualite/autriche-teste-le-140-km-h-sur-autoroute/) est apparu en premier sur Metro (https://fr.metrotime.be) .... Lisez-en plus »
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LE DESSIN DE PLANTU :LES AGISSEMENTS « POLICIERS » D’ALEXANDRE BENALLA

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LE DESSIN DE PLANTU :LES AGISSEMENTS 

« POLICIERS » D’ALEXANDRE BENALLA


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Page aimée · 31 juillet 

LES AGISSEMENTS « POLICIERS » D’ALEXANDRE BENALLA
(dessin de L’Express)

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Les herbes sauvages, de la cueillette à l'assiette





1er août 2018

Les herbes sauvages, de la cueillette à l'assiette

Alpes gourmandes 2|6 Aidé du jeune cueilleur Christopher Aguettand, le chef Marc Veyrat déniche des plantes alpines et les sublime dans sa cuisine

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Cette année, le manteau neigeux a recouvert plus longtemps qu'à l'accoutumée les alpages du col de la Croix-Fry. Engourdie par cet hiver prolongé, la nature a peiné à retrouver des couleurs printanières, avant d'offrir l'explosion de verdure de ce début d'été. Les points de vue ne manquent pas pour contempler, au-dessus du village de Manigod, au cœur du massif des Aravis, le patchwork de prairies éclatantes et de forêts sombres sous les roches grises des sommets, encore striées de névés. Mais c'est au rythme de la promenade, les yeux posés sur le chemin, que l'on s'aperçoit de la profusion de la flore et de l'étendue de ce garde-manger.
Car, en bord de sentier, dans les prairies, à flanc de montagne, dans les bois, dans les haies, près des fermes ou le long des lacs et des torrents, herbes et plantes sauvages peuvent autant régaler nos yeux que nos papilles. Encore faut-il pouvoir les identifier et savoir les cuisiner. Si nombre de grands chefs savoyards (Emmanuel Renaud, Jean Sulpice, Yoann Conte…) enrichissent aujourd'hui leurs recettes des cueillettes en pleine nature, sans doute valait-il mieux s'adresser à dieu qu'à ses saints.
Comme d'autres suivent un panache blanc, nous nous laissons donc guider, ce matin de début juillet, par le légendaire chapeau noir du cuisinier Marc Veyrat, prophète d'une gastronomie montagnarde réinventée, à partir du milieu des années 1980, autour de son " herbier gourmand ". A quelques centaines de mètres de la Maison des bois, son hôtel-restaurant (trois étoiles Michelin), aux allures de hameau miniature (de luxe), ouvert, en  2013, à 1 650 mètres d'altitude, non loin de ce qui fut la ferme de ses parents, le chef s'appuie sur son bâton de berger pour pénétrer les fourrés et dévoiler la variété de plaisirs comestibles à portée de main.
Là où nous ne voyons qu'une anarchie de fleurs des champs et de mauvaises herbes, Veyrat et Christopher Aguettand, son jeune cueilleur, chargé d'approvisionner quotidiennement les cuisines du restaurant, repèrent en un clin d'œil l'imposante tige et les feuilles anguleuses de la berce, une touffe de chénopode bon-Henri aux allures d'épinard, l'arrondi finement denté du calament, la hampe blanche d'une carotte sauvage ou les petites fleurs violette du géranium vivace.
Orties, chénopodes, épicéasUn peu plus loin, à l'entrée d'une forêt, la grande silhouette du cuisinier se glisse sous un épicéa pour approcher un tapis d'oxalis, petite plante dont les feuilles en forme de cœur ressemblent à celles du trèfle. A chaque fois, les glaneurs froissent légèrement le végétal cueilli pour mieux le sentir, avant de nous faire croquer cette chlorophylle gourmande. Ce rite plein de sensualité éveille goût et odorat. Flaveur délicieusement mentholée du calament, parfait avec des œufs brouillés ou pour booster une crème glacée ; parfum d'agrume de la berce, dont les feuilles mixées dans un bouillon de légumes avec du chénopode bon-Henri, du serpolet et des orties font un excellent potage ; acidité revigorante de l'oxalis rappelant celle de l'oseille et qu'au restaurant Marc Veyrat accompagne du suave coulant d'un œuf de caille…
Si les gestes des cueilleurs ont des racines ancestrales, la consommation de ces plantes n'apparaissait plus dans les traditions culinaires savoyardes, avant que le chef au large chapeau de paysan les intègre à son répertoire. Effacée par l'avènement de l'agriculture, l'activité de la cueillette n'a longtemps survécu qu'en souvenir des vertus médicinales – plus que nourricières – de certaines plantes. La connaissance de cette flore, à laquelle on avait recours en temps de disette et de pauvreté, s'est ainsi fait oublier à mesure que le XXe  siècle convainquait de sa prospérité. Les ethnobotanistes estiment ainsi que nous sommes passés de plus d'un millier de plantes connues et utilisées par l'homme, en Europe, au début du XXe  siècle, à moins d'une cinquantaine, telles qu'elles sont mises en vente sur nos marchés.
Cuisinier autodidacte, Marc Veyrat a choisi de se distinguer, dans les années 1980, comme chantre d'une cuisine enracinée dans un terroir montagnard en manque de référents gastronomiques. Né en  1950, à Annecy, celui qui sera aussi berger et moniteur de ski grandit à Manigod, près de La Clusaz, dans une famille paysanne et une ferme traditionnelle, où ses parents ont ouvert chambres et table d'hôte. De l'environnement de son enfance, mythifié en un éden rural, Veyrat fera la base de son inspiration culinaire. " On vivait en autarcie. On récoltait les légumes du jardin, on fabriquait notre beurre et nos fromages, on ramassait les fruits, les champignons, on tuait le cochon, raconte-t-il toujours avec émotion. J'avais la palette aromatique de la nature à portée de la bouche. "
Si la cueillette de champignons, comme les cèpes, girolles et morilles, ou de baies, comme les myrtilles, framboises et fraises des bois, est monnaie courante, rares sont tout de même les plantes et herbes à être ramassées hors des potagers. Veyrat se souvient d'orties et de chénopodes servant à une soupe verte, d'une liqueur à base d'alizier, de cônes d'épicéa brûlant pour la fumaison des jambons, de sa grand-mère utilisant du serpolet pour soigner sa toux et du carvi sauvage pour assaisonner son fromage… Guère plus.
Attentif aux audaces de la génération " nouvelle cuisine " et aux chefs les plus innovants des années 1980, Marc Veyrat remarque sans doute la montée de l'Aveyronnais Michel Bras, qui, à Laguiole, commence à façonner un répertoire enraciné sur le plateau de l'Aubrac, où il cueille et cuisine le sureau, l'ail des ours ou le calament, aussi appelé " thé de l'Aubrac ".
Parcours pédagogiquesMais le déclic décisif survient lors de la rencontre du Savoyard avec le botaniste et écrivain François Couplan, auteur, dès 1983, d'une Encyclopédie des plantes sauvages comestibles de l'Europe" Couplan m'a fait découvrir d'autres plantes alpines et m'a appris quels étaient leurs différents environnements, se souvient Marc Veyrat.L'oxalis, par exemple, apprécie l'ombre et l'acidité des forêts de conifères ; l'ail des ours pousse près des cours d'eau ; le chénopode s'épanouit en vastes colonies dans les lieux fumés par le bétail ; le calament ne supporte qu'une demi-journée de soleil par jour… "
En échange, le cuisinier a permis à l'ethnobotaniste d'approfondir la dimension gourmande de son savoir grâce à ses intuitions, ses souvenirs d'enfance et un sens hors norme des harmonies gustatives. Parmi les plats qui, à Annecy, puis à Veyrier-du-Lac et à Megève, ont permis à Veyrat de devenir une figure (parfois controversée) de la gastronomie française, premier (et dernier) cuisinier trois étoiles à obtenir aussi la note de 20/20 dans le Gault & Millau : canette rôtie à la berce, ris de veau aux pousses d'épicéa, omble chevalier et carottes au miel de sapin, crème brûlée à la reine-des-prés…
Cette cuisine de la nature a marqué la Savoie, la France et la scène internationale – comme le restaurant Noma de René Redzepi, à Copenhague. A 68 ans, Marc Veyrat continue de sublimer les plantes dans sa Maison des bois, au col de la Croix-Fry, en cherchant à transmettre ce savoir à ses cuisiniers, à ses clients, mais aussi à des groupes scolaires pour lesquels il organise des cueillettes en montagne ou des parcours pédagogiques dans les jardins de son hameau, où il a fait replanter une soixantaine d'espèces de plantes.
Jardinier de ce " potager sauvage ", le cueilleur Christopher Aguettand officie également en salle, où, habillé d'un costume traditionnel savoyard, il présente, de table en table, les plantes utilisées dans les plats, en expliquant avec passion leurs caractéristiques botaniques et gustatives. Qu'il s'agisse du goût anisé de la myrrhe odorante, de la puissance réglissée de la racine de polypode – une petite fougère –, de l'entêtant parfum d'amande amère de la reine-des-prés ou de la fascinante saveur de champignon de l'épiaire des bois.
Une partie de sa récolte sera stockée en prévision des rigoureux hivers. " Nous utilisons l'azote pour la congélation, explique Christopher Aguettand. Cela présente l'avantage de bloquer les molécules. C'est comme si la plante se mettait en repos végétatif. Quand on la sort elle n'a rien perdu de sa saveur ", assure-t-il. Même si rien ne remplace le plaisir d'une cueillette estivale.
Stéphane Davet
© Le Monde

La revanche des élites nationalistes et religieuses israéliennes


1er août 2018

La revanche des élites nationalistes et religieuses israéliennes

Pour le chercheur Samy Cohen, la loi de l'Etat-nation, votée par la Knesset le 19 juillet, représente, même amendée, une "  régression démocratique  " qui bafoue la Déclaration d'indépendance de 1948

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Comment comprendre la loi de l'Etat-nation ? Pourquoi main-tenant ? Le projet a émergé en  2011, porté par Avi Dichter, un député du parti Kadima qui a fini par rejoindre le Likoud. Il définit l'Etat d'Israël comme le " foyer national du peuple juif qui réalise son aspiration à l'autodétermination conformément à son patrimoine culturel et historique ". Ce projet, maintes fois retouché, n'est pas anodin. Il donnait priorité à la dimension juive de l'Etat au détriment de sa dimension démocratique. Il permettait notamment aux habitants de localités juives situées dans des zones mixtes, juives et arabes, comme la Galilée, de récuser des candidats à l'acquisition d'un droit de résidence s'ils n'étaient pas juifs.
Devant le tollé suscité par de telles dispositions, c'est une version édulcorée qui a été finalement votée le 19  juillet, définissant l'Etat d'Israël comme le " foyer national du peuple juif dans lequel il réalise son droit naturel, culturel, historique et religieux à l'autodétermination ", un droit qui est " propre au peuple juif ". La loi stipule plus modes-tement que l'Etat " agira pour encourager et promouvoir " l'établissement et la consolidation de " communautés juives ", un objectif de " valeur nationale ". Elle définit Jérusalem comme la capitale " entière et unifiée " d'Israël.
Mais même amendée, cette loi constitue une régression démocratique de taille. Aucune mention n'est faite des droits de l'homme, de la protection des minorités, des principes d'égalité et de liberté d'expression, au mépris de la Déclaration d'indépendance de 1948, qui proclame sa volonté de garantir " l'égalité et la pleine liberté d'opinion et de culte à tous ses citoyens, sans distinctions de race, de sexe et de croyance ". Cette loi rompt l'équilibre délicat qui s'était instauré autour de la définition de l'" Etat juif et démocratique ", telle qu'elle figure dans la Loi fondamentale sur " la liberté et la dignité de l'homme " de 1992. Et surtout, elle ne bénéficie qu'à l'ethnie dominante. Elle constitue un pied de nez aux citoyens arabes d'Israël, ainsi qu'à tous les citoyens non juifs, notamment aux Druzes qui servent loyalement dans les services de sécurité, dont l'inégalité de droits serait consacrée dans une Loi fondamentale. L'arabe ne sera plus une langue officielle, comme elle l'était jusqu'ici, se voyant conférer un vague " statut spécial ", ce qui ne veut rien dire.
Un projet plus largeMais pourquoi cette loi et pourquoi en  2011 ? Elle s'inscrit dans un projet plus large visant à " judaïser " la société israélienne, à ancrer le droit des juifs sur l'ensemble des territoires de Judée et de Samarie, à remettre enfin en cause les avancées démocratiques des dernières décennies comme le renforcement des droits de la minorité arabe, le développement d'une société civile vigoureuse et la révolution constitutionnelle " de 1995, qui avait vu la Cour suprême s'investir du droit de contrôler la constitutionnalité des lois votées par la Knesset.
Des avancées qui ne furent pas acceptées de gaieté de cœur par les partis de droite. A la faveur du contexte sécuritaire traumatisant des années 2000, les Israéliens portaient au pouvoir, en février  2009, une coalition de partis de droite et d'extrême droite. Les nationalistes religieux sont devenus depuis le groupe sociopolitique le plus dynamique, d'un activisme messianique débordant, s'appuyant sur les éléments les plus à droite du Likoud. Ces partis en profitèrent pour promouvoir leurs -projets politiques nationalistes. Un climat d'intolérance s'est développé à l'égard des Arabes, des immigrés, des ONG, des journalistes critiques.
Une législation antidémocratique d'une importance inédite est mise en place dès 2009. Quelques exemples : loi sur la transparence des financements des ONG, rappelant la Hongrie de Viktor Orban ; loi de la Nakba, qui impose de lourdes pénalités financières aux institutions qui commémorent la Nakba (en arabe, la " catastrophe "), terme utilisé par les Palestiniens pour décrire leur expulsion, ou leur départ, à la suite de la guerre de 1948 ; loi antiboycott, qui -punit tout citoyen israélien qui appellerait à boycotter notamment les colonies dans les territoires occupés ; loi limitant l'accès des ONG de gauche à des écoles, loi destinée de fait à bâillonner des associations comme Breaking the Silence ; loi de suspension " des députés, dirigée contre les députés arabes ; loi de la " régulation ", un euphémisme destiné à dissimuler une expropriation de terres privées palestiniennes ; clause visant à déposséder la Cour suprême de son droit de contrôler la constitutionnalité des lois ordinaires, et enfin loi de l'Etat-nation. Tous les projets de réforme n'aboutissent pas nécessairement, mais ce qui frappe est leur degré élevé de cohérence et la détermination de leurs instigateurs, en l'absence d'une opposition parlementaire digne de ce nom. Benyamin Nétanyahou, qui avait réclamé dès 2009 qu'Israël soit reconnu par les Palestiniens comme " l'Etat-nation du peuple juif ", a voulu doter son pays d'une fiche d'identité marquant clairement une hiérarchie des droits sur Eretz-Israël.
La loi de l'Etat-nation n'est ni un accident de parcours ni une mesure isolée. Elle est un maillon dans un continuum, dans cette chaîne de lois fort peu démocratiques. Elle marque l'aboutissement d'un processus qui a conduit les élites nationalistes et religieuses, sûres de leurs bons droits sur cette terre qui s'étend de la mer au Jourdain, à prendre leur revanche sur les " vieilles élites " laïques, qui avaient créé et gouverné Israël cinq décennies durant. " La loi de l'Etat-nation est devenue utile parce que la Cour suprême, dans une série de ses arrêtés, les a vidés de leur dimension juive ", a tout récemment affirmé le chef du Foyer juif, Naftali Benett, marquant clairement le caractère revanchard de la loi. C'est bien d'une lame de fond qu'il s'agit et non d'un simple épisode.
Samy Cohen
© Le Monde

HISTOIRE et MEMOIRE - Mariage sous les bombes à Sarajevo


HISTOIRE et MEMOIRE



1er août 2018

Mariage sous les bombes à Sarajevo

L'amour au front 2|6 En plein siège de la capitale bosnienne, au cours de l'hiver 1993, Bojan Hadzihalilovic et Dalida Durakovic décident d'unir leurs destins. C'est la première fête depuis le début de l'horreur

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L'amour fut l'une des grandes affaires du siège de Sarajevo. Ici, pas de fuite massive de civils qui abandonnent le terrain aux seuls soldats. Mais une ville bombardée sans répit. Une ville assiégée unissant combattants et civils dans le même cauchemar. Cette guerre-là était propice aux histoires d'amour. A Sarajevo à l'époque, la violence est partout, la ville entière devient un front. Les vies civiles et militaires s'entremêlent. Les époux revenus des tranchées vont retrouver leur famille, tandis que les célibataires sont au café pour rencontrer une fiancée, ou espérer une liaison amoureuse.
La destruction des maisons, la difficulté de se déplacer dans la ville bombardée, la solidarité extraordinaire qui s'empare de la population sont aussi autant de raisons qui rapprochent tant les amis que les voisins, ou des inconnus. Les Sarajéviens passent en quelque sorte trois ans et demi à se blottir les uns contre les autres. Avant qu'ils s'unissent lors du mariage le plus célèbre de la ville -assiégée, la guerre sépare d'abord Bojan Hadzihalilovic et Dalida " Dada " Durakovic, amoureux depuis leur rencontre à l'Académie des beaux-arts, six ans auparavant.
Bloqué dans son immeubleLorsque le conflit éclate, le 6  avril 1992, Bojan vit à côté du bâtiment de la présidence, dans le centre de Sarajevo, tandis que Dada vit à Breka, un quartier situé sur une colline au nord de la ville. Or non seulement le chemin pour venir à pied de Breka au centre-ville est long et périlleux, mais la colline est plutôt épargnée par les artilleurs : il aurait donc été un peu idiot de la part de Dada de quitter ce relatif îlot de " tranquillité " pour aller se plonger dans le cœur de la ville bombardée, secouée à chaque instant par le fracas des explosions. Bojan, lui, est bloqué dans son immeuble de la rue Branislava Durdeva, par l'intensité des bombardements, et se réfugie souvent dans sa cave.
Le chemin étant impraticable et les communications coupées, les amoureux n'ont aucune nouvelle l'un de l'autre. " J'avais peur que Dada trouve un moyen de quitter la ville, avec sa mère et sa sœur ", raconte Bojan. -Durant les quatre premières semaines de la guerre, même si les combats et les checkpoints se multiplient, les routes sont encore ouvertes et de nombreux Sarajéviens fuient la ville. Le 2  mai, l'armée yougoslave – devenue l'armée serbe – encercle la cité, coupe les routes et les lignes de chemin de fer. Le siège commence.
" On ne comprenait rien à cette guerre, se souvient Dada. Après trois mois de combats, Bojan a réussi à me faire envoyer un message à Breka : il était vivant et toujours chez lui. Et à ce moment-là, il y a eu deux événements : Breka a finalement été bombardée à son tour, et n'était donc plus à l'abri de la guerre ; puis il y eut une journée très calme, le 28  juin, pour la visite du président français François Mitterrand. J'en ai profité pour descendre en ville rendre visite à Bojan dans son appartement. Et n'en suis plus jamais repartie. "
Avant la guerre, dès leurs études de graphisme aux Beaux-Arts, Bojan et Dada étaient connus en Yougoslavie, en compagnie de leur amie Lejla Mulabegovic, sous le nom de Trio. " J'ai vu Dada pour la première fois à un concert à la maison de la jeunesse, et j'ai été amoureux dès le premier regard, se souvient Bojan en buvant un verre de vin au Zlatna Ribica (Le Poisson d'or), un bar de Sarajevo. Puis, en première année aux Beaux-Arts, nous avons formé Trio. Nous étions inséparables, tous les trois. Dada et moi sommes tombés amoureux. Elle avait des cheveux rouges coupés très courts, elle avait du style, elle était provocatrice, elle était différente de toutes les autres filles. "
Dada admet d'une voix douce qu'elle a tout de suite " aimé l'esprit de Bojan ". A Sarajevo, le mot " esprit " est en quelque sorte le plus grand compliment que l'on peut faire à quelqu'un : il englobe l'intelligence, le talent, l'humour, la bienveillance envers autrui, et l'appartenance à la communauté urbaine. Si tu as " l'esprit de Sarajevo ", ou tout simplement " de l'esprit ", alors c'est gagné. Au-delà de l'histoire d'amour entre Dada et Bojan, c'est peu dire que Trio incarne tout cela.
Après avoir signé la couverture de Soldatski bal (Le Bal du soldat), le premier album de Plavi Orkestar, le groupe pop de Sasa Losic, les trois jeunes graphistes sont demandés partout dans le pays. " On a commencé par le premier disque, vendu à des -centaines de milliers d'exemplaires, d'amis qui allaient devenir les plus grandes pop stars de Yougoslavie, raconte Bojan. Après, on a -enchaîné les commandes. "
Pépinière de jeunes talentsTrio signe des couvertures des albums de -Bijelo Dugme, le groupe de Goran Bregovic, qui domine la scène rock yougoslave bien avant que celui-ci ne devienne mondialement célèbre pour ses musiques de films et ses fanfares. Bojan, Dada et Lejla sont aussi connus pour leurs affiches de théâtre et les couvertures des magazinesVreme, Globus, Nacional, Mladina, Slobodna Bosna ou Dani.
Sous les bombes, rue Branislava Durdeva, les amants réunis – leur amie Lejla a quitté le pays pour la Suisse un an avant la guerre – deviennent vite des figures de la ville assiégée. Ils se mettent au service de la défense de la ville. Bojan est officiellement mobilisé au sein d'une unité chargée de la propagande, ou de " la contre-propagande "comme il préfère le formuler, celle qui va lutter contre les idées alors dominantes en ex-Yougoslavie, les nationalismes, communautarismes et autres idéologies meurtrières. Cette unité est une pépinière de jeunes talents sarajéviens : on y retrouve entre autres le futur cinéaste oscarisé avec No Man's Land (2002)Danis Tanovic, Dino Mustafic, qui deviendra metteur en scène de théâtre, et le photographe Damir Sagolj. " Je n'étais pas cinglé comme Danis et Dino, je n'allais pas sur les fronts pour documenter la guerre. Je me suis contenté de faire du design, dit Bojan, pour la police, puis pour le gouvernement, l'armée, puis pour tout le monde dans la ville, les lieux culturels, les magazines, les éditeurs de livres. "
Le premier qui sollicite le trio devenu duo est Dragan Vikic, le commandant des forces spéciales de la police. Bojan et Dada dessinent de nouveaux écussons pour les combattants. Pour le gouvernement, ils dessinent ensuite drapeaux, décorations, affiches. Tout le travail réalisé pour la " contre-propagande " officielle n'est pas signé ; dans la vie civile, en revanche, leurs créations sont toujours signées Trio.
Leurs travaux les plus célèbres sont une centaine de couvertures pour le magazineDani, un hebdomadaire indépendant de Sarajevo, dirigé par Senad Pecanin. " A travers ces dessins, nous faisions passer des messages, dit BojanDani nous donnait la “une” en bosnien et la quatrième de couverture en anglais. C'est ce qu'on a fait de plus radical, de plus important. C'était une aventure incroyable. "
Certaines de leurs affiches sont encore aujourd'hui présentées dans des expositions et vendues à Sarajevo comme cartes postales pour les touristes. Ce sont des détournements de dessins de pop art, de publicités ou d'affiches de films célèbres. La plus connue est un " Coca-Cola " transformé en " Enjoy Sarajevo ". L'une, où le " S " de Superman -devient un " Sarajevo " et renvoie les balles des assiégeants, a failli valoir aux artistes un procès aux Etats-Unis, après une publication dans Newsweek. Bojan en rigole encore : " J'ai accordé une interview dans laquelle je disais : “Oh oui, s'il vous plaît, venez nous arrêter ! Nous serions tellement mieux dans une prison américaine qu'à Sarajevo !” La société qui détenait les droits de Superman a laissé tomber. "
Les deux graphistes prennent leurs quartiers au Collegium Artisticum, où il y a davantage d'espace pour un atelier que dans la cave de la rue Branislava Durdeva, et où un câble opportunément relié au bataillon français de la Force de protection des Nations unies (Forpronu) de Skenderija – un centre culturel et sportif de Sarajevo –leur offrait, contrairement aux habitations ordinaires, quelques heures d'électricité par jour. " Un -officier français, Philippe Tanguy, aimait notre travail. Il nous aidait en achetant des cartes postales de nos affiches. Un jour, il nous a même fait sortir du siège en avion de l'ONU, avec de fausses cartes de presse, pour aller présenter une exposition à Vienne, raconte Bojan. Nous ignorions s'il faisait tout cela avec l'accord de l'ONU ou de la France, ou de sa propre initiative. Pour nous et d'autres artistes de -Sarajevo, Tanguy était vraiment notre héros. "
Le premier hiver de guerre commence. Douloureusement. Aucun Sarajévien n'avait imaginé que la guerre soit possible dans cette ville de tolérance et où il fait bon vivre, encore moins qu'un siège militaire puisse durer. Les rares habitants qui avaient des stocks de nourriture les ont consommés durant l'été. Sans eau ni électricité, sans vitres aux fenêtres, le froid est terrible. Pour se chauffer, on coupe les arbres de sa rue, on brûle les livres des bibliothèques, puis les bibliothèques elles-mêmes. " On avait les doigts gelés, on dessinait avec des gants ", sourit Bojan.
" Faisons une fête ! "Dans ce cauchemar répété quotidiennement et même si les deux compagnons carburent à l'amour et à la création artistique, le mariage n'est pas forcément la première idée qui vient à l'esprit en se levant le matin. " Un jour, la mère de Dada lui a demandé : “Vas-tu revenir vivre à Breka ou vas-tu te marier ?” ", raconte Bojan. Il comprend alors qu'après six mois de vie commune, il serait convenable, au moins aux yeux des familles, qu'il fasse enfin sa demande. " Et puis, Davorin -Popovic - le chanteur d'Indexi, " parrain " du rock yougo de Sarajevo - s'est plaint qu'à cause de la guerre, nous ne faisions plus de fêtes, se souvient Dada. Il nous a suggéré de nous marier, pour avoir quelque chose à célébrer. On a dit : “O.K., faisons une fête !” En pleine guerre et en plein hiver. "
Les amoureux se mettent en chasse pour prévenir leurs copains. Dada choisit pour témoin son ami " Sema ", Samir Tataragic, et Bojan son amie " Kova ", Kovinka Maric. La responsable des mariages de la mairie est d'accord pour venir célébrer l'union dans l'appartement de la rue Branislava Durdeva. Non seulement le bâtiment de la mairie de Sarajevo, près du carrefour de Skenderija, est très exposé aux bombardements et aux tirs de snipers, mais " Kova " est alors gravement blessée à la jambe et intransportable.
Il est décidé que le mariage se déroulera sur deux jours : le premier consacré à la cérémonie et à la fête familiale, avec les invités des parents, et le second avec tous les amis que Bojan et Dada parviennent à retrouver malgré l'absence de moyens de communication et, pour beaucoup de Sarajéviens, les interdictions de circulation. Le mariage Hadzihalilovic devient ainsi, les 20 et 21  janvier 1993, la première fête d'un siège qui, au fil des années, en connaîtra beaucoup. Chacun apporte ce qu'il peut, un brin de nourriture des colis d'aide humanitaire ou une bouteille d'alcool trouvée au marché noir. " C'était formidable, dit Bojan. Quelqu'un avait même trouvé un peu de drogue… "
" Et là, ce fut le miracle, enchaîne Dada. L'électricité et l'eau sont revenues en même temps, ce jour-là, pour la première fois, je crois, depuis le début de la guerre. " " Un don du ciel ", rit Bojan. Derrière les fenêtres aux -vitres brisées et calfeutrées pour empêcher que des éclats d'obus volent dans l'appartement, la lumière est de retour. La musique aussi.
Le hasard des rencontres fait qu'un journaliste indépendant américain vivant à -Sarajevo, Jœl Brand, décide de couvrir le mariage pour Life Magazine, en compagnie du photographe Thomas Haley. Lorsque l'article et les photos sont publiés dans Life, -l'histoire de Bojan et Dada devient, aux Etats-Unis, une sorte de symbole. En dépit de la guerre qui fait rage dans le pays, malgré les camps de concentration, les tueries et les viols, il y a encore une note d'espoir, no-tamment à Sarajevo, la ville qui résiste, la ville où l'on se permet même de s'aimer et d'organiser des fêtes.
Quelques mois plus tard, le mariage de leurs amis Senad Zaimovic et Vesna Andree sera, de la même façon, médiatisé à l'étranger après avoir été couvert par une équipe de télévision américaine. Après la guerre, les deux couples créeront ensemble Fabrika, la principale agence de communication de Sarajevo, dont Senad est aujourd'hui le manageur et Bojan le directeur artistique.
Le jour du mariage, Bojan décide de tourner une vidéo amateur pour les amis sarajéviens partis au début de la guerre et réfugiés à l'étranger. On y retrouve des visages amaigris par des mois de privations mais ornés de sourires que Sarajevo n'avait plus l'habitude de voir. On y entend plaisanter, chanter, crier. " Des gens pauvres et affamés arrivaient avec une énergie folle et partageaient le meilleur moment de leur vie ", dit Bojan. Lorsqu'Ugljesa Uzelac, qui fut maire de Sarajevo à l'époque des Jeux olympiques de 1984, des années glorieuses et insouciantes d'avant l'effondrement de la Yougoslavie, fait un discours, un obus de mortier s'abat devant l'immeuble. En dépit des précautions, un minuscule bout de verre ou un éclat lui entaille le crâne. Un filet de sang coule sur son front. Impassible et souriant, porté par l'enthousiasme général et par la slibovic (l'alcool de prune), il poursuit son discours. Une scène incroyable pour quiconque l'aurait vue à l'étranger ; un comportement jugé normal, à la fois " cool " et élégant, par les Sarajéviens assiégés. S'indigner pour si peu serait faire trop d'honneur aux Serbes.
Tous les amours du siège de Sarajevo ne resteront pas dans les mémoires comme ce mariage précurseur et un peu dingue qui se termine bien à la fin : Bojan et Dada sortiront tous les deux de la guerre en vie ; ils auront, dans les années 2000, deux enfants, Dizi et Nusa ; et ils vivent toujours tous ensemble dans l'appartement de la rue Branislava Durdeva, dont les fenêtres donnent sur un joli parc ombragé où les amoureux d'aujourd'hui viennent se conter fleurette sur les bancs publics.
Il y a aussi, évidemment, des histoires terribles. Tant de couples séparés par la guerre, lorsque femmes et enfants ont pu prendre un convoi humanitaire et se réfugier à l'étranger. Tant d'amours définitivement perdus, lorsque l'un fut fauché par l'obus d'un artilleur ou la balle d'un sniper. Et puis il y a cette génération des 18-25 ans, celle née entre 1967 et 1974, la génération des combattants qui se sont sacrifiés pour sauver la ville : beaucoup ont laissé derrière eux des jeunes filles ayant perdu leur premier amour.
" Roméo et Juliette de Sarajevo "L'histoire tragique la plus célèbre reste celle des " amants du pont de Vrbanja ", aussi appelés les " Roméo et Juliette de Sarajevo " par le journaliste de Reuters Kurt Schork, qui les a découverts un matin gisant au bord de la rivière Miljacka. Bosko Brckic et Admira Ismic avaient décidé, après un an dans la ville assiégée, de fuir à Belgrade. Profitant de contacts personnels des deux côtés de la ligne de front – Bosko étant serbe et aussi l'un des meilleurs amis d'un commandant des forces bosniennes –, le jeune homme avait pris la décision tout à fait inhabituelle de tenter de négocier un cessez-le-feu de quelques minutes pour permettre leur passage. Il avait reçu des garanties et, de fait, les combats s'étaient interrompus. L'armée bosnienne les a laissés franchir le dernier check point mais, quand ils ont atteint le milieu du pont, un tireur anonyme les a abattus. Bosko est mort sur le coup ; Admira, blessée, a rampé jusqu'à lui, l'a enlacé et s'est éteinte à son tour. Les deux camps se sont toujours renvoyés la responsabilité de l'assassinat et l'affaire n'a jamais été éclaircie.
L'histoire de Bosko et Admira a donné lieu à des livres et des films sur Sarajevo. Emblématique de la ville multi-ethnique parce que lui était serbe et elle musulmane, elle est aussi restée gravée dans la mémoire de la ville comme le symbole de la tragédie, du fait qu'il n'y avait à l'époque guère d'autre échappatoire que la mort. Après la guerre, lorsque les corps ont été rapatriés du cimetière militaire de l'armée serbe où ils avaient été temporairement inhumés, Bosko et Admira ont été enterrés ensemble, dans une tombe unique, dans le cimetière du Lion de Sarajevo. Leur sépulture est encore aujourd'hui la plus célèbre de ce cimetière où gisent des Sarajéviens de toutes communautés et religions.
Qu'elles se terminent bien ou mal, les histoires d'amour ont rythmé la vie pendant le siège. " Davantage parfois, malheureusement, que dans la paix. Pendant la guerre, nous prenions vraiment soin les uns des autres… Le plus important était l'amour de nos conjoints, parents, amis, voisins, pense Bojan Hadzihalilovic. La guerre, finalement, ça se résume à deux choses : comment survivre, et comment s'aimer. "
Rémy Ourdan
© Le Monde

Valéry Giscard d'Estaing, l'espérance


1er août 2018

Valéry Giscard d'Estaing, l'espérance

Président, la vie d'après 2|6 Mai 1981 : tout s'arrête brusquement pour celui qui avait incarné la modernité. L'" ex " continue de croire en son destin national, malgré les rendez-vous manqués de 1986, 1988 et 1995. Avant que, en 2005, son rêve de premier président de l'Europe ne s'envole lui aussi

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Estaing est une petite commune de l'Aveyron. Sa forteresse du XIe  siècle, construite sur un piton schisteux,était à vendre. " Valéry " l'a achetée en  2005avec son frère Olivier et son cousin Philippe. Puis " Valéry " a créé une fondation qui, à coups de subventions publiques et de dons privés, se charge de restaurer les bouches à feu et les balustres du château.
En  1974,il était le Kennedy français, l'homme de la modernité, le plus jeune président que la France ait élu. Quarante-quatre ans plus tard, Valéry Giscard d'Estaing termine sa vie rattrapé par l'obsession nobiliaire de son père, Edmond, comme prisonnier d'un milieu et d'une éducation. A l'intérieur du château, l'ancien président de la République a installé le musée de son septennat. Anne-Aymone, son épouse, se plaît dans cet endroit paisible et hors du temps. Le Lot coule au pied du château. Au sommet de la forteresse, un petit appartement est réservé au couple. Les jours frileux, les époux se replient à l'hôtel, L'Auberge Saint-Fleuret ou Aux Armes d'Estaing.
Le premier dimanche de juillet, ils déambulent au milieu des villageois qui fêtent saint Fleuret, l'ancien évêque d'Auvergne. Ils ne connaissent pas grand monde mais le château fait partie de la mythologie familiale. Edmond y emmenait ses enfants en -pèlerinage, depuis Chamalières (Puy-de-Dôme). C'est lui qui, avec son frère René, -conseiller d'Etat, avait entrepris, au lendemain de la première guerre mondiale, de relever le nom d'Estaing. La fratrie avait argué d'une lointaine parenté avec l'amiral Charles-Henri, qui avait soutenu la guerre d'indépendance des Etats-Unis avant de se faire guillotiner. La particule adjointe, il manquait encore l'endroit pour fixer l'histoire. Valéry l'a fait. Et tant pis si les vrais aristocrates continuent de rire sous cap.
A 92  ans," le Président ", ainsi que l'appellent ses collaborateurs, porte toujours beau, mais il a perdu un peu de sa superbe. Sa haute stature a comme baissé de quelques centimètres, son oreille est moins fine, le -décès,en janvier,de sa fille Jacinte, atteinte d'une longue maladie, l'a beaucoup affecté. Elle était la benjamine, celle qui posait à ses côtés sur les affiches de la campagne victorieuse de 1974.Il faisait si jeune alors, était porteur de tant de surprenantes avancées, comme cette dépénalisation de l'avortement qu'à peine élu il octroya aux femmes. Aujourd'hui, la société françaisene l'inspire plus. " Elle a si peu le goût du bonheur ", soupire-t-il. Les bons jours, il s'accroche à " sa grande passion ", le projet européen qu'il a contribué à façonner avec" son ami Helmut " Schmidt. Les mauvais, il soupire : " Ah l'Europe ! ", comme si même cette utopie ne parvenait plus à le tirer en avant.
Et pourtant, quelqu'un a pris la relève : -Emmanuel Macron, si jeune, si libéral, si -européen au point qu'on dirait un clone. Oui mais… Valéry Giscard d'Estaing a misé sur François Fillon, le mauvais cheval, comme si choisir Macron, c'était risquer de mourir soi-même.
Le crépuscule est là, mais le décor tient bon, soutenu par la République qui se montre bonne fille avec les anciens présidents de la République. De beaux locaux, boulevard Saint-Germain à Paris, payés par Matignon, une voiture de fonction, deux chauffeurs, deux gardes du corps, un secrétariat, sept permanents. Giscard dispose de toutes les facilités pour se tenir informé des affaires du monde, choisir les séances du Conseil constitutionnel auxquelles il assistera, trier dans les demandes – encore nombreuses – de rendez-vous, décider quel déplacement il acceptera à Bruxelles, Londres ou Washington, s'informer des progrès de la fondation -Re-Imagine Europa, qu'ilvient tout juste de lancer dans la capitale belge.
Corinne, sa fidèle secrétaire particulière depuis dix-neuf ans, est aux petits soins pour lui, comme l'était jadis à l'Elysée " Madame " Villetelle, qui veillait jalousement sur la tranquillité du président. Pour le reste, Valéry Giscard d'Estaing vit comme un grand bourgeois du XIXe  siècle entre son hôtel particulier de la rue Bénouville, dans le 16e arrondissement de Paris, à quelques -enjambées du bois de Boulogne, et le domaine de l'Etoile, propriété de son épouse à Authon, dans le Loir-et-Cher. Une belle demeure du XIXe  siècle qu'Anne-Aymone, née de Brantes, a acquise en viager dans les années 1960 – piscine, tennis, chasse attenante.
Tout est là pour se détendre, assouvir cette passion de la chasse qui fut longtemps celle de son mari et demeure celle de ses fils, -recevoir et travailler aussi. L'ancien président, qui y passe la plupart de ses week-ends, s'y est fait aménager une petite maison. C'est là qu'il a écrit ses Mémoires et ses quatre -romans, dont le très étrange La Princesse et le Président (Editions de Fallois, 2009), qui a fait croire à une idylle avec Lady  Di. Là aussi qu'il a préparé son élection à l'Académie française, qui était à ses yeux d'autant plus importante qu'aucun de ses ancêtres n'avait réussi à y entrer.
Retour par la basePour la République, tout cela a un coût, que l'ancien député  PS René Dosière, lorsqu'il examinait à la loupe les dépenses des élus, a évalué à 3,9  millions d'euros en  2016. En cause : Authon et ses 650  hectares de terrain, difficiles à sécuriser. Depuis 1981, une dizaine de gendarmes mobiles restaient affectés autour de la propriété, ce qui a eu pour effet de propulser Valéry Giscard d'Estaing au rang de l'ancien président le plus coûteux pour la République. Mais lorsque l'état d'urgence a été proclamé à la suite des attentats terroristes, les effectifs ont été redéployés et la surveillance a été considérablement allégée.
Depuis 1981, trente-sept années se sont écoulées et cela dit tout de l'exceptionnelle longévité politique de Valéry Giscard d'Estaing. L'Auvergnat est, de loin, le plus coriace des anciens présidents de la République, le plus surprenant aussi. Aucun de ses successeurs n'aurait aujourd'hui l'idée de tenter, sitôt battu, un retour par la base, de se faire élire conseiller général, député, -conseiller régional, président de la région Auvergne, député européen, pour, finalement, ne jamais parvenir à retrouver les sommets. A ce compte-là, d'autres auraient baissé la garde depuis longtemps.
Pas lui, qui donne encore le change en goûtant devant un public de plus en plus restreint l'ultime hommage de ses affidés. Ce jeudi 17  mai, c'est le député européen Jean-Marie Cavada et le député Jean-Louis Bourlanges qui assurent le spectacle à l'Hôtel de l'industrie, à Paris. Ils ont un siècle et demi à eux deux, mais lorsqu'ils évoquent à coups d'hyperboles " l'immense talent " de leur mentor devant les adhérents du Mouvement européen, on croirait deux étudiants en médecine rougissant devant le mandarin.
A quelque âge qu'on le prenne, Giscard impressionne. Il ne laisse jamais rien paraître, sauf quand on le flatte. Alors, le regard s'allume et l'oreille se tend. " Narcisse homme d'Etat ", disait de lui Raymond Barre, qui l'avait servi près de cinq ans à Matignon. -Depuis la publication de ses Mémoires, Le Pouvoir et la Vie (Compagnie 12, 2006 pour le tome  3), ses lecteurs n'ignorent rien de ce qu'il a enduré le soir du 10  mai 1981, lorsque François Mitterrand l'a battu par 51,8  % des suffrages. Il a été très malheureux, comme un premier de la classe qui, soudain, défaille sans comprendre pourquoi.
Beaux diplômes, beau mariage, belle élection dans le Puy-de-Dôme, belle nomination à" ses chères " finances, bon serviteur de l'Etat, avec ce qu'il faut d'indépendance et de modernité pour se faire élire, à 48  ans, président de la République française. Il était la gloire de la famille, le meilleur, celui qui avait propulsé la dynastie à un niveau qu'elle n'avait jamais atteint. Et brusquement, tout s'arrête. Les Français ne veulent plus de lui. " Vous ne pouvez pas savoir ce que c'est que d'être battu ", soupire-t-il devant sa fidèle conseillère Mylène Descamps, avant de préparer, solitaire et vexé, son " au revoir " télévisé qui se révèle aussi théâtral que raté avec cette chaise vide filmée une longue minute au son de La  Marseillaise. Il est pour tout dire ridicule et pourtant, quatre mois plus tard, c'est un Giscard transformé qui repart au combat.
Pour digérer sa défaite, l'homme blessé s'est d'abord isolé, en juin, dans un monastère du mont Athos, au nord de la Grèce. Décor vertigineux, silence monacal. " Un besoin de spiritualité ", expliquera-t-il plus tard. Mais le séjour est bien trop court pour être salvateur. C'est en fait le Canada qui le sauve de la dépression. Mi-juillet, il s'envole avec Anne-Aymone et trois de ses enfants pour Calgary. Il a prévu de s'isoler quinze jours dans un ranch, au cœur des Rocheuses, dans le plus complet anonymat. Le séjour durera six semaines.
Ce mois et demi passé loin de la France constitue le moment le plus atypique de sa vie d'après. Une vraie rupture à la hauteur du choc qu'il vient de subir. Lui qui se montre en général froid comme le marbre, dont les intimes se comptent sur les doigts de la main, va se livrer comme jamais à un homme qu'il ne connaît guère. Jean Frydman, son hôte, est un entrepreneur qu'il a rencontré quelques mois avant la fin de son mandat dans le cadre du réchauffement des relations entre la France et Israël. Le courant est vite passé, car Frydman est riche, vif et chaleureux. Au fil de la conversation, l'homme d'affaires en est venu à parler du ranch qu'il s'est offert au Canada. En retour, le président lui a confié sa fascination pour l'Ouest et sa frustration de n'avoir jamais pu s'y rendre. L'invitation prend l'allure d'une boutade : si le président perd, il aura droit à sa cabane au Canada !
La vie est simple au ranch. Le premier -village est à vingt-cinq kilomètres, il n'y a guère de personnel de service, chacun fait la vaisselle à tour de rôle.  C'est dans ce paysage grandiose que l'ancien président, redevenu " Valéry ", réapprend les gestes de la vie quotidienne. Il joue avec ses enfants, marche, monte à cheval. " J'ai besoin de reconstituer ma famille, qui a beaucoup souffert du -septennat ", a-t-il confié à son hôte. Pas -seulement. Dès son arrivée, il a demandé un coin pour s'isoler. Jean Frydman a poussé un vieux canapé et, en tête-à-tête, ils ont fait un retour sur la défaite, chaque jour un peu plus approfondi pour, finalement, toucher le point sensible, cette arrogance que les Français n'avaient pas supportée chez leur président qui, de Kennedy, était passé sans crier gare à Louis  XV.
Reconquête depuis la rue Benouville" Je suis l'homme de mon milieu ", a fini par reconnaître le fils d'Edmond et de May. Parmi ses déconvenues, il a évoqué les dîners chez les Français, qu'il avait sollicités dans le but de briser la glace et qui ont été ressentis comme un signe supplémentaire de condescendance. Lui, pourtant, les avait appréciés. Un autre jour, il parvient à évoquer ce père dont il ne parle jamais et qui lui a " appris à être dur ". A la fin du séjour, il a tellement baissé la garde qu'il demande à -revenir l'année prochaine. L'homme s'est enfin trouvé. En tout cas, il le croit.
De retour à Paris, il repart en campagne. Il faut alors imaginer un Giscard heureux, un Giscard libéré, un Giscard presque normal qui, comme n'importe quel Français, tient à conduire lui-même son automobile, une Peugeot 505  verte. A Tarbes, il fait carton plein : 1 000  couverts payants lors d'une rencontre organisée par les Clubs perspectives et réalités. En Alsace, il claque la bise aux -dames en se régalant de kouglof. A Toul (Meurthe-et-Moselle), il dort dans le lit du général Bigeard, qui l'a invité à dîner chez lui et ne veut plus le lâcher.
Son équipe, installée rue François-Ier, dans le 8e  arrondissement de Paris, a sélectionné les terres les plus giscardiennes pour faciliter son retour. Afin de mettre toutes les chances de son côté, le polytechnicien à l'esprit rationnel a entrepris de faire de la " sociodynamique ". Toutes les trois semaines, il s'en va consulter les responsables du cabinet -Bossard Consultants, qui ont mis au point une méthode infaillible pour aider les chefs d'entreprise aux prises avec la CGT à sortir des conflits. Principe de base : pour reconquérir les territoires perdus, mieux vaut s'occuper de ses alliés plutôt que de tenter de séduire ses adversaires. Application pratique : à partir de 1985, l'ancien président ouvre largement les portes de son domicile parisien aux giscardiens et aux entrepreneurs amis. L'hôtel particulier de la rue Benouville entre dans la légende politique.
Deux étages sur jardin donnent l'impression, sitôt le porche franchi, d'être hors du temps. Le maître d'hôtel accueille le visiteur dans le hall, puis le dirige vers le parc, où un buffet est servi. Anne-Aymone et les enfants circulent entre les invités. L'ancien président est en pleine phase de reconquête. Il s'humanise, enfin, un peu. Les journalistes qui le suivent à l'époque se souviennent de ces " bonjour madame, bonjour monsieur " un peu empruntés qu'il adresse aux unes et aux autres et qu'il assortit systématiquement d'un " Comment êtes-vous venus ". Giscard, qui connaît la moindre route départementale, n'est pas mécontent que cela se sache. Autour de sa table, on place les consœurs les plus avenantes. Pour exister, l'ancien -président a toujours besoin de séduire et d'impressionner. En mars  1982, il s'est fait élire conseiller général du Puy-de-Dôme dès le premier tour. En  1984, il est redevenu député dans les mêmes conditions. Deux ans plus tard, il espère beaucoup plus.
18  mars 1986, un avion du Groupe de liaisons aériennes ministérielles (GLAM) attend sur le tarmac de l'aéroport de Clermont-Ferrand, prêt à le ramener à Paris en cas de besoin. Matignon est à portée de main. François Mitterrand, qui inaugure la première cohabitation, lui a fait miroiter le poste de premier ministre. Contacté par Michel Charasse, sénateur du Puy-de-Dôme et conseiller à l'Elysée, l'homme du " bon choix pour la France " s'est empressé de dire qu'il était " à la disposition du président de la République ", prêt à reprendre l'œuvre inachevée, là où il l'avait laissée. Depuis le 10  mai 1981, il ne pense qu'à ça." Il s'est vraiment vu à -Matignon, se souvientAnne Méaux, sa -conseillère en communication de l'époque. Son équipe était prête, il voulait que Michel Pébereau, son ancien conseiller au ministère des finances, revienne travailler avec lui. "
Mais c'est Jacques Chirac qui est choisi. Première journée de dupes, suivie de beaucoup d'autres. Valéry Giscard d'Estaing ne sera jamais nommé premier ministre. Et il ne sera plus jamais en situation de redire aux Français qu'il est candidat à la présidence de la République. En  1988, Raymond Barreson ancien premier ministre, se met en travers de son chemin. Sept ans plus tard, Edouard Balladur, venu des rivages RPR, lui dérobe tout : son fonds de commerce et ses troupes. Et pourtant, il y croit. Il n'a jamais cessé d'y croire. En décembre  1994, quatre mois avant le premier tour de la présidentielle de 1995, il est au plus bas dans les sondages, esseulé comme jamais. Mais c'est plus fort que lui : il est persuadé qu'Edouard Balladur n'osera pas se présenter, que ce sera un face-à-face Giscard-Chirac, qu'il remportera à coup sûr puisqu'il est le meilleur. Le séjour chez -Frydman n'a pas tout réglé.
De nouveau, il souffre, traînant derrière lui cette " inguérissable nostalgie " d'avoir été et de ne plus être. Un jour que la guerre Villepin-Sarkozy est venue supplanter le match Chirac-Giscard, il confesse à Brice Hortefeux : " J'aurais apprécié de vivre moi-même cette -période. " Mais voilà, aucun de ses modèles n'a fonctionné. A l'automne 1981, il se prenait pour Raymond Poincaré, l'ancien président de la République qui avait opéré un retour par la base avant de redevenir président du Conseil. Pour la présidentielle de 1995, il était Richard Nixon, le républicain battu de 1960 qui avait laissé passer son tour en  1964 pour mieux se faire élire, quatre ans plus tard, président des Etats-Unis. En réalité, Valéry Giscard d'Estaing approche des 70  ans et même son parti ne veut plus de lui.
Cette fois, on le croit fini. Eh bien non. Six ans plus tard, il renaît de ses cendres dans la peau d'un nouveau personnage : Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis, l'homme qui a rédigé la déclaration d'indépendance, un libéral autoritaire qui, à force d'obstination et de ruse, est parvenu à faire plier les délégués de la convention de Philadelphie ! Lui sera le Jefferson de l'Europe, et c'est ainsi qu'il marquera l'Histoire.
Lorsqu'en décembre  2001, une convention pour l'avenir de l'Europe est décidée, il se voit en " père " de la Constitution européenne et, pourquoi pas, dans la foulée, en premier -président de l'Europe. Toujours ce goût du challenge et toujours cette préparation de très haut niveau à laquelle il s'astreint depuis son plus jeune âge. " Vous le prenez à 60, 70, 80, 90  ans, il continue de suivre les grands dossiers comme s'il allait réexercer le pouvoir demain ", constate Alain Lamassoure, son ancien conseiller.
" La faute à Chirac "Et cette fois, personne ne lui barre la route. A force de travailler ses idées et ses réseaux, il s'est mis tout le monde dans la poche : la droite, la gauche, les Allemands et les autres. Il est redevenu le grand Giscard, celui qui parle au monde. Son rêve dure trois ans. Trois ans d'interminables négociations et de fulgurantes avancées. Et puis tout s'effondre. Le 29  mai 2005, les Français disent non au traité constitutionnel européen, sa grande œuvre, son apothéose. " La faute à Chirac ", accusera Valéry Giscard d'Estaing, qui, cette fois, ne pardonne pas. " La faute à Giscard ", rétorquera en privé l'accusé, reprochant à l'ancien président d'" avoir coulé le truc " avec son " cénacle d'aristocrates ".
Un court moment, les deux hommes ont siégé ensemble au Conseil constitutionnel, en qualité d'anciens présidents de la République, moyennant une rétribution mensuelle de12 000  euros. Et c'était tout un spectacle de les voir s'ignorer superbement, eux qui, pendant plus de trente ans, avaient nourri l'un des plus spectaculaires feuilletons de la guerre des droites. Valéry Giscard d'Estaing arrivait toujours à la dernière minute, lorsque les autres membres étaient déjà assis. Il se dirigeait alors vers sa place, ce qui lui permettait de ne saluer que ses voisins les plus proches sans paraître impoli. C'était le stra-tagème qu'il avait inventé pour ne pas avoir à serrer la main de celui qu'il avait si longtemps pris pour " un brave type " et qu'Anne-Aymone avait assez rapidement considéré comme " un sale type ".
Un jour, Jacques Chirac, malade, n'est plus venu, et Valéry Giscard d'Estaing est devenu le dernier des " ex " à y siéger. Nicolas Sarkozy et François Hollande y ont renoncé. La prochaine révision constitutionnelle interdira la présence des anciens présidents de la République, mais VGE pourra y demeurer ad vitam æternam en vertu de cette curieuse -précision : " Application immédiate, sauf à tout ancien président ayant participé dans la dernière année aux travaux du conseil. " -Emmanuel Macron en a décidé ainsi, sans susciter de forte contestation, comme s'il s'agissait de l'ultime dû de la République monarchique au plus ancien de ses anciens présidents. C'est le premier ministre, Edouard Philippe, qui, un jour de visite rue Benouville, est venu apporter la nouvelle, sans parvenir à combler tout à fait le vide de l'après.
Avant de tirer sa révérence, Valéry Giscard d'Estaing a une autre faveur à faire valoir : que le Musée d'Orsay, son musée, celui qu'il a sauvé du naufrage durant son septennat, porte son nom. L'ancienne gare, située à deux pas de l'Assemblée nationale, abrite quelques-uns des chefs-d'œuvre de la peinture du XIXe  siècle. Alors oui, la boucle serait bouclée. Il a tant aimé ce siècle.
Françoise Fressoz
© Le Monde

Israël est devenu " un régime d'apartheid "

 
1er août 2018

Israël est devenu " un régime d'apartheid "

Pour Ahmad Tibi, vice-président de la Knesset (Parlement israélien), avec l'adoption de la loi sur l'Etat-nation du peuple juif, Israël entérine officiellement deux systèmes séparés

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En dépit du fait que nous vivons ici depuis des siècles, Israël a, depuis sa fondation en  1948, tenté de faire en sorte que ses citoyens palestiniens, les survivants de la Nakba, se sentent comme des étrangers dans leur propre patrie. Alors que les Israéliens instauraient un système de discrimination institutionnelle contre les citoyens non juifs, ils ont veillé à préserver les apparences en répétant qu'Israël était " la seule démocratie du Moyen-Orient ".
Mais, en réalité, Israël est une démocratie pour les Juifs, et un pays juif pour les Arabes. C'est une théocratie qui a bâti un Etat comportant deux systèmes séparés : un pour la population privilégiée, les Juifs, et un pour les citoyens palestiniens arabes de seconde classe. Désormais les choses sont plus claires : en approuvant la loi sur " l'Etat-nation du peuple juif ", Israël est officiellement devenu un régime d'apartheid fondé sur la suprématie juive.
Même avant le vote de cette loi, qui n'accorde les pleins droits politiques et nationaux qu'à la seule population juive, il existait déjà en Israël plus de cinquante dispositions législatives qui ne discriminaient que ses citoyens non juifs. Mais la nouvelle législation va au-delà de la discrimination immédiate que les citoyens palestiniens d'Israël subissent dans leur accès aux services. En réaffirmant l'annexion illégale de Jérusalem-Est et en validant la poursuite de la colonisation juive, elle vise à renforcer le projet politique d'Israël d'enterrer la solution à deux Etats dans les frontières de 1967, rendant de fait impossible l'existence de deux Etats indépendants vivant côte à côte dans la paix et la sécurité, une solution qu'avait approuvée la communauté internationale, et en particulier l'Europe.
Soutiens internationauxLe gouvernement israélien s'est senti en mesure de faire passer ce texte parce qu'il bénéficie du soutien de l'administration Trump. Les " trois mousquetaires sionistes ", comme j'appelle l'équipe du président Trump pour le Moyen-Orient – Greenblatt, Kushner et Friedman –, partagent la même idéologie sioniste radicale que le gouvernement israélien. Ils ne considèrent pas les Palestiniens comme étant égaux en droits et ne sont même pas capables de prononcer les mots " droits des Palestiniens " ou " Etat palestinien ".
En plus de la position américaine, l'Union européenne a assuré Israël, à plusieurs reprises, qu'elle ne lui imposerait aucune sanction pour ses violations systématiques du droit international et des résolutions de l'ONU, renforçant ainsi la culture israélienne de l'impunité. Et l'ambassadeur de l'UE à Tel-Aviv ne cesse de répéter que l'Union européenne et Israël " partagent les valeurs de la démocratie, de l'Etat de droit et du respect des droits de l'homme ".
Aujourd'hui, l'Union européenne se doit d'agir en vertu de ses propres principes. L'accord d'association UE-Israël stipule dans son article  2 que " les relations entre les parties, tout comme les clauses de l'accord lui-même, seront fondées sur le respect des droits humains et des principes démocratiques qui guident leur politique nationale et internationale et constitue un élément essentiel du présent accord ".
La loi sur l'Etat-nation du peuple juif prive du droit à l'autodétermination l'ensemble des Palestiniens, c'est-à-dire la " population non juive " vivant sur le territoire historique de la Palestine, qui englobe Israël et les territoires occupés de Palestine : chrétiens, musulmans et Druzes, du Jourdain à la Méditerranée et de la Galilée aux étendues désertiques du Naqab/Néguev. Cela représente plus de 50  % de la population totale vivant sous contrôle israélien. L'Union européenne est-elle disposée à accepter la réalité de cet apartheid comme faisant partie des prétendues " valeurs partagées " entre Israël et l'UE ? Quel est le représentant européen qui osera déclarer que cette situation relève des " principes démocratiques " qui conditionnent l'accord d'association UE-Israël ?
Les défenseurs d'Israël, notamment ceux qui pratiquent la hasbara - propagande - , ne manqueront pas de souligner que la présence de quelques citoyens palestiniens dans la Knesset est la preuve que le pays reste une démocratie. Or, la nouvelle loi ne mentionne pas une seule fois ce terme. Ce qui importe, c'est que la démocratie va bien, au-delà de notre présence au Parlement, et aujourd'hui Israël ne peut plus prétendre au statut de démocratie. La Knesset refuse systématiquement de discuter de tout projet de loi demandant l'égalité pleine et entière pour tous les citoyens de l'Etat, sans distinction religieuse ou nationale. Le projet de loi que je soumets chaque année pour demander qu'une part égale de terre soit allouée à tous les citoyens est toujours rejeté.
L'ethnocratie israélienne s'est officiellement transformée en un régime d'apartheid. Cette situation ne changera pas tant qu'Israël ne paiera pas le prix de son racisme, de son arrogance et de ses violations du droit international. L'UE et ses Etats membres peuvent continuer à encourager cette politique en fermant les yeux sur la réalité, ou bien ils peuvent agir pour préserver la possibilité d'une paix juste et durable qui garantisse les droits de tous : Israéliens et Palestiniens, chrétiens, Druzes, musulmans et juifs. Premier partenaire commercial d'Israël, l'Europe dispose de suffisamment de moyens pour stopper cette folie sioniste extrémiste encouragée par l'administration Trump. Nous respectons l'histoire et les valeurs européennes. Nous sommes impatients de voir ces valeurs à l'œuvre et d'en éprouver les effets.
Ahmad Tibi
© Le Monde

LE CINEMA - Mario....La solitude du joueur de foot gay


LE CINEMA


1er août 2018

La solitude du joueur de foot gay

Le cinéaste suisse Marcel Gisler signe une fiction sur l'amour impossible d'un couple de footballeurs homosexuels

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Sois hétéro et tais-toi ", telle est la version masculine du " sois belle et tais-toi " dans le milieu du football masculin de haut niveau. Mario, de Marcel Gisler, ouvre un chapitre sur la question taboue de l'homosexualité sur le terrain, et dans les vestiaires. Pas vraiment fan du ballon rond, le réalisateur suisse s'est lancé dans cette aventure en  2010 avec son coscénariste Thomas Hess, constatant, un peu surpris, qu'aucun long-métrage n'avait abordé jusque-là ce sujet à fort potentiel dramaturgique.
Le film raconte l'amour impossible entre Mario (Max Hubacher) et Léon (Aaron Altaras), deux joueurs prometteurs qui évoluent dans le même club, le FC Sankt Pauli, basé à Hambourg. Le film a été tourné dans ce club réputé pour son ouverture sur l'égalité des droits et des sexualités. L'équipe du film a pu bénéficier de ses infrastructures et de la présence de joueurs semi-professionnels – les vrais joueurs étant pris par des matchs de championnat. Mario a également reçu le soutien du Berner Sport Club Young Boys de Berne.
Très documenté, le scénario pointe deux ennemis sur la carte de Tendre, l'homophobie latente au sein de l'équipe, et l'enjeu de la cote des joueurs, avec des sponsors prêts à tout pour faire passer un homo pour un hétéro. Il existerait même des agences proposant des jeunes femmes aptes à figurer la compagne de tel champion homo. Les deux scénaristes de Mario ont trouvé une autre idée pour traiter la parodie du joueur et de sa – forcément – jolie femme. Mario est un miroir de l'hypocrisie de notre société. Dans les pays occidentaux, on se dit tolérants à l'égard de l'homosexualité, mais parfois il y a des enjeux plus importants, comme l'argent… ", déclare au MondeMarcel Gisler. Il s'explique au téléphone, depuis la Suisse : " Dans d'autres disciplines, où l'enjeu commercial est moindre, des sponsors ont pu soutenir des sportifs gay. Dans le foot, c'est différent : les joueurs doivent continuellement augmenter leur valeur de marché. Il ne faut donc pas se fermer des portes. Si un footballeur souhaite rejoindre un club en Russie, il ne doit pas parler de son homosexualité. Et la prochaine Coupe du monde, en  2022, aura lieu au Qatar, où l'homosexualité est condamnée ", résume le cinéaste.
Enfouissement de l'identitéOn ne connaîtra pas le nom du manageur suisse qui lui a parlé de la réalité gay dans des clubs allemands. Mais on sait que l'ancien joueur allemand Marcus Urban, l'un des premiers footballeurs de renom à avoir révélé son homosexualité – en  1993, à l'âge de 23 ans –, a lu le scénario de Mario et a donné " quelques conseils " à Marcel Gisler. Dans un entretien à 20  Minutes, en  2008, il expliquait comment il s'était menti à lui-même pendant des années. Son entraîneur lui avait fait comprendre qu'il n'y avait pas d'alternative à l'hétérosexualité. Un jour, il lui avait dit : " Maintenant, vous avez 18 ans, et vous pouvez accueillir une fille dans votre chambre. Le contraire me décevrait profondément… "
Mario explore cet enfouissement de l'identité et cet accommodement à la négation de soi. Le personnage de Mario est pragmatique. Tout amoureux qu'il est, il veut bien maquiller la réalité dans l'espoir de franchir les barrières qui se dressent les unes après les autres devant lui, tandis que Léon serait prêt à sacrifier sa carrière pour vivre son idylle. Le romantisme de l'un se heurte à une certaine froideur de l'autre. Crash assuré… Même au faîte de sa gloire, Mario semble minuscule et perdu au milieu de l'immense terrain, qui retentit pourtant des acclamations du public. Le film réussit à nous toucher avec un sentiment universel : la solitude.
Le temps de quelques images, trop courtes malheureusement, Mario montre des moments d'entraînement aussi beaux qu'inattendus, pour la douceur qui s'y exprime entre les joueurs. On se demande alors comment cette fraternité peut virer à la haine dès lors que la sexualité de l'un sort de la " norme " hétéro.
De fait, il est rarissime, dans le foot, qu'un joueur célèbre se dise ouvertement gay. En  2014, l'international allemand Thomas Hitzlsperger a été l'un des premiers à faire son  coming out, dans le magazine Zeit, alors qu'il prenait sa retraite à 31 ans. En juin  2018, l'Américain Collin Martin, 23 ans, est devenu le deuxième joueur ouvertement gay à évoluer en Major League Soccer, en publiant sur les réseaux sociaux une photo de lui entouré du drapeau arc-en-ciel, gay friendly. L'Américain Robbie Rogers l'avait précédé en  2013, faisant " ses aveux " sur son blog à l'âge de 25 ans, alors qu'il quittait le club anglais de Leeds United – avant de rejoindre le Los Angeles Galaxy.
En arrivant sur les écrans français le 1er  août, Mario va croiser la route des Gay Games, qui ont lieu du 4 au 12  août à Paris. Son parrain n'est autre que la star Lilian Thuram, vainqueur de la Coupe du monde avec les Bleus en 1998, par ailleurs très engagé contre le racisme et l'homophobie. Le distributeur de Mario, Epicentre, a fait le choix de ne pas sortir le film pendant la Coupe du monde, de peur que les salles de cinéma soient vides. Tant pis pour le pavé qui aurait pu être lancé dans le milieu du " foot -hétéronormatif ", pour reprendre l'expression du réalisateur.
Clarisse Fabre
© Le Monde