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mardi 27 novembre 2018

Trump entre triomphalisme et alarmisme - le 3.11.2018

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Trump entre triomphalisme et alarmisme
En meeting, le président américain vante son bilan et joue sur la peur des migrants
COLUMBIA (MISSOURI)- envoyé spécial
La lumière décline sur le petit aéroport régional de Columbia, dans le Missouri, et les sympathisants de Donald Trump continuent d’affluer. Les parkings, pris d’assaut, sont depuis longtemps hors d’atteinte. Les voitures s’alignent sur le bas-côté des routes alentour, obligeant leurs passagers à parcourir les derniers miles à pied dans une fraîcheur automnale qui ne dissipe pas la bonne humeur.
Kim Wells, la soixantaine, ne regrette pas d’avoir marché autant pour enfin voir son héros, tout comme James Herrera, qui a le même âge. L’un comme l’autre habitent à proximité. L’un comme l’autre mentionnent spontanément l’immigration lorsqu’on leur demande la raison principale de leur soutien au camp républicain.
Ce thème est justement celui qu’a choisi Donald Trump pour mobiliser ses troupes à moins d’une semaine des élections de mi-mandat. Trois semaines plus tôt, les démocrates étaient mis en cause dans ses meetings pour avoir tenté de bloquer la nomination du juge Brett Kavanaugh à la Cour suprême. Désormais, ils sont accusés de vouloir « des frontières ouvertes », et de favoriser « le chaos et le crime » que le président associe systématiquement à l’immigration illégale.
Dans le hangar ouvert sur le tarmac où se sont rassemblés plusieurs milliers de personnes, la liesse est à son comble lorsque l’avion présidentiel tant attendu s’arrête enfin à un jet de pierre de la scène dressée pour la circonstance. Pendant plus d’une heure, Donald Trump fait s’alterner triomphalisme et mises en garde. D’abord, il renvoie à « la meilleure situation économique qu’a jamais connue notre pays », dont il revendique l’exclusive paternité, jonglant au point de donner le tournis avec les millions d’emplois et les milliards de contrats que produit, selon lui, sa politique. Puis, alarmiste, il évoque la « caravane » de migrants d’Amérique centrale arrivés pour l’instant au Mexique et qui fuient la violence dans leurs pays pour demander l’asile aux Etats-Unis.

Alimenter la surenchère

Ces migrants sont devenus l’arme de campagne désormais privilégiée par Donald Trump. Leur mention électrise l’assemblée, qui reprend immédiatement l’un des slogans de la campagne présidentielle de 2016 : « Construisez le mur », sur la frontière avec le Mexique. Le président des Etats-Unis, engagé depuis la veille dans un marathon de onze meetings de campagne qui s’achèvera en Floride, à la veille du scrutin, ne laisse à personne le soin d’alimenter la surenchère. En un jour, le nombre de soldats qu’il veut déployer à la frontière est ainsi passé de 5 000 à 15 000 hommes.
Quelques heures avant de se poser dans le Missouri, il a dénoncé une nouvelle fois une « invasion » avant d’assurer que si les migrants « veulent lancer des pierres sur notre armée, notre armée répliquera ». « Je leur ai dit de considérer cela comme un fusil », a-t-il ajouté, alors que d’anciens généraux comme James Stavridis, ancien responsable de la zone sud qui comprend la frontière avec le Mexique, a déploré « une militarisation inutile ». Manifestement embarrassé, le Pentagone, interrogé par l’Agence France-Presse, s’est refusé à commenter une « situation hypothétique ».
Moins d’une semaine après le massacre de la synagogue de Pittsburgh, perpétré par un suprémaciste blanc qui reprochait à une organisation juive de protection des réfugiés de favoriser « l’invasion » des Etats-Unis, Donald Trump refuse de céder aux appels à la modération. Devant ses sympathisants, à Columbia, il reprend d’ailleurs une théorie du complot agitée par l’aile droite républicaine.
La caravane relève-t-elle « du hasard » ?, fait-il mine de s’interroger, avant de répéter que « quelqu’un a été impliqué, et pas de notre côté ». Une allusion transparente aux accusations entretenues par l’ultra-droite américaine portées contre le philanthrope démocrate George Soros, cible d’un colis piégé expédié par un sympathisant du président, Cesar Sayoc, arrêté en Floride le 26 octobre après avoir envoyé des engins explosifs à une dizaine de personnalités jugées hostiles à Donald Trump.

Discréditer le droit du sol

Pour entretenir les passions, le président livre alors à son auditoire une image destinée à discréditer le droit du sol, en vigueur pour l’obtention de la citoyenneté américaine. Il a promis cette semaine de le supprimer d’un trait de plume, par décret, alors qu’il fait l’objet d’un amendement de la Constitution des Etats-Unis.
Il s’agit d’« une politique folle, cinglée, s’indigne Donald Trump. Pensez-y, vous êtes un ennemi de notre pays, vous êtes un général qui n’a que la guerre en tête, vous êtes un dictateur que nous haïssons et qui est contre nous, et ce dictateur a une femme qui a un bébé sur le sol américain. Félicitations ! Votre fils ou votre fille est maintenant un citoyen américain. Est-ce que quelqu’un pense que tout cela a un sens ? », demande le président.
Deux jours plus tôt, il a publié sur son compte Twitter une publicité de campagne mettant en scène le meurtrier de deux policiers en Californie entré illégalement aux Etats-Unis et condamné à la peine capitale, avec des images de la « caravane ». Le tout accompagné d’un message sans équivoque : « Ce que les démocrates font à notre pays est scandaleux. »

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