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lundi 26 novembre 2018

En Grèce, Wauquiez dénonce la crise migratoire

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le 2.11.2018
En Grèce, Wauquiez dénonce la crise migratoire
Laurent Wauquiez, président de LR, au camp de migrants de Moria, sur l’île grecque de Lesbos, le 30 octobre. OLIVIER FAYE/ « LE MONDE »
Le président de LR veut mettre l’immigration au cœur de la campagne des européennes
REPORTAGELESBOS (GRÈCE)- envoyé spécial
Le décompte est actualisé au feutre chaque jour sur le tableau qui orne le bureau du directeur : 7 464, ce mardi 30 octobre. Ce chiffre représente le nombre de personnes hébergées au camp de Moria, à Lesbos, petite île grecque de la mer Egée d’où l’on distingue sans peine les côtes de la Turquie voisine. Bien plus que les 3 000 places répertoriées officiellement dans les baraquements de ce « hot spot », centre destiné à identifier et à contrôler les migrants. En dehors de cette enceinte cernée de grillages et de barbelés, des tentes ont été dressées au milieu des collines et des oliviers pour pallier les manques.
A Moria, les demandes d’asile sont examinées dans un délai de six à neuf mois en moyenne. Afghans (48 %), Syriens (11 %), Irakiens (8 %)… Le directeur tient une comptabilité précise des nationalités sur son tableau – chacun est réparti sur le site en fonction de son pays d’origine. « Combien de personnes y a-t-il en plus par rapport à l’année dernière ? », interroge le président du parti Les Républicains (LR), Laurent Wauquiez, qui achève mardi une visite de deux jours en Grèce, axée sur le thème de l’immigration.
« 24 %, répond le directeur, traduit par une interprète.
 Vous avez fait combien de réadmissions en 2018 vers la Turquie ?, poursuit M. Wauquiez.
 Très peu, convient son interlocuteur, qui ne dispose pas d’un chiffre précis.
– Et vous avez eu des problèmes d’exploitation sexuelle ? De violence ? D’intégrisme ? », demande le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
 Pas de djihadistes. Mais s’il y en a, ils le cachent. Il y a des cas de harcèlement sexuel, des rixes, et l’alcool est un gros problème. »
Le directeur ne veut pas trop s’étendre sur ces considérations. Il craint pour la réputation de son camp, où la situation a déjà été évaluée par la gouverneure de la région du nord de la mer Egée comme « dangereuse pour la santé publique et l’environnement »« Ce n’est pas votre travail qui est en question, c’est un système qui ne marche pas », tient à le rassurer M. Wauquiez.
A sept mois des élections européennes de mai 2019, le patron de la droite française tient plus que jamais son sujet de campagne. « Nous sommes confrontés à l’échec et à la misère de notre politique migratoire, qui n’est ni humanitaire ni ferme, lance-t-il, une fois installé sur une terrasse du port de Mytilène, à quelques minutes en voiture du camp. L’Europe ne s’occupe plus de ses frontières. Tous ceux qui les franchissent, même illégalement, sont accueillis, ajoute M. Wauquiez. L’Europe ne peut pas être l’Europe des frontières ouvertes : c’est l’Europe pour laquelle plaide Emmanuel Macron. Nous plaidons pour une Europe qui protège. (…)Nous sommes submergés par un nombre que l’on n’est pas capables de gérer correctement. »
Un peu plus tôt dans la journée, l’ancien ministre des affaires européennes de Nicolas Sarkozy était monté à bord d’un navire de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, pour une sortie en mer. Il critique une « espèce de conglomérat », un « alliage de bric et de broc ». D’un côté, des équipages venus de différents Etats membres « qui restent un mois et demi » puis repartent, et, de l’autre, des bateaux envoyés par tel ou tel pays de l’Union européenne. « Nous avons besoin de changer de dimension, il faut des bateaux européens, un corps de garde-frontières européen », avance-t-il. Et de réclamer, en sus, « deux lignes de protection : une européenne, l’autre nationale », avec le retour de contrôles aux frontières intérieures, « comme à Vintimille », entre la France et l’Italie. La plupart des réfugiés qui transitent par la Grèce souhaitent rejoindre l’Allemagne ou la Scandinavie, mais M. Wauquiez n’en démord pas : « La France est souvent la destination ultime. »

« Bunker de Bruxelles »

A chacun sa méthode dans cette campagne des européennes qui ne dit pas encore son nom. Emmanuel Macron court les capitales du Vieux Continent pour se poser en héraut du « progressisme » face aux « nationalistes » ; Marine Le Pen, elle, rend visite à son allié Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur italien, pour mettre des coups de boutoir au « bunker de Bruxelles » ; Laurent Wauquiez, enfin, cherche du renfort du côté de la « nouvelle génération » de la droite européenne. Celle qui voudra bien défendre, comme lui, une double exigence : « baisser les taxes » de « populations asphyxiée s d’impôts » et « traiter sérieusement le problème de l’immigration ». Une nouvelle garde qu’il assure voir émerger en Espagne, en Suède, en Allemagne – où le processus de succession d’Angela Merkel s’engage – et en Grèce.
Lundi, le président de LR rencontrait à Athènes Kyriakos Mitsotakis, président du parti Nouvelle Démocratie, une formation de centre droit. A 50 ans, ce dernier apparaît comme une potentielle alternative au premier ministre grec, Alexis Tsipras, issu de la gauche radicale. Des élections législatives pourraient avoir lieu en mai, au même moment que les européennes. « Quel est le choix après le populisme ? Prendre un parti traditionnel et le changer », théorise M. Mitsotakis.
M. Wauquiez, lui, veut inverser cet ordre des choses et faire de ce parti traditionnel qu’est LR une droite capable d’« arrêter cette vague populiste ». Raison pour laquelle le quadragénaire n’associe pas Sebastian Kurz, le jeune chancelier conservateur autrichien, à sa liste d’alliés de cœur. « Le problème, c’est son alliance avec l’extrême droite », souffle-t-il.
La « nouvelle droite » wauquiéziste propose au contraire d’assécher ce courant de pensée en reprenant à son compte certains de ses thèmes – en premier lieu l’immigration. « On l’a vu en Allemagne, quand la droite ne fait pas son travail, elle laisse un boulevard à l’extrême droite », revendique un proche du président de LR. Laurent Wauquiez a conscience, malgré tout, que son vieux parti traditionnel, en mauvaise posture dans les sondages, n’aura peut-être pas le temps de se reconstituer une seconde jeunesse avant les élections européennes.

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