Le parquet de Paris a retenu, lundi 26 mars, la piste de l'assassinat antisémite, trois jours après la découverte du corps lardé de coups de couteau et en partie calciné, d'une femme âgée de 85 ans de confession juive, à son domicile parisien. Une information judiciaire a été ouverte le même jour pour " assassinat à raison de l'appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion et sur personne vulnérable ". Deux jeunes hommes ont été mis en examen, lundi soir, pour " homicide volontaire " avec la même circonstance aggravante notamment en raison, selon nos informations, des déclarations en garde à vue de l'un d'entre eux. Les chefs de " vol aggravé " et de " dégradation " ont également été retenus.Ils ont été placés en détention provisoire.
Forte émotionSelon les premiers éléments de l'enquête, Mireille Knoll, malade, handicapée par une mobilité très réduite, a été retrouvée morte, sur son lit, dans des conditions particulièrement sordides. Ce sont les sapeurs-pompiers qui l'ont découverte les premiers, vers 18 h 30 vendredi, après avoir été alertés d'un incendie dans l'immeuble du 11e arrondissement où elle résidait. Cinq départs de feu volontaire ont été comptabilisés dans l'appartement. Mireille Knoll était une rescapée de la rafle du Vel d'Hiv en juillet 1942. Elle y avait échappé de peu en réussissant à regagner la zone libre grâce au passeport brésilien de sa mère. Elle vivait seule depuis le décès de son mari, rescapé de la Shoah.
Après le drame, l'enquête de voisinage a rapidement permis aux policiers de remonter à un premier individu, un voisin de l'octogénaire. Elle le connaissait depuis son enfance. Agé de 27 ans, celui-ci avait ses habitudes chez elle. Un des fils de Mme Knoll a même indiqué qu'il avait vu le suspect en compagnie de sa mère, le jour du drame. Celui-ci était connu des services de police pour des faits de viol et d'agression sexuelle sur la fille mineure de l'aide à domicile de l'octogénaire. Il a été interpellé au lendemain des faits, samedi 24 mars, alors qu'il se rendait à nouveau sur le lieu du crime.
Un deuxième jeune homme âgé de 21 ans a été interpellé durant le week-end, près de l'opéra Bastille. Il est soupçonné d'avoir été présent au moment de l'assassinat. Sans domicile fixe, son arrestation a nécessité un important dispositif de surveillance et la mobilisation de la brigade de recherche et d'intervention. Il était largement connu des services de police, en particulier pour des faits de violence, de menace, et de vols avec effraction.
A ce stade de l'enquête, les motivations précises du crime ne sont pas connues. Aucun élément n'a été divulgué sur les déclarations en garde à vue des deux suspects. Selon l'un des fils de la victime qui a témoigné, lundi, sur la chaîne de télévision israélienne
I24news, l'un des assassins présumés de sa mère – celui âgé de 27 ans – avait fait de la prison pour des faits d'agression sexuelle dénoncés par l'aide à domicile de sa mère. Cette dernière habitait chez Mme Knoll avec sa fille de douze ans. Le crime contre sa mère était donc selon lui,
" prémédité, parce que cet homme on ne l'avait pas revu depuis des mois vu qu'il avait été en prison et on entendait plus parler de lui (...)
or à notre grande surprise, le jour même il était là, amical avec ma mère (…) et on sait ce qui s'est passé ensuite. "
Ce meurtre a suscité une forte émotion, notamment au sein de la communauté juive, un an après la mort dans le même quartier de Sarah Halimi, une juive défenestrée par un voisin au cri de " Allah Akbar ". Alors que dans le cas de l'affaire Sarah Halimi, en avril 2017, la justice n'avait pas tout de suite retenu le mobile antisémite, cette fois, elle ne semble pas avoir hésité. Le président du Consistoire israélite, Joël Mergui, a immédiatement salué la
" réactivité " des enquêteurs, tandis que le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Francis Kalifat, a exprimé sur Twitter son
" soulagement " que ce motif antisémite ait été retenu.
" Ce n'est malheureusement pas une surprise ", a réagi pour sa part auprès du
Monde, le député des Français de l'étranger Meyer Habib qui, du fait de ses fonctions, a très vite été au contact des enfants et petits-enfants de la vieille dame.
Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre non plus. Emmanuel Macron a dénoncé dans la nuit de lundi à mardi un
" crime épouvantable " et réaffirmé sa détermination à lutter contre l'antisémitisme. Un peu plus tôt, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb avait exprimé
" son indignation " et sa
" tristesse " et appelé à ce que toute la lumière soit faite
" sur les motivations des auteurs de cet acte de barbarie, qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire. "" S'attaquer à un juif, c'est s'attaquer à la France et aux valeurs qui constituent le fondement même de la Nation ", a-t-il ajouté.
En visite à Jérusalem, le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a de son côté fait part de son
" émotion ". Du côté de l'opposition, le président des Républicains, Laurent Wauquiez
, a dénoncé un
" assassinat ignoble ", espérant que
" chacun ouvre enfin les yeux sur le nouvel antisémitisme qui se développe dans notre pays ".
Le CRIF a d'ores et déjà annoncé l'organisation d'une marche blanche, mercredi 28 mars, à 18 h 30, place de la Nation. Une marche à laquelle plusieurs organisations dont la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme et SOS Racisme, ont appelé à participer. Christophe Castaner, délégué général de LRM a lui aussi appelé ses adhérents à y prendre part.
élise Vincent
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