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jeudi 29 novembre 2012

Le Grand Bond en Arrière


Le Grand Bond en Arrière - Documentaire [HD]

Publiée le  6 avril 2012 par 
Que reste-t-il du modèle social français après trente ans de néolibéralisme?

Cette question oriente le voyage dans leur pays natal de quatre Français installés depuis plusieurs années au Venezuela.
à visionner sur youtube

Les communistes s’abstenant, le budget 2013 est rejeté par le Sénat


Les communistes s’abstenant, le budget 2013 est rejeté par le Sénat

La partie recettes du budget 2013 ayant été refusée mercredi au Sénat par 165 voix contre 156, le débat sur le budget a aussitôt été clos. Les groupes de la majorité ont voté pour, la droite et le centre ont voté contre et les 20 sénateurs du groupe communiste, républicain et citoyen (CRC) se sont abstenus.
Même si, au Sénat, la gauche dispose d’une majorité de six voix depuis les élections de 2011, le gouvernement peine à faire passer ses textes. L’exception significative fut l’adoption du traité européen avec les voix de la droite. Mais c’est la quatrième fois que le vote du groupe CRC provoque le rejet des propositions gouvernementales.
Les sénateurs communistes ont estimé que le gouvernement ne tenait pas compte des amendements qu’ils avaient soumis concernant des recettes fiscales mettant à contribution le capital, et reprenant des propositions votées en commun avec les sénateurs socialistes à l’époque où tous étaient dans l’opposition.
Des amendements avaient été aussi proposés par des sénateurs PS. Ils furent rejetés ou adoptés au gré des majorités de circonstance.
Mardi, une proposition gouvernementale avait été repoussée par des sénateurs de tous les partis, sauf les écologistes. Elle visait – après la la grève de la faim du maire de Sevran – à prélever sur l’enveloppe globale des dotations aux communes, dont le montant a été gelé au nom de la rigueur, une aide exceptionnelle aux cent communes les plus pauvres. L’issue du scrutin suscita cette remarque du sénateur EELV Jean-Vincent Placé : « Nous sommes le seul soutien du gouvernement ».

Valls s’aligne sur la limite de 30 000 régularisations de sans-papiers par an


Valls s’aligne sur la limite de 30 000 régularisations de sans-papiers par an

Hier, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a publié la nouvelle circulaire, promise par le candidat François Hollande, définissant les critères de régularisation des sans-papiers, dont le nombre est estimé à 350 000.
Le ministre refuse une régularisation massive comme en 1981 (131 000 personnes) ou en 1997 (80 000). L’objectif est de rester dans la moyenne de 30 000 régularisations annuelles et d’unifier les décisions des préfectures pour « la fin de l’arbitraire », selon les termes de la porte-parole du gouvernement.
Les critères retenus sont précis. Recevront un titre de séjour des parents vivant en France depuis cinq ans et ayant un enfant scolarisé depuis trois ans ; ou des jeunes de plus de 18 ans, en France depuis au moins deux ans et justifiant d’une « scolarité sérieuse et assidue » ; ou des salariés présents depuis cinq ans et ayant travaillé huit mois au cours des deux dernières années ou trente mois en cinq ans, etc.
L’UMP et le Front National dénoncent ce qu’un partisan de François Fillon décrit comme « un appel d’air à l’immigration clandestine ».
La Ligue des Droits de l’Homme et des réseaux sociaux émettent  réserves et critiques. Le Réseau Éducation Sans Frontière (RESF) va mobiliser pour la régularisation des lycéens sans-papiers. La CGT y voit une amélioration mais estime que « c’est encore trop compliqué ». La CIMADE déplore que l’exigence de fiches de paie pour prouver les périodes travaillées rejette les immigrés travaillant au noir, les plus exploités. Un de ses responsables souligne par ailleurs qu’une circulaire, « par nature, est arbitraire ».

Qui peut aujourd’hui accepter qu’un immigré sans papiers soit placé en centre de rétention administrative (camps de la honte) avant d’être expulsé ?

Travailleurs immigrés, travailleurs français : égalité des droits !

« Le Parti ouvrier indépendant dénonce l’exploitation qui est faite de ces travailleurs sans papiers, que leur situation fragilise, par des entreprises peu soucieuses des droits fondamentaux des êtres humains, avec la complicité de grands groupes publics ou privés qui ont pour seul souci de diviser les travailleurs pour les mettre en concurrence afin de les payer le moins cher possible et de supprimer les garanties collectives.
Ainsi, en opposant les travailleurs entre eux, on pourrait faire exécuter à un travailleur, quelle que soit son origine, des tâches très rudes, cela pendant des années, en lui servant un salaire de misère, puis le jeter comme un vieux mouchoir en papier usagé ?  (…)
Le POI se prononce pour l’unité contre toute expulsion de travailleur immigré, pour le retrait des circulaires interdisant le regroupement familial, pour la fermeture des camps de rétention et pour que les travailleurs immigrés bénéficient des mêmes droits que tous les travailleurs de travailler et d’habiter où ils le souhaitent. »

Le projet de loi Besson contre l’immigration transposait déjà en droit français plusieurs directives européennes

Il est bon aussi de rappeler comment s’est mis en place le système actuel de répression des immigrés sans papiers, maintenu pour ses dispositions essentielles par le ministre socialiste Valls. Voici que qu’en disait, en octobre 2010, Gérard Bauvert, militant des droits de l’homme.
« Le projet de loi Besson est une nouvelle attaque contre les travailleurs immigrés et leurs familles. Elaboré par le président Sarkozy, il est la transcription en droit français de plusieurs directives européennes, parmi lesquelles la directive dite «retour», qui ouvre la « possibilité d’assortir une décision d’expulsion d’une interdiction de retour sur le territoire européen ». »

Communiqué de l’Union Confédérale des Retraités CGT


Communiqué de l’Union Confédérale des Retraités CGT

Négociations ARRCO et AGIRC : les mauvais coups s’amplifient !
Aujourd’hui les complémentaires, demain le régime général !



Une grande partie de l’effort sera encore supporté par les retraités actuels et à venir.

Alors que les retraités, avec la CGT, revendiquent une augmentation de leur pouvoir d’achat depuis plusieurs mois, dont le point fort était le 11 octobre dernier, le MEDEF annonce la couleur en proposant des mesures inacceptables.

Prétextant de la situation financière dégradée des régimes, le MEDEF préconise une mesure
phare qui consisterait en un gel des pensions pendant trois années ou une sous indexation (un point en dessous de l’inflation) pendant cinq ans.

Dans les deux cas, la perte de pouvoir d’achat s’élèverait à environ 6 %, en supposant une inflation moyenne de 2 %.

D’autres mesures sont également évoquées, en particulier pour durcir les conditions d’accès à la réversion. Encore une fois, les femmes seront principalement touchées de plein fouet.

En fait, ce qu’il faut retenir, c’est une baisse supplémentaire de la pension complémentaire. Cela s’ajoute aux attaques déjà applicables pour l’ensemble des retraités (nouvel impôt, 0,30%, suppression de la demi part…).

Seule la mobilisation des salariés et des retraités permettra d’engager les discussions sur de toutes autres bases, plus conformes à leurs intérêts.

En conséquence, l’UCR-CGT appelle les retraités à être présents dans toutes les initiatives organisées le 13 décembre 2012.

TOUS LES RETRAITES DANS LA RIPOSTE,
FACE AUX PRETENTIONS DU MEDEF DE BAISSER LES RETRAITES COMPLEMENTAIRES !!


Montreuil, le 29 novembre 2012

Tunisie: violents affrontements dans la ville de Siliana


Un article lu dans le MONDE du 30/11/2012

Tunisie: violents affrontements dans la ville de Siliana

La police a tiré au  fusil de chasse. Les tensions
s’accroissent entre Ennahda et le syndicat UGTT



Pierres contre chevrotine. Les blessés se comptent par dizaines à Siliana, une ville agricole située à 120 kilomètres
Du sud-ouest de Tunis, théâtre de violents affrontements depuis deux jours entre les habitants et la police,qui a ouvert le feu avec des fusils de chasse. Une troisième journée de grève générale devait être organisée, jeudi 29novembre,à l’appel de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), la puissante centrale syndicale.
 Dans un communiqué,mercredi ,le gouvernement d’Hamadi Jebali, le premier ministre issu du parti islamiste Ennahda, a déclaré suivre la situation«avec préoccupation».
Le conflit s’est noué entre le gouverneur de la région nommé il y a plusieurs mois, Ahmed Ezzine Mahjoub, et une partie de la population, harassée par les difficultés quotidiennes et par une situation économique difficile. Il témoigne aussi d’une tension de plus en plus évidente entre l’UGTT, qui a joué un rôle central dans le soulèvement contre l’ancien régime de Zine El-Abidine Ben Ali, et les islamistes parvenus depuis au pouvoir.
«Ennahda impose des gouverneurs qui travaillent comme des militants, sous les ordres du parti», dénonce Sami Tahri, membre du bureau exécutif de l’UGTT.
Lundi, les premiers heurts ont commencé après une nouvelle altercation entre les autorités locales et une syndicaliste. Une étincelle de plus qui a enflammé Siliana, «privée de moyens», où le chômage concerne près d’un jeune sur deux. Les habitants réclament également la libération de quatorze personnes détenues depuis plus d’un an,pour des violences commises en avril 2011, et toujours en attente de jugement.
«Les gens ont patienté longtemps et ils se sont soulevés», résume Ahmed Chaffaï, secrétaire général de l’Union régionale du travail. L’intervention du gouverneur sur une chaîne de télévision nationale,
où il a laissé entendre que la contestation était organisée «avec des pierres importées», n’a pas contribué à apaiser
les esprits.
Face aux barrages enflammés dressés dans les rues et aux jets de pierres des manifestants, la police, qui a reçu le renfort de la garde nationale, a alors riposté avec des gaz lacrymogènes et des fusils de chasse utilisés… faute d’armes non létales! Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce type d’armes, est employé. Devant l’ambassade des Etats-Unis, attaquée à Tunis le 14septembre, Le Monde avait pu constater que le sol était jonché de chevrotine.

«Plus de “dégage!”»

Selon le syndicaliste Ahmed Chaffaï, le nombre de blessés à iliana s’élevait, mercredi soir, à 271, dont 17 transférés vers Tunis après avoir reçu des plombs en plein visage. Des photos ont circulé sur les réseaux sociaux .
Des journalistes ont été également touchés, dont le correspondant de France 24, David Thomson, blessé aux jambes. «L’hôpital de Siliana était débordé», témoigne-t-il. Les protestataires, qui réclament la démission immédiate du gouverneur, maintiennent la pression . «Quinze fois, j’ai appelé le ministère de l’intérieur pour dénoncer la situation, en vain. Devant ce manque de dialogue, je n’ai pas d’autre choix que de me mettre en grève de la faim», annonce Iyed
Dahmani, député du parti Al-Jomhouri (opposition). « Ça me rappelle Redeyef », poursuit-il, en citant le mouvement de protestation du bassin minier de 2008, précurseur du soulèvement , deux ans plus tard, contre l’ancien régime.
«Les habitants ont crié “dégage” au gouverneur, mais que ce soit bien clair, il n’y aura plus de “dégage”, ce gouverneur ne bougera pas, quitte à ce que je quitte le pouvoir avant lui », s’est agacé le premier ministre Hamadi Jebali, sur une
radio tunisienne. Le gouvernement tente d’éviter l’essor d’un mouvement commencé il y a plusieurs mois déjà. En octobre, à Sidi Bouzid, berceau de la révolution, le nouveau gouverneur avait dû être remplacé après des semaines
de tensions. 
Isabelle Mandraud

Valls ferme sur la limite de 30 000 régularisations de sans-papiers par an


Valls ferme sur la limite de 30 000 régularisations de sans-papiers par an

Hier matin, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, a rendu publique la nouvelle circulaire, promise par le candidat François Hollande,  définissant les critères de régularisation des sans-papiers, dont le nombre est estimé à 350 000.
Comme il l’avait déclaré dès juillet, le ministre  refuse une régularisation massive comme en 1981 (131 000 personnes) ou en 1997 (80 000). Le double objectif recherché est de rester dans la moyenne de 30 000 régularisations annuelles et d’unifier les décisions des préfectures, souvent arbitraires.
Les critères retenus apparaissent effectivement plus précis. C’est ainsi que recevront un titre de séjour des parents vivant en France depuis cinq ans et ayant un enfant scolarisé depuis trois ans ; ou des jeunes de plus de 18 ans, en France depuis au moins deux ans et justifiant d’une «  scolarité sérieuse et assidue » ; ou des salariés présents depuis cinq ans et ayant travaillé huit mois au cours des deux dernières années ou trente mois en cinq ans, etc.
L’UMP et le Front National dénoncent  ce que le partisan de François Fillon, Eric Ciotti  décrit comme « un appel d’air à l’immigration clandestine ».
La Ligue des Droits de l’Homme et des réseaux sociaux émettent  réserves et critiques. Le Réseau Éducatiion Sans Frontière (RESF) va mobiliser pour la régularisation de tous les lycéens sans-papiers. La CGT reconnaît une amélioration mais estime que « c’est encore trop compliqué ». La CIMADE déplore que l’exigence de fiches de paie pour prouver les périodes travaillées  rejette les immigrés travaillant au noir, les plus exploités.

Rue89



Mathieu Deslandes | Journaliste Rue89


Mélenchon : « Je suis prêt à être Premier ministre »







« C’est pas de la drague, c’est de la cohérence intellectuelle. » Le leader du Front de Gauche s’appuie sur l’écologie pour « proposer une majorité alternative de gauche ».


Jean-Luc Mélenchon, durant une interview à Paris, le 25 septembre 2012 (V. WARTNER/20 MINUTES/SIPA)
Jean-Luc Mélenchon portait des idées rouges. Le revoici avec un discours très vert. Après les « morts » successives du communisme d’Etat et de la social-démocratie, il propose de refonder la doctrine socialiste dans l’écologie politique. Le résultat est baptisé « écosocialisme » et des assises lui seront consacrées samedi 1er décembre.
Cet « écosocialisme » est une tentative de modernisation idéologique. C’est aussi un pari stratégique, qui devrait, Mélenchon l’espère, lui permettre de rallier derrière lui une grande partie du mouvement écologiste et constituer « une majorité alternative à gauche ».
Convaincu que la crise joue en sa faveur, le coprésident du Parti de Gauche annonce le « blocage » du pays. Et fait une offre de services à François Hollande : « Je suis prêt à être Premier ministre. »
  1.  « Le capitalisme ne peut pas être vert »
  2. « Quelque part, quelque chose va se bloquer »
Rue89 : Vous revoici en chantre de « l’écosocialisme ». En quoi est-ce différent de la « social-écologie » défendue par le PS ?
Jean-Luc Mélenchon : Heureux d’apprendre que le PS défend une idée ! Mais quand vous parlez de social-écologie, vous envisagez une écologie avec le souci du social. Ou bien du social avec une sensibilité écologiste. Ça reste en surface, sans toucher au fond du système. L’écosocialisme, c’est le socialisme. C’est la nouvelle définition de la démarche socialiste.
Les deux grands modèles d’organisation de la pensée et de l’action socialiste se sont effondrés. Le premier, le communisme d’Etat, avec un fracas dont on entend encore l’écho. Le second, la social-démocratie, beaucoup plus suavement, si bien que beaucoup de gens croient que ce n’est toujours pas fini. Pour faire de la social-démocratie, il faut un lien organique entre le parti et le syndicat et construire l’Etat social. Or aucun des partis dits sociaux-démocrates de l’Europe du Nord n’a plus de lien privilégié avec les syndicats. Et non seulement ils ne construisent pas l’Etat social mais ils le détruisent. La capitulation devant la finance de Papandréou en Grèce a terminé le cycle social-démocrate.
Cette machine-là est morte, c’est un astre mort, une configuration électorale qui tient par la peinture et les oripeaux qui vont avec mais qui n’a plus de contenu ni subversif ni émancipateur.
La « démarche socialiste », comme vous dites, n’a jamais brillé par son souci écologiste...
Le communisme ayant commencé, pour la première fois dans l’histoire, à s’appliquer dans un pays sous-développé, la dimension du développement des forces productives a fini par occuper tout l’espace, au point qu’on a confondu le socialisme avec le développement des forces productives sans aucun regard critique sur le contenu, ni ce qu’on produisait, ni comment on le produisait, ni à quel prix pour le métabolisme homme-nature.
Quant à la social-démocratie, elle a une incapacité radicale à être écologiste puisque elle se donne comme objectif de partager les fruits de la croissance. Non seulement elle ne compte pas toucher au cœur du gâteau principal mais comme elle propose de partager ce qui va venir, elle ne peut rien faire sans croissance permanente et infinie. Or l’écosystème est limité.
En fait, le rapport de l’homme à la nature était un impensé du socialisme. Pourtant on avait toutes sortes de matériaux pour y réfléchir.
A quoi pensez-vous ?
Au marxisme ! Ça a d’ailleurs été un moment de mon parcours intellectuel assez excitant quand je me suis replongé dans Marx. D’autres l’avaient fait avant moi mais je n’avais pas suivi leurs travaux.
J’essayais de me rappeler comment Marx posait les rapport de l’homme et la nature. Je ne me rappelais que d’une expression : il définissait la nature comme « le corps inorganique de l’homme ».
Grâce aux merveilles des moteurs de recherche, je suis retombé pile sur le texte où Marx décrit longuement le fait que l’homme et la nature constituent une seule et même entité vis-à-vis de laquelle le capitalisme exerce le même effet d’épuisement.
L’écosocialisme n’est rien d’autre que la doctrine du mouvement socialiste refondée dans le paradigme de l’écologie politique.
La grande différence avec le passé, c’est qu’on va s’intéresser au contenu : ce qu’on produit, pourquoi on le produit, comment on le produit.
Comment prend-on ces décisions ?
Avec la « règle verte ». Une règle toute simple : ne jamais s’avancer dans la voie où on dépense plus que ce qui peut se reconstituer. Une dette souveraine ou privée sont de simples jeux d’écriture. La dette écologique, elle, a une réalité objective.
Ce cheminement intellectuel, vous l’avez commencé quand ? Vous venez d’un univers productiviste, nucléophile...
Oui, ce qu’on appelait autrefois la première gauche. Mon cheminement a commencé avec le nucléaire. Avec Tchernobyl. Bien sûr, il y avait eu Three Mile Island, mais pour moi, ça restait un peu théorique. Tchernobyl, c’est une secousse majeure. Comme je suis élu de la région parisienne, à l’époque, je pose une question sur la centrale de Nogent. Puis je demande à y aller. Je suis très bien reçu. Et je prends conscience de la fragilité de tout ça. Le mur de mes certitudes s’ébranle.
Pour moi, jusque-là, ça fonctionnait, c’était contrôlé. Je n’avais même pas compris comment marchait une centrale. Comme beaucoup de gens, je croyais que le gros machin qui fume, c’était l’essentiel de la centrale. Je ne m’y étais pas intéressé.
Je me rapproche d’écologistes, je lis des documents que je voulais pas lire, et, une chose en entraînant une autre, je prends conscience de la crise écologique. Mais toujours sous un angle conquérant et progressiste.
C’est-à-dire ?
Le volontarisme du socialisme est intact en moi. Je prends tout ça comme un défi intellectuel et technique : si on ne fait pas de nucléaire, qu’est-ce qu’on fait, comment ? J’ai une prédilection pour les techniques les plus rustiques, celles qu’on va le plus facilement pouvoir mettre en partage dans l’humanité universelle : une centrale de géothermie profonde, c’est un trou dans la terre. Alors que le nucléaire suppose un niveau de sophistication monstrueux...
Vous croyez vraiment que vos amis communistes vont se laisser verdir ?
La chance qu’on a eu, quand on a créé le Parti de Gauche, c’est qu’on recommençait un parti. Venaient là ceux qui s’y reconnaissaient. Donc on a pu prendre un parti-pris écologiste dès le début. Le plus gros défi pour nous, c’était de pas faire, à l’ancienne, une couche de socialisme, une couche d’écologie, une couche de République et je recommence.
Ce n’était pas seulement un travail pour se verdir, comme vous dites. Ceux d’entre nous qui venions du rameau socialiste et républicain devions nous écologiser ; ceux qui étaient écolos devaient se républicaniser.
Il a fallu mettre à distance les caricatures : la République, c’est pas que la colonisation et l’armée ; les écolos ne sont pas forcément des gens qui s’éclairent à la bougie et refusent le progrès.
Ma question portait sur vos alliés communistes...
La position communiste est complètement étalée entre les deux bornes du possible en matière d’écologie politique : un fondamentalisme assez radical à un bout, une indifférence crasse à l’autre. Cependant, collectivement, il y a une prise de conscience que c’est un ressourcement de l’idéal communiste, de bien commun de l’humanité. Regardez comme on a réglé la question du nucléaire...
Vous avez renvoyé tout ça à un grand débat national comme l’aurait fait François Hollande.
Non ! Non ! Non ! On s’est d’abord mis d’accord sur la nécessité de sortir des énergies carbonées. Est-ce que vous vous rendez compte ? Tout ce qui nous entoure fonctionne avec des énergies carbonées. Ça veut aussi dire pas de gaz de schiste.
Sur le nucléaire, tout le monde est divisé. L’avenir désirable, c’est convaincre que nous avons raison de vouloir sortir du nucléaire. Comment savoir si nous y sommes parvenus ? Par le vote. D’où l’idée d’un référendum. Ça n’a rien à voir avec le fait de botter en touche dans un grand débat national.
En termes stratégiques, est-ce que vous posez ce thème sur la table aussi pour draguer les Verts ?
N’importe quelle position est destinée à convaincre et à attirer. Mais pas de manière fallacieuse. Le fondamental de notre adhésion au paradigme de l’écologie politique, c’est pas la drague, c’est la cohérence intellectuelle.
Comment veut-on être pour l’émancipation de l’humanité et considérer, entre autres fadaises des sociaux-libéraux :
  • que le changement climatique n’est pas le sujet majeur ;
  • que le nucléaire, on verra une autre fois ;
  • que les modes de production et de consommation, tout ça est bien dommage mais c’est la liberté individuelle ;
  • sans oublier la politique de l’offre désormais défendue par le chef de l’Etat.
Qu’avez-vous contre la politique de l’offre ?
On ne peut pas être de gauche et défendre une politique de l’offre. C’est-à-dire produire n’importe quoi, n’importe comment, du moment qu’on en vend à tout le monde parce qu’ils ont adopté l’idée que le vrai moteur de l’économie, c’est d’exporter.
J’ai eu de longues discussions sur ce sujet avec des camarades au Venezuela ou en Uruguay qui s’étonnaient de mes positions. A quoi ça leur sert de redistribuer la richesse si c’est pour copier le mode de vie des Américains. C’est faire avancer l’idéal d’émancipation humaine ou étendre le champ de la frustration ? Il y a de moins en moins de pauvres là-bas, mais baladez-vous dans les rues : tout le monde a des appareils dentaires à 40 ans, se fait refaire les seins et achète des bagnoles grosses comme des tanks pour se déplacer dans des rues qui ne sont pas faites pour ça.
Tout ça pour vous dire que nous, les partisans de la politique de la demande, ne pouvons pas passer à côté du débat sur le contenu de ce que nous produisons. Dans la vision matérialiste de l’analyse du réel, chaque chose a une valeur d’échange et une valeur d’usage. Les socialistes sont concentrés sur la valeur d’échange, nous sommes concentrés sur la valeur d’usage. Ce sont des concepts de base du marxisme. Ceux qui les utilisent ne sont peut-être pas au courant... Vous me direz, on trouve aussi ça chez Saint Augustin, alors chacun peut en faire son miel.
Vous avez évoqué vos amis latino-américains. Qu’avez-vous appris d’eux quand vous êtes allé à leur rencontre ces derniers mois ?
Pour moi la principale source d’enseignement de l’Amérique latine, c’est la gestion de la conflictualité et son utilisation comme méthode de gouvernement dans un cadre démocratique.
Mais sur le plan écologique, ça n’a pas été un lieu de grandes révélations. Ou plutôt : j’ai vu qu’il peut en coûter très cher de ne pas avoir pris le temps de mener une réflexion écolo assez approfondie.
On a un exemple d’immaturité écologique au Venezuela : ça m’ennuie de le dire mais c’est la vérité. En Bolivie, on est plus dans les rapports de force, c’est toute l’histoire de la Pachamama, à laquelle je n’adhère pas du tout. Quant aux Argentins, ils me font l’effet, comme les Uruguayens, dans le meilleurs des cas, d’être indifférents.
C’est certainement les Equatoriens qui ont été le plus loin dans une vision militante de l’écologie politique. Ils ont quand même inventé le dossier Yasuni ITT – cette volonté de ne pas exploiter de pétrole et demander une partie de la valeur de ce pétrole à la communauté internationale comme contribution à la non-émission de gaz à effet de serre.
C’est une idée que je trouve plus performante que les droits à polluer, une escroquerie qui n’a produit qu’une seule chose : un marché de spéculation et plusieurs désastres industriels. C’est la fumée du prétendu capitalisme vert. Or le capitalisme ne peut pas être vert. Jamais.