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jeudi 2 août 2018

Après les menaces, Trump se dit prêt au dialogue avec l'Iran


1er août 2018

Après les menaces, Trump se dit prêt au dialogue avec l'Iran

Téhéran exclut de discuter avec une administration américaine hostile

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PYONGYANG CONTINUERAIT D'ASSEMBLER DES MISSILES INTERCONTINENTAUX
Les agences américaines de renseignement pensent que la Corée du Nord assemble de nouveaux missiles, en se fondant notamment sur de récentes images satellites de l'usine de Sanumdong, près de Pyongyang, où a été fabriqué le premier missile capable d'atteindre la Côte est américaine, a rapporté, lundi, le Washington Post. " Ces nouveaux renseignements ne suggèrent pas une augmentation des capacités de la Corée du Nord, mais montrent que le travail sur des armements avancés se poursuit plusieurs semaines après que le président Trump a déclaré sur Twitter que Pyongyang n'est plus une menace nucléaire ", écrit le quotidien.
Après les menaces, la main tendue. Huit jours après avoir infligé un Tweet véhément au président iranien Hassan Rohani, Donald Trump s'est proposé de le rencontrer " sans préconditions "" Je rencontre tout le monde. S'ils veulent que je les rencontre, je les rencontre. Quand ils veulent ", a déclaré, lundi 30  juillet, le locataire de la Maison Blanche, en marge d'une rencontre avec le chef du conseil italien, Giuseppe Conte. Ce serait " bon pour nous, bon pour eux, bon pour le monde ".
Cette stratégie s'inscrit explicitement dans la ligne de celle menée avec la Corée du Nord – menaces verbales de M. Trump pendant l'été 2017, surenchères militaires de Kim Jong-un, puis rencontre spectaculaire des deux dirigeants à Singapour en juin  2018. " Ne menacez jamais, jamais plus les Etats-Unis ou vous en subirez des conséquences dont peu ont eu à souffrir dans l'Histoire ", avait écrit M. Trump sur Twitter le 23  juillet, répliquant à une menace de M. Rohani : " Ne jouez pas avec la queue du lion, ou vous allez le regretter. "
" Conditions pas remplies "Mais la comparaison s'arrête là : les Iraniens ne veulent pas entendre parler d'une telle rencontre après des mois de politique agressive de l'administration Trump à leur encontre. " Le respect de la grande nation iranienne, la réduction des hostilités, le retour des Etats-Unis dans l'accord nucléaire… Cela permettra de paver la voie chaotique des pourparlers ", a rétorqué mardi, sur Twitter, Hamid Aboutalebi, un conseiller du président Rohani.
Les Américains ont dénoncé en mai l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, qui avait été négocié pendant des années sous l'administration Obama, alors que l'Iran, selon les experts, se tenait à cet accord ; ils ont imposé des sanctions à Téhéran et exigent de leurs partenaires qu'ils n'achètent plus de brut iranien d'ici au 4  novembre. " Je pense que les conditions ne sont pas du tout remplies pour une telle discussion ", a écarté lundi Bahram Qassemi, porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien.
Ces propositions sont faites alors que Donald Trump et une partie de l'establishment à Washington sont convaincus que la stratégie du président des Etats-Unis – appliquée vis-à-vis de Pyongyang, mais aussi de l'Europe et de la Corée du Sud sur le plan commercial – fonctionne. La sortie de l'accord et l'application de sanctions contre Téhéran ont " un impact majeur sur l'Iran. Cela a affaibli substantiellement l'Iran, avait estimé le président américain, le 17 juillet.  L'Iran n'est plus le même pays qu'il était il y a cinq mois, je peux vous le dire. Ils ne regardent plus tant que cela vers la Méditerranée ou tout le Moyen-Orient. Ils ont des gros problèmes, qu'ils peuvent résoudre, probablement plus facilement s'ils discutent avec nous. "
Les sanctions économiques seraient efficaces sur ce pays de 80  millions d'habitants : le rial, la devise iranienne, s'est déprécié de moitié cette année. Le manque de devises a conduit, selon le Financial Times, les Iraniens à se ruer sur l'or, les voitures et l'immobilier pour protéger leur épargne, tandis que M. Rohani a limogé fin juillet le gouverneur de la banque centrale pour sa mauvaise gestion de la crise. Les entreprises européennes, en dépit de leurs protestations, se retrouvent forcées de choisir entre commercer avec Téhéran ou avec les Etats-Unis : le choix est rapidement fait.
" Nous sommes lucides "Cette stratégie de la " pression maximale ", pour reprendre une expression du secrétaire d'Etat, Mike Pompeo, a-t-elle été menée suffisamment loin pour tendre la main ? La rebuffade iranienne en fait douter. Dans un long article publié par Slate il y a quelques jours, le journaliste essayiste Fred Kaplan rappelait à M. Trump que " l'Iran n'est pas la Corée du Nord " et que la partie ne sera pas aussi facile.
D'abord, à la différence de M.  Kim, qui a tout pouvoir pour faire des volte-face chez lui, M.  Rohani, promoteur de l'accord nucléaire, est sous la pression du Guide suprême, Ali Khamenei, de l'armée et des gardiens de la révolution, beaucoup plus durs que lui. Il n'a pas la force politique pour engager un rapprochement spectaculaire avec Washington. Mike Pompeo l'a reconnu en creux, estimant que trouver un modéré au sein du régime était aussi difficile qu'apercevoir une licorne. Pis, en cas de changement de régime, souhaité, par exemple, par le conseiller diplomatique John Bolton, aucune opposition " pro-occidentale " n'est prête à prendre le pouvoir.
Ensuite, le rapprochement entre la Corée du Nord et Washington avait un médiateur, la Corée du Sud, et un parrain, la Chine. Rien d'aussi évident avec Téhéran : les Européens ont été humiliés par la sortie unilatérale de M. Trump de l'accord. Reste à savoir si le dirigeant russe Vladimir Poutine peut avoir une influence, le locataire de la Maison Blanche assurant avoir parlé du sujet avec l'homme fort du Kremlin.
Dès le 21 mai, Mike Pompeo avait présenté douze exigences majeures au pouvoir iranien (fin de tout enrichissement nucléaire, retrait de ses milices de Syrie, fin du soutien au Hamas et au Hezbollah…) pour un nouvel accord. " Nous sommes lucides sur la nature de ce régime, mais nos yeux sont ouverts sur ce qui est possible, avait déclaré le secrétaire d'Etat. Si quiconque, en particulier les dirigeants iraniens, doute de la sincérité ou de la vision du président, qu'il regarde notre diplomatie avec la Corée du Nord. "
C'est la dernière question : savoir si le sommet avec la Corée du Nord a porté ses fruits : les uns estiment que M. Kim s'est vu octroyer par le président américain son statut de puissance nucléaire, sans prendre d'engagement contraignant en retour. Le camp Trump veut croire que la menace a reculé de manière substantielle. Sur l'Iran, on n'en est, au mieux, qu'aux prémices.
Arnaud Leparmentier
© Le Monde

En Bavière, l'irrésistible montée de l'AfD.....


1er août 2018

En Bavière, l'irrésistible montée de l'AfD

L'extrême droite gagne du terrain au détriment des conservateurs, à l'approche des régionales du 14 octobre

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Katrin Ebner-Steiner n'est pas seulement " confiante ". Elle est " très confiante ". Vice-présidente de la fédération bavaroise du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD), cette experte-comptable qui fête cette année ses 40 ans et aime répéter dans la même conversation qu'elle est " catholique " et " mère de quatre enfants ", n'en revient pas : " Franchement, comment pouvions-nous espérer nous trouver aujourd'hui dans une situation aussi favorable ? Avec ce qui s'est passé ces derniers temps, nous pouvons faire un carton cet automne ! ", s'enthousiasme-t-elle depuis la terrasse d'un bistrot de Deggendorf, opulente cité des bords du Danube où elle défendra les couleurs de l'AfD lors des élections régionales bavaroises du 14 octobre.
Pourquoi un tel optimisme, outre la dynamique du parti depuis les élections de septembre 2017 qui lui ont permis de compter 92 députés au Bundestag ? Pour Mme Ebner-Steiner, la réponse tient en deux noms : " Merkel et Seehofer ".
" Que du bla-bla "A ses yeux, la chancelière fédérale, présidente de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), et son ministre de l'intérieur, patron de l'Union chrétienne-sociale (CSU) bavaroise, sont " les meilleurs alliés objectifs " de l'AfD. " Avec leurs gesticulations, ils ont fini par perdre le peu de crédibilité qu'il leur restait ", estime Mme  Ebner-Steiner, pour qui la fermeté affichée de M. Seehofer en matière de politique migratoire " n'est que du bla-bla ".
En décidant de rester au gouvernement après avoir menacé de le quitter, début juillet, le ministre de l'intérieur " a rendu le meilleur service possible à l'AfD ", pense-t-elle. " Sa démission lui aurait valu de la sympathie, il aurait pu se présenter comme une victime de Merkel, et cela nous aurait sans doute compliqué la tâche. Là, il a montré que la seule chose qui lui importe est de s'accrocher au pouvoir. Pour nous, c'est parfait ! L'AfD est le seul parti qui peut tenir les promesses de la CSU. "
A une trentaine de kilomètres à l'est de Deggendorf, le village de Tittling. C'est dans ce paysage vallonné de carte postale qu'habite Ralf Stadler, le secrétaire de la section AfD de Passau, ville frontalière avec l'Autriche dont il a été beaucoup question récemment puisque c'est là qu'a été installée, le 1er juillet, la " police des frontières " chère au ministre-président de Bavière, Markus Söder (CSU), qui compte s'appuyer sur cette réalisation pour convaincre les électeurs de le réélire en octobre. Pour M. Stadler, cette " police d'affichage ", forte pour l'heure de quelque 500 hommes, ne peut que faire le jeu de l'AfD. " Tout ça, c'est beaucoup de bruit pour pas grand-chose. Ce ne sont pas les quelques contrôles routiers qu'ils vont faire en plus qui vont changer la situation ", indique cet artisan de 53 ans qui vota longtemps " soit pour les conservateurs soit pour les sociaux-démocrates ", avant d'entrer à l'AfD en 2015, " l'année où Merkel a ouvert les frontières aux réfugiés ".
Avec sa camionnette Volkswagen bardée du logo de l'AfD et du slogan " Notre pays. Nos règles ", M. Stadler s'apprête à sillonner lui aussi les routes de Basse-Bavière pour faire campagne, rêvant d'accueillir à cette occasion le leader de l'extrême droite autrichienne, Heinz-Christian Strache, vice-chancelier et président du Parti de la liberté (FPÖ) – " notre modèle ", comme il dit. Mais il en est convaincu : " Si ça continue, la campagne ne sera pas très difficile. Nous recevons tous les jours des cadeaux de la CDU et de la CSU. Pour le moment, c'est eux qui font le travail pour nous. Notre intérêt, c'est de rester très calmes. "
Même si elle peut sembler quelque peu surjouée, la sérénité affichée par les dirigeants de l'AfD bavaroise contraste avec la fébrilité que peinent à masquer les responsables de la CSU. A la tête de la section d'Hinterschmiding, un petit bourg tout proche de la frontière tchèque, Susanne Möhring le reconnaît : " Une partie de nos électeurs sont déçus parce qu'ils ont l'impression que beaucoup de promesses n'ont pas été tenues. "Mais elle veut y croire : " D'ici aux régionales, il faut que les premières mesures prises par Seehofer depuis son arrivée au ministère de l'intérieur - en mars - se fassent sentir. On devrait aussi voir les premiers effets de la nouvelle police des frontières… Nous devons rappeler aux électeurs que, depuis cinquante ans qu'elle dirige la Bavière, la CSU a fait de cette région rurale le Land le plus riche du pays. La CSU agit, l'AfD ne fait que protester ", dit-elle.
Professeur de science politique à l'université de Passau, Michael Weigl est beaucoup plus pessimiste. Pour lui, au contraire, " la CSU est dans une situation extrêmement grave ". Premier facteur, conjoncturel : le " comportement délétère " de M. Seehofer. " L'électeur lambda de la CSU veut du sérieux et de la stabilité, pas des rodomontades et des coups de tête comme on en a vu ces dernières semaines ", explique M. Weigl.
Accent sur les sujets sociauxDeuxième facteur, plus structurel : le positionnement du parti. " En ne parlant que d'islam, d'immigration et de sécurité, la CSU ne s'adresse plus aujourd'hui qu'à une certaine clientèle, au risque d'oublier ce qui a fait sa force dans le passé, à savoir sa capacité à embrasser un spectre très large, allant du centre modéré à la droite la plus conservatrice ", rappelle M. Weigl.
L'accent mis depuis la mi-juillet par M. Söder sur les sujets sociaux, comme l'éducation et la santé, lui permettra-t-il de reconquérir une partie de cet électorat modéré qui, rebuté par le discours très droitier de la CSU, semble de plus en plus attiré par l'abstention ou par les Verts ? Dans les derniers sondages, la CSU continue de baisser. Elle n'est plus créditée que de 38 %-39 %, trois à quatre points de moins qu'en début d'année, très loin de la majorité absolue qu'elle n'a perdue qu'en 2008, pour la seule fois en près de cinquante ans.
De son côté, l'AfD est donnée à environ 13 %-14 %, soit une progression d'environ deux points sur les six derniers mois. Mais ses dirigeants visent beaucoup plus : Katrin Ebner-Steiner, qui a obtenu 19 % dans sa circonscription de Deggendorf aux législatives de septembre 2017, le meilleur score enregistré par l'AfD à l'échelle de l'ex-Allemagne de l'Ouest, veut croire que l'histoire peut se répéter : " Un mois avant les législatives, l'AfD était donnée à 8 % en Bavière. On a fait finalement 12,4 %. Si on nous donne aujourd'hui 14 %, on peut viser 20  % en octobre ! "
Thomas Wieder
© Le Monde


1er août 2018

Le mouvement #metwo révèle les failles du modèle d'intégration

De nombreux Allemands d'origine turque revendiquent leur double appartenance et dénoncent le racisme dont ils sont victimes

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En moins d'une semaine, Ali Can est devenu une petite célébrité en Allemagne. La raison ? #metwo, le hashtag que ce militant antiraciste de 24 ans a lancé sur Twitter, le 25  juillet, et dont l'objectif est d'inciter les Allemands d'origine étrangère à dénoncer le racisme dont ils sont victimes au quotidien. En six jours, plus de 60 000 messages ont été postés sous ce hashtag inspiré du mouvement #metoo, suscité en octobre 2017 par l'affaire Weinstein pour libérer la parole des femmes victimes de harcèlement.
A l'origine, la décision du footballeur allemand d'origine turque Mesut Özil de quitter l'équipe nationale. " Je ne jouerai plus pour l'Allemagne des matchs internationaux, aussi longtemps que je ressentirai du racisme et du manque de respect à mon égard ", avait indiqué sur Twitter, le 22  juillet, le milieu de terrain de 29 ans. Trois jours plus tard, Ali Can, lui aussi de nationalité allemande et d'origine turque, lançait le hashtag #metwo, en référence aux deux cœurs – " un allemand et un turc " que Mesut Özil revendiquait avoir " dans la poitrine ".
Autant que la diversité des témoignages, qui portent pour la plupart sur des discriminations subies à l'école, au travail, à l'entrée des discothèques ou lors de la recherche d'un logement, c'est l'effet de masse qui donne à ce mouvement un relief particulier. Le fait, également, que plusieurs personnalités publiques aient choisi de mêler leur voix à celles des anonymes, que ce soit spontanément, sur les réseaux sociaux, ou à l'instigation de différents journaux qui, ces derniers jours, leur ont largement donné la parole. Un cas parmi d'autres : l'écologiste Omid Nouripour. Premier député d'origine iranienne à siéger au Bundestag, où il a succédé en  2006 à l'ancien ministre des affaires étrangères Joschka Fischer, cet élu de la Hesse a ainsi raconté au Spiegel comment il fut vivement pris à partie, lors d'une campagne, par un homme lui expliquant que " seuls nous, les Allemands, sommes en mesure de décider ce qui doit se passer avec les étrangers ". Ou encore qu'il avait reçu, un jour, un courrier lui disant : " Toi, Arabe de merde, retourne en Turquie ! "
Le " multimillionnaire " Mesut ÖzilAu sein du gouvernement allemand, l'ampleur prise par ce mouvement de libération de la parole semble susciter quelque embarras. Pour preuve, l'évolution des déclarations du ministre des affaires étrangères, Heiko Maas. Après que Mesut Özil eut annoncé son départ de l'équipe allemande de football, le dirigeant social-démocrate avait refusé de prendre au sérieux la justification avancée par le joueur d'Arsenal : " Je ne pense pas que le cas d'un multimillionnaire qui vit et travaille en Angleterre nous renseigne sur la situation de l'intégration en Allemagne ", avait-il déclaré.
Depuis, M. Maas, qui a notamment été critiqué par l'ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, a rectifié son discours. " A ceux qui pensent que le racisme n'est plus un problème en Allemagne, je recommande la lecture de l'ensemble des Tweet publiés sous le hashtag #metwo. Il est impressionnant et douloureux de constater combien de gens ont ici décidé d'élever la voix. Mêlons-y la nôtre : contre le racisme, tout le temps et partout ", a tweeté le ministre, vendredi 27 juillet, avant de développer ses propos dans un entretien au quotidien conservateur Bild, trois jours plus tard.
En vacances depuis le 25 juillet pour près de trois semaines, Angela Merkel ne s'est pas exprimée. Avec les élections régionales en Bavière, prévues le 14 octobre, comme avec le débat à venir autour du projet de loi du gouvernement sur l'immigration, qui devrait se tenir d'ici à la fin de l'année au Bundestag, il paraît difficile d'imaginer que la chancelière reste à l'écart d'un débat qui travaille en profondeur la société allemande. Car beaucoup d'observateurs en sont déjà persuadés : l'intérêt suscité par le mouvement #metwo, pour reprendre les mots du Spiegel, ressemble " au début de quelque chose " et montre que " le temps du silence est révolu ".
Th. W.
© Le Monde

Affaire Benalla L'exécutif à l'épreuve


1er août 2018

Affaire Benalla L'exécutif à l'épreuve

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 Le premier ministre devait répondre, mardi 31 juillet, aux deux motions de censure de l'opposition
 Emmanuel Macron, le vrai chef de la majorité, est visé, bien plus qu'Edouard Philippe, en retrait depuis le début de la crise
 Le parquet a ordonné une nouvelle enquête sur les violences à Paris
Pages 6-7
© Le Monde



1er août 2018

Un premier ministre en première ligne

Edouard Philippe a exercé une riposte intermittente. Mardi, il devait affronter deux motions de censure

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Le tumulte de l'affaire Benalla gronde depuis déjà six jours, mardi 24  juillet, quand Emmanuel Macron se décide à s'exprimer devant les députés de la majorité réunis à la Maison de l'Amérique latine, à Paris. Une partie du gouvernement et de la brigata -macronienne encadre le chef de l'Etat : Gérard Collomb, Richard Ferrand, François Patriat, Benjamin Griveaux, Christophe Castaner, Marlène Schiappa… Edouard Philippe, lui, se tient en retrait, au second rang. Le premier ministre semble légèrement ail-leurs, -regarde parfois en l'air, souvent par terre, dandine sur ses pieds. Il ne rit pas quand les autres -s'esclaffent.
" Je suis le seul responsable ", lance Emmanuel Macron. Depuis le début de la crise, Edouard Philippe ne semble jamais avoir pensé le contraire. Car même si le premier ministre a dû s'expliquer plusieurs fois devant les parlementaires, il a exercé une riposte en pointillé et n'a jamais vraiment servi de paratonnerre au président. C'est pourtant l'ancien maire du  Havre qui devait affronter, mardi 31  juillet, deux motions de censure – l'une déposée par Les Républicains (LR), l'autre par les socialistes, les communistes et les " insoumis " – mettant en cause la responsabilité du gouvernement dans les violences commises par l'ex-collaborateur de l'Elysée lors des manifestations du 1er-Mai.
Le premier ministre, fait savoir son entourage, comptait se servir de l'exercice pour engager une séance de confrontation avec l'opposition. Une manière de se positionner en première ligne. " Il ne s'est pas planqué ", estime un député La République en marche. " Il a la bonne distance, et il fait le job. " " Il tient le gouvernement, analyse une source au sein de l'executif. Il se fait écraser quand le président fait sa sortie à la Maison de l'Amérique latine, mais mine de rien, sans ses réponses au banc face au députés, le président n'aurait pas pu réagir comme il l'a fait derrière. "
Pour autant, le chef du gouvernement ne ressort pas en combattant balafré de cette folle semaine où la Macronie s'est éparpillée. Quand le 19  juillet, au lendemain des révélations sur l'ex-chargé de mission de l'Elysée, Edouard  Philippe évoque lors des questions au gouvernement au Sénat des " images choquantes ", il n'a pas eu de contacts sur le sujet avec le président de la République. Il est seul face à l'opposition. Le lendemain, il n'annule pas sa venue sur le Tour de France – " C'est un rêve d'enfant… ", s'enthousiasme-t-il – d'où il appelle à " respecter les procédures légales qui ont été engagées ".
" Clap de fin "Ce n'est que quatre jours plus tard, le 24  juillet, que le transfuge de la droite décide de monter en défense lors des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale et au Sénat, après avoir rencontré Emmanuel Macron à deux reprises durant le week-end. Il n'y a pas d'" affaire d'Etat ", plaide-t-il, juste " une dérive individuelle " d'Alexandre Benalla. Cet épisode vient interroger une nouvelle fois le rôle du premier ministre au côté d'un président de la République qui est le véritable chef de sa -majorité puisque presque tous les députés lui doivent leur élection. Une question lancinante depuis le début du quinquennat. L'opposition a certes déposé deux motions de censure pour forcer M. Philippe et son gouvernement, désignés seuls responsables par la Constitution devant le Parlement, à s'expliquer. Mais c'est bien l'Elysée qui est visé.
" Emmanuel Macron sait que les parlementaires ne peuvent pas “venir le chercher”, mais on a des comptes à demander au premier ministre ", insiste Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée nationale, qui dénonce un gouvernement " n'assumant pas ses responsabilités, qui a failli, par connivence ou par lâcheté ". Dans son viseur, notamment, la sécurité défaillante du chef de l'Etat, ou encore le refus initial du locataire de Matignon de répondre aux parlementaires sur le sujet. " Le premier ministre est premier ministre, pas directeur de cabinet, il n'est pas là pour couvrir les dérives d'un président monarque, dénonce M. Jacob. A minima, Edouard Philippe s'est planqué, ou alors il a couvert l'Elysée. Mais le courage n'est pas sa première vertu, on l'a vu quand il était avec nous chez LR. "
Guillaume Larrivé, député LR de l'Yonne, qui a claqué la porte de la commission d'enquête dont il était corapporteur, faute d'avoir pu auditionner les personnalités de son choix, l'assure : " Edouard Philippe n'est que l'homme du président de la République dans cette affaire. C'est une motion contre l'Etat-Macron que nous avons déposée. " " Nous n'aurons pas les voix, il n'y a pas de suspense, mais c'est une alerte que nous entendons donner les uns et les autres ", a défendu de son côté le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, dont les troupes se contenteront de voter leur propre motion, et pas celle de la droite.
L'occasion est belle, en tout cas, veut-on croire du côté de l'exécutif, de clore ce chapitre empoisonné avant de partir en vacances. " Avec ces motions de censure, qui sont très largement des pré-textes, les oppositions nous offrent une opportunité de mettre fin au feuilleton ", se réjouit un -conseiller de l'exécutif. Le dîner à l'Elysée auquel Emmanuel et Brigitte Macron ont convié, mercredi, tous les membres du gouvernement et leur conjoint, comme en  2017 à la même époque, devrait être détendu.
" Cela risque de représenter le clap de fin de l'histoire alors que nous n'avons pas eu les réponses que nous étions en droit d'attendre ", abonde, de l'autre côté de la barrière, Arnaud Viala, député LR de l'Aveyron. D'autant que passé les effets de tribune, les motions devaient être en toute logique rejetées, rituel immuable de la Ve  République depuis plus de cinquante ans. Edouard Philippe ou pas.
Sarah Belouezzane, Olivier Faye, et Virginie Malingre

1er août 2018

Le Sénat poursuivra les auditions à la rentrée

Christophe Castaner, délégué général de LRM, et Lionel Lavergne, chef du groupe de sécurité, ont été entendus

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C'est en qualité de délégué général de La République en marche (LRM) que Christophe Castaner était -entendu par la commission -d'enquête mais c'est en secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement qu'il a répondu sans égratignure aux questions -courtoises des sénateurs, mardi 31  juillet. Interrogé sur Vincent Crase, le " deuxième homme " des vidéos des interpellations musclées du 1er mai aux côtés d'Alexandre Benalla, M.  Castaner a confirmé qu'une procédure de licenciement avait été engagée contre ce salarié chargé de la -sécurité au siège de LRM, après que celui-ci a d'abord fait l'objet d'une sanction de quinze jours " sans retenue de salaire ". M.  Castaner a tenu à préciser -qu'à " aucun moment ", M. Crase n'avait été chargé de sa sécurité personnelle et ne l'avait accompagné armé dans ses déplacements.
Lundi, la commission d'enquête parlementaire du Sénat avait entendu longuement le colonel Lionel Lavergne, chef du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR). En réponse aux questions des sénateurs, celui-ci a affirmé qu'Alexandre Benalla " n'avait aucune autorité sur le GSPR  et n'occupait aucune fonction de protection du président de la République ".Le rôle de l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron – il a été licencié depuis les révélations du Monde – était celui de " chef d'orchestre, sous l'autorité du chef de cabinet " pourl'organisation des déplacements présidentiels, a poursuivi le colonel Lavergne. Alexandre Benalla était " quelqu'un de contrôlé. Il était dévoué, disponible, réactif, opérationnel dans son métier d'organisation. Nous entretenions d'excellentes relations sur le plan humain ",a-t-il ajouté.
Le patron du GSPR a tenu à -apporter plusieurs précisions sur les moyens dont disposait Alexandre Benalla. Son arme ? " Je vous le dis les yeux dans les yeux et je suis sous serment. Je n'ai jamais vu M. Benalla avec une arme dans les déplacements officiels ou privés de la présidence de la République. Et je n'ai eu aucun retour en ce sens de la part des autres membres du GSPR ", a déclaré le colonel Lavergne.
" Moments de tension "Les équipements radio qui apparaissent sur plusieurs photos montrant Alexandre Benalla avec une oreillette, notamment lors de la venue d'Emmanuel Macron au Salon de l'agriculture ? Il s'agit d'équipements attribués " à tous les membres de la chefferie du cabinet de la présidence de la République " depuis le 14  mai 2017, date de l'investiture d'Emmanuel Macron. " C'est pour la bulle organisation, par exemple respecter un cheminement ou le modifier en fonction des souhaits du président de la République et pas pour la bulle sécurité. Ces deux bulles sont complètement étanches ", a assuré Lionel Lavergne, en précisant que lui seul, en sa qualité de chef de groupe, ou son adjoint, a accès aux deux fréquences.
A propos des dépositions des syndicats de police devant la commission d'enquête sénatoriale, qui faisaient état de " relations exécrables " entre certains policiers et Alexandre Benalla et des déclarations de l'ancien collaborateur du chef de l'Etat lui-même, évoquant dans son entretien au Monde, des " frictions et des non-dits " avec le GSPR, le -colonel Lavergne a observé : " Le correspondant naturel du chef de cabinet ou de ses adjoints, c'est le chef du GSPR. Donc, si quelqu'un avait eu à se plaindre de paroles plus ou moins véhémentes, c'était auprès de moi ou de mes adjoints. S'il y avait eu des frictions, j'en aurais eu l'écho depuis un an et demi que j'occupe la fonction de chef du GSPR. Cela dit, il peut y avoir des moments de tension dans certains déplacements. On ne prend pas forcément des précautions de courtoisie dans ces moments-là. "
Interrogé sur le projet de réorganisation de la sécurité du président de la République, le colonel Lavergne a répondu que celle-ci portait sur le rapprochement de deux services, le GSPR, chargé de la sécurité à l'extérieur du palais de l'Elysée et le commandement, chargé de l'intérieur. " Je le dis très clairement : cette réorganisation, pilotée par le général Eric Bio-Farina et dont je suis le copilote, n'a absolument pas pour but de créer une officine privée de garde prétorienne.  Le but n'est pas de faire une fusion mais de créer une synergie entre les services. Elle s'inscrit dans une transformation plus globale des services de la présidence afin d'avoir une plus grande lisibilité et une plus grande sincérité sur le plan budgétaire. " M.  Lavergne a confirmé qu'Alexandre Benalla avait participé à des groupes de travail sur cette réorganisation.
Contrairement à la commission d'enquête parlementaire de l'Assemblée nationale, dont la présidente (LRM) Yaël Braun-Pivet a annoncé la fin des travaux, celle du Sénat entend bien poursuivre ses auditions à la rentrée. Son président (LR), Philippe Bas a indiqué lundi qu'il n'excluait plus d'auditionner Alexandre Benalla après l'entretien accordé par ce dernier au Journal du dimanche dans lequel il émet lui-même le souhait de " donner des explications " aux parlementaires.
Pascale Robert-Diard
© Le Monde



1er août 2018

Nouvelle enquête pour d'autres violences lors du 1er-Mai, à Paris

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Le parquet de Paris a annoncé, lundi 30  juillet, l'ouverture d'une enquête pour d'autres violences commises le 1er-Mai, à Paris, cette fois au Jardin des plantes, quelques heures avant les heurts survenus place de la Contrescarpe. Cette enquête a été ouverte à la suite des plaintes contre X de deux jeunes, de 23 et 24 ans, -affirmant avoir été victimes d'une interpellation musclée au Jardin des plantes, où se trouvaient l'ancien collaborateur de l'Elysée Alexandre Benalla et -Vincent Crase, employé de La République en marche.
Des images de scènes confuses au Jardin des plantes, où l'on voit notamment les deux hommes, ont été diffusées vendredi par -LibérationDans un entretien donné auJournal du dimanche le 29 juillet, M. Benalla a pourtant réfuté toute " intervention " de sa part à ce moment-là. " J'étais derrière les policiers en tant qu'observateur, on peut le voir distinctement, je n'ai ni casque, ni brassard, ni radio ", a-t-il affirmé.
Point de vue différentCette nouvelle enquête a été ouverte pour " violences volontaires en réunion par personne dépositaire de l'autorité publique ", " atteinte arbitraire à la liberté individuelle ", " usurpation de signes réservés à l'autorité publique ", " immixtion dans l'exercice d'une fonction publique ", " dégradation volontaire d'un bien ", en l'espèce d'une vidéo, et " introduction frauduleuse dans un système de traitement de données personnelles ".
Selon Grégory Saint Michel, l'avocat des deux plaignants (un homme et une femme), Vincent Crase, Alexandre Benalla et le policier qui les accompagnait ce jour-là sont identifiables sur la vidéo diffusée par Libération. Alors qu'ils tentaient de sortir du Jardin des plantes, ses clients ont reçu des indications contradictoires, et un des membres du trio, voyant que la jeune femme filmait avec son téléphone, a ceinturé celle-ci et l'a plaquée contre un arbre, a raconté l'avocat à l'Agence France-Presse.
Un des trois membres du groupe lui a alors pris son téléphone et a effacé la vidéo en question, qu'elle a réussi à récupérer grâce à un logiciel spécial, a-t-il ajouté. Lundi 30 au soir, Mediapart a mis en ligne une autre vidéo, montrant un point de vue différent du même épisode, qui permet de voir nettement MM. Benalla et Crase emmener vigoureusement un homme en le tenant par les bras. " L'argument selon lequel - Alexandre Benalla et Vincent Crase - se sont sentis -légitimes pour venir au soutien du maintien de l'ordre face à des -manifestants violents ne tient pas ici. Il y a une vidéo qui montre le contraire ", a fait valoir Me Grégory Saint Michel.
Service France

Pétrole : la tension entre les Etats-Unis et l'Iran fait monter le prix du baril


1er août 2018

Pétrole : la tension entre les Etats-Unis et l'Iran fait monter le prix du baril

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 Washington entend étouffer l'économie iranienne en la privant de ses revenus pétroliers et en pu--ni-ssant les pays acheteurs
 Les sanctions s'appliqueraient en novembre, et le prix du pétrole devrait bondir, dans un marché déjà très tendu
 Téhéran menace à nouveau de bloquer le détroit d'Ormuz, où passe plus de 30 % du commerce mondial de pétrole
 Donald Trump se dit prêt à rencontrer les Iraniens, qui ont sèchement refusé toute discussion
Pages 3 et 10
© Le Monde


1er août 2018

Après les menaces, Trump se dit prêt au dialogue avec l'Iran

Téhéran exclut de discuter avec une administration américaine hostile

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PYONGYANG CONTINUERAIT D'ASSEMBLER DES MISSILES INTERCONTINENTAUX
Les agences américaines de renseignement pensent que la Corée du Nord assemble de nouveaux missiles, en se fondant notamment sur de récentes images satellites de l'usine de Sanumdong, près de Pyongyang, où a été fabriqué le premier missile capable d'atteindre la Côte est américaine, a rapporté, lundi, le Washington Post. " Ces nouveaux renseignements ne suggèrent pas une augmentation des capacités de la Corée du Nord, mais montrent que le travail sur des armements avancés se poursuit plusieurs semaines après que le président Trump a déclaré sur Twitter que Pyongyang n'est plus une menace nucléaire ", écrit le quotidien.
Après les menaces, la main tendue. Huit jours après avoir infligé un Tweet véhément au président iranien Hassan Rohani, Donald Trump s'est proposé de le rencontrer " sans préconditions "" Je rencontre tout le monde. S'ils veulent que je les rencontre, je les rencontre. Quand ils veulent ", a déclaré, lundi 30  juillet, le locataire de la Maison Blanche, en marge d'une rencontre avec le chef du conseil italien, Giuseppe Conte. Ce serait " bon pour nous, bon pour eux, bon pour le monde ".
Cette stratégie s'inscrit explicitement dans la ligne de celle menée avec la Corée du Nord – menaces verbales de M. Trump pendant l'été 2017, surenchères militaires de Kim Jong-un, puis rencontre spectaculaire des deux dirigeants à Singapour en juin  2018. " Ne menacez jamais, jamais plus les Etats-Unis ou vous en subirez des conséquences dont peu ont eu à souffrir dans l'Histoire ", avait écrit M. Trump sur Twitter le 23  juillet, répliquant à une menace de M. Rohani : " Ne jouez pas avec la queue du lion, ou vous allez le regretter. "
" Conditions pas remplies "Mais la comparaison s'arrête là : les Iraniens ne veulent pas entendre parler d'une telle rencontre après des mois de politique agressive de l'administration Trump à leur encontre. " Le respect de la grande nation iranienne, la réduction des hostilités, le retour des Etats-Unis dans l'accord nucléaire… Cela permettra de paver la voie chaotique des pourparlers ", a rétorqué mardi, sur Twitter, Hamid Aboutalebi, un conseiller du président Rohani.
Les Américains ont dénoncé en mai l'accord de Vienne sur le nucléaire iranien, qui avait été négocié pendant des années sous l'administration Obama, alors que l'Iran, selon les experts, se tenait à cet accord ; ils ont imposé des sanctions à Téhéran et exigent de leurs partenaires qu'ils n'achètent plus de brut iranien d'ici au 4  novembre. " Je pense que les conditions ne sont pas du tout remplies pour une telle discussion ", a écarté lundi Bahram Qassemi, porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien.
Ces propositions sont faites alors que Donald Trump et une partie de l'establishment à Washington sont convaincus que la stratégie du président des Etats-Unis – appliquée vis-à-vis de Pyongyang, mais aussi de l'Europe et de la Corée du Sud sur le plan commercial – fonctionne. La sortie de l'accord et l'application de sanctions contre Téhéran ont " un impact majeur sur l'Iran. Cela a affaibli substantiellement l'Iran, avait estimé le président américain, le 17 juillet.  L'Iran n'est plus le même pays qu'il était il y a cinq mois, je peux vous le dire. Ils ne regardent plus tant que cela vers la Méditerranée ou tout le Moyen-Orient. Ils ont des gros problèmes, qu'ils peuvent résoudre, probablement plus facilement s'ils discutent avec nous. "
Les sanctions économiques seraient efficaces sur ce pays de 80  millions d'habitants : le rial, la devise iranienne, s'est déprécié de moitié cette année. Le manque de devises a conduit, selon le Financial Times, les Iraniens à se ruer sur l'or, les voitures et l'immobilier pour protéger leur épargne, tandis que M. Rohani a limogé fin juillet le gouverneur de la banque centrale pour sa mauvaise gestion de la crise. Les entreprises européennes, en dépit de leurs protestations, se retrouvent forcées de choisir entre commercer avec Téhéran ou avec les Etats-Unis : le choix est rapidement fait.
" Nous sommes lucides "Cette stratégie de la " pression maximale ", pour reprendre une expression du secrétaire d'Etat, Mike Pompeo, a-t-elle été menée suffisamment loin pour tendre la main ? La rebuffade iranienne en fait douter. Dans un long article publié par Slate il y a quelques jours, le journaliste essayiste Fred Kaplan rappelait à M. Trump que " l'Iran n'est pas la Corée du Nord " et que la partie ne sera pas aussi facile.
D'abord, à la différence de M.  Kim, qui a tout pouvoir pour faire des volte-face chez lui, M.  Rohani, promoteur de l'accord nucléaire, est sous la pression du Guide suprême, Ali Khamenei, de l'armée et des gardiens de la révolution, beaucoup plus durs que lui. Il n'a pas la force politique pour engager un rapprochement spectaculaire avec Washington. Mike Pompeo l'a reconnu en creux, estimant que trouver un modéré au sein du régime était aussi difficile qu'apercevoir une licorne. Pis, en cas de changement de régime, souhaité, par exemple, par le conseiller diplomatique John Bolton, aucune opposition " pro-occidentale " n'est prête à prendre le pouvoir.
Ensuite, le rapprochement entre la Corée du Nord et Washington avait un médiateur, la Corée du Sud, et un parrain, la Chine. Rien d'aussi évident avec Téhéran : les Européens ont été humiliés par la sortie unilatérale de M. Trump de l'accord. Reste à savoir si le dirigeant russe Vladimir Poutine peut avoir une influence, le locataire de la Maison Blanche assurant avoir parlé du sujet avec l'homme fort du Kremlin.
Dès le 21 mai, Mike Pompeo avait présenté douze exigences majeures au pouvoir iranien (fin de tout enrichissement nucléaire, retrait de ses milices de Syrie, fin du soutien au Hamas et au Hezbollah…) pour un nouvel accord. " Nous sommes lucides sur la nature de ce régime, mais nos yeux sont ouverts sur ce qui est possible, avait déclaré le secrétaire d'Etat. Si quiconque, en particulier les dirigeants iraniens, doute de la sincérité ou de la vision du président, qu'il regarde notre diplomatie avec la Corée du Nord. "
C'est la dernière question : savoir si le sommet avec la Corée du Nord a porté ses fruits : les uns estiment que M. Kim s'est vu octroyer par le président américain son statut de puissance nucléaire, sans prendre d'engagement contraignant en retour. Le camp Trump veut croire que la menace a reculé de manière substantielle. Sur l'Iran, on n'en est, au mieux, qu'aux prémices.
Arnaud Leparmentier




1er août 2018

Entre Trump et l'Iran, l'arme du pétrole

La ligne très dure de Donald Trump contre Téhéran pourrait avoir un impact durable sur le marché pétrolier

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LES PROFITS DES PÉTROLIERS S'ENVOLENT
L'augmentation quasi continue du baril depuis un an fait le bonheur des majors du pétrole. Le groupe français Total a vu son bénéfice bondir de 83  %, à 3,72  milliards de dollars (3,2  milliards d'euros) au deuxième trimestre. L'anglo-néerlandais Shell a multiplié par quatre son bénéfice net au deuxième trimestre, à 4,7  milliards de dollars. Les géants américains ExxonMobil et Chevron enregistrent également des revenus en forte hausse. Le premier a dégagé un bénéfice net de 3,95  milliards de dollars au deuxième trimestre, en hausse de 18  % sur un an. Le second a vu son bénéfice doubler à 3,41  milliards de dollars. Selon la banque suisse UBS, les bénéfices des sociétés pétrolières sont en augmentation depuis sept trimestres consécutifs.
Il y a une multitude de facteurs à surveiller en ce moment sur les marchés pétroliers. Mais, d'une manière ou d'une autre, on arrive toujours à la même conclusion : c'est l'impact des sanctions américaines contre l'Iran qui décidera du prix du baril. " L'estimation de Tamas Varga, analyste chez PVM Oil, est assez partagée dans les milieux pétroliers : l'attitude de Donald Trump face à Téhéran sera décisive pour le marché pétrolier dans les prochaines semaines.
Mardi 31  juillet, les cours étaient toujours à un niveau élevé, à 74,70 dollars le baril, poussés par une demande mondiale qui reste forte et par l'incertitude géopolitique au Proche-Orient, d'autant plus forte que le président américain venait de livrer une nouvelle preuve de son imprévisibilité. Lundi soir, dans un surprenant retournement, Donald Trump a proposé de rencontrer sans aucune condition préalable le président iranien Hassan Rohani. Une proposition balayée d'un revers de main par Téhéran, pour qui tout rappro-chement devrait commencer par un retour des Etats-Unis au sein de l'accord nucléaire.
Cette nouvelle rodomontade de M.  Trump ne devrait pas avoir d'impact sur la stratégie américaine face à Téhéran  qui consiste à étouffer l'économie iranienne et la priver de ses revenus pétroliers. En mai, après avoir annoncé sa sortie de l'accord sur le nucléaire iranien, il avait promis de mettre en place les sanctions " les plus dures de l'histoire " contre l'Iran.
Derrière ces menaces se trouve l'enjeu crucial du pétrole : du brut iranien d'abord, visé par les sanctions américaines, mais aussi plus largement du pétrole exporté depuis la région, dont une bonne partie transite au large des côtes iraniennes.
Donald Trump a fait de l'arme pétrolière un élément clé de sa stratégie anti-Téhéran. L'idée est d'encercler l'Iran en faisant passer ses exportations de pétrole à zéro, martèlent les responsables -américains. Une attitude qui tranche avec les -administrations précédentes, qui avaient accordé à certains pays des exemptions spécifiques pour pouvoir continuer à importer du pétrole iranien.
" C'est un nouveau signe que le marché doit s'attendre à une mise en œuvre stricte des sanctions pétrolières ", note Jœ McMonigle, consultant et ancien vice-président de l'Agence internationale de l'énergie.
Comprendre : la Maison Blanche punira sans ménagement les pays qui continueront à acheter du -pétrole iranien. Certains alliés des Etats-Unis, comme le Japon, essaient encore de négocier des exemptions pour leurs raffineries, sans succès pour l'instant. Du côté iranien, on commence déjà à renommer certains bateaux et à les faire passer sous -pavillon tanzanien pour espérer flouer les Américains, note l'agence Bloomberg.
Les sanctions pétrolières doivent s'appliquer à partir du 4  novembre et beaucoup craignent que la chute soit brutale. L'Iran exporte 2,4  millions de barils de pétrole par jour, et pourrait en perdre entre 800 000 et 1,2  million très rapidement. Cela aura forcément des consé-quences sur un marché déjà tendu et devrait pousser les prix à la hausse.
A ces pertes de barils sur le marché s'ajoute le défi du détroit -d'Ormuz. " Si les exportations iraniennes sont bloquées, alors aucun autre pays de la région ne pourra exporter de pétrole ", a ainsi menacé le guide suprême Ali Khamenei, dans une allusion claire à ce passage stratégique.
Large de seulement 40 kilomètres, le détroit a une importance décisive : il voit passer plus de 30  % du commerce mondial de pétrole. " Si on parle du seul pétrole iranien, on parle de 2,5  millions de barils par jour, si on parle d'un blocage du détroit, on parle de 19  millions de barils par jour. C'est un problème bien plus important ", a rappelé le consultant Robert McNally sur CNBC. D'autant que les Etats-Unis ont une activité militaire importante dans la région, avec la présence de la 5e flotte de la marine américaine.
Détermination à riposterPeu d'observateurs croient à un conflit direct : Téhéran a déjà menacé de bloquer ce détroit par le passé, et la mise en œuvre de telles déclarations provoquerait une escalade dangereuse. Mais la tonalité des déclarations des dirigeants iraniens montre leur détermination à riposter. De fait, le régime dispose d'autres outils pour contre-attaquer dans la région. Mercredi, un navire pétrolier saoudien a ainsi été attaqué par des rebelles yéménites pro-iraniens, les houthistes.
Dans la foulée, l'Arabie saoudite a décidé de suspendre temporairement ses exportations de brut par un autre détroit stratégique, celui de Bab Al-Mandab " jusqu'à ce que (…) le trafic maritime dans la zone soit sûr ". Cette zone située entre le Yémen et Djibouti est perturbée par la guerre au Yémen. Si le pétrole saoudien devenait une cible régulière des houthistes, les conséquences de cette situation sur le marché pétrolier pourraient être significatives.
A Téhéran, l'impact de la guerre économique américaine commence déjà à se faire sentir : la monnaie iranienne, le rial, a perdu, en quatre mois, la moitié de sa valeur par rapport au dollar américain.
Nabil Wakim
© Le Monde

1er août 2018

La hausse du brut, une bouffée d'oxygène pour les biocarburants

La remontée du prix du pétrole relance l'intérêt pour les énergies concurrentes, estime le patron de Global Biœnergies

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La hausse du pétrole ne fait pas que des malheureux. Pour les industriels qui mettent au point des substituts aux hydrocarbures, elle constitue même une excellente nouvelle, attendue depuis longtemps. Une bouffée d'oxygène et d'espoir après trois années terribles.
Témoin, Marc Delcourt. Avec la remontée du brut, " on va enfin sortir de l'orage ",veut croire le -patron et cofondateur de Global Biœnergies. Depuis trois ans, ce biologiste reconverti en entrepreneur vit comme nombre de ses collègues une période extrêmement difficile. Son entreprise a plongé de 80  % à la Bourse de -Paris par rapport à son sommet du printemps 2015. Elle n'y vaut plus que 57  millions d'euros, et les réticences des investisseurs ont freiné son essor. Le prix du baril était tombé si bas que les financiers hésitaient : était-ce bien le moment d'investir dans la production, fatalement coûteuse, d'équivalents verts à l'or noir ? " De 2015 à 2017, à chaque fois que j'allais voir des inves-tisseurs aux Etats-Unis, je n'obtenais aucun rendez-vous, zéro ! ", -reconnaît le patron français.
Le vent est en train de tourner, assure M. Delcourt : " Maintenant que le baril est à 75  dollars plutôt qu'à 27  dollars comme à son creux de 2015, il y a de nouveau du monde au téléphone, et plusieurs grands investisseurs ont entamé des discussions approfondies avec nous. " D'ici quelques mois, il espère signer un accord avec l'un ou l'autre, de manière à pouvoir lancer enfin la construction dans l'Aube ou la Marne de l'usine promise depuis quelques années.
Retournement de tendanceGlobal Biœnergies et son partenaire Cristal Union, le sucrier plus connu sous la marque Daddy, entendent y fabriquer de l'isobutène, un produit chimique utilisé dans les plastiques, le caoutchouc, l'essence, etc. En général, cette brique élémentaire de la chimie est tirée du pétrole. Ici, elle doit provenir du sucre contenu dans des plantes comme la betterave ou la canne à sucre. L'investissement est évalué à 115  millions d'euros, pour un démarrage désormais attendu en  2021.
La start-up française constitue un bon témoin du séisme provoqué dans le monde des biocarburants et de la biologie industrielle par l'arrivée du pétrole de schiste et la chute des prix qu'elle a entraînée. Le canadien BioAmber, qui voulait lui aussi offrir une alternative " bio-sourcée " à un produit généralement issu du pétrole, l'acide succinique, a fait faillite en mai. Cela avait déjà été le cas en août  2017 de Solazyme, une société américaine créée pour développer des biocarburants à partir d'algues. Gevo, ancienne gloire américaine du secteur, a vu son action sombrer dans les profondeurs de Wall Street. Et en France, le groupe Avril (Lesieur, Puget, etc.) perd de l'argent depuis deux ans à cause des difficultés de sa branche spécialisée. " Dire que les biocarburants ne sont pas sexy en ce moment est un énorme euphémisme ", résume Sam Nejame, le patron du cabinet de conseil Promotum, dans une tribune au magazineBiofuels Digest.
A présent, plusieurs facteurs laissent imaginer un retournement de tendance. D'une part, la hausse du pétrole redonne un peu de compétitivité aux produits concurrents, même s'ils nécessitent encore des subventions toujours un peu aléatoires. D'autre part, le dérèglement climatique, chaque jour plus net, " renforce l'appétit du monde pour le bio ", souligne M.  Delcourt. En Europe, un accord conclu en juin prévoit de porter à 14  % la part des énergies renouvelables dans les transports en  2030, tout en réduisant l'usage des agrocarburants de première génération, et même en abandonnant ceux à base d'huile de palme.
En Bourse, quelques " vieilles " sociétés du métier ont déjà commencé à remonter la pente, à l'image des américains Renewable Energy Group, Amyris et Codexis, dont les actions ont pris respectivement 34  %, 64  % et 151  % en un an. Une nouvelle génération d'entreprises telles que -Ginkgo BioWorks ou Zymergen, encore non cotées, lève des fonds. " Tout l'écosystème se remet en marche, et pour nous aussi, l'horizon se dégage ", estime M. Delcourt. Pour Global Biœnergies, le rayon de soleil ne s'est toutefois pas encore traduit par le moindre réveil boursier.
Denis Cosnard