Translate

jeudi 1 février 2018

à la UNE du LE TEMPS - Jeudi 01 février 2018

LE BRIEFING
Jeudi 01 février 2018
Stéphane Benoit-Godet

Chère lectrice, cher lecteur,

On l’appelle communément «crystal», «crystal méth» ou encore «ice», en référence à sa forme de poudre de cristal. La substance est le nouveau cauchemar des polices et des autorités sanitaires des cantons romands. «La méthamphétamine fait clairement partie des drogues les plus dangereuses», s’alarme Nicolas Dietrich, délégué aux questions liées aux addictions de Fribourg. Elle provoque la sécrétion de cinq fois plus de dopamine – la fameuse molécule du plaisir – que la cocaïne.

Sa prise booste les performances, stimule la libido et aiguise le sentiment de toute-puissance. Et ceci durant de très longues heures. «Mais la chute est vertigineuse, terrible, provoquant une descente aux enfers. L’addiction est ultrarapide», prévient encore Nicolas Dietrich. Les accros à la méth finissent par ressembler à des zombies, décharnés, à la peau grisâtre, ne dormant ni ne mangeant plus. «Cela peut aller jusqu’à la perte de dents.»

 – Stéphane Benoit-Godet, rédacteur en chef
[Alt-Text]

A LA UNE

La méth fait des ravages en Romandie

La méth fait des ravages en Romandie


Après Neuchâtel, c’est au tour de Fribourg d’être frappé par le fléau de la méthamphétamine, ou «crystal méth». Le canton a lancé une vaste opération policière fin 2017 pour tenter d’enrayer l’expansion de cette substance ultra-addictive qui ne cesse d’inquiéter en Suisse
[Alt-Text]

À BERNE ET DANS LES CANTONS

Secondo recalé: la volte-face de Nyon 

Secondo recalé: la volte-face de Nyon 


La commune vaudoise change d’avis et accorde ce qu’elle avait d’abord refusé à la famille Scanio. Les enfants et le père seront bientôt Suisses. Mais pas la mère
Roberto Balzaretti, le retour gagnant

Le Conseil fédéral nomme le diplomate tessinois comme nouveau patron des Affaires européennes avec le titre de secrétaire d’Etat
Menace de faillite sur Campione et son casino

L’économie de la localité italienne sur sol tessinois dépend largement de sa maison de jeu. Reportage dans l’attente de la décision des juges de Côme sur le sort du casino
Dix-neuf femmes visent le Grand Conseil genevois, entre elles

Une liste 100% féminine a été déposée pour l’élection du 15 avril. Elle comporte uniquement des novices en politique
Eric Stauffer continue à déshabiller le MCG

Le président de GeM annonce le ralliement de plusieurs élus municipaux issus de son ancien parti. Le conseiller national Roger Golay minimise ces départs

DANS LE MONDE

Le Cap à court d’eau, l’invraisemblable scénario

Le Cap à court d’eau, l’invraisemblable scénario


Les habitants de la mégapole se préparent fébrilement à ne plus avoir d’eau courante. L’endroit n’était pourtant pas prédestiné à un scénario aussi catastrophique
Des démocrates désemparés face à Donald Trump

Le président des Etats-Unis doit faire des concessions aux démocrates pour passer des lois au Congrès. Mais ces derniers, divisés, peinent encore à faire émerger des figures fortes pour le contrer en 2020
Tariq Ramadan dans l’étau policier

L’islamologue suisse a été, mercredi, placé en garde à vue par les policiers français chargés d’enquêter sur les accusations de viol portées contre lui. Une confrontation judiciaire qui accroît son isolement
Ulrik Haagerup: «Il faut réinventer le journalisme»

Ancien directeur de l’information de la Télévision publique danoise, directeur et cofondateur du Constructive Institute à Aarhus, Ulrik Haagerup estime que la presse doit faire son introspection et plaide pour un journalisme qui se veut constructif

LE POINT ÉCO

Une application révèle les inégalités de salaires homme/femme

Une application révèle les inégalités de salaires homme/femme


La Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA) a mis au point un outil qui évalue le salaire moyen des experts de la construction et met en lumière des écarts. Or, des employeurs s’en servent pour déterminer la rémunération de leurs recrues
Drôle de reprise économique pour les salariés français

Les bons résultats économiques de la France n'empêchent pas les plans sociaux de se multiplier. Pour beaucoup de salariés, la flexibilité du marché du travail rime d'abord avec précarité
Chez Julius Baer, le «ministre de l'Intérieur» a pris le pouvoir

Les milieux bancaires considèrent que le nouveau directeur général, Bernhard Hodler, souffre de la comparaison avec son prédécesseur, Boris Collardi. Son premier oral, mercredi, lui a servi à convaincre et à mettre fin à certains préjugés à son égard
Les touristes chinois sont les plus heureux en Suisse

L’Ecole hôtelière de Lausanne a consacré une étude à la mesure du bonheur des visiteurs en terre helvète. Le professeur Yong Chen tord le cou au préjugé selon lequel la Suisse serait un pays particulièrement cher, où accueil et services laisseraient à désirer

LES CLÉS DU DÉBAT

Au pays du folklore outrageant

Au pays du folklore outrageant


EDITORIAL. Le cas de Salvatore Scanio face à la Commission des naturalisations de la municipalité de Nyon est emblématique d’une méthode suivie dans de nombreuses communes, et éclaire un débat difficile au pays de Tell, qui érige le passeport au rang de presque sacre
Federer et les larmes du scandale

La toute récente chronique de Marie-Pierre Genecand a mécontenté beaucoup d’internautes sur la page Facebook du «Temps»
Aller ou non voir le dernier Woody Allen

OPINION. C’est décidé: notre chroniqueuse ira voir «Wonder Wheel». Malgré les accusations dont son auteur fait l’objet, dans la foulée de l’affaire Weinstein

FORMATION - Apprentissage : compromis en vue entre le patronat et les régions

FORMATION


1er février 2018

Apprentissage : compromis en vue entre le patronat et les régions

Le Medef et la CPME renoncent à bloquer la négociation sur la formation professionnelle

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Deux des chantiers sociaux lancés par le gouvernement semblent sur le point de reprendre un cours normal, après avoir été perturbés par les dissensions qu'ils soulèvent entre l'exécutif, les élus régionaux et une partie du monde patronal. Mardi 30  janvier, le Medef et la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) ont annoncé, chacun de leur côté, leur retour dans la négociation consacrée à la réforme de la formation professionnelle : les deux organisations d'employeurs avaient cessé de prendre part aux discussions pour manifester leur mécontentement à propos d'un autre dossier, celui de la transformation de l'apprentissage.
Les différends résultent des changements qui se dessinent au niveau du pilotage du dispositif. A la fin de l'automne 2017, les conseils régionaux avaient dit qu'ils étaient contre l'idée, défendue par l'exécutif, de confier aux branches professionnelles la gouvernance de l'apprentissage – et les financements qui vont avec. Reçus à Matignon à la mi-janvier, les représentants des exécutifs régionaux avaient prétendu avoir finalement obtenu des concessions, notamment en conservant la possibilité de s'opposer à l'ouverture d'un centre de formation des apprentis (CFA) si celui-ci propose les mêmes cursus qu'un lycée professionnel situé à proximité. Un épisode que le Medef et la CPME n'avaient pas digéré, y voyant le signe d'un " flottement " de l'exécutif sur une dimension majeure de la réforme.
Depuis, les tractations se sont poursuivies, laissant entrevoir un compromis. Selon nos informations, qui recoupent celles déjà évoquées par Les Echos, le gouvernement envisage d'instaurer, de façon systématique, des contrats d'objectifs et de moyens : ils seraient signés par les régions ainsi que par les branches professionnelles et auraient pour objet d'organiser l'offre de formation sur les territoires, de caler le niveau des subsides alloués aux  CFA… Les conseils régionaux pourraient, par ailleurs, être impliqués dans le contrôle de la qualité des centres de formation ; ils garderaient, de surcroît, une fraction du produit du prélèvement, susceptible de remplacer la taxe d'apprentissage, pour financer tout ce qui a trait aux dispositifs en alternance.
" Améliorer " la lisibilitéPreuve que le climat paraît se détendre, la CPME et l'association Régions de France ont diffusé, mardi, un communiqué affichant une " position commune " sur les " axes " qui doivent être suivis : mettre en place des " conventions d'objectifs et de moyens " (ce qui correspond à une des pistes étudiées par le gouvernement), financement du système en fonction du nombre de contrats d'apprentissage signés, etc.
C'est un texte " d'équilibre ", se réjouit David Margueritte, le représentant de l'association Régions de France chargé du dossier, qui réaffirme la nécessité d'une " régulation publique ". Cependant, plusieurs points restent à " régler ", confie le président de la CPME, François Asselin, notamment au niveau de la " péréquation entre les branches professionnelles " qui ont beaucoup de moyens et celles qui en ont peu.
Cette démarche a été rendue publique au moment où était dévoilé le rapport présentant la " synthèse de la concertation " engagée en novembre  2017 sur l'apprentissage. Coordonnée par Sylvie Brunet, présidente de la section travail au Conseil économique, social et environnemental, cette réflexion débouche sur 44 propositions, dont plusieurs visent " à améliorer " la lisibilité du système pour les " jeunes et - leurs - familles " (instauration d'une " journée obligatoire d'information sur les métiers " en classe de 4e et de 3e, action de " sensibilisation " en direction des enseignants…). Le rapport préconise aussi de lever des " freins réglementaires ",en particulier en rendant l'apprentissage " accessible à tout âge ".
Pour Michel Beaugas (FO), les recommandations de Mme Brunet font la part belle aux desiderata du patronat. Plusieurs points l'irritent, parmi lesquels la suppression de la limite d'âge pour intégrer un cursus d'apprentissage. " Quand un adulte veut se former, déclare-t-il, il n'a pas besoin d'entrer en apprentissage puisqu'il existe un autre système : la formation professionnelle pour les salariés et les demandeurs d'emplois. "
Catherine Perret (CGT) se montre, elle aussi, très critique : " Nous sommes défavorables à cette mesure sur l'abolition de la limite d'âge car l'apprentissage doit rester de la formation initiale. Il y a d'autres dispositifs plus adaptés aux adultes. Ce qui se joue ici, c'est baisser le salaire et faire de la formation ciblée sur des tâches au gré des besoins des entreprises, sans reconnaissance des qualifications. "
Yvan Ricordeau (CFDT) constate, avec satisfaction, que le rapport " met en avant l'enjeu prioritaire de l'accompagnement des apprentis et de la revalorisation de leur statut ". Il regrette, cependant, que la question cruciale de la gouvernance ne soit pas abordée.
Sarah Belouezzane, et Bertrand Bissuel
© Le Monde

ECONOMIE - La cagnotte et le discours

ECONOMIE


1er février 2018

La cagnotte et le discours

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Le retour de la croissance en France est une très bonne nouvelle. Le produit intérieur brut du pays a progressé de 1,9  % en  2017, selon les chiffres publiés mardi 30 janvier par l'Insee. Mais cette évolution comporte aussi sa part de risque qu'Emmanuel Macron n'a pas manqué de souligner, le même jour, lors de ses vœux " aux corps constitués et aux forces vives de la nation ".
Qui dit croissance dit meilleures rentrées fiscales. Donc davantage d'aisance pour contenir les déficits. Donc fin supposée des vaches maigres et multiplication des revendications catégorielles toutes plus justifiées les unes que les autres, si l'on se réfère aux demandes formulées ces derniers jours : revalorisation du métier de gardien de prison, amélioration des conditions de travail des aides-soignants dans les établissements accueillant les personnes âgées, lutte contre le mal-logement, etc.
La cagnotte est un grand classique de l'histoire budgétaire. Peu de gouvernements y ont résisté, l'exemple le plus spectaculaire remontant au tournant des années 2000 : débusqué par Jacques Chirac alors président de la République, Lionel Jospin à Matignon dut reconnaître l'existence d'un surplus de recettes de 7,6  milliards d'euros, qu'il redistribua sous forme de baisses d'impôts et de recrutements d'enseignants. L'électeur, ingrat, ne lui en sut nullement gré et le pays fut collectivement perdant car, au même moment, l'Allemagne se lançait dans un programme de réformes structurelles qui lui garantirent, dix ans plus tard, de dominer l'Europe. Emmanuel Macron a donc quelques bonnes raisons de minimiser le cadeau de la croissance, de nier un quelconque " retour à la normale ", d'insister sur la transformation du pays pour venir à bout du chômage de masse.
Réformer l'EtatReste à passer aux travaux pratiques. Et la difficulté commence, car si l'exécutif n'a pas la main qui tremble lorsqu'il s'agit de libéraliser le marché du travail, il a beaucoup plus de mal à réformer ce qui relève de sa responsabilité directe : l'Etat. Aucun mode d'emploi n'a été fourni pendant la campagne présidentielle pour restructurer les administrations ou réduire le nombre des fonctionnaires.
Dès que les premières tensions estivales sont apparues autour de la baisse des aides au logement et des contrats aidés, le gouvernement a prudemment décidé de dégonfler le volume des économies à réaliser en  2018 : de 20  milliards d'euros, l'addition est tombée à  14  milliards, sans que le déficit en souffre. Par quel miracle ? La croissance et ses surplus. C'est sur sa dynamique que table l'exécutif tout au long du quinquennat pour rendre l'ajustement budgétaire le plus indolore possible. Mais chut ! il ne faut surtout pas le dire.
par Françoise Fressoz
© Le Monde

ECONOMIE - La commande publique redémarre après quatre années de déclin


ECONOMIE


1er février 2018

La commande publique redémarre après quatre années de déclin

Le montant des investissements de l'Etat et des collectivités locales a enregistré une progression de 7,1 % en 2017

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Pour la première fois depuis 2012, l'investissement public est – légèrement – reparti à la hausse en  2017. Certes, il ne s'agit encore que d'un frémissement : entre 2016 et 2017, le montant global de la commande publique est en hausse de 5,1  milliards d'euros, passant de 72,2  milliards à 77,3  milliards d'euros (+ 7,1  %). Il retrouve ainsi son niveau de 2014, encore inférieur de près de 20  %, cependant, à celui de 2012 (96 milliards d'euros).
Pour Jean-Luc Rigaut, le président de l'Assemblée des communautés de France (AdCF), qui présentait mardi 30  janvier ce baromètre annuel de l'Observatoire de la commande publique réalisé avec la Caisse des dépôts, " tous les voyants sont au vert pour faire de 2018 l'année du redressement ". Une tendance confirmée par Marc Abadie, le directeur du réseau et des territoires de la Caisse des dépôts. " La reprise est amorcée depuis le deuxième trimestre 2017, observe-t-il. Le dernier trimestre 2017 retrouve pratiquement le niveau du dernier trimestre 2013. " Autre signe encourageant, la progression significative (+ 8  %) des dépenses d'ingénierie. " C'est le signe que les collectivités ont engagé des programmes de réalisations qui vont se concrétiser à court terme ", note M.  Abadie.
Un rebond attendu après l'effondrement qu'a connu l'investissement public au début du précédent quinquennat. " La France était sous la pression européenne pour rentrer dans les clous du déficit public, rappelle M.  Rigaut. On a taillé à la hache jusqu'à ce que ça ne devienne plus supportable. Le rabot mis en œuvre dès 2012-2013 n'a pas tenu compte des enjeux spécifiques de l'investissement public. "
C'est principalement l'investissement des collectivités territoriales qui en a fait les frais alors qu'il représente plus de la moitié (53,6  % en  2017) du montant total de la commande publique. " En  2014, nous étions dans le creux classique du cycle électoral, mais la baisse a été encore plus forte que d'habitude - – 21 % pour l'investissement des seules collectivités territoriales - , constate le président de l'AdCF.Nous enregistrons en  2017 le frémissement que nous aurions dû connaître en  2015, mais nous restons bien au-dessous du radar. "
Ce redressement de l'investissement est observé dans toutes les régions, à l'exception de la Bretagne (– 2,4  %), pour des raisons qui tiennent, dans cette région, au niveau élevé des dépenses d'investissement par habitant (1 214  euros par habitant contre 950  euros par habitant dans les Hauts-de-France) et à l'achèvement du chantier de la ligne à grande vitesse.
Déploiement du numériquePartout ailleurs, cela repart à la hausse : + 2,1  % en Pays de la Loire, + 36  % en Corse, qui détient le record de commande publique par habitant (2 181  euros). Une " anomalie " liée, notamment, à la mise en œuvre de la dernière tranche du programme exceptionnel d'investissement – lancé en  2002 – destiné à aider le territoire à surmonter ses handicaps naturels et à résorber son déficit en équipements collectifs.
L'embellie concerne pratiquement tous les secteurs des politiques publiques hormis le logement et l'habitat, qui enregistrent une baisse des investissements de 3,7  %. En revanche, le baromètre met en évidence trois domaines qui tirent l'investissement à la hausse. Le bâtiment, tout d'abord, avec une progression de 12,5 %. Malgré le déclin continu des constructions neuves en matière de bâtiments publics et d'équipements collectifs, les travaux de rénovation liés, notamment, à l'accessibilité pour les handicapés et à la transition énergétique, sont en forte reprise. Les dépenses pour l'environnement progressent également de près de 7 % et l'investissement dans le numérique est en pleine émergence.
" La nature des besoins en investissements a totalement changé ", constate M.  Rigaut, qui se félicite de " la prise de conscience de l'enjeu énergétique " et du déploiement du numérique. " Aujourd'hui, les projets ressortent, la confiance est réinstallée, dans un contexte de reprise économique globale. 2018 est l'année où tout converge, estime-t-il. Toute la bataille menée jusqu'à la Conférence des territoires de Cahors a été de dire oui à la contractualisation sur les dépenses de fonctionnement mais en préservant les capacités d'investissement. Parce que, l'investissement, c'est l'emploi. " Un message qui se veut résolument optimiste.
Patrick Roger
© Le Monde

LFI souhaite investir le mouvement étudiant


1er février 2018

LFI souhaite investir le mouvement étudiant

Une manifestation nationale est prévue le 1er février. Les " insoumis " entendent y prendre leur part

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Pour La France insoumise (LFI), c'est le principal champ de bataille, le terrain qu'il faut absolument occuper. Celui d'où viendra " l'étincelle qui pourra mettre le feu à toute la plaine ", selon le vieux proverbe chinois repris par Mao Zedong. La jeunesse est l'une des priorités de LFI. La réforme de l'entrée à l'université, qui introduit, selon les " insoumis ", la sélection, est l'occasion pour la formation de gauche de réoccuper le terrain social et de prendre une revanche sur l'exécutif après l'échec de la mobilisation contre la réforme du code du travail, lancée en septembre  2017. Un rebond nécessaire pour faire oublier le passage à vide de la fin de l'année où LFI semblait moins sur le devant de la scène.
Mais si La France insoumise s'investit autant sur la question universitaire, c'est également parce qu'elle lui permet d'occuper un terrain laissé en friche par les partis historiques de la gauche, aussi bien socialiste que communiste, celui du mouvement étudiant. Jean-Luc Mélenchon a donné le ton dans sa note de blog hebdomadaire, en écrivant à ce propos : " La lutte commence. " LFI sera donc présente, par un point fixe, lors de la manifestation nationale prévue à Paris le 1er  février, à l'appel d'organisations syndicales de salariés, d'étudiants et de lycéens. Ses militants jeunes seront, eux, dans la manifestation.
Les députés insoumis ont été, avec les communistes, en pointe lors du débat parlementaire pour s'opposer à la réforme d'accès à l'université. Estimant que l'éducation est un " thème majeur ", ils espèrent une large contestation étudiante et lycéenne.
Pour ce faire, LFI n'a pas ménagé ses efforts militants : ses dirigeants affirment ainsi que" plus d'un million de tracts " ont été distribués devant " les lycées et les salons étudiants ", une affiche a été dessinée et les autocollants sont commandés. LFI assure également avoir rencontré " toutes les organisations syndicales lycéennes "" On met l'accent sur ce sujet, on essaie d'y mettre de l'énergie ", reconnaît Manuel Bompard, homme fort de La France insoumise.
Surtout, c'est l'occasion pour LFI d'approfondir son travail d'implantation dans la jeunesse. Les dirigeants n'ont pas oublié que 30  % des 18-24 ans ont voté pour Jean-Luc Mélenchon lors du premier tour de l'élection présidentielle de 2017 (selon un sondage Ipsos). Le mouvement de l'ancien candidat est bien implanté dans des villes universitaires comme Lille, Lyon, Paris, Clermont-Ferrand ou Grenoble. La France insoumise a également des militants dans les rangs de plusieurs organisations de jeunes, entre autres au sein de l'Union des étudiants de France (UNEF) ou encore à l'Union nationale lycéenne-syndicale et démocratique (UNL-SD).
Malgré ces nombreux relais, LFI n'a pas une structure jeune à proprement parler. C'est donc le coauteur du livret jeunesse du programme présidentiel, David Guiraud, et Paul Vannier, enseignant et " orateur national " de La France insoumise, qui ont été chargés de faire le lien avec le milieu étudiant et lycéen. A 25 ans, M.  Guiraud a eu un bref engagement à l'UNEF, mais il s'est surtout impliqué dans le mouvement contre la loi travail, au printemps 2016.
De cette expérience, il en a tiré un goût et une stratégie portés vers " l'action ". " Lors de la loi travail, on n'a pas su incarner la radicalité. On aurait dû être plus offensif sur la tête de cortège - composée en grande partie par des militants autonomes, libertaires et antifascistes - ", estime-t-il aujourd'hui, prônant " une action directe non violente "" On se fera déborder si on ne propose rien ", ajoute-t-il.
Dans la mobilisation contre la réforme dite ParcourSup, LFI a mis en place des structures souples, avec des référents régionaux qui coordonnent, en son sein, le travail sur le sujet. Rien ne dit que ce format sera pérennisé. Des " cellules de coordination locale " entre différentes organisations pour mettre les militants en contact sont aussi à l'étude.
Une chose est sûre : il n'est pas question, pour l'heure, de monter un syndicat étudiant insoumis ? qui diviserait et " organiserait une concurrence " ? ou même de créer des tendances au sein des organisations existantes. " C'est une bonne chose qu'il existe des syndicats, cela reste un outil pertinent. On les laisse faire. Mais ils ne peuvent pas représenter l'ensemble des jeunes. Ce n'est plus possible qu'un parti ou un syndicat dirige le milieu ", avance M. Guiraud.
Droit d'ingérenceSes aînés prennent moins de précaution. Pour Alexis Corbière, député de Seine-Saint-Denis, " plus personne n'a d'influence organisationnelle qui structure le milieu de la jeunesse. Je ne conseille plus aux jeunes d'aller s'enfermer à l'UNEF, c'est une perte de temps ". Eric Coquerel, député du même département, estime que " les organisations traditionnelles du monde étudiant sont en perte de vitesse et ne sont plus capables de lancer seules des choses. On essaie de remplir ce rôle ". M.  Coquerel continue : " On ne se limite pas au champ politique traditionnel. A La France insoumise, on ne se sent pas comme une formation politique au sens strict du terme. On entend être un acteur sur le terrain. " En clair, LFI ne s'interdira pas une sorte de droit d'ingérence dans les mouvements étudiants si elle estime que c'est nécessaire.
Ces propos assez durs s'expliquent aussi par les mauvaises relations qu'entretiennent La France insoumise et l'UNEF. LFI compte plusieurs cadres anciens responsables de l'UNEF, comme William Martinet, ex-président, ou Yannis Zeghbib. Longtemps proche du PS, le syndicat étudiant assure avoir coupé les liens avec les " grands frères " des partis de gauche. Forte de cette volonté d'indépendance, la direction a, cet été, démis de leurs fonctions huit de ses membres sur une trentaine. Leur point commun : tous émargeaient à La France insoumise (LFI) ou en étaient proches et voulaient militer ouvertement pour LFI. Depuis, plusieurs sections locales de l'UNEF se sont unies à l'automne pour écrire un texte extrêmement virulent à l'égard de la direction. Cette dernière est persuadée que ce document de dix pages intitulé " Syndicalistes " a été dicté par quelques " anciens militants aujourd'hui chez les “insoumis” ".
Les tensions sont encore pal-pables aujourd'hui. A la dernière  réunion inter-organisations avant la manifestation du 1er  février, l'UNEF s'est opposée à la signature de l'appel par les " insoumis " car ces derniers ne disposent pas de " structure jeune ".
Après discussion, le problème s'est résolu et les jeunes LFI sont signataires. " Il y a eu débat sur cette question, mais cela s'est réglé très simplement, reconnaît Pauline Raufaste, vice-présidente de l'UNEF, présente à la réunion. Notre position reste la même : plus on est nombreux, mieux c'est. " M.  Guiraud, lui, prend ces bisbilles avec distance. " Ce sont des discussions hors sol… ", souffle-t-il. Personne ne sait encore si, le 1er  février, le cortège étudiant entonnera le célèbre slogan : " Tous ensemble, tous ensemble, hey ! Hey ! "
Abel Mestre