Je suis seule, en boule, au fond de mon canapé, agrippant furieusement un plaid pour me cacher les yeux. Face à moi, un écran de télévision diffuse un épisode de « Ça : Bienvenue à Derry », série HBO adaptée du roman de Stephen King, publié en 1986. Sans rentrer dans des détails gores, il est question d’un accouchement, d’un affreux bébé et de dents acérées. Le tout sur un fond sonore mêlant musique anxiogène et cris.
Mon cœur menaçant de traverser ma cage thoracique, je repense à la première fois où j’ai fait connaissance du clown Grippe-Sou dans l’adaptation télévisé du livre d’épouvante (avec Tim Curry dans le rôle). C’était au début des années 1990, j’avais environ 7 ans et ce fut un traumatisme. Depuis, je hais les clowns, et cela inclut Ronald McDonald (le pire de tous).
Alors, pourquoi m’infliger ça, encore ? L’explication est d’abord biologique : quand on a peur, notre corps sécrète de l’adrénaline (un shot d’énergie), des endorphines (pour atténuer la douleur) et de la dopamine (pour le plaisir). Des molécules qui nous aident à réagir, activent notre instinct de survie, mais qui nous font aussi nous sentir bien.
Des vertus psychologiques
« Une fois la situation de peur passée, le cerveau va être dans un état de repos, un état apaisé. […] Comme s’il récompensait finalement le fait d’avoir survécu à quelque chose, même si cette chose-là est totalement irréelle », expliquait Hugo Bottemanne, psychiatre et chef de clinique à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, sur France Inter en 2022. Pas étonnant alors que plus de 50 % de la population aime se faire peur, selon le Fear Lab, laboratoire de neurosciences spécialisé dans l’étude des recreationals fears, les plaisirs de la peur.
L’expérience de la peur a aussi des vertus psychologiques. « Les films sont un excellent moyen pour les adultes de s’exercer à la régulation émotionnelle », indique Coltan Scrivner, spécialiste américain en sciences comportementales. Il explique que notre intention n’est pas de nous faire le plus peur possible, mais de trouver un juste milieu, un espace sécurisant qui nous aiderait à affronter, réduire voire surmonter, nos propres angoisses et gagner en confiance en soi.
Il est vrai qu’à force de voir de méchants clowns – qui fort heureusement ne courent pas les rues –, j’ai un peu moins la chair de poule. Et quand bien même celle-ci réapparaît, j’ai fini par me faire une raison. Après tout, comme le disait si justement Alfred Hitchcock, « un meurtre sans des ciseaux qui brillent est comme des asperges sans sauce hollandaise. Sans goût ».
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