Salaire brut, salaire net
Philippe
ARNAUD$
J’ai
entendu ce qui suit au journal de France 2 de 13 h présenté par
Marie-Sophie Lacarrau :
C’est
une bonne nouvelle pour les salariés de cette entreprise. Ce
mois-ci, une ligne disparaît sur leur fiche de paie : les
cotisations pour l’assurance chômage, qui représentait une
ponction de 0,95% sur le salaire brut. Un gain de pouvoir d’achat.
La centaine de salariés découvre la nouveauté, accompagnée d’une
note explicative de leur employeur, pour leur permettre de mieux
déchiffrer leur bulletin de salaire. "J’ai une différence de
40 euros, je suis ravi de voir que j’ai un peu plus d’argent sur
ma fiche de paie à la fin du mois", explique Hugo Benoit, l’un
des salariés de l’entreprise. Une hausse de salaire qui peut
varier d’une dizaine à une centaine d’euros selon le poste
occupé.
Promesse
de campagne d’Emmanuel Macron pour doper le pouvoir d’achat des
Français, la fin des cotisations salariales s’est faite en deux
temps. Les cotisations pour l’assurance maladie avaient disparu en
janvier, celles concernant l’assurance chômage sont supprimées au
mois d’octobre. En France, le revenu net de tous les salariés va
augmenter, avant un prochain bouleversement sur la fiche de paie,
avec la mise en place du prélèvement à la source, dès le 1er
janvier 2019.
J’avais
abordé ce sujet le 1er octobre, lors de l’annonce de la
suppression de cette cotisation. Et j’en disais déjà ceci :
"Comment
un journaliste peut-il prononcer une telle phrase sans se poser de
questions, sans regimber, sans envoyer paître son rédacteur en
chef ?
Remarque
1. La cotisation chômage n’est pas une indemnité de guerre versée
à un pays ennemi qui s’appelle Assurance chômage. La vocation de
la cotisation chômage n’est pas de disparaître dans un trou sans
fond mais de revenir au salarié lorsque celui-ci perd son emploi.
Remarque
2. Du fait que la cotisation chômage repose sur le principe de la
mutualisation, la somme que touche le salarié devenu chômeur est
très supérieure à ces 14 euros mensuels. C’est le principe même
de la mutualisation : être un grand nombre à payer de façon
modique pour permettre au petit nombre de ceux qui sont frappés par
le malheur d’obtenir bien plus qu’ils n’auraient pu obtenir
avec leur épargne. Du coup, si la cotisation disparaît,
l’indemnisation disparaît aussi. Où est alors l’avantage, pour
le salarié d’avoir 14 euros de plus sur sa fiche de paye mensuelle
(ce qui représente 50 centimes par jour, une demi-baguette...) si,
le premier mois où il tombe au chômage... il touche zéro euro ?
Remarque
3. C’est ce qui risque de se passer si la disparition de cette
cotisation n’est pas compensée par une autre rentrée d’argent.
Or d’où peut venir cette rentrée : de l’ISF ? Il a
été supprimé. Des tranches supérieures de l’impôt sur le
revenu ? Leur taux a été fortement diminué. De l’impôt sur
les sociétés ? Il est raboté. De la chasse efficace à la
fraude et à l’évasion fiscales (de 60 à 80 milliards d’euros) ?
On peut toujours rêver...
Remarque
4. Si l’indemnisation chômage ne passe pas à la trappe, c’est
que son financement aura été compensé par autre chose. Mais si on
ne ponctionne ni les hauts revenus ni les sociétés, sur qui
reposera le financement ? Sur ce qui reste : sur les
salariés et sur les retraités, et essentiellement sur ceux qui
figurent dans les 9 premiers déciles des revenus, c’est-à-dire
sur à peu près tout le monde (en dehors des riches). Ce financement
viendra de l’augmentation de taxes directes et indirectes, fiscales
et parafiscales (sur la TVA, le gaz, l’essence, la CSG - impôt
proportionnel, donc injuste - etc.) dont la diversité et le nombre
sont tels qu’il sera difficile pour le salarié d’établir le
solde entre la disparition de sa cotisation chômage, d’une part,
et l’augmentation de tout le reste, d’autre part. Mais on ne
perdrait pas grand chose à parier que ce solde sera négatif...
Remarque
5. Si l’indemnisation des chômeurs ne passe plus par la
cotisation, cela veut dire qu’elle sera décorrélée du salaire
(et ne sera donc plus considérée comme partie intégrante de
celui-ci). Elle pourra être fiscalisée ou versée comme une aide
(une charité...), mais on habituera les salariés à la dissocier de
leur paye, à ne plus la considérer comme un droit indissociable
attaché à leur statut. On leur mettra dans la tête qu’elle n’a
qu’un caractère précaire et qu’elle peut être
"avantageusement" remplacée par une assurance privée
facultative. Bien plus chère, cela va sans dire..."
Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai dit, sauf que les journalistes aggravent leur cas en disant : Assurance-chômage : la fin des cotisations fait augmenter les salaires. [Et en explicitant, un peu plus loin : tous les salariés vont voir leur revenu net augmenter].
Remarque 6. Non ! Le salaire perçu par le salarié n’est pas le salaire net, c’est le salaire brut (c’est-à-dire celui qui comprend les cotisations destinées à la retraite, à la santé, au chômage et aux prestations sociales - par exemples les allocations familiales). C’est cette somme, versée par l’employeur, qui constitue un salaire différé (je souligne) que le salarié perçoit (je souligne encore) quand il est malade, quand il a des enfants, quand il tombe au chômage, quand il bénéficie de sa retraite. Dans les pays (montrés en exemple par la droite, le patronat et les ultralibéraux) où ces cotisations ne sont ni obligatoires, ni d’un niveau convenable ni perçues par un organisme public, (je souligne toujours) le salarié qui cesse de travailler - parce qu’il est malade, au chômage ou à la retraite - soit n’a plus que ses yeux pour pleurer, soit doit cotiser à des caisses d’assurances privées (je souligne derechef) qui lui coûtent l’épiderme du bas du dos...
Je n’ai rien à ajouter à ce que j’ai dit, sauf que les journalistes aggravent leur cas en disant : Assurance-chômage : la fin des cotisations fait augmenter les salaires. [Et en explicitant, un peu plus loin : tous les salariés vont voir leur revenu net augmenter].
Remarque 6. Non ! Le salaire perçu par le salarié n’est pas le salaire net, c’est le salaire brut (c’est-à-dire celui qui comprend les cotisations destinées à la retraite, à la santé, au chômage et aux prestations sociales - par exemples les allocations familiales). C’est cette somme, versée par l’employeur, qui constitue un salaire différé (je souligne) que le salarié perçoit (je souligne encore) quand il est malade, quand il a des enfants, quand il tombe au chômage, quand il bénéficie de sa retraite. Dans les pays (montrés en exemple par la droite, le patronat et les ultralibéraux) où ces cotisations ne sont ni obligatoires, ni d’un niveau convenable ni perçues par un organisme public, (je souligne toujours) le salarié qui cesse de travailler - parce qu’il est malade, au chômage ou à la retraite - soit n’a plus que ses yeux pour pleurer, soit doit cotiser à des caisses d’assurances privées (je souligne derechef) qui lui coûtent l’épiderme du bas du dos...
Remarque
7. Depuis ma précédente chronique est intervenue la déclaration de
Jean-Luc Mélenchon (qui lui a valu bien des attaques) selon lequel
les journalistes du service public seraient des "abrutis".
Dans la mesure où je n’ai entendu sur aucune des chaînes du
service public (radio comme télévision) un seul journaliste
dénoncer – ou même seulement relever – l’entourloupe
qui consiste à présenter une baisse du salaire brut comme une
"bonne nouvelle" [sic] pour les salariés, ne
peut-on être tenté de lui donner raison ? A moins que les
journalistes n’aient à ce point intégré l’idéologie des
classes dominantes qu’ils ne s’en rendent même plus compte...
Remarque
8. Cette façon mirifique de présenter une manœuvre de bas étage
contre les salariés (en pariant sur leur naïveté ou sur leur
manque de jugeote) me rappelle un apologue rapporté par mon livre de
philo : "A l’occasion du 2e anniversaire d’un bambin,
la famille invite un arrière-grand-père à la fois très riche et
très avare, en se demandant ce qu’il va offrir à son lointain
descendant. L’aïeul s’assied face à l’enfant et, à la
stupéfaction générale, sort de son portefeuille un billet de 500
euros (j’ai transcrit, à l’époque, c’étaient des francs) et
le tend à l’enfant. Puis, presque simultanément, il sort un
superbe sucre d’orge aux multiples couleurs (valeur : 5 ou 6
euros) et dit à l’enfant : "Choisis !". Et le
philosophe de conclure : "A deux ans, l’homme, encore
empirique, choisit le sucre d’orge"...
Seulement
à deux ans ?
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