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mardi 27 novembre 2018

Jair Bolsonaro souhaite transférer l’ambassade brésilienne à Jérusalem le 3.11.2018

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Jair Bolsonaro souhaite transférer l’ambassade brésilienne à Jérusalem
L’annonce préfigure un changement de la politique étrangère et commerciale de Brasilia, qui privilégiait les liens avec les pays arabes
SAO PAULO, JÉRUSALEM - correspondants
Quelques semaines avant son accession à la présidence, Jair Bolsonaro promettait de resserrer les liens entre le Brésil et Israël, où il fut baptisé par un pasteur évangélique en 2016. Jeudi 1er novembre, le représentant de l’extrême droite a indiqué qu’il tiendrait parole. Dans un entretien au quotidien Israel Hayom, Jair Bolsonaro se dit prêt à déménager l’ambassade de son pays de Tel-Aviv vers Jérusalem, à l’instar du président des Etats-Unis, Donald Trump.
Le militaire de réserve est allé plus loin encore, laissant entendre que le Brésil pourrait fermer la représentation diplomatique palestinienne de Brasilia, construite trop près de son palais présidentiel. « La Palestine doit d’abord être un pays pour avoir le droit à une ambassade », explique-t-il.
Réputé pour son impulsivité, Jair Bolsonaro impose ainsi un virage radical à la politique extérieure brésilienne, liée aux pays arabes sur les plans diplomatique et commercial. Jeudi, à Brasilia, le représentant palestinien, Ibrahim Alzeben, préférait ne voir dans cet entretien qu’une opération de« propagande israélienne ».
Mais, dans la soirée, Jair Bolsonaro a confirmé sur Facebook qu’il prétendait déplacer l’ambassade de son pays. Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a félicité son « ami » pour ce pas « historique ». « Bolsonaro est un radical, sans aucune idée du monde », estime le politologue et historien Luiz Felipe de Alencastro. Sa parole « inconséquente », dit l’historien, pourrait mettre en péril tout un pan de l’économie du Brésil, gros exportateur de viande halal vers les pays musulmans. « C’est un grand risque qu’a pris Jair Bolsonaro. Le Brésil a beaucoup à perdre à froisser les pays du Moyen-Orient et peu à gagner vis-à-vis d’Israël », abonde Guilherme Casaroes, professeur de relations internationales à la Fondation Getulio Vargas de Sao Paulo.

Liens avec les évangéliques

L’ex-parachutiste a tissé des liens particuliers avec M. Nétanyahou. Il y a une « alchimie » entre les deux hommes, assure l’ambassadeur israélien à Brasilia, Yossi Shelley, cité par le quotidien Folha de Sao Paulo. M. Nétanyahou fut l’un des premiers à féliciter Jair Bolsonaro après sa victoire à la présidentielle.
Cette amitié se comprend dans la perspective des liens entre Jair Bolsonaro et les évangéliques. Le catholique sait qu’il doit son élection au vote massif des Eglises pentecôtistes et néopentecôtistes : il obéit en retour à une revendication de cet électorat pour qui « Israël est aussi la Terre promise des chrétiens », explique Lamia Oualalou, auteure de Jésus t’aime !, ouvrage de référence sur la déferlante évangélique au Brésil (ed. du Cerf, 2018). Cette reconnaissance électorale a été l’une des motivations de Donald Trump avant le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem.
Se rapprocher d’Israël lui permet de prendre le contrepoint de la politique de Lula et surtout de celle de Dilma Rousseff, émaillée de crises diplomatiques avec l’Etat hébreu. La révérence de Bolsonaro à l’égard d’Israël permet enfin à ce fervent admirateur de la puissance militaire israélienne d’imaginer des échanges commerciaux avec l’Etat hébreu, tout en se rapprochant de l’administration Trump.
En Israël, la droite au pouvoir exulte. Le gouvernement tenait déjà en Donald Trump un président américain aligné sur ses positions comme aucun de ses prédécesseurs. Voici que se profile son exact alter ego en Amérique du Sud, qui lui promet également de voter en sa faveur de façon systématique à l’ONU. Son extrémisme, sa démagogie, son sexisme sont passés sous silence par les responsables israéliens, de la même façon que sont tues les critiques au sujet de la montée de la xénophobie et de l’antisémitisme aux Etats-Unis.
Ce n’est pas un hasard si Jair Bolsonaro a été interrogé par Israel Hayom, création du magnat américain des casinos, Sheldon Adelson, soutien de longue date de M. Nétanyahou. Boaz Bismuth, son directeur, avait déjà obtenu plusieurs entretiens exclusifs avec M. Trump, pendant sa campagne, puis à la Maison Blanche.

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