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lundi 26 novembre 2018

Au lycée de Stains, un gendarme nommé proviseur adjoint

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Au lycée de Stains, un gendarme nommé proviseur adjoint
A l’initiative du rectorat, un chef d’escadron s’occupera de la sécurité dans l’établissement
Qu’il déconcerte, inquiète, crispe ou rassure, son CV fait réagir. Le nouveau proviseur adjoint du lycée Maurice-Utrillo, à Stains (Seine-Saint-Denis), est un ancien chef d’escadron dans la gendarmerie, à Rouen. En détachement à l’éducation nationale pour une durée de trois ans, il doit prendre ses nouvelles fonctions lundi 5 novembre. Il sera chargé de la sécurité. La nouvelle de son arrivée a suscité nombre de réactions, notamment de la part de certains enseignants qui annoncent une grève « contre l’infiltration d’une force armée dans notre lycée » dès la rentrée dans une tribune publiée dans le Bondy Blog le 29 octobre, intitulée « L’école publique ne sera jamais l’antichambre du commissariat ».
C’est sur le parvis de cet établissement scolaire d’ordinaire sans histoires et plutôt performant (82 % de réussite au bac) que, en avril, une guerre des bandes opposant Pierrefitte à Stains avait créé le « chaos », comme le décrit une employée du lycée. Un élève avait été frappé à coups de marteau, plusieurs autres avaient été blessés, ainsi qu’un surveillant, d’autres encore avaient reçu des menaces. « Des faits d’autant plus complexes à traiter que les heurts se sont déroulés à l’extérieur du lycée – cela ne relève donc pas de notre compétence mais, en même temps, nous sommes directement touchés », rappelle-t-on au rectorat de Créteil.

Manque de moyens

Face à ces violences, un conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CLSPDR) s’était réuni et les patrouilles de police avaient été renforcées. Ces événements furent surtout l’occasion de réfléchir à de « nouvelles solutions » pour lutter contre l’insécurité aux abords des lycées. L’« idée » de faire appel à quelqu’un « dont le passé professionnel en matière de sécurité soit une plus-value » est venue du rectorat. Sa mission ? « 50 % de son temps sera consacré à des missions classiques de proviseur adjoint, l’autre moitié sera dédiée au travail en partenariat avec tous les acteurs de la sécurité : police nationale, police municipale, justice. » Ses fonctions exactes au quotidien restent à définir, mais il pourrait, par exemple, être amené à donner l’alerte en cas de tensions et à faire remonter des informations.
Cette solution, précise-t-on au rectorat, a été pensée et prévue « bien avant les annonces de Castaner et Blanquer », en référence aux ministres de l’intérieur et de l’éducation nationale, qui, le 26 octobre, ont avancé l’idée de faire entrer la police dans les établissements.
Dans une lettre datée de mi-octobre, « les personnels mobilisés du lycée Maurice-Utrillo » dénoncent le choix du rectorat : « Nos élèves ont moins besoin d’un proviseur adjoint supplémentaire issu de la gendarmerie que de professeurs (…), d’assistants d’éducation, de CPE [conseiller principal d’éducation] (…) », écrivent-ils. Et de relever le manque de moyens et d’effectifs alors que le nombre d’élèves continue d’augmenter : 1 300 pour une capacité de 1 000. « Et alors la prochaine fois qu’il y a un affrontement aux portes du lycée, on envoie les assistants d’éducation sur le parvis ? Non mais on se fout du monde ! », tempête un proche du dossier. « Et c’est le nouveau proviseur adjoint qui va y aller, peut-être ?, rétorque Adrien Viallet, professeur de français et membre du syndicat SUD-Education. Ce monsieur va prendre ses fonctions sans avoir passé de concours et sans aucune formation : nous craignons qu’il ne soit pas compétent. »
Le maire (PCF) de Stains, Azzedine Taïbi, dénonce quant à lui des mesures « complètement à côté des vrais enjeux ». Il ne pointe pas du doigt uniquement la nomination du nouveau proviseur adjoint, mais aussi les travaux envisagés par la région, qui n’ont pas encore été votés : l’installation de grilles autour du parvis et de caméras de surveillance. « Cela ne fait que déplacer le problème de 50 mètres », s’agace le maire. 130 000 euros ont déjà été investis pour la sécurisation du lycée Utrillo (changement du portail avec Digicode et visio, remplacement de douze portes métalliques donnant sur l’extérieur et de onze caméras de surveillance, plus l’installation de trois supplémentaires).
« Tout ce que nous entreprenons dans ce domaine, nous le faisons à la demande des proviseurs », souligne Frédéric Péchenard, vice-président (LR) de la région et ancien directeur général de la police nationale. Et de conclure : « Un gendarme, des policiers, des grilles ou des caméras, tout cela ne changera rien tant qu’il n’y a pas de sanctions immédiates et effectives. »

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