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vendredi 2 mars 2018

Les insecticides néonicotinoïdes de nouveau sur la sellette...." La plus grande part de ces molécules ne fait que contaminer l'environnement "........

2 mars 2018

Les insecticides néonicotinoïdes de nouveau sur la sellette

L'Autorité européenne de sécurité des aliments conclut à son tour que ces produits présentent un risque pour les abeilles à miel et sauvages

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75 %
de l'ensemble des popu-lations d'insectes a disparu en trente ans en Allemagne
Une étude internationale conduite sur une soixantaine d'aires -naturelles protégées d'Allemagne indique qu'environ 75 % de la biomasse d'insectes volants a disparu au cours des trois dernières décennies. Un taux qui grimpe à 80 % pendant les mois d'été. Ces chiffres, cohérents avec des observations conduites en France, suggèrent un phénomène de grande ampleur dont la cause la plus plausible est la systématisation de l'utilisation préventive des nouvelles générations d'insecticides systémiques.
Qu'on se le dise : les insecticides tuent les insectes. Vingt-cinq ans après la mise sur le marché des premiers néonicotinoïdes et l'interminable polémique entre les agrochimistes et le monde apicole qui s'est ensuivie, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a estimé, dans une série de rapports rendus publics mercredi 28  février, que trois de ces mo-lécules (imidaclopride, thiaméthoxame, clothianidine) présentent bel et bien un risque pour les abeilles, domestiques et sauvages.
Rien de très surprenant pour les spécialistes. " De tels risques ont déjà été démontrés bien au-delà des abeilles à miel ou des abeilles sauvages puisque c'est toute la biodiversité des invertébrés terrestres et aquatiques qui subit les effets délétères de ces substances, estime Jean-Marc Bonmatin, chercheur (CNRS) au Centre de biophysique moléculaire d'Orléans et auteur de nombreux travaux sur le sujet. Ceci est d'autant plus grave que des effets en cascade se produisent sur les prédateurs de ces espèces d'invertébrés, comme par exemple les oiseaux ou les poissons, qui déclinent également. "
" Il y a une variabilité dans les résultats, due à des facteurs comme l'espèce d'abeille, le mode d'uti-lisation du pesticide et la voie d'exposition ", déclare Jose Tarazona, chef du département Pesticides de l'EFSA, dans un communiqué. Les abeilles peuvent en effet être exposées par le biais du pollen et du nectar des plantes traitées, mais aussi par le biais des poussières contaminées qui sont dispersées dans l'environnement au moment des semis ou encore par l'eau de " guttation " exsudée par les plantes traitées et à laquelle s'abreuvent les insectes.
" Pour une interdiction totale "" Certains risques faibles ont été identifiés, mais globalement le -risque pour les trois types d'abeilles que nous avons étudiés est -confirmé ", poursuit M. Tarazona. De fait, l'agence européenne basée à Parme (Italie) confirme une première évaluation rendue en  2013, qui avait conduit à un moratoire partiel de ces trois substances en Europe sur certaines cultures.
Cependant, cette initiative n'a, semble-t-il, pas permis de faire baisser le recours à cette famille d'insecticides. En mai  2016, l'Union nationale de l'apiculture française, qui avait obtenu les statistiques officielles françaises de vente de produits néonicoti-noïdes, a relevé une hausse de plus de 30  % des tonnages écoulés en  2014 par rapport à l'année précédente. De fait, d'autres " néonics " avaient remplacé leurs trois cousins visés par le moratoire.
Car, au niveau européen, seules les trois molécules évaluées par l'EFSA – réputées les plus toxiques pour les abeilles et les pollinisateurs –, sont sur la sellette. " La position que nous soutenons est une interdiction totale de ces trois substances actives, à l'exception des usages sous serre, explique-t-on à la Commission européenne. Cette proposition doit être discutée en comité d'experts des Etats membres, sans doute le 22  mars. " Le vote ne devrait intervenir que plus tard au printemps.
En France, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, adoptée en  2016, va plus loin que le cadre européen. Elle prévoit pour sa part l'interdiction de tous les " néonics " – soit sept molécules différentes – à partir de septembre, avec toutefois des dérogations possibles jusqu'en  2020.
" Il est incroyable que les pouvoirs publics continuent à commander inlassablement de nouvelles expertises et de nouvelles études pour répéter ce que tout le monde sait depuis longtemps, commente la députée Delphine Batho (PS), coauteure de l'amendement sur les néonics, à propos du rapport de l'EFSA. Il faut maintenant que la France fasse le travail au niveau des Vingt-Huit et réunisse autour d'elle une majorité d'Etats membres pour exclure ces molécules du marché européen. "
L'interdiction possible des trois pesticides (imidaclopride, thiaméthoxame et clothianidine) pose la question de leur remplacement par d'autres néonicotinoïdes ou de nouvelles molécules  agissant de la même manière sur le système nerveux central des insectes – comme le sulfoxaflor ou la flu-pyradifurone. " Cela n'a de toute façon plus de sens d'évaluer les substances molécule par molécule ", estime Jean-Marc Bonmatin.
Certains scientifiques, de même que les associations de défense de l'environnement, plaident donc pour que les mesures de restriction concernent l'ensemble de la famille chimique. Des centaines d'études se sont en effet accumulées ces dernières années dans la littérature scientifique sur les dégâts environ-nementaux et sur la santé occasionnés par ces produits.
L'une des dernières en date a été publiée en octobre  2017 dans la revue PloS One. Elle relève un effondrement rapide de l'ensemble des populations d'insectes en Europe, avec, comme principal suspect, l'intensification de l'agriculture, et notamment son appétit pour les traitements insecticides à base de " néonics ". Au total, selon ces travaux conduits en Allemagne, 75  % à 80  % de la biomasse d'insectes volants ont disparu en moins de trente ans. Des données non encore publiées, colligées par des chercheurs français sur la zone atelier Plaine &  Val de Sèvre, exploitée par le CNRS depuis plus de vingt ans, indiquent des pertes comparables, notamment sur le carabe, un coléoptère commun.
Stéphane Foucart
© Le Monde


2 mars 2018

" La plus grande part de ces molécules ne fait que contaminer l'environnement "

Une revue de littérature scientifique suggère que les néonicotinoïdes sont utilisés sans nécessité

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Quels sont les bénéfices réels offerts par les fameux insecticides néonicotinoïdes, utilisés en Europe depuis le milieu des années 1990 ? Une équipe internationale de chercheurs a exploré la littérature scientifique pour en avoir le cœur net et dresse, dans la dernière édition de la revue Environmental Science and  Pollution Research, un constat perturbant : ces nouvelles générations de produits agrotoxiques utilisés de manière préventive en enrobage de semences, n'ont qu'une utilité marginale, voire nulle.
Publié dimanche 25  février, ce passage en revue de quelque 200  études publiées dans la littérature savante, conduit par l'agronome italien Lorenzo Furlan (Veneto Agricoltura, Legnaro) et ses coauteurs, met en outre en évidence des méthodes alternatives pour lutter contre les ravageurs.
" Le premier enseignement de cette synthèse des connaissances disponibles est que dans la grande majorité des cas, l'utilisation de ces substances n'augmente pas les rendements agricoles ", assure Jean-Marc Bonmatin, chercheur (CNRS) au Centre de biophysique moléculaire d'Orléans, coauteur de ces travaux. Ce constat d'une quasi-absence d'impact positif des traitements insecticides des semences avait déjà été souligné en mars  2014 par le Center for Food Safety américain. Ce dernier avait identifié dix-neuf -études publiées ne montrant aucune augmentation significative de rendement, contre seulement quatre suggérant des gains de productivité. Que le bénéfice du recours aux néonicotinoïdes soit nul la plupart du temps n'est, au reste, pas surprenant : l'utilisation préventive de ces pesti-cides en enrobage de semences est en effet systématique, que des ravageurs soient présents ou non sur la parcelle.
" Fonds d'assurance commun "" Les données accumulées sur trente ans dans deux grandes régions agricoles du nord de l'Italie, en Vénétie et dans le Frioul, montrent que les ravageurs du maïs ciblés par les néonics ne sont présents en moyenne que sur 4  % des superficies, dit M. Bonmatin.Ce qui signifie que 96  % d'entre elles n'ont pas besoin de traitements. En définitive, seule une toute petite partie des substances lutte effectivement contre des ravageurs : la plus grande part ne fait que contaminer l'environnement. "
L'utilisation systématique des mêmes produits et leur persistance dans l'environnement ont d'autres inconvénients. " Cela engendre la résistance des ravageurs ciblés, ajoute le chercheur français, et conduit à une situation intenable dans laquelle il faut encore accentuer les traitements en cas d'attaque ou utiliser d'autres insecticides encore plus toxiques en complément. "
Parmi les alternatives identifiées par les auteurs figurent des techniques agronomiques comme la rotation des cultures, l'utilisation de la lutte biologique (le recours à des prédateurs naturels des ravageurs, etc.). L'une des possibilités à l'efficacité démontrée est une expérience conduite depuis trois ans en Vénétie, sur plusieurs exploitations agricoles représentant environ 50 000 hectares de culture de maïs. " Les exploitants se sont regroupés, ont construit un fonds d'assurance commun qu'ils abondent à hauteur d'environ 3,50  euros par hectare et par an, détaille M.  Bonmatin. Ils économisent ainsi le coût des traitements de -semences qui revient à quelque 40  euros par hectare et sont indemnisés si leur récolte est détruite par des ravageurs. "Le fonds est lar-gement bénéficiaire puisque, -précise le chercheur, seule la moitié des sommes récoltées est généralement redistribuée à titre -d'indemnisation.
" Conflit d'intérêts structurel "La revue de littérature conduite par les chercheurs pose question : pourquoi les agriculteurs engagent-ils des sommes importantes pour des produits chimiques la plupart du temps inutiles ? " La raison est un conflit d'intérêts structurel : le conseil technique aux agriculteurs est assuré par ceux qui leur vendent les traitements pesticides, résume M. Bonmatin. Si ces conseils étaient prodigués par des agronomes indépendants, la situation serait très différente. "
Préconisée par un récent rapport parlementaire, la séparation de ces deux activités – conseil technique et vente de phytosanitaires – est l'une des promesses de campagne d'Emmanuel Macron et l'un des axes de l'action du gouvernement pour faire baisser le recours aux traitements de synthèse dans les campagnes françaises.
S. Fo.
© Le Monde

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