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mercredi 28 mars 2018

Le changement climatique crée plus de réfugiés que les guerres


28 mars 2018

Le changement climatique crée plus de réfugiés que les guerres

Pascal Canfin, directeur de WWF France, plaide pour qu'une partie du budget de la défense finance l'adaptation des pays du Sud aux catastrophes climatiques, facteur de déstabilisation et d'insécurité

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La loi de programmation militaire doit être votée mardi 27  mars à l'Assemblée nationale. Dans quelques semaines, ce sera au tour de la loi asile et immigration. Dans les deux cas, le gouvernement fait l'impasse sur l'un des bouleversements majeurs de notre époque : les conséquences du changement climatique sur la sécurité et la stabilité mondiale.
Les rapports annuels du Conseil norvégien pour les réfugiés montrent, depuis plusieurs années, qu'il y a davantage de réfugiés climatiques que de réfugiés liés aux conflits dans le monde. Et ce n'est que le début : l'ONU prévoit 250  millions de réfugiés clima-tiques dans le monde en 2050, et d'autres rapports évoquent même le chiffre de 1 milliard !
Le premier droit de chaque être -humain est de pouvoir vivre en paix chez soi. Or le dérèglement climatique que nous connaissons remet en cause ce droit, et il est totalement -illusoire de penser que cela va s'arrêter demain puisque nous ne subissons aujourd'hui que les tout premiers impacts de ce dérèglement.
Plutôt que de nier cette réalité, le gouvernement devrait tout mettre en œuvre pour la gérer au mieux. Aucun mur, aucune déclaration, même martiale, de quelque ministre de l'intérieur que ce soit, n'en viendra à bout. En revanche, en aidant les pays et les communautés les plus vulnérables à s'adapter, on leur offre l'opportunité de modérer les conséquences déstabilisatrices du choc climatique. Et il est difficile de prétendre que nous manquons de moyens financiers quand la loi de programmation militaire 2019-2024 prévoit de consacrer 295 milliards d'euros à la défense et d'augmenter de plusieurs milliards d'euros les crédits -accordés à la dissuasion nucléaire (37 milliards entre 2019 et 2025 !).
Traiter les causesDans son rapport 3S (soutenabilité, stabilité, sécurité), le World Wide Fund for Nature (WWF, Fonds mondial pour la nature) propose de flécher une partie de l'augmentation des budgets de la défense (les dépenses militaires ont atteint 1 686 milliards de dollars dans le monde en 2016, soit 2,2 % du PIB mondial) vers le financement de l'adaptation des pays les plus -fragiles aux conséquences du dérèglement climatique. La France, par exemple, consacre 34  milliards d'euros au budget de la défense en 2018 et s'est engagée à -atteindre les 50  milliards en 2025. En suivant le principe énoncé par le WWF, elle pourrait utiliser une part de ces 16  milliards supplémentaires pour financer l'adaptation au changement climatique.
Un tel investissement permettrait de réduire les risques de déstabi-lisation dans des régions entières et ainsi de limiter l'augmentation de la conflictualité et des migrations -subies. Ce serait une dépense publique, financée par nos impôts, plus -efficace (car traitant les causes et non les conséquences) et plus humaine. Le rapport publié le 19 mars par la Banque mondiale (" Groundswell, se préparer aux migrations internes "), qui estime à 143  millions le nombre de déplacés climatiques en 2050 -directement liés au réchauffement, souligne que si les politiques agissaient, ce nombre pourrait être -réduit de 80  % !
Les parlementaires ont la possibilité, lors des débats autour de ces deux projets de loi, de rappeler qu'il est urgent de repenser la sécurité dans un monde où le climat se dérègle et qu'agir pour l'adaptation au changement climatique, c'est agir pour la paix et la sécurité mondiales.
Pascal Canfin
© Le Monde

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