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mardi 22 septembre 2015

HISTOIRE et MEMOIRE du MOUVEMENT OUVRIER : un article paru dans La Vérité N°75 en septembre 2012 - Europe : la crise s’approfondit

HISTOIRE et MEMOIRE du MOUVEMENT OUVRIER




http://quatrieme-internationale.org
Quatrième
internationale




Europe : la crise s’approfondit

ALLEMAGNE, ESPAGNE, FRANCE : LES CONDITIONS ACTUELLES DU COMBAT DES SECTIONS DE LA IVE INTERNATIONALE
par Marc Lacaze
septembre 2012
(La Vérité n° 75)
La première lettre d’invitation pour le VIIIe Congrès mondial de la IVe Internationale, consacrée à l’Europe et publiée dans ce numéro de La Vérité, a été écrite le 19 juillet dernier. Il nous a semblé utile de l’actualiser. En effet, les développe­ments politiques de ces deux derniers mois nous permettent de préciser encoreles contours de la situation exposés dans cette lettre. Ils confirment les raisons poli­tiques qui nous ont amenés à proposer d’engager les militants de la IVe Internationale dans la préparation, à l’échelle de tout le continent, d’une véritable « confé­rence ouvrière européenne ouverte ». Ils permettent de surcroît de mieux dégagerles axes politiques de sa préparation, laquelle ne peut que s’inscrire dans l’aideà la construction des instruments politiques dont la classe ouvrière a besoin pour ouvrir une issue à la crise de toute la société.

“UNE FOIS, DEUX FOIS, TROIS FOIS CA CASSE...”

Il est un signe qui ne trompe pas : c’est l’étourdissant ballet diplomatique déployé fin août, à l’approche de laréunion des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) du 6 septembre et du Conseil européen des 18 et19 octobre.
A peine la tournée du Premier ministre grec, Antonis Samaras — effectuée dans les principales capitales européennes pour demander un sursis de deux ans pour satisfaire aux exigences du mémorandum—, était-elle terminée, que Hollande se rendait chez Merkel, à Berlin, précédant de quelques jours Mario Monti dans la capitale allemande. Rajoy recevait Hollande le 30 août à Madrid, juste avant que Merkel ne fasse à son tour le voyage.
Cette frénésie constitue la preuve de l’échec du dernier sommet européen, qui s’est tenu les 28 et 29 juin à Bruxelles. Elle exprime en même temps l’impérieuse nécessité de trouver, cette fois et malgré les obstacles de tous ordres, un accord avant la date des 18 et 19 octobre.
En effet, si tous sont d’accord pour faire payer à leurs peuples les centaines de milliards d’euros réclamés par les fondés de pouvoir du capital financier, si tous sont d’accord pour sacrifier ce qui subsistait des apparences de souveraineté de leurs Etats pour se doter de l’instrument de gouvernance supranationale qui doit, selon eux, « calmer les marchés », ils ne réussissent pas à conclure.
Chaque réunion repousse à plus tard l’adoption des modalités précises du « sauvetage » des deux maillons les plus faibles du système financier européen en faillite que sont l’Espagne et la Grèce. Difficile de révéler plus clairement la panique qui saisit tous les chefs d’Etat(« grands » et « petits ») à l’approche dumoment où ils devront annoncer à leurs peuples, dans le détail, ce que leur coûte­ront les arrangements des « grands » de ce monde.
Un haut diplomate européen en poste à Bruxelles livrait à un organe de presse spécialisé, fin juillet, l’objet de se sangoisses. Il disait :
« On s’interroge sur la manière possible de restructurer la dette grecque sans déclencher un troisième plan de sauvetage, de peur d’arriver à une impasse politique complète. La situation va être très compliquée. L’enjeu n’est pas tant de savoir s’il manque 30 ou 50 milliards d’euros pour donner à la Grèce un nouveau délai de deux ans, mais de savoir comment faire accepter une nouvelle aide des Parlements qui ont déjà eu du mal à voter les deux premières. Une fois, deux fois, trois fois ça casse... Peut-on imaginer le Parlement allemand, néerlandais ou finlandais voter un troisième plan d’aide ? »
L’impasse politique dont nous parle ce diplomate — et dans laquelle s’enfonce l’Europe, comme tous les Etats qui la composent —, c’est la certitude qu’ont tous les gouvernements, quelle que soit leur couleur politique, de leur incapacité à s’engager aujourd’hui dans la voie des« réformes » exigées par le capital financier sans provoquer une explosion sociale qui n’a pas de précédent historique.
Tous sont dans la même situation, tous sont hantés par le spectre de la chute descinq gouvernements (Brown, Papandréou, Berlusconi, Zapatero, Sarkozy) chassés du pouvoir en Europe depuis 2010.
Aucun n’a l’illusion de pouvoir échapper à cette menace, à commencer par le gouvernement néerlandais, qui n’espère pas survivre aux élections législatives du12 septembre.
Personne n’échappe à la menace, pas même Merkel, dont on a l’habitude de présenter le gouvernement comme l’un des plus solides du continent.

EN ALLEMAGNE, LES CONTOURS D’UN TOURNANT POLITIQUE MAJEUR SE PRÉCISENT

C’est à l’Allemagne qu’il est demandé, en vertu de sa position de première puissance économique européenne, de se porter principale garante pour les centaines de milliards dont prévoient de se doter les« fonds de secours » (qu’il s’agisse du FESF ou du MES) et de la montagne de nouvelles dettes que les Etats « fragilisés » devront contracter pour payer les anciennes. C’est dans sa force que réside sa principale faiblesse.
Souvenons-nous de la visite de Tim Geithner à Wolfgang Schäuble, ministre des Finances allemand, en pleines vacances, sur son lieu de villégiature dans l’île de Sylt, en mer du Nord. Inhabituel pour un secrétaire au Trésor américain. C’était le 31 juillet. Geithner avait déclaré la veille, devant le Congrès américain, que la crise européenne était le plus grand danger pour l’économie américaine, notamment en raison d’une baisse des exportations des entreprises américaines vers l’Europe. Il a pris l’avion et indiqué à son arrivée qu’il était venu pour « sensibiliser Schäuble à l’inquiétude de l’administration Obama au sujet de la crise de la zone euro ». Il faut croire que l’exercice de« sensibilisation » a fait son effet... Dans un communiqué commun, les deux hommes ont exprimé « leur confiance dans les efforts engagés par les Etats membres vers une plus grande intégration ».
Il ne fait aucun doute que Schäuble, comme Merkel, n’avait aucunement l’intention de résister à la pression de l’impérialisme américain, lorsque ce dernier leur demande si « gentiment » de mettre la main à la poche pour tenter de dresser un « pare-­feu » à l’extension de la crise, à trois mois de l’élection du président des Etats-Unis. Mais les choses ne sont pas si simples pour autant.
Sous la pression d’un fardeau qui menace de l’écraser, la révolte gronde dans le pays. On s’alarme désormais publiquement, jusque dans les cercles dirigeants des milieux d’affaires ; on craint de se voir entraîner dans une situation non maîtrisable. La terreur hante la classe dominante d’une confrontation avec la classe ouvrière provoquée par un krach.
L’économiste Hans­ Werner Sinn, hostile au maintien de la Grèce dans l’euro, a pris l’initiative d’une pétition qui dénonce les « capitulations » de Merkel, et qui a recueilli la signature de 172 économistes de renom. S’indignant de l’injustice dont ferait preuve Obama à l’égard de l’Allemagne, il lance des chiffres à faire dresser les cheveux sur la tête, n’hésitant pas à donner des armes pour approfondir encore les déchirures au sein de la coalition gouvernementale. Il écrit :
« Depuis 2007, la Banque centrale européenne a apporté son aide en transférant des crédits de refinancement en faveur des pays dits “périphériques” de la zone euro. La Banque centrale allemande, à elle seule, a dû y contribuer à hauteur de730 milliards d’euros (...). Si l’on ajoute l’apport du nouveau fonds de sauvetage européen de stabilité, on obtient un total de 2 200 milliards.
L’Allemagne a fourni la part la plus importante de ces liquidités. Il est tout bonnement injuste de la part du président Obama de demander à Berlin d’assumer un risque encore plus grand et de laisser entendre que le pays n’en a pris aucun jusqu’ici. »
Pas un jour ne passe sans que des dirigeants de premier plan de la CSU ou du FDP (partis membres de la coalition gouvernementale) ne se permettent d’accuser Mario Draghi, le président de la BCE,d’être un « faux ­monnayeur », contraignant Merkel à les démentir. Jusqu’à Jens Weidmann, président de la Bundesbank, siégeant à ce titre au conseil des gouverneurs de la BCE, qui a menacé par deux fois de démissionner pour s’opposer au programme d’achat d’obligations de pays de la zone euro, préparé par Draghi et qualifié par Weidmann de « financement des Etats par la planche à billets ».
Tout cela au moment où la récession fait sentir ses premiers effets. Selon la Bundesbank, le chômage, descendu à un niveau historiquement bas de 6,8 %, repart à la hausse. Les géants de l’énergie RWE et E.ON projettent de supprimer 10 000 postes chacun. Opel, Thyssen­Krupp et Bosch mettent en place des mesures de chômage technique. Bref, une situation que le journal financier français Les Echos résume en ces termes :
« Tout comme un éclatement de la zone euro, une détérioration de l’économie avant les élections de 2013 pourrait être fatale à Merkel. »
Merkel sait qu’elle n’a réussi à faire voter par le Bundestag son « plan d’aide à l’Espagne », le MES et le traité constitutionnel TSCG qu’avec l’appui du groupe parlementaire du SPD.
Elle n’a pas oublié qu’au printemps de cette année, les puissantes mobilisations des travailleurs des services publics et de la métallurgie avec leurs syndicats (Ver.diet IG Metall) ont arraché des augmentations importantes — même si elles n’étaient pas à la hauteur de leurs exigences. Elle sait que ces mobilisations exprimaient une volonté plus générale des travailleurs d’en finir avec les dix ans de blocage des salaires et de déréglementations imposés en 2003 par Schröder.
L’étau se resserre. En effet, l’adoption du TSCG — soumise au jugement de la Cour constitutionnelle de Karlsruhe, qui doit intervenir le 12 septembre — impose, par exemple, au gouvernement fédéral de rompre une règle établie avec les Länder. Le mécanisme de la « règle d’or », adopté en 2009 dans la Constitution allemande, donnait dix ans aux Länder pour « remettre de l’ordre dans leurs finances ». Ces derniers devaient avoir « remis de l’ordre dans leurs finances » pour se conformer aux exigences de la « règle d’or », en 2019. L’adoption du traité (Fiskalpakt) exige que cette « remise en ordre » ait lieu immédiatement (2013) ! Avec tout ce que cela comporte pour les Länder et les communes : la destruction du système hospitalier, l’accélération de la privatisation des services publics... et donc un choc inévitable.
C’est en relation avec cette situation qu’il faut comprendre le revirement important opéré par les directions deVer.di (syndicat des services publics), du GEW (syndicat des enseignants) et de la confédération DGB sur la question du TSCG. Elles se sont prononcées, en juin, contre la ratification du traité et ont appelé les députés à voter contre au Bundestag. Rompant avec la position qui les avait conduites à appeler à appuyer Merkel et à faire passer le prétendu plan « d’aide à la Grèce » quelques mois plus tôt, elles appelaient à rejeter le traité. Même si elles n’ont pris aucune disposition pour mobiliser les travailleurs et les rassembler devant le Bundestag, elles n’ont pu se permettre d’ignorer la volonté des travailleurs, relayée de plus en plus fortement dans les instances de leurs fédérations syndicales.
Le 29 juillet, Sommer, président du DGB, récidivait et se livrait à une attaque sans précédent contre Merkel dans l’hebdomadaire Der Spiegel. Il l’accusait de mettre en œuvre une politique anticonstitutionnelle en remettant en cause la souveraineté budgétaire du Parlement. Il n’en restait pas là et accusait par la même occasion la direction du SPD et des Verts d’avoir, par leur vote, participé à cette remise en cause.
Répondant à une aspiration largement partagée par la population, la position prise par Sommer contribue indiscutablement à nourrir chez les travailleurs, les militants et les cadres syndicaux la volonté de faire jouer à leurs organisations de classe un rôle dont elles ont été privées dans le cadre des « réformes » entreprises par Schröder, et acceptées depuis près de dix ans par leurs directions.
Mais Sommer est lui-même associé, du fait de ses responsabilités, à la direction du SPD. S’il met en garde le gouvernement et la direction de son parti contre une politique qui dresse les masses dans toute l’Europe contre l’Union européenne et ses institutions, il ne peut pas résister à la tentation de proposer une piste susceptible, selon lui, d’ouvrir la voie à une issue : la refondation démocratique de l’Union européenne. Il se prononce, sans en préciser les modalités, pour la convocation d’une « Convention à caractère “constituant” au niveau européen ».
A peine cette piste était-­elle esquissée-que Sigmar Gabriel, président du SPD —pas rancunier pour un sou —, reprenait la balle au bond et chargeait un trio d’économistes et de philosophes (Bofinger, Habermas et Nida­-Rümelin) d’aider la direction du parti à réfléchir dans cette direction, en prévision de l’échéance électorale de 2013. Les trois penseurs indépendants proclament :
« Renoncer à l’Union européenne reviendrait à tourner le dos à l’histoire du monde. »
Ils accusent le gouvernement Merkel de manquer de perspectives. Ils proposent les leurs. Ils poursuivent :
« Seul un renforcement en profondeur de l’intégration peut permettre de préserver la monnaie commune (…). Pour cela, un transfert de souveraineté vers des institutions européennes serait inévitable (…).La seule solution pour éliminer ou, du moins, limiter le risque qu’un pays soit menacé d’insolvabilité serait de mutualiser, pour les emprunts d’Etat, la responsabilité au sein de la zone euro (...). Il ne s’agit pas seulement d’apaiser les marchés financiers au moyen de constructions compliquées et opaques tandis que les gouvernements s’accommodent que leurs peuples respectifs soient mis sous le couvert d’un exécutif centralisé sans avoir été consultés (…). Cela exige qu’on ait une idée claire, du point de vue de la politique constitutionnelle, de ce qu’est une démocratie supranationale. »
Comme par hasard, c’est le moment que choisit Merkel, dans le débat européen, pour proposer de son côté un nouveau traité plus ambitieux. Chercherait-­on— devant la pression de plus en plus forte de la classe ouvrière, devant la crise de décomposition qui menace le gouvernement, et pour essayer de contenir cette pression avant de pouvoir s’atteler à la faire refluer — à reconstituer les conditions d’une « grande coalition » en Allemagne, pour tenter de maîtriser les développements européens ?
Une chose est certaine : quelle que soit la volonté initiale de Sommer, le pas en avant qu’il a franchi en condamnant le traité et en appelant les députés à ne pas le voter a ravivé au sein de la population des espoirs qui ne trouveront pas leur compte dans le cadre de la mise sur pied d’une « démocratie supranationale ».
La tension ne peut que grandir entre l’attente des militants et des cadres du mouvement ouvrier allemand (bien décidés à s’appuyer sur la condamnation du TSCG par le dirigeant du DGB), et les limites que tentera d’imposer au syndicat une direction du SPD se présentant comme la mieux à même d’imposer le gouvernement supranational que le capital financier appelle de ses vœux.
Une vaste confrontation ne peut pas ne pas avoir lieu ; elle a commencé. Les militants et les cadres vont chercher à tirer de la position récente de la confédération toutes les conséquences concrètes de la condamnation du TSCG et du MES, sur le terrain direct de la lutte des classes. Toutes les questions de l’indépendance des organisations syndicales vont resurgir avec acuité. Elles vont resurgir lorsque les patrons vont demander, au nom de la« compétitivité indispensable au rétablissement de la croissance dans la zone euro », de réactiver les mesures de travail partiel prises dans la crise de 2008 et d’en inventer de nouvelles. Elles vont resurgir lorsque les Länder, majoritairement sociaux-démocrates, vont exiger d’appliquer la « règle d’or ».
Un gigantesque débat s’engage, qui s’inscrit dans celui qui se développe dans toute l’Europe et constitue le terrain de la préparation de la « conférence ouvrière européenne ouverte ». En son centre, cette question : est-­il possible de faire jouer leur rôle aux organisations de classe — au moment où se joue le basculement de dizaines de millions d’hommes dans la misère — si leur action doit être préalablement soumise à ce qu’autorise la préservation des institutions de l’Union européenne et de ses traités ?
C’est dans le cadre de ce combat que des militants ouvriers allemands, qui étaient présents le 30 juin à la conférence de Cologne, appellent à une conférence nationale de délégués fin novembre à Berlin :
« Nous en appelons à tous, travailleurs, jeunes, syndicalistes et militants du SPD, à participer à cette campagne pour le rassemblement d’une force contre toute politique d’austérité, contre la destruction des conventions collectives, des droits syndicaux, contre les licenciements au nom de la compétitivité. Ce combat se concentre dans le rejet des deux traités TSCG et MES (...). Il est temps que dans toute l’Europe se développe un large mouvement contre la ratification (ou pour l’abrogation) du TSCG et pour battre l’offensive déclenchée par la troïka contre les travailleurs et les peuples.
La délégation allemande a rendu compte, lors de la rencontre à Cologne, du combat qu’elle a mené pour le non à la ratification des traités, contre le gouvernement Merkel, pour la solidarité des travailleurs et syndicalistes allemands avec le peuple grec et tous les travailleurs et peuples européens qui combattent contre les mémorandums et la troïka(...).
La voie vers une Europe unie ne peut pas s’établir sur la destruction de la démocratie et de la souveraineté des peuples, ni sur le démontage social, ni sur la dénonciation des droits ouvriers et syndicaux — au profit des exigences des marchés financiers.
La reconquête de la démocratie et de la souveraineté populaire, la défense et la reconquête des droits sociaux dans chaque pays constituent les préalables pour une union libre des peuples souverains en Europe. »

ESPAGNE

Combien de temps encore les directions de l’UGT et des CCOO pourront-­elles refuser de céder à la volonté des masses et d’exiger le retrait du plan Rajoy ?
Dans la lettre écrite le 19 juillet pour présenter en Europe la préparation du VIIIe Congrès mondial de la IVe Internationale, il n’était pas fait référence à l’appel lancé par les directions de l’UGT et des Commissions ouvrières à la journée nationale du 15 septembre. Cela pour la bonne raison que cet appel n’existait pas. Les conditions dans lesquelles cet appel a été lancé sont indicatives de la situation.
Depuis le 11 juillet, jour où Rajoy a présenté aux Cortes son nouveau plan d’ajustement, les manifestations n’ont pas cessé. On se souvient que le 11 juillet était le jour où, à Madrid, 500 000 travailleurs recevaient la marche des mineurs. Lorsque la nouvelle du plan est tombée, les travailleurs des ministères, des services publics, des hôpitaux ont quitté spontanément leur travail pour se diriger vers les Cortes. Les manifestations durent toute la journée, jusque tard dans la nuit. Elles se poursuivent les jours suivants. Les directions des centrales syndicales (UGT et CCOO) appellent alors à manifester le 19 juillet dans tout le pays. Descortèges s’organisent dans l’unité dans toutes les villes. On dénombre plus de manifestants que dans la grève générale du 29 mars.
Depuis le 19 juillet, malgré les congés, des manifestations sont organisées dans tel ou tel secteur de toutes les villes et autonomies de l’Etat espagnol. Tout le pays est touché, tous les peuples d’Espagne se retrouvent dans la protestation contre le plan d’ajustement dicté par la troïka à Rajoy.
C’est alors que les dirigeants des deux confédérations syndicales ont dû appeler à une journée nationale de manifestation le15 septembre.
S’ils ont dû appeler, sous la pression des masses, ils se sont jusqu’à maintenant gardés de reprendre l’exigence qui rassemble les travailleurs de tout le pays : « Retrait du plan d’ajustement ! » Et pour camoufler leur décision de ne pas exiger le retrait, ils demandent au gouvernement d’organiser un référendum à l’occasion duquel le peuple se prononcerait, si toutefois Rajoy consentait à l’organiser... A de multiples reprises, les travailleurs sont descendus, par centaines de milliers, dans la rue pour exiger le retrait du plan, ils sont descendus trois fois à plus d’un million. Les mesures tombent... elles n’attendent pas un hypothétique référendum.
Au soir du 15 septembre, deux volontés s’affronteront. D’un côté se manifestera avec force la volonté, si le gouvernement ne cède pas, de décider la grève générale dans l’unité. De l’autre, la volonté des directions, celle de s’accrocher à un gouvernement en pleine crise.
A quelle échelle se manifestera la volonté d’affronter le gouvernement pour le faire céder ? Comment ? Réussira-­t-­elle à emporter des pans entiers des organisations qui appellent au 15 septembre ?
Personne ne peut répondre avec certitude à ces questions.
Le combat qui se déroule dans les entreprises et les localités, durant les semaines qui précèdent la journée nationale du 15 septembre, revêt une importance pour la classe ouvrière de tous les pays d’Europe.
Le discours combatif prononcé le 1er septembre à Paris par la jeune camarade de l’UGT sur la tombe de Léon Sedov, à l’occasion de l’hommage rendu chaque année par la section française de la IVe Internationale aux militants ouvriers victimes du stalinisme, témoigne de l’ampleur de ce combat et de la place qu’y occupe la jeunesse.
Si nous ne pouvons répondre à l’avance à la question de savoir jusqu’où pourra s’exprimer et s’imposer la volonté des masses, une chose en revanche est certaine : des cassures importantes se dessinent au sein de toutes les organisations, à tous les niveaux, dans l’UGT et les Commissions ouvrières, comme dans le PSOE lui-­même.
Des militants, par milliers, cherchent à se donner les moyens d’agir dans cette situation pour se réapproprier les organisations qu’ils ont construites pour défendre leurs intérêts, en s’émancipant du carcan des traités de l’Union européenne qui ont pour seule fonction de justifier la soumission des peuples aux exigences destructrices du capital financier.
Les militants ouvriers regroupés autour de l’hebdomadaire Información Obrera, dont plusieurs délégués ont participé à la conférence de Cologne — et parmi lesquels combattent les militants de la section espagnole de la IVe Internationale —, ont pris l’initiative de convoquer, le 3 novembre prochain à Madrid, une conférence nationale de délégués largement ouverte aux militants et cadres des organisations ouvrières qui cherchent les moyens de combattre.
Le fait que, pratiquement dans la même période, des initiatives du même type soient organisées en Allemagne, en Espagne et soient envisagées (nous le verrons plus loin) en France ne relève aucunement d’une tendance au mimétisme. Il s’agit de la réponse à la nécessité pressante du regroupement d’une avant-­garde sur un terrain de classe. Une tendance qui, si elle s’exprime différemment dans chacun de ces pays, s’inscrit dans un processus unifié, nourri par les bouleversements dans lesquels toute l’Europe est précipitée.
Tous les matériaux sont en train de se rassembler, permettant aux militants de la IVe Internationale de contribuer à tracer les contours larges d’une véritable « conféren­ce ouvrière européenne ouverte » dont le conseil général de la IVe Internationale a dégagé la perspective, retracée dans la lettre de contribution à la préparation duVIIIe Congrès mondial (19 juillet) que nous publions dans les pages suivantes de La Vérité.

EN FRANCE “L’INTERMÈDE ENCHANTE” [1] EST TERMINÉ.ON ENTRE DANS LE BOIS DUR....

En quelques jours, la situation a fondamentalement changé. L’annonce des mesures de rigueur, les premières attaques contre le Code du travail, ainsi que la vague de plans sociaux nous projettent dans une nouvelle situation.
La direction nationale de la section française de la IVe Internationale – courant communiste internationaliste du Parti ouvrier indépendant – s’est réunie les 1er et 2 septembre. Elle a adopté une résolution qui porte une appréciation sur la situation politique à la veille de la ratification du traité TSCG par le gouvernement Hollande. Dans cette résolution, elle analyse les développements en cours dans les profondeurs de la classe ouvrière, les diverses expressions de résistance à la politique d’accompagnement des premières mesures gouvernementales adoptée par les directions traditionnelles du mouvement ouvrier. Des manifestations de résistance qui cherchent, au sein d’une large couche de militants, à s’exprimer et qu’a indiscutablement nourrie la campagne opiniâtre menée depuis six mois par le POI pour la préparation, dans l’unité la plus large, d’une manifestation nationale pour contraindre Hollande à renoncer à la ratification du TSCG. Près de 70 000 signatures, 98 comités pour l’unité construits à l’échelle nationale pour mener cette bataille, des dizaines de délégations auprès de députés PS, PCF pour les appeler à voter « non », des prises de position de responsables et d’élus PS, PCF, PG... C’est dans ce cadre que la résolution analyse la signification de la manœuvre entreprise parla direction du Front de gauche (composée pour l’essentiel par le PCF et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon) pour tenter de contenir les processus qui mûrissent au sein de la classe ouvrière et qui se réfractent chez les militants — y compris les siens. Elle le fait dans l’objectif de préciser la ligne d’intervention qui permette — dans le prolongement de la solide orientation de front unique développée depuis des mois et sur un terrain, d’indépendance totale à l’égard des partisans d’une Union européenne « réformée » — d’élargir et approfondir les liens politiques tissés avec cette large couche de militants de toutes origines(PS, PCF, PG et syndicalistes) engagés, sans arrières-­pensées, dans la bataille pour faire capoter la ratification du TSCG. Cette discussion sur les perspectives qui s’ouvrent devant nous et qui doivent nous permettre de faire franchir, en France, un pas qualitatif à la construction du POI, une discussion intégrant nécessairement la question des formes et des moyens politiques que nous décidons de mettre en œuvre pour franchir ce pas, s’inscrit pleinement dans le débat ouvert entre les militants de la IVe Internationale engagés au niveau européen dans la préparation d’une véritable « conférence ouvrière européenne ouverte ».

Extraits de la résolution adoptée par la direction nationale du CCI (1er et 2 septembre 2012)


(…) 5. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre l’appel à manifester le 30 septembre pour un référendum lancé par le Front de gauche.

Alors que le Front de gauche (particulièrement le PCF) a donné à Hollande tout le temps dont ce dernier avait besoin pour accélérer, avec l’appui du Conseil constitutionnel, le calendrier de ratification ; alors qu’il a refusé de répondre à toutes les propositions faites par le POI de discuter d’une manifestation nationale dans l’unité la plus large, dans la rue, pour faire céder Hollande et le contraindre à ne pas ratifier ; alors qu’il s’est ingénié à opposer sa demande d’organisation d’un référendum à la mobilisation dans la rue contre la ratification et qu’au sein même de l’Assemblée nationale ses députés ne mènent aucune campagne..., il appelle, un mois avant, à une manifestation le 30 septembre pour un référendum !

A l’évidence, la tension perceptible au sein de la classe, le mécontentement qui s’exprime jusque dans les rangs du Front de gauche — nourris par la campagne considérable que le POI a menée sur un terrain de front unique, par l’organisation de comités pour l’unité contre la ratification — ont contraint sa direction à prendre une initiative pour tenter de ne laisser la place à personne sur aucun terrain, afin de préserver ses capacités à contenir les processus qui mûrissent.

Les directions du Front de gauche savent que les questions posées à propos de la ratification sont intimement liées à celles qui vont surgir sur le terrain de la lutte des classes ; il leur faut préventivement donner l’illusion d’une réponse conforme aux aspirations qui se développent.

Cocquerel (PG), dans L‘Humanité, précise : « Le Front de gauche aura son mot d’ordre appelant à un référendum. Mais celui de la marche sera plus généralement contre le traité Merkozy pour que tous puissent s’y retrouver. » Cela veut dire qu’il leur faut tenter d’intégrer toutes les forces, dont les nôtres. 

6. Parfaitement conscients de la manœuvre, instruits par tout l’héritage du bolchevisme, nous ne tomberons pas dans le piège. Nous poursuivrons sur la position de principe qui est la nôtre. Nous allons poursuivre et approfondir encore le combat sur la ligne de front unique que nous avons engagé, avec ces milliers de travailleurs et de cadres dans les comités que nous avons constitués ensemble. Nous allons poursuivre la discussion et le combat commun, tout particulièrement avec ceux qui, dans les comités, auront l’illusion d’avoir fait bouger la direction du Front de gauche. Nous allons préparer avec eux cette manifestation, et nous allons le faire sur notre terrain, sans arrogance et avec tout le tact nécessaire.

Nous poserons partout, et particulièrement dans les discussions et textes issus de ces comités, les problèmes avec les formulations suivantes : « Nous combattons contre la ratification du TSCG par le gouvernement PS de Hollande, contre le vote que s’apprêtent à émettre conjointement les députés PS et UMP pour faire passer le traité. » 

La majorité parlementaire PS élue à la suite de l’éviction de Sarkozy a tous les moyens de rejeter ce traité.

Nous combattons pour l’unité contre toutes les conséquences déjà en œuvre de l’acceptation du TSCG.

Nous préparons cette manifestation avec l’objectif de renforcer le POI, en relation étroite avec notre engagement dans la constitution des comités pour l’unité, afin qu’ils s’inscrivent pleinement dans la nouvelle période, où toutes les questions du combat pour le front unique pour l’abrogation du traité (s’il passe) vont resurgir, combinées avec leurs déclinaisons sur le terrain de la lutte des classes et qui posent en leur centre la question de l’indépendance des organisations.

Nous rappellerons la bataille que nous avons menée ces derniers mois pour préparer une manifestation de centaines et de centaines de milliers de travailleurs dans la rue pour créer une situation qui contraigne Hollande à céder, à remballer son projet de ratification, et qui prépare le combat contre tout le programme qu’il a décidé de mettre en œuvre.

Nous ne nous en cacherons pas, dans la discussion fraternelle que nous aurons dans le cadre de la préparation de cette manifestation et de la bataille que nous mènerons pour être les plus nombreux possible : à l’heure où nous écrivons, la manifestation du 30 septembre ne sera pas —pour toutes les raisons évoquées — la manifestation que les travailleurs étaient en droit d’attendre et qu’il était possible de réaliser si les « grandes » directions n’avaient pas été tenues par leur respect des institutions européennes à ne pas gêner le gouvernement Hollande.

7. La direction nationale (...) donne mandat au comité politique pour que, la semaine prochaine, soit présenté un plan d’ensemble incluant tous les éléments de la construction du POI, en particulier la convocation dès à présent d’une conférence de délégués débouchant sur la constitution d’un comité national large pour l’unité contre la ratification du TSCG et son abrogation s’il était adopté, et contre toutes les mesures dès à présent en œuvre. Et ainsi, rassembler encore plus toutes les conditions pour un saut qualitatif dans l’élargissement du POI.

Ce qui constituera bien évidemment un élément de la discussion du bureau national du POI du 8 septembre.

La condition pour avancer dans cette voie, c’est le renforcement immédiat du POI, impliquant le renforcement de la IVe Internationale, en particulier dans la jeunesse, sur l’axe de la préparation du VIIIe Congrès mondial de la IVe Internationale. Donc la réalisation de 180 cartes (pour les régions représentées dans la DN) et la rentrée des timbres, et l’élargissement de la diffusion d’Informations ouvrières.

Notes

[1Expression ironique utilisée par le journal patronal Les Echos pour qualifier la période d’installation du gouvernement Hollande.
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