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Paris, le 28 août 2015
Monsieur le ministre des
Finances et des Comptes publics,
Monsieur le secrétaire
d’Etat au Budget auprès du ministre des Finances et des Comptes publics,
Le 9 juillet dernier, vous avez présenté les grandes
orientations du budget de l’Etat pour 2016 devant le Parlement. Ces
orientations, qui prévoient la baisse drastique du budget du ministère du
Logement dans le cadre du projet de loi de finances 2016, inquiètent vivement
les 33 organisations du Collectif des Associations Unies.
En effet, les économies se concentrent sur la baisse des
aides au logement et des aides à la pierre, dispositifs indispensables pour
contenir les effets de la crise du logement en France. Ces coupes budgétaires
se révèlent en outre incompatibles avec les engagements du Président de la
République pris lors de la campagne présidentielle et les objectifs énoncés
dans le Plan pluriannuel contre la Pauvreté et pour l’Inclusion Sociale.
Les aides au logement touchent plus de 6,3 millions de
ménages (un ménage sur cinq en France), soit 13 millions de personnes, leur
permettant d’accéder et de se maintenir dans le logement. Parmi les locataires,
les ménages aidés appartiennent aux trois premiers déciles de la distribution
des revenus définis par l’INSEE. En d’autres termes, les ménages bénéficiant
des APL sont des ménages à très bas revenus, très modestes pour une majorité.
76% des ménages locataires bénéficiaires des APL ont des revenus inférieurs au
SMIC. L’évolution du nombre des ménages aidés, passant de 6 millions en 2007 à
près de 6,3 millions en 2012, témoigne d’une fragilisation de leurs ressources
due aux effets de la crise économique et sociale que traverse notre pays depuis
2008. Nous assistons d’autre part à un décrochage entre les dépenses de
logement des ménages bénéficiaires et les aides : d’après l’IGAS, les
loyers moyens des bénéficiaires ont augmenté de 32% entre 2000 et 2010, tandis
que les loyers-plafonds pris en compte dans le calcul des aides n’ont été
valorisés que de 15%. Or les chiffres des expulsions locatives n’ont jamais été
aussi élevés et confirment que la flambée des loyers et charges est en totale
déconnexion avec les ressources des ménages : en 2013, plus de 120 000
décisions de justice prononçant l’expulsion pour impayés de loyer ont été
délivrées. C’est dans ce contexte que le pouvoir solvabilisateur des aides au
logement prend tout son rôle de prévention des exclusions.
D’autre
part, lors de la campagne présidentielle, le Président de la République s’est
engagé à doubler le budget de l’Etat consacré aux aides à la pierre, pour
atteindre un objectif de production de 150 000 logements sociaux par an.
Sachant que 1,7 million de ménages sont en attente d’un logement social, ce
niveau de production paraît indispensable pour répondre aux besoins des ménages
modestes. Or cet objectif n’a jamais été atteint : seuls 117 000
logements sociaux ont été financés en 2013, et 106 000 en 2014 selon les
estimations. Les nouveaux logements sociaux sont par ailleurs de plus en plus
chers pour les locataires ; 46% des loyers PLAI dépassent les plafonds de
l’APL. Que dire en outre des refus d’attribution de logements sociaux à des
ménages très pauvres, pour cause de ressources insuffisantes ? La
subvention de l’Etat pour le PLUS a été supprimée en loi de finances 2015. Dès
lors, il importe de rétablir l’aide à la pierre pour la production de PLUS et
augmenter celle dédiée au PLAI, sans quoi nous assisterions à un désengagement
historique de l’Etat à l’égard du logement, au risque de déstabiliser
l’équilibre financier des opérations et de réduire encore le rythme de
production de logements sociaux à bas loyers.
En
outre, la production de PLAI adaptés à des ménages très modestes peine à monter
en charge et nécessite un arbitrage positif sur le doublement du forfait
charges.
Enfin,
si le Collectif des Associations Unies partage pleinement les objectifs
gouvernementaux relatifs à la transformation structurelle du secteur de
l’hébergement des personnes sans domicile, force est de constater que la sortie
de l’urgence peine à se concrétiser dans les territoires. Ainsi, en l’espace de
deux ans, les crédits dévolus à l’hébergement hôtelier et à l’hébergement
d’urgence ont respectivement bondi de 95 % et de 62 %, au détriment de
solutions dignes et pérennes telles que l’hébergement d’insertion dans le parc
diffus ou encore le logement accompagné. Nous serons donc particulièrement
attentifs à ce que la prochaine loi de finances retranscrive les engagements
pris dans le cadre du plan triennal de résorption des nuitées hôtelières, nécessitant
un réel rebasage du BOP 177, la création de places en pension de famille, en
intermédiation locative et en hébergement familial. Pour sécuriser les parcours
résidentiels et f avoriser l’accès le plus direct possible au logement, il
importe également de trouver rapidement une réponse à la crise financière de
l’accompagnement vers et dans le logement (AVDL), dispositif pour lequel les
autorisations d’engagement sont en baisse de 65 % par rapport aux crédits
consommés en 2014 sous l’effet du manque de liquidités du fonds national. De
façon plus générale, le Collectif des Associations Unies rappelle le rôle
déterminant des diagnostics territoriaux à 360° et des plans locaux d’action
pour le logement et l’hébergement des personnes défavorisées (PLALHPD) pour
éclairer l’allocation des ressources et favoriser le développement d’une offre
en adéquation avec les besoins des personnes sans abri ou mal logées.
Monsieur
le Ministre des Finances et des Comptes Publics, Monsieur le Secrétaire d’Etat
au Budget, l’accès et le maintien dans un logement digne est une préoccupation
majeure pour tous les ménages modestes dans notre pays. A l’heure où la
pauvreté s’intensifie et le sans-abrisme augmente, le Collectif des
Associations Unies vous demande ne pas réduire les aides à la personne et de
revaloriser les aides à la pierre dans le Projet de Loi de Finances pour
2016, et souhaite vous rencontrer pour échanger avec vous sur ces sujets.
Dans
l’attente de votre réponse, nous vous adressons, Messieurs, nos plus
respectueuses salutations.
Pour le Collectif des Associations unies,
pour une nouvelle politique publique du logement,
Florent Gueguen, directeur de la Fnars
Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre
Les 33 associations du Collectif
·
Advocacy France
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Association des Cités du Secours Catholique
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Association Nationale des Compagnons Bâtisseurs
·
ATD Quart Monde
·
Aurore
·
Centre d’action sociale protestant (CASP)
·
Collectif Jeudi noir
·
Collectif Les Morts de la Rue
·
Comité des Sans Logis
·
Croix-Rouge française
·
Emmaüs France
·
Emmaüs Solidarité
·
Enfants de Don Quichotte
·
Fédération d’aide à la santé mentale Croix
marine
·
Fédération
des Associations et des Acteurs pour la Promotion et l’Insertion par le
Logement (FAPIL)
·
Fédération de l’Entraide Protestante
·
Fédération Française des Equipes Saint-Vincent
·
Fédération
Nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS)
·
Fédération
Nationale des Associations Solidaires d’Action avec les Tsiganes et les Gens du
voyage (FNASAT-Gens du voyage)
·
Fondation Abbé Pierre
·
Fondation de l’Armée du Salut
·
France Terre d’Asile
·
Habitat et Humanisme
·
Les petits frères des Pauvres
·
Ligue des Droits de l’Homme
·
Médecins du Monde
·
Secours Catholique
·
SoliHa – Solidaires pour l’habitat
·
Union
Nationale des Amis et des Familles de Malades Psychiques (UNAFAM)
·
Union professionnelle du logement accompagné
(UNAFO)
·
Union
Nationale des Comités Locaux pour le Logement Autonome des Jeunes (UNCLLAJ)
·
Union Nationale pour l’Habitat des Jeunes
(UNHAJ)
·
Union
Nationale Interfédérale des Œuvres et Organismes Privés Sanitaires et Sociaux
(UNIOPSS)
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