Dans une allocution à la radio, le colonel Isaac Zida a affirmé qu'il « assume » les responsabilités de chef de la transition après la démission de Blaise Compaoré.
Selon les informations de l'AFP, les analyses du sac à dos que portait le manifestant confirment la thèse d'une mort causée par une grenade offensive des gendarmes.
Le « New York Times » raconte, dans une enquête publiée le 25 octobre, l'horreur des séances de torture infligées par les djihadistes de l'Etat islamique à leurs otages enlevés en Syrie.
Dans une vidéo, le groupe islamiste affirme que les lycéennes enlevées ne seront pas libérées et qu'il n'envisage aucune négociation avec le gouvernement nigérian.
Cette navette, dont l'ambition est de faire voler des touristes à la frontière de l'espace, avait décollé en fin d'après-midi pour un vol test. L'un des pilotes est mort, l'autre gravement blessé, a précisé la police.
Le ministère de l'immigration canadien a annoncé qu'il ne déliverait plus de visa aux ressortissants des Etats africains touchés ou aux personnes y ayant séjourné récemment.
La footballeuse du Paris-Saint-Germain se félicite d'une meilleure médiatisation de son sportmais regrette le déficit de moyens dont pâtissent encore nombre d'équipes féminines.
Le ministère de l'intérieur a avancé l'âge de la conduite accompagnée à 15 ans permettant à certains candidats de passer l'examen plus tôt, mais ils ne pourront pas conduire seuls avant leur majorité.
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Le crash a fait un mort et un blessé grave, indique la police. La compagnie Virgin Galactic évoque "une anomalie en vol", sans livrer davantage de détails.
Le colonel Isaac Zida se prononce chef de l'Etat de transition au Burkina Faso | AFP
INTERNATIONAL - Deux militaires se sont proclamés "nouveau chef de l'Etat du Burkina Faso", ajoutant de la confusion à la situation politique du pays africain au lendemain de la chute du président Blaise Compaoré, après 27 années d'un règne sans partage.
Vendredi 31 octobre dans l'après-midi, le chef d'état-major des armées, le général Nabéré Honoré Traoré, avait fait savoir qu'il assumerait les "responsabilités de chef de l'Etat", "conformément aux dispositions constitutionnelles", quand bien même l'intérim revient au président de l'Assemblée nationale en cas de "vacance" du pouvoir, selon les termes de la Loi fondamentale burkinabè. L'annonce, qui a provoqué la colère dans les rues de Ougadougou - le général Traoré étant considéré comme trop proche de l'ancien chef de l'Etat - a également provoqué des dissensions dans l'armée.
Le colonel Isaac Zida, à la tête d'un groupe de jeunes officiers, a multiplié les interventions, décidant dans un premier temps de la "suspension" de la Constitution. Puis il a annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes, confirmée par une source française, ainsi que la "prise du pouvoir" par "les forces vives de la nation et les forces armées nationales" qu'il représente. Fort du soutien d'importantes composantes de la société civile, dont le "Balai citoyen", organisation en pointe dans la mobilisation anti-Compaoré, le groupe a également déclaré qu'il mettrait prochainement en place un nouvel "organe de transition" favorisant un "retour rapide" à l'ordre constitutionnel.
L'espoir d'une "transition démocratique apaisée"
Dans la nuit de vendredi à samedi 1er novembre, le colonel Zida, devant les caméras d'une télévision privée, a à son tour déclaré qu'il "assumait" les responsabilités de "chef de la transition" et de "chef de l'Etat", invitant "l'ensemble des partis politiques et des organisations de la société civile" à définir les "contours" et "contenus" d'une "transition démocratique apaisée". Plus tard, lors d'une interview, il a qualifié de "caduques" les déclarations de son concurrent.
Ces deux hommes, au discours identique, prétendant au même poste, ont supplanté un troisième homme, le général en retraite Kouamé Lougué, pourtant favori de la foule. Les deux hommes devraient se rencontrer samedi 1er novembre, a-t-on appris auprès de leur entourage. Isaac Zida s'entretiendra également avec d'autres militaires, des diplomates et des responsables politiques, a-t-on ajouté de même source.
L'opposition ne s'est pas ouvertement positionnée. "C'est à eux de s'organiser. J'espère qu'ils vont s'entendre", a observé son chef, Zéphirin Diabré, interrogé par l'AFP au sujet de ces divisions entre militaires. "On s'attend à ce que l'armée nous dise ce qu'elle compte faire de la transition, nous leur dirons ce que nous pensons", a-t-il ajouté, espérant que cette transition vers un régime civil durerait moins d'un an.
Les partenaires du Burkina -- France, Etats-Unis, Union européenne -- ont exprimé leur attachement à une transition conforme à la légalité constitutionnelle. Le Burkina Faso n'a connu qu'un seul président ces 27 dernières années. Blaise Compaoré, arrivé en 1987 au pouvoir par un coup d'Etat, avait ensuite effectué deux septennats et s'apprêtait à achever son deuxième quinquennat.
La surprise est totale face aux attentats du 1er novembre 1954. Pourtant, les services de sécurité étaient, eux, bien informés.
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une série d'attentats est déclenchée en Algérie, revendiquée par une organisation clandestine jusqu'alors inconnue de la police : le Front de libération nationale (FLN). La surprise est totale ; la police coloniale est accusée de défaillance. On sait pourtant aujourd'hui, grâce à des sources nouvelles (cf. p. 27), que les services de sécurité en savaient long sur la crise qui couvait à la veille de la « Toussaint rouge ».
En Algérie, le gouvernement français peut disposer de trois principales agences de renseignements. La première est la police des Renseignements généraux (PRG) chargées sur tout le territoire, de collecter les renseignements politiques. La deuxième est le Service des liaisons nord-africaines (SLNA) du colonel Schoen, spécialisé dans le renseignement arabo-musulman. Ces deux agences sont, pour le gouverneur général d'Algérie, les plus importantes sources de renseignement politique.
Il faut y ajouter la délégation algérienne de la Direction de la surveillance du territoire (DST), mais qui ne répond de ses actes que devant le directeur de la DST, à Paris, Roger Wybot. Chacun de ces services conserve jalousement ses sources comme ses analyses : le renseignement algérien se caractérise ainsi par son fort cloisonnement.
En 1953, le préfet Jean Vaujour est nommé directeur de la police algérienne, et lance une vaste enquête sur les forces nationalistes à l'oeuvre en Algérie. Terminée en mars 1954, elle conclut que, s'il existe un risque insurrectionnel, il vient de l'Organisation spéciale (OS). Fondée en 1947 et démantelée par la police en 1950, l'OS avait pour vocation de préparer l'action directe (armes, finances, commandos). Dans son rapport, Vaujour insiste sur l'organisation terroriste : des filières sont identifiées au Maghreb (Tunisie et Libye). Des renseignements affluent aussi sur les connexions politiques et les soutiens dont les nationalistes algériens peuvent bénéficier au sein du tout jeune gouvernement de Nasser en Égypte. En ce même mois de mars 1954, le SLNA découvre encore la création d'un mystérieux Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA), sans parvenir à en définir avec précision le projet politique.
D'août à octobre 1954, Vaujour n'arrive pas, malgré ses efforts, à attirer l'attention du ministre de l'Intérieur, François Mitterrand, sur la situation brûlante de l'Algérie. Le commissaire Carcenac, chef de la PRG pour l'Algérois, rédige pourtant le 23 octobre 1954 un rapport alarmiste sur un « groupe autonome d'action directe en Algérie », immédiatement adressé à Mitterrand : « Ces irrédentistes [...] sont tous des hommes de la clandestinité, anciens dirigeants de l'OS » ; les responsables ont demandé de « "pousser" l'activité du groupe pour "allumer la mèche" en Algérie ». Dans ses Mémoires, Vaujour affirme avoir présenté l'alternative suivante à son ministre : opérer un coup de filet immédiat - quitte à rater des membres de cellules non identifiées - ou attendre que tous soient identifiés pour lancer l'opération. Le cabinet du ministre ne s'inquiète pas outre mesure. Un ordre d'arrestation générale est finalement donné le 2 novembre - soit vingt-quatre heures trop tard.
Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, entre minuit et 3 heures du matin pour l'essentiel, quelque 30 attentats sont en effet perpétrés à Alger, dans le département d'Oran, en Kabylie ou encore dans le massif des Aurès. L'insurrection se solde par neuf morts, quatre blessés et d'importants dégâts matériels. Son déclenchement coïncide avec la diffusion d'un Manifeste qui, sous forme de tracts ronéotypés, annonce la naissance d'un « Front de libération nationale » (FLN) déterminé à conquérir l'indépendance de l'Algérie par la lutte armée. On découvre vite que les organisateurs de l'insurrection sont tous issus de l'OS. Quant au FLN, c'est en fait le nouveau nom du CRUA.
Les services de sécurité français étaient donc bien informés, à la veille de la Toussaint rouge, de ce qui se préparait en Algérie. C'est qu'ils disposaient d'une bonne source de renseignement : les informateurs. A Alger, la police des Renseignements généraux manipule un artificier du groupe CRUA de la Casbah : « Kobus ». Derrière ce nom de code se cache Abdelkader Belhadj Djillali, qui deviendra célèbre pour avoir constitué, entre 1957 et 1958, avec l'aide de l'armée française, un maquis nationaliste anti-FLN. Militant nationaliste, membre de l'équipe dirigeante de l'OS, Kobus avait été arrêté en 1950. « Retourné » par la police, il accepte de collaborer avec les Français. Après une (légère) peine de prison, il est « traité » par la PRG qui le manipule dans les rangs nationalistes. Kobus intègre le CRUA/FLN en 1954 : même s'il est parfois soupçonné dans les cercles nationalistes, il conserve une certaine aura pour son passé OS et sa formation militaire. Renseigné aux meilleures sources, dès les premiers jours d'octobre 1954, c'est donc lui qui informe la PRG de projets d'attentats. Dans l'attente, on l'a dit, de consignes venues du pouvoir politique, Vaujour prend alors sur lui de faire remplacer la poudre des bombes par du très inoffensif chlorate de potasse. Ceci explique la faible portée de plusieurs bombes artisanales (notamment confectionnées dans de petites boîtes Esso) qui exploseront à Alger lors de la Toussaint rouge. C'est encore une source humaine qui, le 31 octobre, remet au commissaire Lajeunesse, chef PRG du Constantinois, une bombe artisanale : un tuyau de fonte de 15 centimètres de hauteur et 10 centimètres de diamètre.
Décidément, les indices se multiplient. Toujours en attente de consignes depuis Paris, Vaujour convoque à Alger les chefs des RG pour la journée du 1er novembre. Trop tard ! Vers 1 heure du matin, le téléphone du chef de la police sonne : Alger est secoué par plusieurs attentats à la bombe.
Au lendemain de la Toussaint rouge, la PRG active tous ses informateurs. Vaujour dispose d'un certain « Ayoud », cadre haut placé des organisations nationalistes, grâce auquel il parvient à évaluer les forces du FLN : il peut ainsi annoncer au gouverneur général qu'aucune action terroriste n'est en mesure de survenir avant l'été 1955 - et, de fait, ce sont les attentats du 20 août 1955 qui relanceront la guerre. Roger Le Doussal, commissaire RG à Bône, reconnaît quant à lui dans ses Mémoires l'importance de sa source « Antoine », cadre nationaliste local, tout au long de sa mission dans ce secteur (1955-1960). Tandis que Roger Wybot affirme dans ses Mémoires avoir manipulé Bellounis et son maquis en wilaya 6 (zone saharienne et pétrolifère). La DST passera maître en matière de « retournement » d'agents algériens.
On comprend la dépendance étroite des services de police vis-à-vis de leurs sources humaines, et les problèmes que cela suppose dans la relation entre le policier et son informateur... Mais encore fallait-il pouvoir et savoir exploiter les renseignements ainsi fournis. Ceci nécessitait, en situation coloniale, d'une part de disposer d'un système de renseignements unifié et efficace, d'autre part que le pouvoir politique l'écoute à bon escient, alors qu'il subissait aussi la pression de certains lobbies coloniaux. Ce ne fut pas le cas lors de la Toussaint rouge.
Journaliste, auteur du livre "Pieds-noirs, les bernés de l'Histoire"
Il y a soixante ans, la Toussaint Rouge ouvrait le bal des mensonges Publication:
Et les Pieds noirs seraient chassés de cette terre d'Algérie où ils croyaient être chez eux. Il y a soixante ans, dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 1954, une trentaine d'explosions et de mitraillages ébranlent Alger, Tizi-Ouzou, Batna, Tigzirt, Boufarik, Biskra... Les morts et les dégâts matériels de la "Toussaint Rouge" signent le début des "événements d'Algérie" qui allaient devenir la "guerre d'Algérie". Huit ans plus tard, celle-ci s'achèverait, pour les Pieds noirs, par un sentiment d'abandon de la part de cette France, dont, à l'école, ils avaient appris à chérir les icônes: Vercingétorix, le chevalier Bayard, le bon roi Henri IV, la courageuse Jeanne d'Arc, Emile Zola, Victor Hugo, Jules Ferry... La mère patrie, où certains n'avaient jamais mis les pieds, se transformerait en marâtre insensible.
Au XIXe siècle, elle avait peuplé cette nouvelle colonie de ses ressortissants les plus turbulents ou les plus miséreux, mais aussi d'Espagnols, d'Italiens, de Maltais, ainsi que d'Allemands, d'Autrichiens, de Suisses, de Polonais, de Roumains, de Bulgares, de Grecs, de Serbes, de Belges, de Scandinaves, d'Irlandais...: les ancêtres des Pieds noirs. Ils avaient succédé aux Numides, aux Phéniciens, aux Vandales, aux Romains, aux Byzantins, aux Arabes et aux Ottomans. Malgré les bandes armées arabes, l'insalubrité, la malnutrition, les épidémies, les maladies et le manque de soins qui avaient rempli les cimetières, ils avaient défriché des landes, asséché des marais, creusé des puits, irrigué des vallées, fertilisé des champs, planté des arbres, bâti des villes, des hôpitaux et des dispensaires, des écoles, des lycées et des universités, des usines et des aérodromes, tracé des routes et des lignes de chemin de fer, tendu des ponts, érigé des barrages, dragué des ports, développé une administration, ouvert des commerces... Avant de n'avoir le choix qu'entre "la valise ou le cercueil".
Un attentat va particulièrement marquer la Toussaint 1954. Au petit matin, sur l'étroite RN 31, reliant Biskra à Arris, dans les gorges de Tighanimine, un vieil autobus Berliet GLC vert amande, bondé de paysans qui se rendent au marché, est stoppé par une dizaine d'individus armés. Un homme monte et désigne trois voyageurs : un notable musulman en gandoura, le caïd du douar M'chounèche, Hadj Sadok, ancien capitaine de l'armée française, et un jeune couple, Guy et Jeannine Monnerot, 23 et 21 ans, des Limougeauds, en Algérie depuis moins d'un mois. Instituteurs, ils ont été affectés à Tifelfel, une mechta isolée entre Arris et Batna. Rafale de mitraillette. Seule, Jeannine Monnerot, grièvement blessée à la hanche, survivra.
Quelques heures plus tard, au Caire, communiqué triomphant de « La voix des Arabes », radio d'Etat égyptienne créée, l'année précédente, par Gamal Abdel Nasser : « La lutte grandiose pour la liberté, l'arabisme et l'islam a commencé en Algérie. » Dans une proclamation revendiquant « l'indépendance nationale par la restauration d'un Etat algérien souverain démocratique et social dans le cadre des principes islamiques», le FLN promet « le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions ».
Outre qu'il n'y avait jamais eu auparavant d'Etat algérien, il ne s'agira donc pas d'une « restauration », l'Algérie indépendante ne sera pas une démocratie respectant les « libertés fondamentales. » En 1963, l'article 4 de la Constitution stipulera : « L'islam est la religion de l'Etat ». Et l'article 23: « Le Front de libération nationale est le parti unique d'avant-garde en Algérie. »
En métropole, la « Toussaint Rouge » se heurte à la fermeté gouvernementale. Le 12 novembre 1954, à l'Assemblée nationale, le président du Conseil, Pierre Mendes France martèle : Les départements d'Algérie constituent une partie de la République française. Ils sont français depuis longtemps et de manière irrévocable (...) Jamais la France, jamais aucun Parlement, jamais aucun gouvernement ne cèdera sur ce principe fondamental. Questionné par des députés au cours de cette séance, le ministre de l'Intérieur, François Mitterrand, partage cette fermeté : L'Algérie, c'est la France.
En fait, les déclarations rassurantes ne manqueront pas. Pas plus que les atrocités et les tergiversations de la classe politique de métropole. Instable, la IVème République n'y résistera pas. Porté au pouvoir par les militaires, les Pieds noirs et la population arabe que perturbe le manque de détermination du gouvernement, le général de Gaulle va, en 1958, les couvrir de promesse. « Je vous ai compris », à Alger. « La France est ici pour toujours ! » à Oran. « Vive l'Algérie française ! » à Mostaganem. L'année suivante à Saïda : « Moi vivant, jamais le drapeau du FLN ne flottera sur l'Algérie ! »
Cependant, au fil des ans, « l'homme providentiel » va n'avoir d'autre objectif que d'en finir avec «la boîte à chagrins » algérienne. Et, passant de l'Algérie française à l'Algérie dans la France, à l'Algérie indépendante et à l'Algérie FLN, de zigzaguer d'engagement en renoncement. Ainsi, le 29 janvier 1960, après la semaine des barricades : « Français d'Algérie, comment pouvez-vous écouter les menteurs et les conspirateurs qui vous disent qu'en accordant le libre choix aux Algériens, la France et de Gaulle veulent vous abandonner, se retirer d'Algérie et la livrer à la rébellion ? » Le 3 novembre 1961, Robert Buron, ministre des Travaux publics, des transports et du tourisme, inaugurant le nouvel aéroport de la Sénia, à Oran : « Si nous avons investi des milliards pour la réalisation de cette œuvre magnifique, c'est pour vous démontrer que la France est décidée à rester ici pour longtemps. »
Pour finir, les accords d'Evian, le 18 mars 1962, assurent les Pieds noirs d'un chapelet de garanties. Elles ne seront jamais respectées. Les Pieds noirs, n'auront plus d'avenir dans ces villes, ces campagnes qu'ils aimaient passionnément, au point, pour certains, de se lancer dans des actes désespérés. Bientôt, leur pays n'existera plus. Même les noms seront changés. Tandis que, sur place, après avoir été désarmés par l'armée française, les harkis et leurs familles, seront massacrés, hommes, femmes et enfants, en métropole, les Pieds noirs ne seront plus, selon la thèse officielle, que des « vacanciers qui ne devraient pas tarder pas à rentrer chez eux », puis des « rapatriés » qui dérangent, suscitant au mieux l'indifférence, au pire l'agressivité. Stigmatisés par la gauche anticolonialiste et la droite gaulliste, ils se verront affublés clichés caricaturaux : racistes, fascistes, exploiteurs d'arabes, colons bouffis de suffisance pour lesquels les bidasses français n'avaient pas à « aller se faire trouer la peau ». Bref, ce sont les bernés de Histoire.
L'anniversaire des 60 ans du début de la guerre d'Algérie n'a, il faut le dire, pas été l'occasion de beaucoup de commentaires de notre côté de la méditerranée. Ce n'est bien entendu pas le cas en Algérie et c'est bien normal: leurs commémorations mettent l'accent sur 1954, et le début de la guerre contre la présence coloniale française, tandis que la France célèbre surtout la fin de la guerre, près de huit ans plus tard. C'est loin d'être un détail: cela prouve le malentendu historique qui perdure entre ces deux nations. Pour les Algériens, le 1er novembre explique la guerre par l'histoire longue de la colonisation, tandis que pour les Français, il s'agit d'insister sur le départ des harkis et l'exil des Européens, ceux que l'on appellera plus tard les « pieds-noirs ». Cette distorsion temporelle (le début ou la fin de la guerre comme commémoration essentielle) entre l'un et l'autre pays au sujet des manifestations du souvenir donne à réfléchir.
Ces dernières années, nous sommes passés d'une période d'amnésie française envers cette séquence de notre histoire, à une hypermnésie traduite par une inflation de toute sorte de documentaires, films, romans, autobiographies, etc. Mais cela ne traduit pas pour autant une réelle connaissance de l'histoire !
C'est cette hypermnésie nouvelle qui nous fait assister à une sorte d'éclatement, de fragmentation de la mémoire. Nos mémoires s'opposent et ont chacune une conception ainsi qu'une vision différente de l'histoire, ce qui se concrétise par exemple par la divergence au niveau des dates de commémoration. Fondamentalement, les conflits de mémoire se portent sur la date de fin de la guerre. En France, toute une partie symbolisée par les anciens combattants, les appelés, retient les accords d'Evian du 18 mars 1962. En revanche, les immigrés algériens qui vivent en France voient la tragédie de la manifestation du FLN à Paris le 17 octobre 1961 comme symbole tragique de la fin du conflit. Les pieds-noirs, eux, vont focaliser leur attention sur le massacre du 5 juillet de l'année suivante, avec le massacre et l'enlèvement à Oran de civils européens. Les Algériens d'Algérie, eux, célèbrent la fête de l'indépendance du 5 juillet 1962. On voit donc bien qu'il y a une séparation des mémoires, d'une rive à l'autre de la méditerranée, mais également d'un même côté, avec des différences entre les mémoires. Cette fragmentation des mémoires est due à un déficit des récits d'histoire. Il n'y pas de consensus mémoriel. Au contraire, on assiste à une séparation mémorielle: d'un côté des groupes veulent renoncer à toute forme de culpabilité vis à vis de la colonisation, qu'ils jugent positive. En Algérie, on est au contraire dans l'attente d'excuses pour la longue période coloniale. C'est là toute la difficulté.
Gardons toutefois le cap sur l'optimisme. Il faut, dans le fond, poursuivre le travail d'écriture de l'histoire, accorder une plus grande place aux historiens de tous bords, sans céder au tyrannisme de certains groupes de mémoire qui veulent imposer leur histoire en toute méconnaissance des faits. C'est pour ça qu'il est important de restituer l'ensemble des points de vues autour de cette histoire longue, des harkis aux indépendantistes, en passant par les pieds-noirs,. Pour y parvenir, il faut respecter cette multiplicité des points de vue, les restituer, et non avoir une mémoire exclusive, univoque qui refuse la reconnaissance de la souffrance de l'autre, comme certains, tournée uniquement vers les immigrés de manière obsessionnelle. Il nous faut traiter l'histoire de la nation dans toute sa complexité.
Dernier ouvrage: La guerre d'Algérie expliquée en images, publié au Seuil. Septembre 2014. 29€.