HISTOIRE et MÉMOIRE
Lénine – la révolution permanente de Jean-Jacques Marie.
A l'occasion de la mort de Lenine, le 21 janvier 1924, un retour sur la formidable et passionnante biographie de Jean-Jacques Marie.
Lénine – la révolution permanente de Jean-Jacques Marie.
"Cette biographie, la plus achevée à tout point de vue, est de Jean-Jacques Marie, un historien du mouvement ouvrier et révolutionnaire. Son titre se réfère à la théorie de la révolution permanente de Trotsky qui aurait été, selon les staliniens, à l’origine de son prétendu anti-léninisme. Cela indique à qui vont les sympathies de l’auteur, en soulignant d’emblée que Lénine fonda, comme Trotsky, toute son activité politique et militante sur une conception de la révolution socialiste qui ne pouvait et ne devait s’arrêter ni à une première victoire ni aux frontières d’un État.
C’est autour de cet axe que Lénine a conçu et construit les outils indispensables à la réalisation de cette tâche : le Parti bolchevique, puis l’Internationale communiste. Mais, sur ce terrain comme sur les autres, Jean-Jacques Marie ne présente pas Lénine comme ayant eu un plan préconçu immuable, ni comme ce chef à la tête de troupes qui l’auraient suivi aveuglément, selon le catéchisme des staliniens et celui des anticommunistes occidentaux. Au contraire, il souligne que le Parti bolchevique se forma dans le contexte d’une tradition russe séculaire de lutte contre le tsarisme, parmi les différents types d’organisation et de militants auxquels elle donna naissance, qui se combinait avec le renforcement de partis ouvriers ayant adopté les vues de Marx en Europe occidentale.
Il retrace les luttes qu’il lui fallut mener dans le mouvement révolutionnaire russe et dans son propre parti pour gagner la classe ouvrière à l’idée et à la nécessité de la révolution sociale. Non seulement aux débuts mais tout au long de l’existence du Parti bolchevique, Lénine n’a jamais cherché, même durant la guerre civile, à y imposer une discipline de caserne que le stalinisme présentera comme le summum du « bolchevisme ». D’ailleurs, sur bien des questions, parfois de vie et de mort pour la révolution, Lénine se trouva en minorité à la direction du parti qu’il avait fondé, et ce n’est qu’au travers de débats, de luttes plus ou moins dures, qu’il parvint à convaincre des militants avec lesquels des années de lutte en commun avaient établi de fortes relations de fraternité, de camaraderie et de confiance.
Partisan déclaré de Lénine, Jean-Jacques Marie traite ses écrits – et il en restitue beaucoup que les staliniens avaient caviardés ou jetés aux oubliettes 4 – en s’opposant à ceux qui voudraient faire de chacune de ses lignes un texte sacré. Il cite ce que Lénine répliqua en 1922 à Kamenev, qui voulait publier ses œuvres complètes : ses « écrits étant pour beaucoup affaire de circonstance », il n’en voyait pas l’intérêt. L’auteur montre aussi à travers maints exemples que la politique prônée par Lénine s’adapte en permanence aux changements de situation, qu’il la remet lui-même en question chaque fois que les circonstances l’exigent. De façon radicale, comme dans ses Thèses d’avril 1917, quand le sort de la révolution exigea de se débarrasser au plus vite de formules vieillies, car dépassées par le cours des événements. Des formules qui menaçaient de faire obstacle à ce que le parti sache saisir l’occasion de conduire la classe ouvrière à la prise du pouvoir, mais auxquelles les plus droitiers des dirigeants bolcheviques se cramponnaient, quitte à accuser Lénine de « trahir le bolchevisme » en se ralliant aux conceptions de Trotsky sur la révolution permanente.
On ne pourrait résumer en quelques phrases ce livre d’une grande richesse. Disons simplement qu’il dresse un tableau fort bien documenté, vivant et même passionnant notamment de la vie du Parti bolchevique, mais aussi qu’il se positionne d’un point de vue militant, celui de plus de trente années d’une intense vie militante dédiée à la révolution permanente. Depuis celle du jeune marxiste cherchant à regrouper des camarades et à s’adresser politiquement aux ouvriers, jusqu’à celle du chef d’un parti qui, à peine formé, se retrouva aux premiers rangs de la révolution de 1905 ; du proscrit condamné à l’exil, du dirigeant resté fidèle à l’internationalisme prolétarien en 1914 et qui maintenait le cap sur la transformation de la guerre mondiale en guerre civile, de celui qui eut à diriger le premier État ouvrier durant la guerre civile en même temps qu’à tout faire pour hâter la constitution de partis communistes capables de conduire la révolution à la victoire dans le reste du monde.
Revenant sur la haine que le monde de la bourgeoisie voue à Lénine et à son action, Jean-Jacques Marie explique : « Son vrai crime n’est pas seulement d’avoir “osé” en octobre 1917, mais d’avoir dès 1894 préparé méticuleusement, patiemment, avec acharnement, les moyens pratiques de réaliser son entreprise et d’avoir ensuite tout mis en œuvre pour tenter de la faire exister, tout en s’efforçant d’étendre l’incendie qu’il avait propagé à l’ensemble du monde. » Puisse la nouvelle génération faire surgir de tels combattants opiniâtres, voués entièrement à la cause de la classe ouvrière et de l’avenir communiste de l’humanité !" (extrait d'un article de la LdC publié en janvier 2024).
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