Comme 7,7 millions de Français, je suis une électrice « mal inscrite » : par choix, je vote dans une commune différente de celle où j’habite. Plus de 500 kilomètres séparent les frontons des deux mairies, ce qui m’oblige avant chaque scrutin à prendre mes dispositions. Pour les élections municipales de mars, je devrais pouvoir déposer un bulletin dans l’urne au premier tour, moyennant une transhumance de neuf heures en train aller-retour. Pour le second dimanche de vote, je donnerai procuration à un proche. J’ai l’habitude : voilà vingt ans que ça dure !
Pourquoi voter là où l’on n’habite plus ? Par attachement, parce que l’on s’y sent chez soi : figurer toujours sur les listes électorales de sa commune d’origine, c’est un peu comme si vous ne l’aviez jamais quittée. Avec, en prime, une bonne raison de continuer à suivre les aléas de la vie locale… et ne surtout pas couper le cordon.
Ce n’est peut-être pas un hasard si la majorité des mal inscrits (3,4 millions) vivent, comme moi, dans une grande ville. Dans les plus petites communes, où le scrutin se joue parfois à quelques dizaines de voix près, nombreux sont ceux à avoir le sentiment que leur bulletin « pèse » davantage.
Parce qu’ils votent à gauche sur une terre de droite (et inversement) ou parce qu’ils aimeraient voir dégommer l’édile actuel, des électeurs stratèges choisissent ainsi de ne pas changer de lieu de vote, même après un déménagement.
Pour d’autres encore, voter est un rituel partagé, une occasion de se retrouver. Un trentenaire parisien me racontait qu’il se rendait toujours aux urnes dans le Loiret, avec une quinzaine de membres de sa famille. Aux municipales, dans l’isoloir, tous choisissaient généralement le même candidat après l’heure du déjeuner. Se désinscrire du village où le grand-père a été conseiller municipal n’était pas une option – question de fidélité.
Ces électeurs mal inscrits, par choix, racontent en fait une chose : il n’y a pas que de la politique dans un bulletin glissé dans l’urne.
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