Nicolas Vidal recevait ce matin Nikolas Mirkovic pour parler de son dernier livre, Déclin et renouveau, et de l’évolution des relations entre les États-Unis et l’Europe dans le contexte du forum de Davos. Moment particulièrement gênant pour les Européens, et pour la France en particulier, représentée par un président dont les pitreries et les rodomontades de façade ne trompent plus personne – surtout pas un Donald Trump qui, en assumant pleinement son impérialisme, rappelle brutalement qui est le patron. Cette actualité illustre avec éloquence notre douloureux déclin… mais Mirkovic montre aussi que des voies de renouveau existent encore, à condition que les Français relèvent la tête.
Le bilan d’abord. Pour Nikolas Mirkovic, nous n’avons pas affaire à un simple « déclin » de la France, mais à une véritable entreprise méthodique de sabotage de notre pays par une caste dirigeante atlantiste qui « voulait découper la France en morceaux, la vendre » et qui « n’aime pas la France ». Si « la destruction est telle… c’est même plus de la destruction, c’est du sabotage », ce n’est pas, selon lui, le fruit de l’incompétence mais d’un projet assumé, adossé à une Union européenne pensée dès l’origine comme relais de l’empire américain et incapable de protéger nos intérêts vitaux, qu’il s’agisse de notre industrie, de notre agriculture ou de nos territoires.
On attendait que Donald Trump rompe avec la tradition impériale de son pays. On voit qu’il n’en est rien. Bien au contraire : il incarne l’aboutissement d’un empire américain qui assume enfin ses pulsions prédatrices, au Venezuela, au Groenland, demain peut-être ailleurs, en s’asseyant ouvertement sur le droit international, les traités, l’ONU, jusqu’à retirer les États-Unis de « 66 instances » onusiennes. Nikolas rappelle que les États-Unis ont toujours été conçus comme un empire – un « infant Empire », disait déjà George Washington – et que Trump ne s’embarrasse plus des vieux récits humanitaristes : « Il dit “je vais aller prendre le pétrole… le Groenland nous intéresse parce que c’est pour nos intérêts stratégiques, on y va” ». Cette transparence brutale inquiète même une partie de la base MAGA, trahie de voir son champion reproduire les logiques impériales qu’elle croyait combattre.
Face à cette offensive, le tableau que dresse Nikolas Mirkovic de l’Europe et de la France est celui d’un continent vassalisé, dirigé par des « pleutres ridicules » qui acceptent tout : acheter pour des centaines de milliards d’hydrocarbures américains, augmenter les budgets militaires pour nourrir l’OTAN, laisser piller plus de « 1600 entreprises » françaises de pointe par des groupes américains, jusqu’à héberger nos données sensibles de DGSI/DGSE chez Palantir. Pour lui, l’Union européenne est devenue un simple bras armé de Washington : « la Pologne, récipiendaire net, achète des centrales nucléaires américaines, de l’armement américain » avec notre argent, et « l’Union européenne sert les États-Unis » en poussant libre-échange, Mercosur et désarmement industriel au lieu de défendre les Européens.
Au milieu de ce désastre, Nikolas Mirkovic réserve un traitement au vitriol à Emmanuel Macron, « l’aviateur low cost qui nous sert de président », « le fossoyeur de la France », symbole d’une élite qui se fait humilier par Trump à Davos comme elle se fait espionner par les États-Unis depuis le Danemark sans jamais réagir. Il égrène les symptômes de ce naufrage : 67 000 entreprises qui ferment en un an, une puissance agricole devenue importatrice de poulet ukrainien, une deuxième zone maritime mondiale contrainte d’importer du poisson, des données de santé vendues à Microsoft, Alstom bradé à General Electric. Ce n’est plus de la « mauvaise gestion », insiste-t-il, mais « clairement de la trahison », portée par une bourgeoisie « snob pro-anglo-saxonne » que de Gaulle avait déjà dénoncée et qui n’a « pas du tout l’intérêt des Français » au cœur de ses décisions.
Et pourtant, tout au long de l’entretien, Nikolas Mirkovic ne parle pas seulement d’effondrement, mais de renouveau possible si les Français acceptent de redevenir des « fourmis », de se retrousser les manches, de recréer des réseaux, de se réenraciner et surtout de changer d’élite. Il rappelle que « le mot franc veut dire libre » et que notre pays reste membre du Conseil de sécurité, doté de l’arme nucléaire, d’un immense savoir-faire et d’un territoire maritime qui rend la France plus vaste que la Chine, à condition de cesser de tout brader. Son horizon n’est pas le grand remplacement démographique mais ce qu’il appelle « le vrai remplacement » : « changer cette élite », assurer la circulation des élites au sens de Vilfredo Pareto, pour mettre à la tête du pays des personnes qui aiment la France et défendent réellement les intérêts des Français. C’est à cette condition que la France pourra sortir de son syndrome de Stockholm avec l’empire américain, rompre avec la vassalisation européenne et redevenir ce qu’elle doit être : un peuple libre qui écrit lui-même les prochaines pages de son histoire. En un mot, changeons nos élites, refusons la tutelle américaine, assumons pleinement le patriotisme.
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