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vendredi 23 janvier 2026

L'actualité littéraire hebdo avec BIBLIOBS - Vendredi 23 janvier 2026

 



 
Vendredi 23 janvier 2026
Chaque vendredi, notre sélection d’articles pour suivre l’actualité littéraire et la vie des idées : romans, essais, polars et BD.
NL BibliObs 2301/Make Davos magique again

Par  Elisabeth Philippe

Le monde, c’est bien connu, se divise en deux catégories. Celle pour qui Davos évoque la puissance, le capitalisme et un Trump en roue libre. Et celle qui associera à jamais le nom de la station suisse au chef-d’œuvre de Thomas Mann, « La Montagne magique ». Un refuge littéraire et mental que l’on refuse de voir souillé par la folie et la violence ambiantes. Dans le roman publié en 1924, le jeune ingénieur Hans Castorp venu rendre visite à son cousin se trouve happé par l’atmosphère cotonneuse du sanatorium Berghof. Lui qui devait rester seulement quelques jours parmi « les gens d’en haut », va finalement passer sept années dans ce lieu clos et protégé des vicissitudes du début d’un XXe siècle hanté par la mort et la guerre.

Le premier quart du XXIe siècle n’est guère plus rassurant. Surtout ces derniers temps. Inutile de rappeler ici la litanie de menaces qui pèsent sur l’époque. Face à cette spirale oppressante, la littérature semble à la fois dérisoire et plus nécessaire que jamais. Et des textes comme « la Montagne magique » peuvent offrir un répit salutaire. Emmanuel Carrère le dit mieux que je ne pourrais le faire, dans son dernier livre « Kolkhoze » (P.O.L) :

« Je pense qu’il existe une catégorie entière de livres, qui ne sont pas forcément les meilleurs mais ceux dans lesquels on aimerait vivre. Pour moi, c’est “La Montagne magique”, de Thomas Mann. Je l’ai lue et plusieurs fois relue parce qu’au fond c’est mon idéal de vie, ce sanatorium où la vie s’écoule enroulé dans un plaid, devant les montagnes. Rien ne change, on n’a pas à choisir, et pourvu qu’on observe les rites rien ne peut vous atteindre. »

Rien ne peut vous atteindre. Comment ne pas désirer ardemment pareille échappée ? Il ne s’agit pas pour autant de s’enfermer dans un déni égoïste. L’abri provisoire que ménage le roman-sanatorium de Mann recèle aussi de quoi prendre des forces pour penser et affronter le réel, aussi angoissant soit-il. Peut-être parce qu’il est l’œuvre d’un écrivain allemand qui s’érigea très tôt contre le nazisme et qu’un esprit de résistance le traverse.

Signe du destin, on célèbre cette année les 150 ans de la naissance de l’auteur de « Mort à Venise », prix Nobel de littérature. Un anniversaire qui s’accompagne de nombreuses rééditions. Mentionnons, par exemple, la nouvelle traduction signée Olivier Le Lay du premier roman de Mann, « Les Buddenbrook » (Gallimard, en librairie le 29 janvier), avec une préface inédite du journaliste et écrivain Philippe Lançon. Dans ce texte, Lançon cite une phrase de Kafka au sujet de Mann : « Il semble bien qu’on ne puisse faire autrement, quand on est triste, pour augmenter encore le triste spectacle du monde, que de s’étirer et s’étendre comme une femme au sortir du bain. » Relisons Thomas Mann pour prendre un bain de beauté.

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