Les Iraniens se sont soulevés en masse affrontant les milices du régime des mollahs au prix de milliers de morts. C'est un tournant : les manifestants ne réclament plus un assouplissemement du système totalitaire hérité de la révolution islamique mais sa disparition. La pression monte sur le pouvoir à Téhéran sans alliés. Mais Washington hésite de peur de plonger la région dans le chaos. La stratégie de l'Ayatollah Ali Khamenei pour mâter toute opposition civile n'a pas varié depuis son accession au pouvoir en 1989. Elle s'appuie sur trois piliers. D'abord, discréditer les protestataires en les accusant d'être des agents de l'étranger – ce qui est lourd de sens pour les Iraniens. Ils se souviennent du renversement de Mossadegh en 1953 organisé par les services secrets américains et britanniques pour garder la main sur le pétrole du pays. Ensuite, le régime des mollahs compte sur la crainte des Iraniens qu'une nouvelle révolution entrainerait des conséquences au moins aussi désastreuses que celle qui avait conduit Khomeini au pouvoir en 1979. Les pauvres se laissent séduire par les subsides de l'État – qui augmentent dès que des manifestations commencent. L'appareil répressif du régime, avec les Gardiens de la Révolution comme force d'élite, maintient la terreur dans les quartiers dissuadant les classes moyennes de se révolter. Les mollahs comptent enfin sur l'incapacité des oppositions à s'allier : des divisions idéologiques irréconciliables entre les monarchistes qui soutiennent Reza Pahlavi, le fils du shah renversé en 1979, et les Moudjahidines du Peuple – un mouvement marxiste longtemps classé comme organisation terroriste. Reza Pahlavi et les monarchistes sont dépeints comme les suppôts des Occidentaux. Quant aux Moudjahidines exilés, leur soutien en Iran est très limité car ils ont combattu avec les Irakiens de Saddam Hussein contre leur propre pays pendant la sanglante guerre entre 1980 et 1988. Il y a enfin d'importantes minorités ethniques (les Perses représentent 61% de la population) : les Kurdes au Nord-Ouest et les Baloutches au Sud-Est qui s'opposent au pouvoir central. L'appareil répressif de l'État totalitaire iranien s'appuie sur les Gardiens de la Révolution (un tiers des effectifs des armées et bien équipés) qui comprend les milices Bassij. Ces dernières quadrillent les quartiers et… Ludovic Lavaucelle |
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