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lundi 26 janvier 2026

VU DU DROIT - Occident : quand les monstres surgissent en pleine lumière - Lundi 26 janvier 2026

 

Lorsque l’on parcourt les réseaux, il est habituel de tomber sur des citations, devenues des mêmes, voire des gimmicks dont les intervenants parsèment leurs interventions pour les illustrer. Cet usage massif est assez exaspérant, car il transforme en poncif ce qui était pertinent au départ comme par exemple celle de Bossuet selon laquelle : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Ou en véritable scie comme la réplique de Michel Audiard : « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Au point que l’on en vient à rêver qu’elles soient explicitement interdites.

Mais si utilisation systématique de celle désormais très connue d’Antonio Gramci, la fait accéder au statut de cliché, elle masque en fait une autre réalité, c’est que désormais, elle est fausse. Ou en tout cas qu’elle n’illustre pas la réalité qui nous est donnée à voir. « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent des monstres » écrivait le dirigeant communiste dans sa prison à propos de l’irruption du fascisme et du nazisme dans l’entre-deux-guerres. Le problème est qu’aujourd’hui, si « les monstres surgissent », ils ne le font pas dans un « clair-obscur », mais bien en pleine lumière.

Quand l’énorme violence israélienne déshinibe

L’ahurissante sortie d’Arno Klarsfeld sur la nécessité de « rafler » massivement les basanés afin de les mettre de côté avant de les expulser de France, en est la parfaite illustration. Voilà un personnage au faible niveau intellectuel dont la seule légitimité à parader sur tous les médias du système est due au fait qu’il est le fils de ses parents. Ajoutant à son statut de citoyen français, celui d’israélien, il a accompli des périodes militaires au service de cet État étranger dans des unités de « gardes-frontières » pour un pays qui précisément n’en a pas d’officielles et refuse d’en avoir. Ce qui lui permet de s’agrandir en annexant celles de ses voisins. Depuis deux ans, il soutient bec et ongles et justifie la plupart des horreurs perpétrées par l’État israélien en Palestine : un génocide qualifié comme tel, par tous les spécialistes académiques, par tous les juristes honnêtes, des épurations ethniques systématiques, des crimes contre l’humanité, et des crimes de guerre documentés. Les images terrifiantes de la bande de Gaza, détruite de fond en comble privant ainsi ses habitants survivants de conditions de survie minimum, ne lui posent aucun problème. Pas plus que les rapports des O.N.G. israéliennes qui documentent irréfutablement la transformation des camps d’internement en lieu de tortures, de viols et de meurtres. Pendant que dans des territoires illégalement occupés, des colons fanatiques soutenus par l’armée organisent quotidiennement de véritables pogroms contre les populations civiles palestiniennes. De la même façon, l’avocat qu’il est ne semble absolument pas contrarié par le projet de loi actuellement en discussion à la Knesset visant à rétablir la peine de mort pour les Palestiniens qui oseraient se révolter contre l’occupation de leur terre. Face au caractère expéditif de la procédure et aux conditions prévues pour les exécutions, la lecture du projet fait froid dans le dos. En première lecture, le texte a été adopté par le parlement israélien par 39 voix contre 13. Pendant que dans des émissions de grande écoute, la télévision israélienne donne la parole à des gens qui revendiquent le droit de violer à mort les détenus palestiniens. Et dans le même temps des ministres israéliens se promènent avec des pin’s en forme de nœud coulant par référence aux conditions d’exécution prévues dans le projet de loi. Comment s’étonner dans ces conditions que le pitoyable Arno Klarsfeld ait pu proférer tranquillement sa petite infamie, et qu’il ne lui soit même pas venu à l’idée du caractère effarant de l’usage du mot « rafle » ?

Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas de l’accuser de soutenir explicitement toutes les horreurs que se permet l’État israélien depuis le 7 octobre 2023. Mais cela permet de les décrire en ce qu’elles sont totalement visibles, et pour certaines revendiquées sans complexe. Malheureusement largement voulues par la population, même si elles sont combattues en Israël par des poignées de justes hélas minoritaires, qui sauvent l’honneur. Les références à d’autres régimes totalitaires sont évidentes, même si elles seront bientôt interdites grâce à la proposition de loi voulue par les dirigeants socialistes et soutenue par le Rassemblement National. Cependant lesdits régimes avaient jusqu’à présent, tendance à se cacher ou à donner le change, et en général les exactions relevaient du secret d’État. Alors, force est de constater qu’au Moyen-Orient, et chez ceux qui les soutiennent, si les monstres ont bien surgi, désormais désinhibés, ils l’on fait en pleine lumière.

Le retour du refoulé occidental ?

Mais ils ne sont pas seuls, puisqu’à son tour l’hégémon a arraché son masque, qui était d’ailleurs déjà plein de trous. Aux six millions de morts recensés pendant la guerre froide, il en a ajouté à peu près autant depuis la chute de l’URSS. Mais à chaque fois, pour chaque guerre d’agression, chaque bombardement, chaque intervention, chaque révolution de couleur, ils ont invoqué les « valeurs extraordinaires » chères à l’inconsistant chef d’état-major de l’armée française. Lutter contre l’axe du mal terroriste, chercher les armes de destruction massive, et surtout « apporter la démocratie ». En en faisant semblant d’agir dans le cadre du droit international, en le bricolant, tout en le faisant évoluer vers un nouveau cadre celui de « l’ordre international fondé sur les règles ». Celles-ci étant évidemment élaborées au fur et à mesure par l’Hégémon.

C’est terminé. À quoi bon continuer à mentir, à raconter n’importe quoi, plus personne n’y croit. Même les laquais européens armés de leur nullité, Macron en tête, n’arrive plus à donner le change. Et de toute façon plus personne ne les écoute. Donald Trump a sifflé officiellement la fin de partie. Le soutien total à l’État paria israélien et à ses exactions, assumé. L’intervention de la CIA et du Mossad dans la tentative de renversement du régime en Iran, revendiqué. Le raid de rapine pour essayer de récupérer le pétrole vénézuélien, endossé. L’annexion brutale d’un territoire appartenant à un État allié, exigé. L’abandon du droit international au profit de l’usage brutal de la force, théorisé. Sur ce dernier point, le président américain a été clair. Tout comme son principal conseiller, Stephen Miller qui a grossièrement présenté la nouvelle donne sur CNN : « plus rien à foutre du droit international. Ça n’existe pas, seul compte la force, avis aux amateurs ». Et ce langage, est également à usage interne. Désormais, dans certains États fédérés des États-Unis, Washington expédie des groupes armés qui se comportent comme des milices, n’hésitant pas à exécuter froidement devant les caméras, des manifestants dans les rues. Avec cette caractéristique incroyable, d’une Maison-Blanche revendiquant bruyamment les meurtres pendant que leurs images font le tour du monde.

Et malheureusement, il ne faut pas s’imaginer que l’Europe en général et la France en particulier échappent à cette transparence, et au spectacle qu’elle donne d’un cynisme féroce. Chez nous, c’est celui d’un système politique minoritaire, complètement corrompu, et soutenu par des forces de l’ordre brutales et zélées et une autorité judiciaire occupée à faire la chasse aux opposants en fermant les yeux sur une corruption parfois vertigineuse. Pour l’UE, on se contentera de piocher dans une ribambelle d’exemples, avec celui, quand même incroyable, d’Ursula von der Leyen scrupuleusement maintenue à la tête de la Commission. Exfiltrée pour corruption de son poste ministériel allemand sans aucune poursuite pénale malgré les évidences, gavée d’argent par l’industrie pharmaceutique au moment du Covid, voilà qu’on apprend qu’elle poursuit les bonnes habitudes grâce aux manipulations financières du soi-disant soutien à l’Ukraine. Tout est visible, tout est crédible, mais impossible d’obtenir que le Parlement débarrasse l’Union de cette caricature.

Au moment de la victoire de 1945, le maréchal soviétique Gueorgi Joukov aurait dit à propos des alliés : « nous les avons délivrés du nazisme, ils ne nous le pardonneront jamais ». Probablement apocryphe, on peut légitimement se poser la question de sa pertinence aujourd’hui. Les occidentaux ont très rapidement abandonné (dès 1947), la dénazification qu’il s’étaient pourtant engagés à effectuer. Guerre froide oblige nous expliquait-on. Et si la véritable portée de cette citation était que finalement, les occidentaux n’avaient pas été délivrés du nazisme ? Et qu’avec cette défaite de l’Occident décrite par Emmanuel Todd, ce tremblement d’Histoire, ce grand virage géostratégique, cette fin de la globalisation comme forme moderne de la domination occidentale, nous assistions au brutal retour du refoulé.

Pas dans le clair-obscur, en pleine lumière.

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