| Pourquoi le test du Covid-19 n'est-il toujours pas généralisé en France ? |
| Objectif 30 000 tests par jour |
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Le médecin a dit que vous étiez infecté, mais vous n'avez pas été testé au Covid-19. Vous êtes loin d'être le seul puisque les généralistes ont diagnostiqué la maladie chez plus de 40 000 patients la semaine dernière. Ces cas ne sont pas confirmés en laboratoire, car le protocole de test reste réservé au personnel soignant, aux cas graves et aux patients hospitalisés. La direction générale de la santé a recensé 25 000 patients testés positifs à l'hôpital – un chiffre vraisemblablement minime par rapport à l'ampleur réelle de l'épidémie.
La semaine prochaine, le pays devrait être en mesure d'en réaliser près de 30 000 par jour (contre 9 000 actuellement), a promis Jérôme Salomon, directeur général de la santé, soit 200 000 hebdomadaires. En guise de comparaison, l'Allemagne, elle, est bien en avance puisqu'elle a réalisé 500 000 tests cette semaine. C'est d'ailleurs "la raison pour laquelle le pays compte si peu de décès par rapport au nombre de personnes infectées", estime le virologue berlinois Christian Drosten.
La recette de cette efficacité ? Le pays dispose d'un maillage de laboratoires régionaux avec une plus grande liberté pour mener des tests et moins de directives centralisées, estime le chercheur. Mais même avec ce système, le virus court trop vite pour être détecté partout en Allemagne. |
| Trois problèmes principaux : réactifs, écouvillons et engorgement |
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Après les masques, ce sont donc les tests qui animent les débats français. Et notre pays semble payer une nouvelle fois ses problèmes d'approvisionnement. "Les réactifs [des enzymes] sont produits en Chine et aux Etats-Unis et n'arrivent plus en nombre suffisant", regrettait le président du Comité scientifique sur le coronavirus, Jean-François Delfraissy. La situation est également tendue sur les écouvillons, ces longs et fins Cotons-Tiges utilisés pour recueillir le mucus. "Est-ce normal ? La réponse est non", dénoncent les syndicats du secteur de la biologie. Simple, basique.
Autre souci, ces tests réclament du temps. Il faut d'abord réaliser un prélèvement – la sensation de ramonage nasal est désagréable mais là n'est pas la question – et le transporter au laboratoire. Les résultats peuvent alors être communiqués entre trois et cinq heures... quand l'équipe n'est pas débordée. Mais au-delà des délais d'analyse, c'est également la capacité des structures qui pose question. Pour désengorger les hôpitaux, certains laboratoires de ville peuvent désormais effectuer des tests Covid-19, à condition d'obtenir une autorisation. |
Comment passer la seconde ? Peut-être avec des automates. Certaines sociétés ont développé leur propre test du Covid-19 et ont obtenu les autorisations nécessaires pour les commercialiser. Elles peuvent donc fournir ces protocoles à leurs clients déjà équipés de plateforme de test moléculaires, des laboratoires publics et privés. Et ça pourrait tout changer. Une machine "Cobas" du groupe suisse Roche peut théoriquement réaliser 1 000 tests par jour. Des hôpitaux de Lyon et de Toulouse utilisent déjà depuis deux semaines les "Panther" de l'Américain Hologic pour tester le Covid-19.
Jérôme Salomon, directeur général de la santé, a annoncé mardi l'achat d'automates de tests. Combien ? Mystère. Mais ces renforts devraient selon lui permettre de réaliser "10 000 tests supplémentaires par jour d'ici la fin de la semaine" et "20 000 supplémentaires par jour d'ici une dizaine de jours". |
| Certaines sociétés essaient plutôt de réduire au maximum les délais, comme Novacyt ou Eurobio Scientific. Le Français bioMerieux va fournir un test diagnostique in vitro à l'armée américaine (45 minutes), avant une possible commercialisation en Europe. Des chercheurs chinois de l'université d'Oxford expérimentent encore une technique originale, aux résultats visibles à l'œil nu. Les prélèvements sont placés dans des flacons puis un réactif est versé pour détecter l'ARN du virus. Si c'est rose, c'est positif. Le tout en trente minutes chrono. |
| Des tests pour l'après-confinement |
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En parallèle, les autorités préparent déjà l'après-confinement. La France souhaite recourir aux tests sérologiques pour éviter un rebond de cas après la quarantaine. Alors que les tests biologiques (PCR) recherchent l'ARN dans les échantillons nasaux, l'objectif est ici de fouiller un échantillon de sang à la recherche des anticorps produits par l'organisme pour combattre l'infection. Cette seconde option est rapide et, surtout, elle permet de savoir qui a été infecté sans toutefois développer de symptômes. Une donnée précieuse pour mesurer l'ampleur réelle de l'épidémie et sa mortalité.
Mais ce n'est pas encore l'heure de la piqûre. Les équipes de l'Institut Pasteur ont besoin d’au moins deux ou trois semaines pour développer ces tests, puis viendra le temps de la mise en production. Et il y a encore un hic, rappelle le virologue Christian Drosten, puisque ces tests ne fonctionnent qu'une dizaine de jours après l'infection, quand l'organisme a produit des anticorps.
Cette réserve ne doit pas faire oublier l'immense intérêt d'un dépistage accru. "Testez, testez les gens !", s'évertuait à répéter Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l'Organisation mondiale de la santé. C'était il y a dix jours et ses paroles commencent à être entendues : "Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés." |
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