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samedi 2 juin 2018

Plan grand âge : 300 millions de plus en 2019...........Les plus jeunes " veulent toujours prendre les décisions à notre place "..............


1er juin 2018

Plan grand âge : 300 millions de plus en 2019

Le nombre d'infirmiers et d'aides-soignants en Ehpad va croître

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Des mesures d'urgence, et une vision à long terme. La ministre de la santé, Agnès Buzyn, a pour la première fois énoncé les objectifs du gouvernement en matière d'accompagnement du vieillissement de la population, lors de la présentation de sa feuille de route pour les personnes âgées, mercredi 30  mai. Sa position était attendue, après la colère sans précédent des personnels et des directeurs d'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), qui se sont massivement mis en grève à deux reprises depuis le début de l'année pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et des conditions d'accueil des résidents. Sans être un " plan Marshall " en faveur des maisons de retraite, l'effort financier est significatif. Près de 300  millions d'euros de dépenses annuelles nouvelles pour la seule année 2019 en faveur de l'accompagnement des personnes âgées ont été annoncés, selon des calculs duMonde confirmés par le ministère.
La mesure la plus visible – et la plus attendue – porte sur l'augmentation du nombre de soignants auprès des résidents. Grâce à une accélération du calendrier de mise en œuvre de la réforme de la tarification des soins dans les Ehpad, 143  millions d'euros supplémentaires viendront s'ajouter aux 217  millions déjà prévus pour la période 2019-2021. Mme  Buzyn n'a toutefois pas été en mesure de dire combien de postes supplémentaires d'infirmiers ou d'aides-soignants ce budget pourrait créer. Il ne permettra en tout cas pas d'atteindre le ratio de 60 soignants pour 100 résidents préconisé en mars par la mission d'information parlementaire menée par les députées Monique Iborra (LRM, Haute-Garonne) et Caroline Fiat (LFI, Meurthe-et-Moselle) – et repris par les organisations syndicales – qui avait évaluéles besoins à 7  milliards d'euros par an. " On n'en est pas là, commente Mme  Iborra. Mais c'est une augmentation substantielle. "
Rénovation des EhpadAgnès Buzyn a aussi annoncé une augmentation du nombre d'infirmiers de nuit dans les Ehpad, grâce à une " astreinte infirmière mutualisée entre plusieurs établissements d'un même territoire ". Une mesure qui coûtera 10  millions d'euros en  2019 et 16  millions en  2020, et qui devrait permettre de " réduire les hospitalisations en urgence évitables ". C'est dans ce même objectif que le plan prévoit de " généraliser " l'accès à la télémédecine pour les personnes âgées, avec un budget de 40  millions d'euros de 2018 à 2022.
Parmi les autres mesures significatives, la promesse d'accorder 100  millions d'euros chaque année à partir de 2019 pour rénover les Ehpad les plus anciens, 15  millions pour développer l'" habitat inclusif " (permettant de vivre à plusieurs dans un même ensemble de logements, en mutualisant une aide quasi permanente), ou encore 16  millions d'euros d'ici à 2022 pour renforcer le nombre et les effectifs des équipes mobiles de gériatrie. Mille places provisoires en Ehpad seront, par ailleurs, réservées aux personnes âgées qui souhaiteraient y être hébergées temporairement après une hospitalisation. Un plan en faveur des métiers liés à la prise en charge des personnes âgées, qui connaissent une désaffection, est en outre annoncé.
" Insuffisant "Ces annonces ont été présentées comme une première étape par Mme  Buzyn, qui a confirmé le lancement d'une consultation nationale sur l'adaptation de la société au vieillissement et le financement de la prise en charge de la dépendance, qui devra aboutir au début de 2019. " Notre pays n'a pas encore su trouver un vrai modèle de prise en charge de la perte d'autonomie, a affirmé Mme  Buzyn. Si nous ne prenons pas un virage consistant à mettre fin à une mise à l'écart relative des personnes âgées du reste de la société, nous courons le risque d'une forme de relégation indigne des valeurs qui fondent notre République. " Cette concertation se déroulera sous forme d'auditions, de débats en régions et par le biais d'un site Internet. Elle devra répondre aux questions suivantes : quel socle de biens et de services devra être accessible à toutes les personnes âgées à l'avenir ? Comment les financer ? Qui pilotera cette politique ?
Mais la ministre s'est refusée à traiter le sujet du vieillissement uniquement sous l'angle sanitaire. " Vieillir, c'est aussi vivre normalement le plus longtemps possible ", a-t-elle affirmé. Alors que les personnes âgées entrent aujourd'hui en Ehpad sans y consentir et doivent se plier à l'organisation collective de l'établissement, " les lieux où vivront à l'avenir les personnes doivent être plus ouverts et permettre de préserver une marge de manœuvre pour les choix individuels ", a poursuivi Mme  Buzyn. Il faudra aussi que la ville, le logement, les transports s'adaptent au vieillissement de la population " pour créer les conditions d'une société qui n'exclut personne ".
Ce plan a été diversement accueilli. " S'il constitue un réel pas en avant, il n'est clairement pas à la hauteur des attentes ", a réagi dans un communiqué l'Association des directeurs au service des personnes âgées, une organisation de directeurs d'Ehpad." Le déblocage de 143  millions d'euros sur trois ans est positif, mais il reste insuffisant pour compenser la baisse des emplois aidés. " L'association soutient néanmoins les " grandes ambitions " du gouvernement. La députée Monique Iborra salue la " prise en compte globale de la question du vieillissement ", tout comme Luc Broussy, président de France Silver Eco, une association qui fédère les acteurs de la filière de l'économie des seniors.
" Le gouvernement lance un débat public sur le vieillissement, veut donner la parole aux personnes âgées, propose la création d'un cinquième risque pour la perte d'autonomie, c'est inédit, commente Jérôme Guedj, conseiller départemental (PS) de l'Essonne, très investi sur ce sujet. On attend de voir la suite. "
François Béguin, et Gaëlle Dupont
© Le Monde


1er juin 2018

Les plus jeunes " veulent toujours prendre les décisions à notre place "

Des personnes âgées dénoncent les discriminations ou le mépris liés à l'âge

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De loin, cela pourrait ressembler à une réunion classique de club du troisième âge. Mais dans ces locaux associatifs du 15e arrondissement de Paris, pas de Scrabble ni de tournoi de belote. Les participants se réunissent pour des groupes de parole ou des séminaires. Aujourd'hui, le thème est " comment aborder la nouveauté ". La conversation roule sur les progrès des neurosciences ou les dégâts causés par la banalisation du divorce. " Le divorce, c'est aussi une liberté, ça permet de refaire sa vie, lance Silvia, 71 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom. Je ne suis pas d'accord avec le fait de dire : quelle horreur, ce qui se passe aujourd'hui ! Chaque génération a ses problèmes. " Une partie des participants opine.
Tel est l'esprit d'Old'Up. L'association, qui rassemble 250 personnes âgées de 70 à 96 ans, milite " pour que les vieux ne soient pas considérés comme des sous-citoyens ", résume son président, Philippe Gutton. C'est aussi une " communauté " de personnes qui échangent des points de vue, des expériences et s'entraident pour bien vieillir. Ils luttent à leur manière contre l'âgisme, c'est-à-dire les discriminations, le mépris, ou la mise à écart des personnes âgées dénoncée par la ministre de la santé, Agnès Buzyn, lors du lancement de sa feuille de route sur le grand âge, mercredi 30  mai.
S'ils n'aiment guère ce terme qui n'est pas encore entré dans les mœurs, les membres d'Old'Up trouvent facilement des exemples pour l'illustrer. " Un jour où les titres des journaux annonçaient une hausse des prélèvements obligatoires, une jeune femme m'a interpellée  dans un kiosque : “Tout ça, c'est à cause de vous, les vieux, parce qu'on doit payer vos retraites !  ", relate -Annette Teissedre, 76 ans. Joyce Feibelmann, 80 ans, se souvient du jour où un commerçant a refusé de lui vendre une BD de superhéros Marvel au motif qu'elle était " trop âgée " pour la lire.
" Oh, vous, la vieille ! ", a jeté une dame à Laure, 83 ans, qui lui demandait de parler moins fort au téléphone dans un bus. Cette dernière a également été refusée dans une chorale en raison de son âge. " Des associations de bénévolat le font  aussi ", observe la vieille dame. Les plus de 75 ans ne peuvent pas être visiteurs de prison. Ni changer de mutuelle, ni s'assurer, ni emprunter. Au travail, " on élimine les gens des postes de plus en plus tôt ", constate Jean-Louis Fruchart, 69 ans. " Alors qu'il y a des jeunes pas du tout performants, et des vieux qui tiennent très bien leur rôle ", complète Silvia. Claude Lang, 83 ans, voit là les effets néfastes d'un " marketing de la jeunesse ".
" Plus on vieillit, moins on est reconnu, résume Philippe Gutton. Parce qu'on marche moins bien, qu'on entend moins bien, qu'on voit moins bien.  Les vieux sont perçus comme hors circuit. " Vieillir, c'est s'effacer. Physiquement, pour ne pas être bousculé dans la rue parce que les autres vous trouvent trop lent. Mais dans les têtes aussi. " Votre avis n'intéresse plus personne, témoigne Paule Giron, 89 ans. Cela pèse plus sur les gens qui avaient un rôle important dans la société, en particulier les hommes. Les titres, la profession, tout est gommé. Nous les femmes on est habituées, alors on s'en sort plutôt mieux. "
" Une charge, un coût "En raison de la peur de la déchéance physique, mentale, etde la mort qu'ils véhiculent, les vieux n'ont pas une bonne image. " On nous présente comme une charge, un déficit, un coût, observe François Monconduit, 81 ans. On ne parle que des malades, des -Ehpad - établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes - . "Alorsque seulement 8  % des personnes âgées sont touchées par la perte d'autonomie. Les membres d'Old'Up, bien que parfois chancelants, vivent à domicile, où ils ambitionnent de rester. " L'idée qui prévaut est : tous les vieux sont pareils ", observe -Philippe Gutton.
Tout de même, les égards réservés au grand âge perdurent. Dans les transports, les plus jeunes se lèvent pour laisser leur place. Pourtant, beaucoup sentent une distance s'installer entre eux et le reste du monde. " Souvent les jeunes parlent entre eux, comme si les vieux n'avaient rien à dire ", observe Paule Giron. Il faut constamment " remettre en cause ce que les autres projettent sur vous, y compris vos propres enfants ", poursuit-elle. Par exemple ? " Quand j'ai voulu changer de voiture à 84 ans, ils m'ont dit : “Mais tu ne vas pas arrêter de conduire bientôt ? Quand j'ai voulu déménager, j'ai entendu : A ton âge, tu es folle !  " Une parole qui " force au rétrécissement ".
Les plus jeunes " veulent toujours prendre les décisions à notre place ", conteste Bernadette Aumont, 92 ans. " On me dit : “Je ne te propose pas de venir dîner, le soir tu dois être trop fatiguée”. " Alors que non, Bernadette adore sortir le soir. " Le grand âge donne un sentiment d'impuissance, poursuit-elle. Mais ce n'est pas grave. On gagne en profondeur et en liberté. "
C'est un message-clé d'Old'Up. " Nous sommes là pour témoigner que les choses peuvent être différentes ", affirme Philippe Gutton. Que la vieillesse peut être bien vécue. " Nous sommes libérés des contraintes professionnelles et familiales, de la pression sociale, résume François Monconduit. C'est une situation nouvelle dans laquelle je veux voir une chance, l'occasion d'une vie renouvelée. "
Ga. D.
© Le Monde

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