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samedi 2 juin 2018

Commerce : dialogue de sourds à l'OCDE sur le multilatéralisme


1er juin 2018

Commerce : dialogue de sourds à l'OCDE sur le multilatéralisme

Macron a proposé, mercredi, de réformer l'OMC, tandis que le secrétaire américain au commerce a défendu l'offensive protectionniste de Trump

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LA CHINE DÉNONCE LA " VOLTE-FACE " DES ETATS-UNIS
Après les nouvelles menaces de sanctions commerciales de la Maison Blanche contre Pékin, la Chine a dénoncé mercredi 30  mai une " volte-face " des Etats-Unis, alors qu'une trêve était en vigueur depuis le 19  mai. Washington a remis la pression mardi soir en annonçant préparer des mesures punitives. Ce changement d'attitude intervient alors que le secrétaire américain au commerce, Wilbur Ross, effectuera de samedi à lundi un nouveau déplacement à Pékin pour poursuivre les discussions. " La Chine ne souhaite pas une guerre commerciale, mais n'a pas peur d'en mener une. Nous sommes prêts à répondre à toute situation. Si les Etats-Unis persistent à agir à la légère, la Chine sera contrainte de prendre des mesures fermes afin de protéger ses intérêts ", a réagi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères.
Le multilatéralisme est en danger, il faut le sauver !" Notre responsabilité a déjà commencé pour éviter le pire ", a lancé le président français Emmanuel Macron, dans un discours prononcé à Paris, mercredi 30  mai, à l'occasion de la réunion annuelle de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Face à une administration américaine qui joue avec les nerfs de ses partenaires, M.  Macron s'est une nouvelle fois posé en champion d'une mondialisation ouverte et fondée sur des règles.
Ses propos ont fait écho à ceux déjà tenus ces derniers mois, à Davos, au Congrès américain ou encore à Aix-la-Chapelle (Allemagne). Mais le lieu, comme le calendrier, leur donnait un relief particulier. L'OCDE, dont la France préside cette année la ministérielle, mercredi et jeudi, est " l'héritière du multilatéralisme d'après-guerre, de la reconstruction de l'Europe et du lien transatlantique ", a souligné le chef de l'Etat français. Or ce lien n'est plus ce qu'il était. La politique brutale du président américain Donald Trump, sur l'Iran, l'accord de Paris sur le climat et ses menaces de sanctions commerciales tous azimuts l'ont gravement abîmé.
M.  Trump décidera-t-il d'imposer des taxes punitives sur les importations d'acier et d'aluminium en provenance de l'Union européenne, à compter du 1er  juin ? Vent debout, les Européens continuaient de réclamer mercredi une exemption définitive, sans plus se faire d'illusions. " Une guerre commerciale est toujours une guerre perdue par tous : par nos industries, nos agriculteurs, nos consommateurs, nos concitoyens ", a prévenu le président français, prenant le contre-pied d'une formule désormais célèbre de son homologue américain, qui affirmait en mars : " Les guerres commerciales sont bonnes et faciles à gagner. "
Querelle sur l'acierComme s'il prenait acte d'une première manche déjà jouée, M.  Macron s'est projeté dans l'après. Il a appelé à une grande réforme de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), ce gendarme des échanges dont Washington vilipende le fonctionnement. Le président français a proposé une négociation intégrant, au départ, l'Union européenne (UE), les Etats-Unis, la Chine et le Japon. Et fixé le sommet du G20 de Buenos Aires, en novembre, pour établir une première feuille de route.
Reste à voir si Washington saisira cette perche. L'exercice est périlleux, et le doute permis, au vu des déclarations semées cette journée, aux tribunes de l'OCDE, par le secrétaire américain au commerce, Wilbur Ross. Abruptement, cet homme-clé du dispositif commercial de M. Trump a répété tout le mal qu'il pensait des institutions multilatérales. Trop lentes, trop bavardes. " Nous n'aimons pas les palabres infinies, nous préférons les actions bilatérales pour négocier ", a-t-il cinglé.
Même grief avec le forum mondial sur les surcapacités dans l'acier, un groupe de négociation piloté par l'OCDE : " En un an et demi, il y a eu sept réunions et aucun résultat décisif. " D'ailleurs, " c'est tout le problème avec le libre-échange, les gens en parlent beaucoup mais sans vraiment le pratiquer. Aux Etats-Unis, nous avons un sentiment d'urgence ".
Intervenant dans un panel abstraitement intitulé " les visages des échanges ", il a d'emblée justifié l'offensive protectionniste de Washington. " Tout pays a l'obligation de protéger ses citoyens et ses moyens de subsistance. C'est peut-être un point de vue populiste mais il nous tient à cœur ", a lancé ce milliardaire ayant fait fortune en rachetant et restructurant des entreprises industrielles en difficulté.
Quant à la querelle sur l'acier et l'aluminium qui braque les Européens, M.  Ross a feint l'étonnement. L'UE refuse de négocier sous la menace de taxes alors que la Chine, dans la même situation, accepte de poursuivre les discussions, a-t-il fait remarquer benoîtement. Bruxelles rangée dans le même sac que Pékin par son allié transatlantique : voilà qui est un peu fort pour les Européens. " Faut-il vous rappeler que nous n'avons pas les mêmes pratiques commerciales que la Chine ", a répliqué Sigrid Kaag, ministre du commerce extérieur des Pays-Bas.
Le gouffre est béant. Y compris sur le diagnostic des risques économiques qu'une telle stratégie de repli fait courir au pays qui la choisit. " Les derniers qui ont mené des guerres commerciales bilatérales, parfois les mêmes, ont vu les prix augmenter et le chômage monter ", a prévenu M. Macron.
" Le ciel ne va pas tomber sur la tête des Etats-Unis parce que des tarifs seront ajoutés, assénait M. Ross, quelques heures plus tôt. Je n'ai entendu parler d'aucune usine automobile ou de boîtes de conserve qui puisse fermer, c'est ridicule. " Symbole de ces tensions, les Etats-Unis ont bloqué la rédaction d'un communiqué final, commun aux 35  membres de l'OCDE, faute de trouver un terrain d'entente sur les enjeux du libre-échange et du changement climatique.
Marie de Vergès

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