Alain Juppé triomphe à la mairie de Bordeaux, et après?
AFP/AFP - Alain Juppé à la mairie de Bordeaux avec sa femme Isabelle, le 23 mars 2014
Alain Juppé,
"personnalité politique préférée des Français", réélu dimanche maire
de Bordeaux dès le 1er tour et haut la main pour un quatrième mandat, a-t-il un
destin national? Beaucoup spéculent sur son avenir, y compris présidentiel,
mais le principal intéressé, fidèle à sa stratégie, reste bouche cousue.
A 68 ans, Alain Juppé a obtenu dimanche
soir son "meilleur score", avec 60,9% des suffrages, face au député
socialiste Vincent Feltesse (22,58%).
A une question d'un journaliste sur son
avenir national, il s'est contenté de répondre: "J'ai un sentiment de
responsabilité. Il faut maintenant que l'on se rassemble".
Avant même le scrutin, une phrase du
député européen et vice-président du MoDem Robert Rochefort avait relancé les
spéculations: "Si Alain Juppé devait devenir le leader d'un renouveau dans
une continuité d'une droite républicaine, il est assez vraisemblable que nous
pourrions peut-être envisager des choses avec lui", avait-il déclaré.
Un scénario parfaitement en accord avec
le discours de François Bayrou,
président du MoDem, qui assure qu'il va désormais se consacrer à Pau, où il est
en ballottage favorable avec 41,85% des suffrages, et qu'il ne sera pas
candidat à la présidentielle de 2017.
Ce ballon d'essai de Robert Rochefort
sur une éventuelle alliance Bayrou et Juppé, très engagé auprès du président du
MoDem pendant la campagne, a cependant suscité l'agacement du député centriste
UDI Hervé Morin, qui a demandé à "ne pas mettre la charrue avant les
boeufs".
Alain Juppé a lui-même mis fin au débat
via un tweet: "Je remercie François @bayrou de sa sollicitude mais c'est
moi qui décide ce que je fais. Nous sommes en 2014".
"C'est largement trop tôt",
assure aussi le député UMP Benoist Apparu, réputé proche, avant d'ajouter:
"Il n'a pas intérêt à brancher le logiciel présidentiel, ni à s'armer de
la petite mallette des candidats présidentiels, à savoir +je fais le tour de
France, je monte un club de réflexion, je réunis des parlementaires".
"Les Français en ont ras-le-bol que les hommes politiques passent leur
temps à préparer leur élection", ajoute encore l'élu.
"Plus détaché" que les autres
"Ce qui le différencie des autres,
c'est qu'il est plus détaché", estime un proche du maire à l'UMP en
considérant toutefois que seules deux personnalités peuvent, à droite,
envisager une candidature en 2017: Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.
Alain Juppé, ancien Premier ministre et
ancien ministre des Affaires étrangères, "personnalité préférée des
Français", selon l'observatoire politique CSA, vient de détrôner le
ministre de l'Intérieur Manuel Valls avec 49% d'opinions positives, contre 45%
pour le ministre.
Et sa "réélection triomphale lui
redonne un espace politique", note le politologue Pascal Perrineau. Le
tout "dans un climat d'usure" où les Français semblent rechercher
"un certain type de personnage politique, un homme d'Etat, avec un certain
âge, une expérience", ajoute-t-il.
Selon le politologue, Jean-François
Copé "n'existe plus" et même si l'ancien Premier ministre François
Fillon est "encore dans la course", Alain Juppé se trouve soudain
"au centre de gravité de toutes les familles de la droite" et incarne
l'UMP de 2002.
Ainsi, le maire de Bordeaux a-t-il
offert une place de colistier à Edouard du Parc, un des fondateurs de la Manif
pour tous et une autre à Tony Jazz, qui avait participé à la campagne musicale
de Barack Obama.
Rien n'est cependant encore joué,
assure Pascal Perrineau, la tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro montrant
"qu'il n'a pas dit son dernier mot".
En février, Alain Juppé avait déclaré à
l'AFP qu'il restait favorable à une primaire, en 2016, à laquelle devront
participer tous les prétendants à ce scrutin, même l'ancien chef de l'Etat.
"Je ne comprends pas très bien que
le fait de dire qu'on est pour la primaire soit interprété comme une manoeuvre
anti-Sarkozy", avait-il ajouté en estimant au passage que "si Sarkozy
va à la primaire, il la gagnera".
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