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lundi 9 décembre 2013

Pyongyang confirme la disgrâce du mentor de Kim Jong-un

Pyongyang confirme la disgrâce du mentor de Kim Jong-un




par Ju-min Park et Jack Kim
SEOUL (Reuters) - La Corée du Nord a confirmé lundi la disgrâce de Jang Song Thaek, oncle du dirigeant Kim Jong-un considéré jusqu'alors comme la deuxième personnalité la plus puissante du régime dynastique au pouvoir à Pyongyang.
"Jang et ses partisans ont commis des actes criminels défiant l'imagination et ils ont causé un tort énorme à notre parti et à la révolution", écrit l'agence de presse officielle KCNA au lendemain d'une réunion du bureau politique du Parti des travailleurs, au cours de laquelle la décision a été entérinée et à laquelle participait Kim Jong-un.
La télévision nord-coréenne KRT, rendant compte de cette réunion du bureau politique, a diffusé lundi des images sur lesquelles on voit Jang emmené par des gardes en uniforme. La chaîne n'a pas précisé toutefois si ces clichés avaient été pris dimanche.
Par ailleurs, le quotidien officiel Rodong Sinmun consacre une partie de sa une à l'éviction de Jang, une rareté dans la presse officielle nord-coréenne qui ne couvre habituellement pas les purges menées au sein du régime.
Jang a été déchu de tous ses titres et relevé de toutes ses fonctions, précise l'agence KCNA qui dresse la liste des griefs retenus contre lui: mauvaise gestion du système financier national, corruption, abus d'alcool et de drogue et dépravation sexuelle.
"Jang prétendait soutenir le parti et le pouvoir, mais il était impliqué dans des luttes intestines et poursuivait un rêve différent en s'impliquant dans un double jeu en coulisses", écrit l'agence.
"Contaminé par le style de vie capitaliste, Jang s'est livré à des irrégularités et à la corruption et a mené une vie dissolue et dépravée", poursuit KCNA.
UN ENCOMBRANT MENTOR
Jang, marié à la tante de Kim, la fille du fondateur de la République démocratique populaire de Corée Kim Il-sung, était notamment vice-président de la puissante Commission de la défense nationale et siégeait au politburo du Parti des travailleurs.
Après la mort de Kim Jong-il, en décembre 2011, il a joué un rôle de premier plan dans la transmission du pouvoir à Kim Jong-un, le jeune fils du "cher dirigeant", et oeuvré à la consolidation de son emprise sur le pouvoir.
Mais il semble que Kim ait décidé, avec l'aide d'un groupe de conseillers plus jeunes, de se débarrasser de son encombrant mentor, estiment des coréanologues.
"C'est une personnalité que Kim Jong-un devait à un moment supplanter pour solidifier sa propre structure de pouvoir. Les jeunes élites ont poussé Kim à se débarrasser de Jang, ce qui signifie qu'il va gouverner sans tuteur", analysait il y a quelques jours Koh Yu-hwan, de l'université Dongguk de Séoul, quand les services de renseignement sud-coréens ont fait savoir qu'ils pensaient que Jang était tombé en disgrâce.
Le renseignement sud-coréen pense également que deux de ses collaborateurs au sein du Parti des travailleurs ont été exécutés pour corruption.
Un autre proche de Jang, qui gérait ses avoirs, aurait de son côté demandé l'asile à la Corée du Sud et serait sous protection d'agents sud-coréens dans un lieu tenu secret en Chine, selon des médias sud-coréens.
La fuite, fin septembre ou début octobre, de ce financier au courant des avoirs de la dynastie Kim a peut-être servi d'élément déclencheur à la disgrâce de Jang, croit savoir la chaîne sud-coréenne d'information continue YTN.
En revanche, l'épouse de Jang, Kim Kyong-hui, ne serait pas menacée, a indiqué à Reuters une source proche des cercles dirigeants nord-coréens.
RAYÉ DES ARCHIVES
Dans un documentaire sur Kim Jong-un rediffusé samedi par la chaîne nationale nord-coréenne, Jang Song Thaek n'apparaissait déjà plus.
Dans ce film d'une heure à la gloire du dirigeant nord-coréen, diffusé pour la neuvième fois, il n'était montré que sous des angles de vue rendant son visage invisible, voire simplement effacé de certaines scènes, selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap.
Il semble également que son nom n'apparaisse plus dans les archives de l'agence KCNA.
Sa disgrâce est le principal bouleversement politique survenu en République démocratique populaire de Corée depuis la mort de Kim Jong-il.
Jang, qui avait déjà été écarté du pouvoir en 2004 par le père de l'actuel dirigeant nord-coréen avant une spectaculaire réhabilitation deux ans plus tard, entretenait des liens étroits avec le voisin chinois.
Il dirigeait notamment la délégation nord-coréenne chargée de mener de concert avec Pékin un projet commun de développement d'une zone économique spéciale sino-nord-coréenne.
Contrairement à 2004, des spécialistes de la Corée du Nord pensent que cette fois, il ne reviendra pas. "Jang est fini, purgé. En Corée du Nord, il ne peut pas y avoir deux soleils", explique Jeung Young-tae, expert à l'Institut sud-coréen pour l'unification nationale.
Bertrand Boucey et Henri-Pierre André pour le service français


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