Vous avez dit « souveraineté industrielle » ? Le fictif torrent de larmes de crocodile sur « la souveraineté industrielle », qui maculent les moquettes des palais et les ponts des yachts des capitalistes, est proportionnel aux mensonges de leurs occupants.
Ministres, président de la République, conseillers ministériels et de l’ombre, président de la Banque publique d’investissements, (BPI) toutes et tous mandataires d’un capitalisme sans foi ni loi, crachent un verbiage de plomb pour nous perdre en savantes analyses sur « l’autonomie stratégique », sur la souveraineté industrielle, agricole, militaire.
À peine ont-ils fini leurs prêches qu’ils s’empressent de brader la France à ceux-là même sur lesquels ils se sont émus de la brutalité : les États-Unis. Ou plutôt au grand capital financier Nord-Américain. Ainsi, la semaine dernière, le ministre de l'Économie a signé le bradage de l’entreprise LMB Aerospace* installée en Corrèze au profit de l’entreprise américaine Loar-Holdinds.
Pourtant, LMB est comme ils disent « un actif stratégique » pour le système de défense français. Ses 80 travailleurs produisent des ventilateurs électriques pour le Rafale, les sous-marins nucléaires, les lanceurs d’engins, les hélicoptères Tigre, le char Leclerc ou le porte-avions Charles de Gaulle. Ainsi place-t-on une entreprise intégrée à des programmes d’armements français ultra-sensibles dans les mains d’un propriétaire américain. Comble de cette opération au cœur du capitalisme de prédation : c’est le fonds financier Tikehau créé en partenariat avec la Société Générale, CNP Assurances et le groupe CARAC, qui a bénéficié de 150 millions d’euros d’aides publiques au temps du Covid pour consolider les entreprises stratégiques aéronautiques, qui est à l’origine de la vente.
Après leur forfaiture, nos bonimenteurs en habits de ministre, tout provisoires qu’ils sont, sortent leurs croquis sur « la dette de l’État » et sur l’impossibilité de maintenir un système de protection sociale.
Ils en savent quelque chose puisqu’ils l’organisent. Les groupes de gauche du Parlement doivent s’en saisir et porter le fer sur les responsabilités des pouvoirs dans la soumission de notre pays aux forces du capital international et pour faire cesser cette braderie cachée derrière la vacuité d’une propagande destinée à couvrir d’un entaché linceul la destruction de nos territoires et du travail, des savoir-faire ouvriers et des apports des chercheurs, les amputations stratégiques et la souveraineté industrielle et agricole. En plus de la cession de LMB Aerospace , nous avons assisté la semaine dernière, avec la complicité de la Banque publique d’investissement, à la vente de Biogaran au fonds financier BC Partners à Londres, à la vente au groupe Chinois Anta de Puma appartenant au groupe Pinault, à l’abandon par Carrefour de l’entreprise Abeil fabricant de couettes et d’oreillers basé à Aurillac, au profit de fournisseurs asiatiques, plongeant ainsi Abeil dans une procédure de règlement judiciaire et ses salariés dans l’obscure incertitude du possible chômage.
Souveraineté industrielle, disent-ils ? Voyons ! Avril 2025 : la filiale hongroise du groupe chinois Wanhua met la main sur l’entreprise grenobloise Vencorex. Ce même mois d’avril 2025, l’équipementier automobile français GMD (Eurostyle et Eurocast ) est avalé par la société chinoise DSBJ. Mai 2025 : le dernier constructeur français de bus à hydrogène, La Safra, originaire d’Albi depuis 1955, est intégré au groupe chinois Wanrun. Ces grands messieurs des ministères nous rebattent les oreilles avec L’Intelligence Artificielle. Ils seraient plus crédibles s’ils n’avaient pas laissé le groupe britannique IQGeo faire main basse sur la société française Deepomatic, spécialisée dans l’analyse visuelle par IA pour le secteur industriel et les opérateurs d’infrastructures.
Décembre 2025 : l’enseigne française Grand Frais a été vendue au fonds d’investissement américain Apollo. Septembre 2025 : le groupe Rocher a vendu son entreprise de prêt-à-porter pour enfants Petit Bateau, fondée en 1920 à Troyes, au groupe américain Régent.
En fin d’année 2025, le groupe vendéen Atlantic, figure de proue des pompes à chaleur, est devenu propriété du consortium nippo-américain Paloma-Rhee. Cette insupportable braderie fait suite aux offrandes d'Exxellia spécialiste des composants électroniques, à l’Américain Heico, la cession de Doliprane par Sanofi au fonds américain CD$R.
En dix ans, les vautours du grand capital américain ont absorbés 1500 entreprises françaises pour une valeur de 132,2 milliards de dollars. Les Suisses ont acquis 346 entreprises pour 58 milliards d’euros et les Britanniques ont mobilisé 48 milliards d’euros pour acquérir 967 entreprises. Mesure-t-on les quantités de travail réduites à néant, les territoires saccagés, la vie de millions de familles malmenée, amputée, niée. Il est temps de se lever contre ce saccage organisé au cœur du grand monopoly capitaliste qui n’a que faire des êtres humains, de leurs lieux de vie et d’émancipation. Il est temps de contrer les sornettes répandues par la bien pensance du cercle de la raison capitaliste qui déverse ses éditoriaux économiques jusqu’aux médias de services publics pendant que le président de la Banque publique d’investissement comme celui de la Banque de France se démultiplient dans les médias – sans contradicteurs- afin de préparer nos acceptations à la retraite à 67 ans et à la destruction du système de la Sécurité sociale. Leur rôle devrait être de défendre, de protéger nos atouts industriels et agricoles - y compris dans le cadre de coopérations européenne audacieuses-. Ils devraient impulser les projets industriels de demain en lien avec les développements numériques et les exigences de la protection du climat à partir des immenses moyens financiers publics dont ils disposent. Et non pas nous faire la leçon du haut de leur opulence pour faire accepter la mal-vie et l’irrespect des corps usés par le travail.
Leurs sermons ne cessent de creuser des voies ouvertes par Trump lors du Forum de Davos enjoignant le capitalisme européen à se fondre dans la domination de l’impérium nord-américain. Et, le traité de « libre-échange » avec L’Inde prépare de nouvelles pressions sur les salaires ouvriers et de nouvelles destructions de nos capacités de production.
Il est urgent que le peuple-travailleur se lève pour libérer la construction européenne et La France du mortifère dogme du « marché ouvert où la concurrence est libre ». Les peuples et leurs organisations sociales, syndicales et progressistes doivent s’atteler à l’émergence d’un nouveau projet mêlant progrès social et environnemental, nouvelle politique industrielle et agro-écologique, démocratie et action géopolitique pour la paix et la coopération. Conditionner les aides publiques et donner de nouveaux pouvoirs aux comités d’entreprises relèvent de l’urgence. Ils doivent s’inscrire dans un processus portant plus haut la transformation sociale, écologique et démocratique ouvrant la voie à la conquête par les créateurs de richesses, les travailleuses et travailleurs du pouvoir sur la production, sur le travail et la gestion de leur protection sociale et sur la création monétaire.
Tout en s’émancipant radicalement de l’étau des marchés financiers il faut enfin inventer des projets d’abord à partir des besoins humains et des exigences environnementales : transports, santé, logements, énergie, information, recherche, culture, numérique en lien avec l’altérité et la connaissance, biotechnologies, eau, climat et biodiversité. Le chantier des combats est immense. Personne ne peut comprendre que l'Union européenne puisse décider d’un fonds dit « Réarm-Europe » de 800 milliards € alors qu’il ne serait pas possible de construire un fonds pour le développement humain, pour l’innovation publique, la recherche, la formation et l’éducation ; la culture et la qualité alimentaire.
Il est temps de se lever pour faire cesser cette grande braderie sur la place du grand marché capitaliste. Le 2 février 2026
* LMB Aérospace. A l’origine entreprise belge « La Magnéto Belge « devenu « Le Moteur de Brive- Aerospace après son installation à Malemort en Corrèze. ** Pour mesurer le niveau de la langue d’ébène ministérielle à propos de la vente de LMD Aerospace il faut retenir cette phrase du ministre Lescure digne d’un mauvais sketch : « L’économie dans laquelle nous souhaitons être, c’est une économie qui reste ouverte, mais qui est extrêmement exigeante ». |
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