| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction LFI et le RN : vraiment « extrêmes » ?
C'est l'arroseur arrosé : depuis que le ministère de l'Intérieur a publié son nuancier politique pour les élections municipales, la France insoumise est vent debout, furieuse d'être catégorisée comme étant « d'extrême gauche » aux côtés du NPA et de Lutte ouvrière. Voilà donc ceux qui ont renvoyé à « l'extrême droite » la quasi-intégralité du paysage politico-médiatique — du Parti socialiste au Rassemblement national en passant par les macronistes (et Marianne, bien sûr !) —pris à leur propre piège.
Mais cessons de ricaner, et reconnaissons avec Jean-Luc Mélenchon et ses amis que ce brusque revirement de classification a de quoi interroger. En vertu de quels critères les fonctionnaires du ministère ont-ils décidé que LFI était passé de la « gauche » à « l'extrême gauche » ? Nul ne connaît les secrets de cette cuisine administrative, aux effets de sens évidents. Et la polémique a le mérite d'illustrer l'importance cruciale de l'étiquetage politique.
Ceux qui ne cessent de se présenter comme dénués de toute idéologie — les « sans étiquette » et autres candidats du « centre » — ont d'ailleurs érigé en argument politique phare leur opposition « aux extrêmes ». L'extrémisme effraie, inspire le rejet. Renvoyer à l'extrême gauche, c'est attiser la peur du rouge, du désordre, de la subversion. Qualifier un parti ou une personnalité comme étant « d'extrême droite » est un enjeu central du débat politique français. Car cette place sur l'échiquier, personne ou presque ne la revendique. « L'extrême droite » charrie tout un imaginaire profondément déplaisant : celui de la Collaboration avec le nazisme, de Vichy, de la honte et de la trahison.
La décision de classer le Rassemblement national à l'extrême droite est ainsi un marqueur fort. Estime-t-on que le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella s'inscrit dans ce sinistre héritage, comme c'était le cas des fondateurs du Front national en 1972 ? Chez les journalistes politiques, ce choix sémantique est scruté de près. La corporation médiatique est un clergé comme un autre, avec ses dogmes, ses hérésies, et bien sûr ses curés, qui surveillent attentivement leurs coreligionnaires suspects de rompre avec l'orthodoxie en vigueur. Quiconque n'utilisera pas « extrême droite » au sujet du RN sera dès lors suspecté de complaisance coupable, à l'égard d'un parti qu'il refuse, contre toute évidence, de considérer comme un péril fascistoïde.
L'auteur de ces lignes n'utilise jamais le substantif « extrême » pour décrire LFI ou le RN. Il ne s'agit ni de sympathie ni de connivence, mais de respect envers l'intelligence du lecteur. Ni les insoumis ni les lepénistes ne revendiquent l'extrémisme ; ces deux partis se plient au jeu électoral et n'entretiennent pas, sauf procès d'intention, le projet de renverser la démocratie. Appeler LFI un mouvement de « gauche radicale », et le RN un « parti nationaliste », n'est pas une faveur qu'on leur accorde. C'est une description qui s'efforce de mettre à distance la subjectivité et les affects du journaliste, lequel n'a pas à plaquer des qualificatifs qu'il sait pertinemment être négatifs à la figure de ceux qui le lisent, dans le but d'orienter leur jugement. Laissons donc les accusations d'extrémisme aux militants… et au ministère de l'Intérieur. Twitter @hadrienmathoux
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