Translate

samedi 2 juin 2018

Verallia ou quand la CGT milite pour une introduction en Bourse


1er juin 2018

Verallia ou quand la CGT milite pour une introduction en Bourse

En 2015, Saint-Gobain a cédé le groupe verrier au fonds américain Apollo, qui pense à sa sortie

agrandir la taille du texte
diminuer la taille du texte
imprimer cet article
Pour la CGT, " c'est un peu une première ", reconnaît un militant. Mais voilà, il faut bien s'adapter à la réalité. Chez Verallia, le syndicat a donc arrêté sa position : pour assurer l'avenir de ce groupe de 10 000 salariés, champion français des bouteilles en verre, la Bourse est la meilleure solution.
Après des mois de réflexion et de préparation avec un avocat, la CGT s'apprête à faire campagne en ce sens. " Nous terminons de peaufiner un projet d'introduction en Bourse “socialement responsable'', que nous présenterons courant juin ", précise Dominique Spinali, secrétaire CGT du Comité économique européen de Verallia.
Cette conversion cégétiste aux bienfaits du marché financier est d'autant plus frappante qu'elle concerne une entreprise politiquement sensible. Ancienne filiale de Saint-Gobain, Verallia détient parmi ses 32 sites la Verrerie ouvrière d'Albi (Tarn), qui fut la toute première coopérative ouvrière en France, soutenue par Jean Jaurès. A ce titre, " Verallia est un symbole de notre histoire sociale ", estime la CGT.
" Sauver les 10 000 jobs "Que va devenir cette maison symbolique ? C'est la question du moment. En  2015, Saint-Gobain a cédé la société au fonds américain Apollo, qui a prévenu qu'il ne resterait qu'entre trois et cinq ans et pense déjà à sa sortie. " Elle interviendra probablement dans les deux ans ", confirme Michel Giannuzzi, le dirigeant recruté en  2017 pour rendre le groupe encore plus solide et rentable avant sa revente.
Depuis son arrivée, l'ex-PDG de Tarkett a mis en place une série de plans destinés à améliorer les performances, notamment grâce à une vigoureuse chasse aux coûts et aux gaspillages. " Notre concurrent espagnol Vidrala dégage une marge brute d'exploitation de plus de 24  %, contre 20  % pour Verallia, note-t-il. Nous devons pouvoir atteindre ce niveau nous aussi. "
Pour la suite, trois options sont envisagées. Apollo pourrait revendre ses actions à un autre fonds. " Mais un nouveau LBO leverage buy-out, un achat à effet de levier -contraindrait Verallia à s'endetter encore, ce que nous ne voulons pas ", explique la CGT, premier syndicat dans l'entreprise. Le fonds américain pourrait aussi céder la société française à un verrier concurrent, comme le portugais Barbosa &  Almeida, peut-être soutenu par des financiers canadiens – " mais cela signifierait la disparition de Verallia en tant que champion national ", juge M. Spinali. Reste une troisième piste : une introduction en Bourse. La solution la plus probable à ce stade, selon la direction. La " moins pire ", aux yeux de la CGT.
Pour en faire un choix satisfaisant, le syndicat envisage un partage du capital entre le grand public, les salariés, la banque publique Bpifrance, qui détient déjà 10  % des titres et pourrait monter à 30  %, et des investisseurs " socialement responsables " tels qu'il en existe de plus en plus – " pas des requins de la finance ". Le tour de table pourrait être complété par une fondation actionnaire, comme pour le laboratoire Pierre Fabre." Ce projet est dans la droite ligne de ce que propose le rapport récemment remis au gouvernement par Jean-Dominique Senard et Nicole Notat ", plaide M. Spinali.
La CGT à l'avant-garde du capitalisme éclairé ? " On veut juste sauver les dix mille jobs ", lâche le secrétaire du comité européen, attentif avant tout à l'emploi. Il a d'ailleurs refusé de célébrer, vendredi 1er juin, avec la direction la modernisation de l'usine de Cuffies (Aisne), où une quatrième ligne de production vient d'être installée : " C'est un bon investissement, mais la ligne va fonctionner avec des intérimaires, alors que nous avions demandé des CDD. "
Denis Cosnard
© Le Monde

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire