Depuis quelques semaines, la CFDT se signale à l’attention de l’opinion
publique, par :
- le départ de son secrétaire général François Chérèque et sa
transformation immédiate en agent prébendé de l’Etat,
- sa signature d’un accord national minoritaire, dit de sécurisation de
l’emploi, avec le MEDEF,
- la déclaration de son nouveau secrétaire général, Laurent Berger,
accusant la CGT d’être coresponsable, avec l’employeur, du projet de fermeture
de l’usine Goodyear d’Amiens.
Tant d’actualité aussi négative pour les salariés, à mes yeux, m’a incité à
aller voir ce qui pouvait expliquer que cette centrale syndicale signe
régulièrement des accords dans le dos des salariés et se livre de plus en plus à
des attaques frontales contre la CGT.
Pour ce faire, j’ai cherché à savoir quel avait été le parcours des
secrétaires généraux des organisations syndicales représentatives (CFDT, CFTC,
CGC, CGT, FO) depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui, après qu’ils aient
quitté leurs fonctions à la tête de leur centrale syndicale.
Là, je suis allé de stupeur en stupeur.
Hormis ceux de la CFDT, tous les ex-secrétaires généraux ou présidents des
autres confédérations syndicales sont restés dans leur organisation ou dans des
associations qui leur sont proches. Bref, ils n’ont pas fait carrière.
A l’inverse, tous les ex-dirigeants de la CFDT, à l’exception d’Eugène
Descamps, qui fut secrétaire général de la CFDT jusqu’en 1971, se sont retrouvés
à la tête d’entreprises privées ou ont été nommés à des postes de hautes
responsabilités dans des organismes publics.
A noter qu’Eugène Descamps a été, et de loin, le secrétaire général de la
CFDT le plus unitaire. Il n’y a donc pas de hasard à ce que cet homme soit
demeuré fidèle à ses engagements syndicaux, une fois déchargé de
responsabilité.
Mais, voyons quel fut le parcours de ses successeurs, dans les mêmes
circonstances.
Commençons par le premier, Edmond Maire. Il fut secrétaire général de la CFDT
de 1971 à 1988. Par la suite, il a été président de Villages Vacances Familles,
devenu Belambra Clubs après avoir été privatisé en juillet 2006, puis président
de la société d’investissement solidaire France Active (association d’insertion
et d’aide à la création d’entreprise).
Edmond Maire a été remplacé, de 1988 jusqu’en 1992, par Jean Kaspar.
De 1993 à 1996, celui-ci a été conseiller social à l'ambassade de France à
Washington. Il est, depuis 10 ans, consultant en stratégies sociales et gérant
de « J.K consultant » à Paris. Il est par ailleurs vice-président de
l'Observatoire social international et lié à Entreprise et Personnel, un club RH
(ressources humaines) regroupant plusieurs grandes entreprises françaises. Il
est aussi intervenant expert pour Entreprise & Personnel, APM (Association
Progrès du Management) et GERME (Groupes d'Entraînement et de Réflexion au
Management des Entreprises)
. Il est conseiller de la Fondation pour
l’innovation politique. La Fondapol est un cercle de réflexion libéral, fondé
par l’UMP, dirigé par Dominique Reynié (un des habitués de l’émission de la 5
« C dans l’air »). Jean Kaspar a aussi été membre de la Commission Attali mise
en place par Nicolas Sarkozy. Le 19 mars 2012, il a été nommé président de la
Commission du Grand Dialogue de La Poste par Jean-Paul Bailly, le P D-G.
J’en arrive maintenant à Nicole Notat. Elle fut secrétaire générale de la
CFDT de 1992 à 2002.
Dès 2002, elle a été portée à la tête de Vigeo, société européenne
d'évaluation des performances sociales et environnementales des entreprises.
Parmi les actionnaires on y trouve toutes les grandes banques françaises, de
grandes sociétés, des fonds de pension.
Depuis le 1
er janvier 2011, elle préside le célèbre club Le
Siècle, dont font partie tous les dirigeants des grandes sociétés françaises.
Elle est membre du groupe de réflexion sur l’avenir de l’Europe, nommée par le
Conseil européen. Elle est membre du conseil d’administration de la Coface
(Compagnie française d'assurance pour le commerce extérieur) et du conseil de
surveillance du Monde SA. Bref, tout va bien pour elle. Et, il ne s’agit-là que
d’un résumé de ses fonctions.
Passons maintenant au petit dernier, François Chérèque, secrétaire général de
la CFDT jusqu’en décembre 2012.
Rassurez-vous, ça commence bien pour lui. Le 3 janvier 2013, il a été nommé
inspecteur général des Affaires sociales. Il est également président du
think-tank social-libéral Terra Nova. N’en doutons pas, ce n’est qu’un début. Le
jeune homme ira bien plus haut et plus loin. Comme ses prédécesseurs, il a bien
préparé le terrain, du temps où il était secrétaire général de la CFDT......
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