L'Islande n'a jamais quitté le Top 5 des pays les plus sûrs du monde. Elle figure également, année après année, parmi les nations les plus heureuses de la planète. De quoi faire rêver. Ce succès est souvent présenté comme une victoire du progressisme moderne. La réalité est pourtant bien moins conforme à ce récit. Car derrière la carte postale progressiste se trouve l'une des sociétés les plus conservatrices du monde occidental. D'abord, l'Islande n'est pas un État laïque au sens français du terme. Sa Constitution reconnaît explicitement l'Église évangélique-luthérienne comme Église nationale, soutenue et protégée par l'État. Le christianisme n'y est donc pas relégué à la seule sphère privée mais il participe pleinement à l'identité historique, culturelle et institutionnelle du pays. Cette continuité irrigue l'ensemble de la société. La loi islandaise sur l'enseignement obligatoire précise que l'école doit être guidée par « l'héritage chrétien de la culture islandaise » (dans l'article 2). L'enseignement religieux fait partie du programme scolaire obligatoire, de 6 à 16 ans, sous l'appellation « Religious Studies » (Trúarbragðafræði). La confirmation demeure un rite social important et les principales fêtes chrétiennes rythment le calendrier. La liberté religieuse est garantie et d'autres communautés peuvent être reconnues et financées publiquement, à condition d'être enregistrées et placées sous la supervision de l'État. Lorsqu'une pratique religieuse entre en conflit avec une norme jugée fondamentale, l'État fait prévaloir cette dernière. Les droits des minorités s'arrêtent là où commence la loi commune. Par exemple, l'Islande impose l'étourdissement préalable des animaux avant abattage. Cette exigence prime sur les pratiques religieuses, rendant impossible l'abattage casher et halal traditionnel sur le territoire. Cette continuité est d'autant plus remarquable que cette nation n'a pas connu une histoire linéaire. L'île a vécu près de 680 ans sous domination étrangère entre 1262 et 1944, d'abord sous la Norvège puis sous le Danemark. Sa christianisation s'est opérée sous de fortes pressions norvégiennes autour de l'an 1000, tandis que son passage au luthéranisme fut imposé par la couronne danoise au 16e siècle. Pourtant, malgré près de sept siècles de domination étrangère, l'Islande ne semble pas avoir construi… Raphaël Lepilleur |
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