
Bientôt, dans nos bunkers climatisés, on montrera cette image comme un paradis à jamais perdu. On expliquera aux enfants ce qu’était l’hiver et ce qu’étaient les oiseaux. Ce sera vite fait, il n’y aura presque plus d’oiseaux et encore moins d’enfants. Un seul demandera : « c’était quoi la neige ? ». À travers son masque amphibie, une vieille demoiselle lui montrera cette peinture, lui dira qui était Claude Monet, lui dira ce qu’est un pinceau et la différence entre la perception et la description. Autant d’élucubrations. L’enfant dormira déjà dans sa capsule blindée. Ce sera la fin de notre histoire, tout sera réglé, nous atteindrons enfin le meilleur des mondes.
Ou non.
Non, si d’abord nous mesurons l’inéluctable et si nous mesurons le reste, tout ce sur quoi nous devons et nous pouvons agir et si nous regardons le passé, les réussites, les impasses, les boulevards et les sentiers et si nous mesurons nos forces, la force du désir en premier, très important, le désir c’est pas tout le monde, c’est pas tout le temps, mais il en faut pour ne plus se satisfaire de la course des camelots vers l’Élysée, pour ne plus se contenter de changer de maître, pour ne pas les laisser tout massacrer.
Et d’ailleurs de la résistance, il y en a déjà. C’est partout que la soignante ordinaire et le pompier bénévole, la serveuse du café du port et le petit prof de dessin, le retraité qui alphabétise et les lycéennes révoltées, c’est partout que ça fait de son mieux et que ça réfléchit, que ça résiste et que ça lutte sans la ramener et que ça constitue la véritable étoffe du monde avec tous les fils et tous les nœuds qui nous relient et tous les plis.
En France, ce monde-là a écrit un livre de 100 000 pages. 225 000 l’ont écrit, gens de toutes sortes, à la main, sur 20 000 cahiers. Les « cahiers de doléance ». Vous vous souvenez ? C’était lors de l’apparition déroutante des « gilets jaunes ». Le 18 décembre 2018, Macron, plutôt inquiet, promet un « grand débat ». L’association des maires ruraux de France lance alors l’idée de ces « cahiers de doléances ». Une réussite. Ces doléances ont fleuri dans 17 000 communes en France. Plus d’un million et demi de contributions en ligne. Résultat ? Rien. Aucune suite. Ces cahiers ont été plus ou moins numérisés et c’est tout. Le mépris. Le mépris total de Macron et de son monde, et de ce monde politique en général. La démocratie, c’est les sondages et les urnes de temps à autre, un point c’est tout. Circulez…
La toile de Claude Monet fut refusée au salon de 1869. Le mépris. Le même mépris par le même monde que celui de Macron. L’impressionnisme allait éclater et révolutionner le monde peu de temps après.
Aujourd’hui, il suffit juste d’imaginer Monet ce jour-là, jouant de toutes les couleurs, du blanc et aussi du brun, pour construire et faire vibrer tout ça façon Japon, avec juste un presque noir à contre-jour pour la pie la plus célèbre de l’histoire des pies.
Puis, de la description à la perception, fermez les yeux en vous frottant juste un peu de neige sur la peau ou sur la langue de votre amour.
Daniel Mermet
P.S. Mais que ça ne vous empêche surtout pas de vous abonner et d’offrir des abonnements à vos amis au tarif cadeau ou de faire un don défiscalisé.
Face à l’extrême droite et aux médias des milliardaires, toutes les résistances comptent !
P.P.S. Hommage à Jean Ziegler, L’Internationale chantée dans une cathédrale ! Plus de mille personnes jeudi 18 juin dans la cathédrale Saint-Pierre à Genève en hommage à l’ami Jean Ziegler ! Lui seul pouvait susciter ce moment historique.

Vivre sans tendresse, le temps vous paraît long, une balade avec Juliette Magnevasoa
Elle est née à Madagascar, elle a été adoptée, elle a grandi au Pays basque, elle a fait du handball, elle en a bavé pour apprendre la guitare, elle aime les gens qui doutent, elle voudrait être blanche, elle est éparpillée et encore plein de choses comme ça qu’on dit sur elle mais rien, absolument rien ne vous dit pourquoi elle vous embarque, pourquoi elle vous chope, pourquoi elle vous secoue, pourquoi elle vous retourne à chaque coup : la-bas.org/la-bas-magazine/la-musique-de-la-bas/vivre-sans-tendresse-le-temps-vous-parait-long-une-balade-avec-juliette

Gérard Mordillat : « Les extraterrestres sont parmi nous ! »
Et si les extraterrestres étaient parmi nous, comme dans le dernier film de Steven Spielberg, Disclosure Day ? Gérard Mordillat revoit les films fantastiques au prisme de l’actualité. Attention au décollage : la-bas.org/la-bas-magazine/chroniques/gerard-mordillat-les-extraterrestres-sont-parmi-nous

Vous voulez redresser la France et promouvoir le Christ ? Là-bas vous dit comment faire
L’académie Saint-Louis de Chalès, qui a ouvert en septembre 2025 en Sologne, est un internat privé catholique hors contrat, non mixte, de la sixième à la troisième, sur un domaine de 175 hectares de bois et d’étangs. C’est un des nombreux projets du milliardaire Pierre-Édouard Stérin qui détient 90 % de la SCI propriétaire des lieux : la-bas.org/la-bas-magazine/reportages/vous-voulez-redresser-la-france-et-promouvoir-le-christ-la-bas-vous-dit-comment

Jean Ziegler, ton combat continue !
Émotion, hommages, nécrologie, la Suisse salue Jean Ziegler mort à 92 ans ce 10 juin. Un coup dur pour les siens, pour ses camarades à travers le monde, pour nous tous l’équipe de Là-bas où il venait depuis longtemps parler d’un livre ou d’une cause perdue : la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a-l-appui/jean-ziegler-ton-combat-continue

Henri Salvador : « Les voleurs d’eau »
Olivier Besancenot est arrivé, sans se presser, à se réconcilier avec Henri Salvador : la-bas.org/la-bas-magazine/chroniques/henri-salvador-les-voleurs-d-eau

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire