La Dette ou la vie ?
On reconnaît bien les sabreurs de budgets publics à leur empressement à liquider les services publics, puis à se défausser sans vergogne de leurs responsabilités sur celles et ceux qui font fonctionner la République. Voilà ce que nous déchiffrons des attaques droitières contre le service public de la justice.
L’activité principale des coupeurs de budget est triple. Premièrement, nous abrutir des chiffres de la dette qu’ils ont eux-mêmes fabriquée. Deuxièmement, à partir de leurs comptes d'apothicaires, ils passent les budgets publics au compresseur. Troisièmement, ils détournent les colères engendrées par leurs forfaits contre celles et ceux qui font tenir le pays debout, « les producteurs d’humanité » : soignants et médecins urgentistes, enseignants, chercheurs, créateurs, postiers, conducteurs de train et ouvriers de la logistique ou de la propreté, journalistes, agents des collectivités territoriales, avocats et magistrats, services de sécurité publique, travailleuses et travailleurs du soin et de la protection de la petite enfance et du grand âge. À force de tirer sur la corde mortifère de l’austérité, tout craque, tout se délie, tout se délite. Les pannes contrarient des trains, le courrier n’arrive plus normalement, les urgences médicales sont surchargées, les collectivités locales mise au pain sec incapable de réparer routes et ponts, l’audiovisuel public asséché, les anciens maltraités dans les Ehpad, la justice en souffrance, les gendarmeries rurale fermée…
Non contents de faire adopter leur budget de serrage de ceinture à coup de 49.3, ils viennent de décider, dans le silence de leurs bureaux feutrés, d’imposer deux nouveaux décrets de réduction des crédits, déjà pressurés, des budgets de la nation et de la sécurité sociale. Sur un ton comminatoire, le premier ministre ordonne par courrier à tous les ministres de cesser de demander des « rallonges budgétaires ».
Autrement dit, les gérants du grand capital privent toujours plus nos concitoyens de leurs biens communs. Par contre, ces gardiens du temple de l’austérité ne demandent jamais à ouvrir les coffres forts des actionnaires, les chambres fortes des paradis fiscaux et celles des pillards logés dans des fonds financiers qui, en une seule année, touchent en intérêts de la dette plus que la somme allouée au ministère de la Justice.
Après la tragédie, le ministre de la Justice et les droites aux passions tristes, singeant l’extrême droite aux noirs desseins, font porter toute la responsabilité de l’odieux crime de la petite Lyanna aux actrices et acteurs des services publics de la justice et aux enquêteurs de la gendarmerie et de la police.
Ces sabreurs ne disent pas que le budget de la justice a été amputé de 800 millions d’euros entre les années 2024 et 2025. Et, quelques jours avant le drame, le ministre de la Justice venait de se vanter d’avoir accepté une nouvelle réduction du budget de son ministère de 414 millions d’euros dans un pays qui ne compte que 3,2 procureurs pour 100 000 habitants, quand la moyenne européenne est trois fois supérieure. Rappelons que ce drame affreux s’ajoute à des dizaines d’autres et aux 132 300 victimes de violences sexuelles, dont 76 200 mineurs. Outre l’atrocité de ce que vivent toutes ces victimes, le saccage des budgets publics engendre encore plus de coûts puisque les associations évaluent à 10 milliards le prix des violences contre les enfants et les femmes. Ces mandataires forcenés du capitalisme financier cachent ces vérités crues. Leur préoccupation est ailleurs : servir ceux pour qui ils sont au pouvoir, les puissances industrielles et financières. Ils détruisent les fonctions de « protection » des citoyens par l’Etat.
C’est à l’aune de ces choix anti-humanistes, qu’il faut comprendre le gouffre du service de la dette qui, sans cesse, alourdit cette même dette sous le regard gourmand des banques et assurances qui trouvent leur assurance-vie auprès de la Banque centrale européenne. Et la décision d’ajouter encore 36 milliards d’euros à la loi de programmation militaire soit plus de trois fois les sommes consacrées à la justice, dix fois celles engagées par le ministère de la Culture, ou encore la moitié du budget de l’Éducation nationale, devrait choquer et lever l’unité populaire pour une vie meilleure. C’est la condition pour cesser de glisser vers la « dé-civilisation » qu’organise le capitalisme.
Prenons quatre exemples où l’argument de la dette se retourne contre la vie et une gestion efficace : la Sécurité sociale, l’alimentation et la santé, la transition environnementale, le travail.
Derrière le projet commun aux droites et à l’extrême droite, de Attal et Retailleau, de fusionner le salaire brut et le salaire net, se cache la destruction de notre protection sociale avec l’assèchement des recettes de cotisations sociales. Le grand patronat y trouverait une source de relance de ses profits et les assurances privées feraient main basse sur près de 350 milliards d’euros. Ainsi, le fameux « trou » sert aux forces capitalistes à pousser notre Sécurité sociale au fond du caveau qu’ils lui creusent. Rappelons que 80 % du déficit est la conséquence des allègements de cotisations patronales décidés depuis 2017.
L’industrialisation de l’agriculture et de l’alimentation, telle que le propose la nouvelle loi agricole, est-elle un bienfait ? Elle ne répond en rien aux aspirations des huit millions de concitoyens en insécurité alimentaire tandis que 18 % des travailleurs-paysans vivent sous le seuil de pauvreté. Et le coût annuel pour compenser cette stratégie est de 11,9 milliards d’euros de dépenses supplémentaires liées aux maladies liées à l’alimentation et de 3,4 milliards de coûts environnementaux. Le court-termisme capitaliste conduit à s’occuper de la bonne santé des profits des firmes agro-industrielles et agrochimiques avant celle des êtres humains et de la biodiversité.
Les modifications climatiques provoquent déjà une multitude de dégâts pour la production agricole, sur les logements, les transports, les équipements publics, et rendent la vie en ville plus difficile. Le nombre de décès liés à la pollution atmosphérique s’élève à 40 000 personnes, mais peu de choses sont engagées pour sortir des énergies fossiles qui continuent de représenter 60 % de la consommation finale d’énergie dans notre pays. La facture est de 60 milliards d’euros. Au lieu de construire une transition permettant de réduire les dépendances aux énergies carbonées condition pour préserver le climat et de permettre aux citoyens de pouvoir vivre normalement, le pouvoir démolit tous les dispositifs environnementaux, veut retirer le principe de précaution de la Charte de l’environnement, veut cesser de financer les énergies renouvelables.
La pensée unique, inspirée des extrêmes droites, qui prétend que la transition écologique serait une punition, est un laisser passer aux rentes des compagnies pétrolières. C’est la bifurcation environnementale associant toutes les citoyennes et les citoyens qui permettront le développement humain et la préservation de la santé. Elle permettrait de réduire d’immenses « coûts cachés ». Elle appelle plus de logements protégés, plus de transports de basse consommation, plus d’alimentation saine. Autant d’objectifs qui ne peuvent être atteints sans une démocratie revivifiée. Une démocratie qui donne le pouvoir aux citoyennes et citoyens, aux travailleuses et travailleurs, sur le travail et les productions.
Une autre voie radicalement opposée à la décision visant à limiter à 31 le nombre de jours pour un arrêt maladie. Le pouvoir ne considère pas l’arrêt de travail comme le résultat d’une maladie, d’une fracture, d’un mal-être, mais comme un « coût » à réduire. Jamais ne sont envisagés les effets néfastes des transformations des rapports au travail capitaliste et ses conséquences, dont celle sur la santé mentale, les troubles psychologiques – burn-out, épuisement professionnel, anxiété, dépression –. Ils représentent désormais près de la moitié des arrêts de longue durée. Un salarié en arrêt n’est pas un fraudeur. Il est en général quelqu’un qui a tenu trop longtemps. Ramener l’arrêt maladie à une question budgétaire vise à faire ignorer les symptômes des fragilités humaines dans un contexte d’intensification, de charges excessives, d’objectifs de rentabilité pour augmenter la plus-value.
Il est temps de porter un projet de combat au sein de la production contre l’inégalité politique. L’immense majorité des travailleurs se sent à juste titre dépossédée à la fois du sens de leur travail et des richesses produites par celui-ci. Leur dignité est sans cesse blessée, piétinée au nom de la rentabilité et de l’accumulation financière.
La conquête de pouvoirs dans l’État doit s’accompagner d’un vaste mouvement politique de conquête du pouvoir sur le travail, la production et les richesses.
L’égalité politique dans et sur le travail est tout à la fois un projet pour la dignité, pour la qualité de vie et de travail et pour un sens nouveau du travail au service du bien commun, et non plus au service de l’accumulation du capital privé et du remboursement de dettes engraissant les parasites des marchés financiers.
Une orientation qui donnerait des moyens à la justice, à l’école, à la culture, aux logements de qualité, à une alimentation plus saine, à des transports de qualité, serait plus juste et plus efficace économiquement. Entre l’étouffante dette et la vie, choisissons la vie. 16 juin 2026. |
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