| | HADRIEN MATHOUX RÉDACTEUR EN CHEF POLITIQUE Au milieu du gué Alors que la nouvelle Assemblée nationale prend ses quartiers au palais-Bourbon, l'hémicycle s'ébroue déjà en marge d'un rendez-vous crucial : la distribution des postes-clefs de la chambre basse, notamment le perchoir, la questure et les présidences de commission. Décidée par un mélange de vote solennel et d'arrangement entre groupes parlementaires, la procédure illustre à quel point le système politique français se trouve entre deux eaux.
Il y a 66 ans, le général de Gaulle sifflait la fin du parlementarisme à la française, en faisant approuver par référendum le passage à la Ve République : terminé, le « régime des partis », l'Assemblée triomphante et les petites combines d'appareil. Place au face-à-face entre le peuple et ses représentants, à la démocratie plébiscitaire et à la prééminence de l'exécutif.
Synthèse entre la tradition républicaine et la sourde aspiration monarchique du peuple français, cette Ve a profondément imprégné les mœurs politiques. Pas de coalitions ni de compromis : depuis 1958, quand on l'emporte, on applique son programme, on gouverne, et les électeurs jugent. Or nous expérimentons depuis deux ans une forme de retour en demi-teinte au parlementarisme. L'absence de majorité absolue à l'Assemblée et la tripartition du champ politique rendent impossible les pratiques traditionnelles de la Ve République.
Mais les habitudes ont la vie dure, ce qui rend insupportable aux yeux d'une bonne partie du personnel les manœuvres de couloir et les accords entre deux portes. La gauche, en particulier, est en pleine schizophrénie : en hurlant au déni de démocratie et à la trahison du peuple après la reconduction de Yaël Braun-Pivet à la présidence de l'Assemblée nationale, elle ne fait que vitupérer contre le retour de pratiques parlementaristes qu'elle réclame (la France insoumise en particulier avec son projet de VIe République) depuis plusieurs décennies. Twitter @hadrienmathoux
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