| Le pire de l'épidémie est-il derrière nous ? |
"Les nouvelles sont plutôt bonnes." Ce n'est pas moi qui l'affirme, mais le Premier ministre. Edouard Philippe a tenu, jeudi 28 mai, un discours teinté d'optimisme au moment d'annoncer la levée dans tout le pays de la quasi-totalité des restrictions qui étaient liées au confinement. "Nous sommes là où nous espérions nous trouver à la fin du mois de mai, et même un peu mieux", s'est réjoui le chef du gouvernement. Pour autant, peut-on affirmer avec certitude que l'épidémie de coronavirus en France touche à sa fin ?
Pour en savoir plus, j'ai contacté l'épidémiologiste Yves Buisson, qui préside le groupe Covid-19 au sein de l'Académie nationale de médecine. "Oui, le pic de l'épidémie est derrière nous, et sa régression est d'ailleurs bien entamée", assure-t-il d'emblée. Difficile de lui donner tort : qu'il s'agisse du nombre de nouvelles hospitalisations, de nouvelles admissions en réanimation ou du nombre de décès lié au Sars-CoV-2, tous les indicateurs publiés quotidiennement par les autorités de santé affichent en effet une tendance à la baisse depuis le début du mois d'avril.
"Cette décrue est d'autant plus notable que le nombre de tests pratiqués en France a grandement augmenté ces dernières semaines", et que les personnes infectées sont donc mieux identifiées, relève de son côté Antoine Flahault, directeur de l'Institut de santé globale au sein de la faculté de médecine de l'université de Genève (Suisse).
Pour expliquer ce reflux de l'épidémie, Geneviève Chêne, la directrice de Santé publique France, a mis en avant mardi dans "C à vous" "les efforts faits durant le confinement", mais a aussi loué "la capacité des Français à adopter les gestes barrières". Cet avis est seulement partiellement partagé par Yves Buisson. "Le confinement a permis d'écrêter la courbe de l'épidémie, d'éviter qu'il y ait davantage d'hospitalisations, d'admissions en réanimation, de morts. Mais après être montée plus haut, cette courbe aurait sans doute fini par reculer, même sans le confinement", assure l'épidémiologiste. |
| L'espoir d'une "immunité croisée" |
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Ces derniers jours, une autre hypothèse, qui reste à vérifier, a émergé pour expliquer le recul des contaminations : "l'immunité croisée". Des chercheurs américains ont relevé, dans la revue spécialisée Cell, que 40 à 60% de la population pourrait être immunisée contre le Covid-19 sans même y avoir été exposée. Ces personnes disposeraient d'anticorps grâce à une exposition passée à d'autres coronavirus, responsables de maladies beaucoup plus légères (de banals rhumes, par exemple).
Pour certains chercheurs qui avancent cette théorie, le virus aurait ainsi touché presque tous ceux qu'il pouvait atteindre et l'épidémie, en France, toucherait à sa fin. "C'est une théorie intéressante, qui pourrait permettre d'expliquer pourquoi les enfants, souvent touchés par les rhumes, sont moins atteints par le Covid-19", estime Yves Buisson, qui préfère toutefois attendre davantage d'études à ce sujet avant de s'enthousiasmer pour "l'immunité croisée". |
| Une possible amélioration due à l'été… |
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Les spécialistes que j'ai contactés préfèrent avancer une autre explication : la saisonnalité. "C'est l'hypothèse privilégiée" pour analyser le recul du nouveau coronavirus, avance Antoine Flahault, qui relève une "décrue de l'épidémie dans toutes les zones tempérées de l'hémisphère nord", à mesure que les températures augmentent. En revanche, dans les régions tempérées de l'hémisphère sud, qui entrent dans l'hiver austral, comme le sud du Brésil, l'Argentine, le Chili ou l'Afrique du Sud, la "croissance du nombre de cas pourrait marquer le début d'une épidémie hivernale".
Le reflux du Covid-19 durant l'été est "cohérent avec ce que l'on connaît des autres coronavirus", abonde Yves Buisson, qui rappelle que "la plupart des coronavirus qui provoquent des rhumes sont hivernaux". Il rappelle au passage que, "dans l'hémisphère nord, l'épidémie de Sras s'est arrêtée en juin 2003".
Selon l'épidémiologiste, qui coordonne le travail de la cellule de veille scientifique Covid-19 de l'Académie de médecine, chargée de conseiller le gouvernement en matière de santé publique, une disparition de la maladie cet été en France n'est d'ailleurs pas un doux rêve. A condition, toutefois, de "maintenir les mesures barrières, qui doivent être soigneusement observées, et de détecter efficacement les foyers de contamination qui continueront d'apparaître dans les prochaines semaines", prévient-il.
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| ... avant un retour du virus à l'automne ? |
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Si tous ces éléments incitent à penser que la fin de l'épidémie est proche, d'autres nous obligent à rester prudents. A commencer par cette question fondamentale : le Sars-CoV-2 est-il un coronavirus hivernal, voué à revenir à la fin de l'année ? Ce qui n'offrirait donc qu'un répit de courte durée. "Si ce à quoi on assiste actuellement dans l'hémisphère sud correspond au début d’une épidémie hivernale, on peut penser que la probabilité d'un retour des contaminations [en France] à la saison froide est très élevée", note ainsi Antoine Flahault.
Pour le directeur de l'Institut de santé globale au sein de la faculté de médecine de l'université de Genève, qui plaide pour des tests massifs des cas suspects, le traçage des contacts des patients contaminés et la préparation à une éventuelle seconde vague de l'épidémie est un "devoir pour éviter un reconfinement".
"Dans le pire des cas, si 'l'immunité croisée' ou je ne sais quelle autre hypothèse nous a finalement protégés, nous nous serons préparés pour rien", explique-t-il. Et le chercheur de rappeler que les pandémies de grippe espagnole en 1918 et de grippe de Hong Kong en 1968 avaient disparu avant de faire davantage de victimes lors de leur retour après quelques mois. "Quand on songe à ces exemples, on se dit que le pire serait d'attendre sans aucune préparation", conclut-il. |
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