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dimanche 25 février 2018

Anne Hidalgo, en équilibre précaire à Paris

25 février 2018

Anne Hidalgo, en équilibre précaire à Paris

A deux ans des municipales, la majorité de la maire de la capitale se divise entre pro-Macron et pro-Hamon

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Anne Hidalgo est dans la tourmente. La tempête s'est levée il y a plusieurs semaines et ne semble pas vouloir retomber. Dernière bourrasque en date, l'annulation par le tribunal administratif, mercredi 21  février, de la décision la plus emblématique de son action contre la pollution : la fermeture de la rive droite de la Seine à la circulation. Le coup est " très dur ", selon un élu écologiste parisien. D'autant qu'il survient après quatre camouflets juridiques sur les marchés publics de l'affichage publicitaire et en plein fiasco du plan de livraison des nouveaux Vélib' sans cesse retardé.
S'ajoutent à ce tableau les volte-face de l'exécutif. Le refus puis l'accord de la maire de Paris – sous la pression d'une pétition d'une centaine d'écrivains – d'accorder une sépulture parisienne au romancier Michel Déon, ainsi que le rétablissement des colonies de vacances de la Ville après le tollé de centaines de familles. L'Hôtel de Ville tangue au point que la majorité parisienne est en proie à une inquiétude " très forte "sur le risque de perdre la ville en  2020, glisse un élu de gauche.
" Le PS n'est plus l'outil central "Jusqu'ici, Mme Hidalgo a réussi à tenir la barre. Après la victoire d'Emmanuel Macron, elle a composé un nouvel exécutif, propre à consolider une coalition qui va du Front de gauche jusqu'à quelques macronistes. Mais pour l'emporter en  2020, elle ne pourra pas se contenter de distribuer les postes. Surtout que le PS, affaibli au plan national, aura sans doute perdu son hégémonie au plan local. " Hidalgo sait qu'elle est dans une -contradiction entre ce qu'elle porte au niveau national et une majorité municipale qui n'est plus à l'image de la société parisienne, explique un de ses adjoints. Elle peut gagner à condition de ne plus être prisonnière des jeux d'appareil. "
Un plan de " sauvetage " est donc discrètement en cours à l'Hôtel de Ville pour éviter un naufrage en  2020. Il consiste pour Mme  Hidalgo à consolider ses lignes de défense sur son flanc -gauche tout en cherchant à désarmer une offensive de La République en marche (LRM).
La maire de Paris veut réarmer ses forces en misant sur la volonté des amis de Benoît Hamon de peser. Depuis cet automne, il cherche à faire des émules dans la capitale. Pascal Cherki, ex-député PS de Paris, et Carine Petit, maire du 14e  arrondissement, ont rallié le mouvement Génération.s, lancé par M.  Hamon en décembre. En tout, une petite dizaine d'élus ont rendu leur carte PS pour porter les thèmes hamonistes. Dernier à sauter le pas, Frédéric Hocquard, adjoint chargé de la nuit et de l'économie culturelle. " Le PSn'est plus l'outil central pour mener le débat de la gauche. Il faut à tout prix réussir à traduire la dynamique politique de Benoît Hamon sur le plan municipal pour redonner du souffle à l'action ", ex-plique le chef de file de la gauche dans le 20e.
Les hamonistes peuvent être, aux yeux de Mme Hidalgo, des alliés efficaces. " Anne Hidalgo doit remettre en mouvement la société civile ", prévient M. Cherki. Dans chaque arrondissement, " les comités Génération.s qui se créent sont pilotés par les habitants et non comme au PS par des élus ", se félicite Sandrine Charnoz, déléguée à la petite enfance de Mme  Hidalgo et élue du 12e.
Soucieuse que les hamonistes restent de solides agents hidalguistes, la maire de Paris leur a donné des gages. Mme Hidalgo " nous a demandé de ne pas créer notre groupe,confie Mme  Charnoz. Nous avons accepté, mais à condition que notre identité politique soit reconnue. " Patron des troupes socialistes au conseil, Rémi Féraud doit trouver un nouveau nom au groupe majoritaire qui mette en valeur la présence des hamonistes.
Se prémunir contre LRMDans le même temps, Mme Hidalgo cherche à se prémunir -contre la concurrence que représenterait une candidature estampillée LRM. Dans son vaste bureau de l'Hôtel de Ville, qui fut jadis celui de Clemenceau, Jean-Louis Missika, adjoint chargé de l'urbanisme et du Grand Paris, proche de M.  Macron, se fait l'apôtre d'un rapprochement. " Je suis favorable à une alliance avec En marche ! en  2020. C'est la bonne solution pour Paris, pour Anne Hidalgo et pour Emmanuel Macron ", affirme-t-il au Monde. Il déroule les raisons qui devraient conduire le chef de l'Etat à préférer " l'alliance " à l'assaut.
Pour gagner Paris, " il faut un leader, un projet, un réseau ".M.  Macron a " potentiellement un réseau. Mais il n'a ni candidat ni programme alternatif, notamment s'agissant de la lutte contre la pollution ou de la politique de développement économique que nous menons ". S'il devait décider de lancer l'offensive sur Paris, le chef de l'Etat " aurait intérêt à attendre les résultats des élections européennes pour prendre sa décision, en juin  2019, estime M.  Missika. Dans ce cas, le candidat En marche ! devra mener un blitzkrieg. Ce sera compliqué, même Macron a pris plus de temps pour sa conquête de l'Elysée ", sourit M.  MissikaConclusion, M.  Macron a " le choix entre deux mauvaises solutions : faire plaisir à ses troupes, au risque de perdre une élection comme M.  Giscard d'Estaing a perdu en soutenant d'Ornano en  1977 à Paris. Ou décevoir les siens, en passant une alliance, si ce n'est au premier tour, au moins au second tour, avec Anne Hidalgo ", soutient le chef d'orchestre de la campagne de la maire de Paris en  2014.
Anne Hidalgo est elle aussi prise en tenaille. " Si Anne est soutenue par LRM en  2020, le PS qui la soutiendra rompra les amarres avec tout le reste de la gauche, prévient M.  Cherki. Le PCF, les écologistes, les hamonistes et même certains socialistes n'iront pas sur ses listes. Dans ce cas, elle perd Paris. " Une alliance avec LRM " est une ligne rouge ", prévient Mme  Charnoz : " Les hamonistes présenteraient un candidat. "
" Pour qu'Hidalgo ait le soutien d'En marche !, prévient de son côté Pâcome Rupin, député LRM de Paris, elle aura un choix à faire : partir avec les communistes et les écologistes ou partir avec nous. Nous ne partirons pas avec eux au premier tour, ni même au second ", prévient l'élu macroniste du 4e arrondissement, qui plaide pour " un projet politique et un candidat LRM aux municipales " face à Mme Hidalgo.
Patron du groupe PS, M.  Féraud évite soigneusement d'évoquer l'hypothèse d'un futur accord entre la majorité parisienne et LRM : " En revanche, nous n'avons aucune exclusive vis-à-vis de macronistes progressistes qui se reconnaîtraient dans le projet que nous porterons ", affirmele sénateur de Paris. Se polariser sur un " accord Hidalgo-LRM validé par Macron, c'est se tromper d'analyse sur la manière dont va se construire le débat municipal en  2020 ", s'empresse de souligner Bruno Julliard, premier adjoint (PS) de la maire de Paris. " Notre socle majoritaire ira de la gauche au centre. Mais notre stratégie ne pourra se résumer à des accords d'appareil. La dimension citoyenne et populaire de notre campagne sera bien plus importante qu'en  2014 ", insiste l'adjoint à la culture.
Même si elle sait que sa stratégie l'expose à de très fortes turbu-lences dans ses rangs, la maire de  Paris veut tenir le cap qu'elle s'est fixé : " Piloter sa majorité actuelle jusqu'aux municipales et constituer une liste capable de gagner en  2020 ", résume M.  Missika. " C'est cela, la ligne d'Anne Hidalgo. Elle est lucide. Elle sait qu'elle a choisi la voie étroite ", concède-t-il.
Béatrice Jérôme
© Le Monde

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