Il y a des jours où le monde me fatigue. Et pour peu que je sois en syndrome prémenstruel (comme au moment où j’écris ces lignes), alors là, c’est une sorte de jackpot infernal : fatigue, agacement, pleurs incontrôlés… La dernière fois que j’ai été en SPM, j’ai été odieuse avec mon compagnon, puis j’ai fini par pleurer en articulant laborieusement : « Je sais même pas pourquoi je pleuuure ». Depuis, il note dans son agenda, à la période fatidique « SPM Renée », comme d’autres noteraient « opération du colon à vif ». Bref, tout ce bla-bla pour dire que parfois, je suis fatiguée. Mais cette semaine, particulièrement en tombant sur ce titre du Huffington post : « Dans “Un homme heureux”, Catherine Frot incarnera une personne trans face à Fabrice Luchini. » Suivi de cette déclaration du directeur de la distribution internationale : « Le scénario est hilarant et provocateur, dans la lignée de “ La Cage aux folles” et de “ Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ?” »Est-ce que rien ne va dans cette phrase ? Tout à fait. Et, en fait, ce n’est pas que de la fatigue que j’ai ressenti en lisant ça, c’est aussi de la honte. Alors qu’aux Etats-Unis, dans des séries comme « Pose » ou « Euphoria », les rôles de personnages transgenres sont allés à… des femmes transgenres, en France, on fait appel à… Catherine Frot. Si encore cette revendication (de donner les rôles de trans aux trans) venait d’apparaître, on pourrait faire preuve d’indulgence. Mais déjà, le passé (remember quand on faisait jouer des Noirs par des Blancs) pourrait nous éclairer. En 2016, « The Danish Girl » avait déjà été critiqué pour avoir donné un rôle de femme trans à un homme. Enfin, en 2020 est sorti « Disclosure », un documentaire dont on ne pourra pas dire qu’il est confidentiel puisqu’il est disponible sur Netflix. Là, on voit raconté le rapport d’Hollywood aux personnes trans : « 80 % des Américains ne connaissent pas une personne transgenre, donc la majorité des informations dont ils héritent sur ce sujet […] viennent de films et de séries. »A chaque scandale, la communauté LGBTQIA + fait preuve de pédagogie, explique qu’être trans, ce n’est pas un déguisement offert à n’importe quelle personne cisgenre. Ce n’est pas mettre une jupe ou une moustache. Ou encore comme le disait cette bédéaste : « Les seules fois qu’on parle de nous, c’est même pas nous. » Si au moins on donnait des rôles de cis à des personnes trans, là on pourrait parler, mais ce n’est même pas le cas… L’argument invoqué par les productions est toujours le souci du réalisme. Cocasse, non ? Bref, les personnes trans ne sont juste pas écoutées et cette comédie « hilarante » est comme un crachat qui leur est envoyé. Ça et la pluie toute nulle qui est tombée sur Paris ce jeudi… Hum. Vous aussi vous allez noter « SPM Renée » dans votre agenda maintenant ? Allez. A votre service, tant que le monde continuera de tourner pas très rond. Et même après. Bonne lecture ! |