| | Hadrien Mathoux Directeur adjoint de la rédaction Karim Bouamrane contre la liberté d’expression
Nouvelle recrue inattendue pour le « FC Pas Charlie » : le socialiste Karim Bouamrane. Le maire de Saint-Ouen, qui a récemment déclaré une improbable candidature à l’élection présidentielle, a publié une réaction furibarde au dernier dessin polémique de Charlie Hebdo.
La caricature ne plaira assurément pas à tout le monde : elle représente le sélectionneur de l’équipe de France, Didier Deschamps, portant à bout de bras l’urne funéraire contenant les cendres de sa mère, récemment décédée. Le dessin est accompagné du commentaire « Didier Deschamps ramène la coupe à la maison », clin d’œil à la chanson de Vegedream célébrant la victoire des Bleus au Mondial 2018.
Provocateur, trash, de mauvais goût : l’œuvre du dessinateur Félix peut bien évidemment choquer, et être critiquée. Mais les mots utilisés par Karim Bouamrane pour disqualifier la caricature restent troublants : « L’indécence à son paroxysme », cingle le socialiste, qui accuse Félix d’être « une honte pour notre pays ». Surtout, le maire de Saint-Ouen, qui affirme avoir été « le premier à défendre Charlie », appelle à lancer « une vraie réflexion de fond » face aux « dérives de l’outrance, de la vulgarité et de l’irrespect ».
Quelle volonté recouvre cette inquiétante « réflexion de fond » ? Disons-le tout net, Bouamrane a tout faux, et qu’un élu socialiste s’écarte à ce point de l’esprit « Charlie » a de quoi alarmer. La liberté d’expression en France a des limites : elles sont fixées par la loi. Vouloir en dessiner de plus étroites, qui aurait pour bornes la sensibilité de tel ou tel individu, outré par un « irrespect » propre à la perception de chacun, est une position indiscutablement liberticide.
Défendre la liberté d’expression quand on est d’accord avec une caricature ou une prise de position est une tâche aisée. C’est précisément lorsqu'une prise de position nous choque que l’on peut mesurer notre réel attachement à ce principe si précieux. Réflexe peu naturel, parfois ardu, mais profondément républicain.
La liberté d’expression sera de plus en plus difficile à défendre au sein d’une société française tribalisée, fragmentée en communautés toutes vibrantes d’interdits et de susceptibilités. La chute flagrante de la capacité à comprendre la satire, à prendre la juste distance émotionnelle avec une caricature, est un autre élément de menace. La liberté d’expression a donc bien assez d’ennemis pour ne pas être attaquée par des élus de la République. Twitter @hadrienmathoux
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