Le mois de juin s’éternise, les élèves et les étudiants cuisent. Nous voilà à l’heure des examens, ce moment suspendu au seuil de l’été où des centaines de milliers de jeunes sont soumis collectivement au même rite de passage : composer face à une feuille blanche et un énoncé plus ou moins explicite pour attester, ou non, de leur « niveau d’excellence ».
Ces ordalies scolaires commencent très tôt dès la fin de troisième, avec le brevet des collèges, puis arrivent le bac et Parcoursup – pas d’examen certes, mais, l’obsession constante de la note parfaite. Viendront enfin les divers concours du supérieur qui permettent d’écrémer la crème brute, fine ou extra-fine de la jeunesse française. Pour un élève, la trajectoire scolaire n’est ainsi qu’une suite d’épreuves à affronter. « Epreuves » : « difficulté qui éprouve le courage de quelqu’un, qui provoque chez lui de la souffrance », énonce le Larousse. Comme souvent dans le système éducatif, Lacan rode et le plaisir d’apprendre est bien difficile à trouver.
Il y a pourtant ceux qui semblent continuer à y croire. Les jeunes lauréats, fiers de leurs prouesses ; ils ont bien raison. Beaucoup d’ex-très bons élèves, soucieux de défendre leurs privilèges de sachants ; c’est de bonne guerre. Mais aussi des ex-élèves moyens qui, faute d’y avoir accédé, en rêvent pour leur progéniture ; l’histoire se nourrit de frustrations.
Face à eux, il y a les cancres. Et puis, d’anciens bons élèves, j’en suis, qui, tout en profitant de la situation, se payent le luxe de douter de leur mérite. Cela passe souvent par de mauvaises rencontres. Récemment celle d’Hélène Perlant et son attaque frontale de la notion d’excellence, un concept selon elle anti-intellectuel… par excellence. Il y a quelques années, ce fut Bernard Lahire et les 1 200 pages entêtantes de son « Enfances de classe » (Seuil). Comme tous les bourdieusiens orthodoxes, le sociologue peut être pesant. Le génie ? Une imposture. La mise au travail ? Un concours de circonstances. Les transfuges de classe ? Des grains de hasard, poussés par leur mère, leur sœur, leur instituteur…
On peut s’agacer de ce déterminisme, réclamer avec mon cher Hermann Hesse de préserver la prévalence des grands esprits – Goethe, Mozart, Novalis… – sources de réconfort pour les impies. Mais la sociologie n’en reste pas moins une saine discipline. Bien pensée, elle n’enlève rien aux qualités de chacun tout en constituant un antidote efficace à l’hubris. Les élites actuelles, formées dans les années 1980-1990, n’y ont pas du tout été initiées, celles qui viennent y sont un peu plus exposées. C’est peut-être un motif d’espoir pour notre société.
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