Translate

samedi 27 juin 2026

L'ECLAIREUR - Le fantôme de Benalla à LVMH inquiète jusqu’à l’Élysée - le 27.06.2026

 

Pascal Clérottejuin 27 · L'ÉCLAIREUR

Benalla l'éternel retour.

Le fantôme de Benalla à LVMH inquiète jusqu’à l’Élysée

Apparemment bien malgré lui, l’ex-chargé de mission de l’Élysée s’est retrouvé au cœur des bisbilles chez les Arnault. Avec, en prime, des coups de fil d'Emmanuel Macron.

 
LIRE DANS L'APP
 
Inauguration au Havre en septembre 2024 d’une « école de la deuxième chance » financée par LVMH, en présence de Bernard Arnault et Brigitte Macron. Reportage France 3.

Cela fait bientôt trois ans que le géant du luxe LVMH vit au gré des articles de presse sur la famille Arnault. La succession du patriarche, Bernard Arnault, 77 ans, est dans toutes les têtes, excitant les convoitises et suscitant la curiosité des journalistes. Au point que l’épouse du milliardaire, Hélène Mercier-Arnault, pianiste concertiste, a profité de la sortie de son dernier album pour multiplier ces derniers mois les interviews dans les médias, histoire de faire valoir son point de vue. Et pour elle, pas de doutes, c’est bien Xavier Niel, compagnon de Delphine Arnault, qu’elle surnomme « El Diablo », selon un article de Sophie des Déserts dans Libération, qui est derrière toutes ces publications de presse ciblant sa famille. Xavier préfère s’amuser de telles accusations, comme L’Obs l’a écrit au printemps. Une vraie telenovela.

Depuis des mois, tout Paris glose sur l’affrontement qui opposerait les fils d’Hélène Mercier-Arnault – Alexandre, Frédéric et Jean – et leurs aînés issus d’un premier mariage, Delphine et Antoine. Mais pour la matriarche, comme elle n’a cessé de l’affirmer dans ses interviews, cette présentation est inexacte, la fratrie reste unie coûte que coûte. Tous les enfants Arnault ont des fonctions dans le groupe. Tous ont pris la parole lors de la dernière assemblée générale fin avril 2026 où leur père a ironisé devant les actionnaires : « Est-ce qu’ils ont l’air très ambitieux ? ».

La guerre de l’ombre des communicants

Dans l’ombre, le groupe est surtout le théâtre d’une guerre féroce de communicants où tous les coups sont permis. Depuis l’automne, et jusqu’à il y a encore quelques jours, Hélène Mercier-Arnault, qui est par ailleurs une amie de Brigitte Macron, était conseillée dans son offensive médiatique par Louis Jublin, l’ancien conseiller com’ de Gabriel Attal à Matignon. Et comme le souligne Politico début mai, « entre Jublin et Jean-Charles Tréhan, directeur des relations extérieures au groupe, qui ont longtemps été proches, allant jusqu’à se dire amis, la rupture est déjà consommée ».

Dans cette même suite de « confidentiels », Politico écrit : « Jublin en est persuadé : les communicants de LVMH feraient carrément circuler à nouveau l’histoire, vieille d’il y a quelques années, de photos de lui prenant de la cocaïne lors de fêtes, dont il reconnaît l’authenticité. Un épisode passager, assure-t-il, lié à un épisode personnel douloureux et désormais loin derrière lui ». On se pince. Ces confidentiels Politico sont alors alimentés par un « conseiller de LVMH » anonyme, comme il est écrit.

Une véritable guerre d’influence entre « amis », car d’autres noms dans le « dossier » apparaissent, avec pour point commun de s’être fréquentés dans un récent passé. Les joies du microcosme parisien… Ainsi, en avril, dans l’article que L’Obs consacré à LVMH peu de temps avant l’assemblée générale du groupe, on apprend également qu’Anastasia Colosimo, l’ex-conseillère presse internationale à l’Élysée, connaissance commune des deux communicants, a essayé de jouer les médiatrices entre eux…

Partager

Dans ce contexte, les nerfs sont donc à vif, et c’est un article de La Lettre, du 1er décembre 2025, qui va finir par enflammer tout ce beau monde. La feuille confidentielle y affirme qu’Alexandre Benalla, l’ex-chargé de mission de l’Élysée, a travaillé par le passé pour Frédéric Arnault, quand ce dernier dirigeait le fabricant de montre Tag Heuer, sur des « missions de renseignement d’affaires » à l’international mais aussi pour « protéger au mieux sa propre image ». Forcément, l’article fait le tour des rédactions et du petit Paris des affaires. Et chez LVMH, les ennemis de Frédéric Arnault , qui dirige maintenant Loro Piana à Milan, se délectent et tentent d’utiliser cet article auprès de son père pour décrédibiliser le potentiel héritier.

Il est vrai que dans le monde si feutré du luxe, la seule évocation du nom d’Alexandre Benalla semble incongrue. Dans l’article, on apprend que les journalistes de La Lettre ont réussi à joindre l’ex-chargé de mission de l’Élysée et que ce dernier a confirmé en partie leurs infos. Il « affirme en revanche avoir toujours refusé d’effectuer les missions franco-françaises que lui a soumises Frédéric Arnault », écrit alors La Lettre.

Le démenti écrit d’Alexandre Benalla

Et pourtant, les choses ne se sont peut-être pas passées ainsi. Avec un certain empressement, et non sans crainte, Alexandre Benalla, dans les jours qui suivent la publication de l’article, va écrire de sa propre plume un assez long mail à Bernard Arnault dans lequel il explique que les propos qui lui sont attribués par les journalistes sont inexacts et qu’il n’a jamais travaillé « ni directement ni indirectement pour le groupe LVMH, ni pour aucune de ses entités, ni pour M. Frédéric Arnault ». Ajoutant : « C’est précisément la réponse que j’ai apportée aux journalistes qui m’ont interrogé ».

Alexandre Benalla écrit donc à l’homme le plus puissant de France l’exact inverse de ce qu’il a manifestement dit aux journalistes de La Lettre. Pourquoi prendre une telle initiative si les faits relatés dans l’article étaient rigoureusement exacts ? Dans toute cette histoire, qui manipule qui ? Qui « ambiance » ? Aujourd’hui, l’un des deux auteurs de l’article me confirme qu’Alexandre Benalla a bien été appelé en personne et que ce dernier a confirmé leurs informations issues de « deux sources ». Alexandre Benalla avait-il un intérêt à mener en bateau ces journalistes de bonne foi ? A priori aucun, sinon, pourquoi se rétracter quelques jours plus tard ?

Pour tâcher d’y voir plus clair, je contacte l’ancien chargé de mission de l’Élysée, mais ce dernier ne me répond pas quand je lui dis avoir connaissance de son démenti auprès de Bernard Arnault. Pour rajouter dans la bizarrerie, lorsqu’en février dernier, j’ai moi-même contacté par mail Frédéric Arnault au sujet de l’article de La Lettre en lui expliquant que j’avais recueilli des éléments contradictoires sur ce sujet, le jeune dirigeant me répond simplement, comme il l’avait fait auprès des journalistes de La Lettre, n’avoir « jamais rencontré M. Alexandre Benalla et ne lui ai donc jamais confié de mission de renseignement d’affaires ». Frédéric Arnault ne fait alors pas mention du démenti d’Alexandre Benalla, et me renvoie vers le service de presse de LVMH.

Enfin, lorsque je questionne Jean-Charles Tréhan, le directeur des relations extérieures de LVMH – lequel travaille avec Antoine Arnault chargé de l’image du groupe –, celui-ci ne me parle pas non plus de l’existence d’un courriel de Benalla envoyé quelques semaines plus tôt à son patron. Encore plus étrange, le communicant du groupe de luxe me demande alors : « Alexandre Benalla a-t-il fait un démenti après cet article ? » Je constate, comme lui, que l’ex-chargé de mission n’a jamais fait de démenti public après la publication de l’article du 1er décembre.

Les gardes du corps de Xavier Niel

Ce silence chez LVMH s’explique sûrement par d’autres éléments, extérieurs au groupe. Car l’article du 1er décembre de La Lettre dans lequel est évoqué Alexandre Benalla et le fils Arnault, a suscité l’inquiétude à un très haut niveau selon mes informations. Quelques jours avant la publication de l’article, la nouvelle vient aux oreilles de Xavier Niel qui ne prend pas le dossier à la légère. Car à l’époque, ses propres gardes du corps, Djamel et Issam, ont été mis à sa disposition par Alexandre Benalla. C’est du moins ce que m’affirme ce dernier, six mois avant la publication de l’article de La Lettre alors que j’enquête sur un tout autre dossier.

Travaillant aujourd’hui entre la France et la Suisse, Alexandre Benalla a monté sa propre société de conseil, Comya Group, et il travaille avec plusieurs prestataires de sécurité et de cybersécurité. Sur son site internet, Alexandre Benalla explique que son « cabinet de conseil stratégique (…) compte d’anciens officiers de la DGSE, du SAS britannique et du Special Boat Service », et qu’il propose notamment un « conseil en protection rapprochée pour chefs d’État, dirigeants d’entreprise et personnes fortunées. Sûreté des déplacements et devoir de protection ».

Aujourd’hui, l’ancien homme de confiance d’Emmanuel Macron est beaucoup moins catégorique sur le fait qu’il ait pu travailler pour le milliardaire des télécoms et affirme, auprès de proches, ne connaître les deux gardes du corps que du temps de la campagne présidentielle de 2017. Tous deux faisaient partie de l’équipe de sécurité du candidat Macron, que Benalla dirigeait alors. En attendant, selon mes informations, Xavier Niel a fait appeler ce dernier par ses gardes du corps pour savoir si « l’info » propagée par les questions des journalistes de La Lettre était vraie. Contacté sur ces éléments, Xavier Niel n’a pas réagi.

Quand Emmanuel Macron s’en mêle

Mais l’histoire n’est pas finie, car peu de temps avant la publication de l’article de La Lettre, Alexandre Benalla reçoit également deux coups de fil d’Emmanuel Macron qui s’inquiète de voir son ancien collaborateur travailler pour LVMH, et lui demande de se tenir loin de tout cela. À chaque fois, l’ex-chargé de mission explique qu’il ne travaille pas avec Frédéric Arnault, qu’il ne le fréquente pas, et que tout cela n’est qu’une fake news. En attendant, l’intéressé n’a pas fait de démenti public.

Il est utile de rappeler que la société de renseignement économique Forward Global qui travaille pour LVMH, mais aussi Louis Jublin, ex-chargé de com’ à Matignon d’Attal, ou Anastasia Colosimo, ex-conseillère d’Emmanuel Macron, ont tous pu travailler par le passé avec certains des soutiens historiques d’Alexandre Benalla. A Genève et Paris, dans les beaux quartiers les folles rumeurs vont bon train. Mais cet intérêt du président de la République pour son ancien chargé de mission, et le fait qu’il prenne du temps pour intervenir dans un dossier privé et y démêler le vrai du faux, est une nouvelle preuve de l’implication des Arnault et de Niel dans le pouvoir.

Je profite de cet article pour annoncer la publication à la rentrée de mon livre « La Place de Paris.» aux éditions du Seuil. Dans ce nouveau livre d’enquête, j’évoque notamment les grandes familles, la dérégulation de la finance par Mitterrand, l’histoire de certains des milliardaires français, leurs envies de politique (très à droite) à quelques mois de la présidentielle, mais aussi la French Tech et la BPI, les grands patrons, le fonctionnement actuel et passé de la place économique et financière de Paris, et enfin le « monde de la finance » cher à François Hollande, notamment le private equity, ou certaines des grandes batailles récentes comme Atos. Pour cet ouvrage, sur lequel j’ai travaillé pendant trois ans, j’ai rencontré de nombreuses figures de la place qui ont accepté d’être citées et plus d’une centaine d’interlocuteurs m’ont aidé.

Et pour soutenir mon travail d’enquête, vous pouvez vous abonnez à ma newsletter en version payante (ou y contribuer en optant pour un abonnement de soutien).

The Big Picture is a reader-supported publication. To receive new posts and support my work, consider becoming a free or paid subscriber.

 
Liker
Commenter
Restack
 
Originally posted on
The Big Picture
The Big PictureMarc Endeweld

Pouvoirs, Énergie, Géopolitique, Renseignement.

© 2026 L'Eclaireur - Alpes
Directrice de la publication : Patricia Cerinsek

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire