« France Culture » présente ses excuses après la diffusion d’un montage « fallacieux » sur Mélenchon
BASTIEN ANDRE / Hans Lucas via AFP
« France Culture » présente ses excuses après la diffusion d’un montage « fallacieux » sur Mélenchon

Faute à demi avouée. La radio France Culture a présenté ce jeudi 25 juin des « excuses » à ses auditeurs après la diffusion la veille d’un montage audio laissant entendre que Jean-Luc Mélenchon tenait des propos antisémites. L’extrait, dans lequel le candidat à la présidentielle est comparé à Jean-Marie Le Pen, s’est effectivement révélé « fallacieux » et a provoqué l’indignation de La France insoumise.

Au cours d’un long entretien avec Marine Le Pen mercredi matin, le présentateur de la matinale, Guillaume Erner, avait diffusé l’extrait d’un montage audio trouvé de son propre aveu « sur les réseaux sociaux ». On y entend en parallèle la description que Jean-Marie Le Pen, plusieurs fois condamné pour antisémitisme, faisait des Juifs et des déclarations de Jean-Luc Mélenchon censées s’en rapprocher.

Cet extrait « qui n’avait pas été sourcé à l’antenne, provient de “Léon le média” » et constitue « un montage fallacieux, ce que nous avons réalisé a posteriori », a expliqué la radio de service public dans un message publié sur la page de l’émission. « La direction de la chaîne et Guillaume Erner tiennent à présenter leurs excuses aux auditrices et auditeurs », ajoute-t-elle. Sans toutefois en adresser à Jean-Luc Mélenchon.

« France Culture se contente de vagues excuses… aux auditeurs. Pas de sanctions, pas de rectificatif. Et aucune excuse à mon endroit », déplore d’ailleurs le fondateur de La France insoumise, en réaction, critiquant une « offense odieuse » et un processus de « déshumanisation » ou « d’irresponsabilisation. »

Deux « fautes graves » selon la Société des Producteurs de France Culture

La séquence, qui visait à nourrir un parallèle (hasardeux) entre Jean-Marie Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, le tout devant la cheffe de file d’extrême droite, avait déjà suscité l’ire de nombreux responsables insoumis, jusqu’au premier concerné. « Un montage odieux circule pour détourner mes propos. Grossier mais venimeux. Propagé par la fachosphère, il est repris sur le service public par France Culture pour servir la soupe à madame Le Pen ! », s’était indigné quelques heures plus tôt le candidat à la présidentielle sur les réseaux sociaux.

Quand il parlait dans l’extrait de « caste, c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques, politiques », il évoquait « le comportement des élites françaises », avait auparavant détaillé Manuel Bompard. Et de diffuser à l’appui l’extrait d’où était tirée la déclaration en question, une émission diffusée sur Paris Première lors de la campagne électorale pour la présidentielle de 2017.

Dans ce programme et ce passage précis, Jean-Luc Mélenchon ne parle jamais de religion, de près ou de loin. Il évoque, face à Natacha Polony, une « énorme disjonction entre ce qu’on appelle les élites, pour moi c’est la caste, c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques, politiques qui vivent dans un autre monde et ne leur permet pas de mesurer ce qui se passe, et notamment l’extrême pauvreté. » La France insoumise a annoncé avoir saisi l’Arcom.

Dans un communiqué, la Société des Producteur.ice.s de France Culture (SPDC) a pour sa part critiqué deux « fautes graves » selon elle dans l’interview de Guillaume Erner. Le montage audio diffusé « n’a été sourcé ni dans sa provenance ni dans les extraits qu’il utilise » et le journaliste a « participé à une dynamique de “normalisation” du RN tout en opérant un transfert de mise en cause vers LFI », pointe la SPDC, qui demande que la direction de la radio « traite » ces deux points. Ceci, au-delà des excuses déjà formulées.

Même indignation du côté des Sociétés des journalistes de Radio France et de France Culture, qui « déplorent » dans un communiqué commun que « Guillaume Erner n’ait pas vérifié l’origine et la véracité » du montage diffusé à l’antenne. Et d’appeler la direction de la radio comme celle de Radio France dans son ensemble à « prendre les mesures qui s’imposent » après cette erreur du producteur qui, rappellent-elles, n’appartient pas à la rédaction de France Culture.