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mardi 23 juin 2026

VU DU DROIT - Après son 54e Congrès, ou en est la CGT ? - Mardi 23 juin 2026

 

Après son 54e Congrès, ou en est la CGT ?

Réponse de Jean-Pierre Page à un syndiqué qui souhaite maintenir et défendre une CGT de lutte de classes

 
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« Après avoir été assister au congrès de la Confédération Européenne des Syndicats (CES), et participé à l’ovation debout adressée à Ursula von der Leyen invitée au congrès, Sophie Binet a organisé son 54e congrès. L’objectif était simple pour cette dirigeante anciennement membre du PS, issu d’une organisation de cadres, poursuivre la destruction totale de la CGT en tant qu’organisation de classe. Aujourd’hui totalement absente des luttes sociales, exclusivement consacrée à la collaboration avec l’anachronisme, la CGT est aujourd’hui assez largement à droite du symbole du syndicalisme jaune, la CFDT. Alors, quitte à soutenir le syndicalisme capitulard, autant préférer l’original à la copie.

Chacun notera la mesure de mon analyse, nourrie du spectacle de la dégringolade entamée il y a maintenant 30 ans. Jean-Pierre Page qui fut dirigeant de cette CGT à l’époque où elle était (selon moi) fréquentable, fait l’analyse de la situation.

Il vaut mieux le lire, c’est plus intéressant de m’écouter râler. »

Regis de Castelnau

Après son 54e Congrès, ou en est la CGT ?

Où en est la CGT après son 54e congrès, réponse à un syndiqué qui souhaite maintenir et défendre une CGT de lutte de classes. Il se fait, il y a quelques jours je participai à une réunion de militants CGT, j’y ai fait les remarques suivantes

· Le 54e congrès a été organisé comme un show permettant d’assurer la promotion de S.Binet. Les médias et les politiciens y ont contribué. Le congrès a été cadenassé et derrière les flonflons, la démocratie, les libres débats des délégués des syndicats ont été ramené à cause toujours, tu m’intéresses. C’est à dire à leur plus simple expression. Malgré cela un nombre significatif de ceux qui étaient présents ont remis en cause les orientations que la direction voulait imposer. Sur plusieurs votes d’amendements celle-ci a été sanctionnée par 30 à 50 % des votants y compris à plus sur une modification des statuts. Cela signifie, que nous avons besoin de lucidité et disons-le de courage pour prendre correctement la mesure des choses, faire face à une situation qui est exigeante. C’est-à- dire, refuser de prendre le risque de voir s’effacer et s’éteindre le syndicalisme de lutte de classes dans notre pays qui a été incarné par la CGT à travers toute son histoire.

· Il va donc falloir construire. Nous sommes dans une situation identique à 1921 quand nos aînés ont pris des décisions par ce qu’il fallait assumer une situation avec la première guerre mondiale ou avait dominé dans la CGT l’union sacrée et le choix de la collaboration de classes. Il fallait prendre des responsabilités. Ils les ont prises en mesurant l’enjeu et le défi que cela impliquait. Si nous voulons maintenir un syndicalisme de lutte de classes influent et organisé il faudra prendre des décisions et ne pas se cacher derrière la seule rhétorique du ça ne peut plus continuer comme ça, il faut que ça change.

. Cela implique de faire la critique des errements de ces 25 dernières années et de ce concept mortifère de “syndicalisme rassemblé” qui a fait de la CGT en termes d’influence non seulement la seconde organisation syndicale en France, mais qui l’a fait renoncer à son indépendance, en faisant le choix d’un suivisme dont on connaît les résultats, à savoir une opposition formelle à une régression sociale sans précédent, un recul de civilisation aurait dit H. Krasucki. L’échec impressionnant du rassemblement organisé le 16 juin 2026 par la Confédération devant le Sénat pour défendre le 1er mai est la preuve que la stratégie assumée de S.Binet se poursuit. C’est la stratégie de l’échec, le défaitisme, la capitulation avant la bataille permettant de justifier que les conditions ne sont pas réunies pour un mouvement d’ensemble et qu’il faut réviser à la baisse nos objectifs.

· Par conséquent, la direction de la CGT n’est pas en train de se rallier au réformisme syndical de dialogue social, elle s’est déjà ralliée et depuis un certain temps. Il faut relire le discours de soumission de S. Binet aux orientations de la CES du dernier congrès de celle-ci pour être fixé ou encore ses propos convergents avec la CFDT au récent congrès du DGB allemand. La direction de la CGT contribue dorénavant à la mise en oeuvre de telles orientations en faveur de la construction européenne, de la défense de l’euro et de l’économie de guerre en prévision d’un conflit avec la Russie aux côtés d’autres confédérations, en Europe. Ainsi, avec la CFDT et le DGB, la CGT préparent en commun un document d’orientation à ce sujet. Il n’en a pas été question au 54e congrès et pour cause, il s’agit pourtant d’une décision collective du bureau confédéral, actée par le procès-verbal de sa réunion. Avec de tels partenaires, on peut prévoir le contenu. Par ailleurs, l’intersyndicale encensée au 54e congrès existe aussi pour cela. C’est-à-dire contribuer à un grand pôle syndical réformiste et euro compatible en France incluant, la CGT. La Maison commune avec la FSU y participe. Il n’est pas sans raison, que le journal patronal Les Echos a parlé avec satisfaction de la fluidité des relations entre les secrétaires généraux de la CGT et de la CFDT. Il faut enfin ajouter que la direction de la CGT et son département international auront offert une tribune au syndicat ukrainien KVPU de Mikahel Volynets dont il est du domaine public qu’il est associé étroitement aux néonazis du groupe AZOV.

· De manière parfaitement logique et cohérente la politisation de la CGT dont parle S. Binet n’est rien d’autre que la social-démocratisation de la CGT. L’internationale ne s’agit plus de lutte de classe contre le capitalisme, sujet et objectif de la CGT depuis plus d’un siècle, qui a pratiquement disparu des discours et des écrits, mais de lutte contre l’extrême droite, et même de lutte contre l’internationale de l’extrême droite, même pas de lutte contre le fascisme. B. Brecht disait le fascisme est une forme de capitalisme. Pas pour la direction de la CGT ! Ce qui revient dans la perspective des élections présidentielles à suivre la même logique qui a été celle de faire le choix de voter Macron contre Lepen, comme d’ailleurs S.Binet et P.Martinez récents candidats socialistes aux élections municipales, l’ont revendiqué. En fait, S. Binet n’a jamais coupé les amarres avec le PS. Elle reste engluée dans ce parti de la trahison à travers les idées et les pratiques tortueuses de celui-ci. Les orientations défendues par la CGT au niveau national aussi bien qu’au niveau européen et international n’est rien d’autre que ça.

· C’est donc de cela, dont il faut faire la critique et non pas pleurnicher sur notre sort et cette mutation destructrice. Nous avons des atouts et un début de prise de conscience s’opère, il faut utiliser nos moyens, nous en avons, pour gagner cette bataille des idées et permettre cette prise de conscience nécessaire. Il faut donc construire, faire du neuf, par en bas depuis les syndicats d’entreprises, les Union locales, pour faire reculer le défaitisme et les renoncements. Cela est possible !

· Mettons-nous tous et toutes au travail pour construire la CGT dont les travailleurs ont besoin. Il faut se féliciter que déjà des militants combatifs et clairvoyants mettent en oeuvre de tels objectifs. Ils le font avec détermination et le souci de l’unité et de la cohésion de la CGT.

· Il faut relire Benoit Frachon, cet immense dirigeant de la CGT. Il écrivait déjà en janvier 1949 “Ni la classe ouvrière, ni des organisations comme les nôtres ne sont atteinte de maladies honteuses. Evidemment on ne peut être glorieux de tomber dans des pièges de l’ennemi de classe. Mais la honte ne vient que lorsqu’on s’y complait. Elle vient alors surement par ce que ce sont les travailleurs eux-mêmes qui se chargent de régler leur compte aux élus défaillants. Contre de tels dangers, la meilleure médicine, c’est encore celle que l’on s’administre en commun dans une bonne et franche discussion publique, c’est aussi la plus efficace et la plus rapide”.( dans Les porteurs de serviette)

Jean-Pierre Page

18 juin 2026

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