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mercredi 24 juin 2026

L'ECLAIREUR : - [ Islande ] Référendum sur l'UE: les vrais sujets qu'on refuse de poser sur la table - Mercredi 24 juin 2026

 

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[ Islande ] Référendum sur l'UE: les vrais sujets qu'on refuse de poser sur la table

La question qui sera posée aux Islandais en août sera celle de la reprise des négociations d'adhésion à l'UE. Personne ne semble vouloir mener le vrai débat.

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Eldur Smari Kristinsson est un homme politique islandais, membre du parti démocrate.

Dans notre rubrique Réflexions Libres, les propos des auteurs n’engagent qu’eux-mêmes et ne reflètent pas les opinions de L’Eclaireur, au-delà de notre choix, que nous jugeons nécessaire, de leur donner la parole dans un soucis de pluralisme et de meilleure compréhension du monde.

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Par Eldur Smari Kristinsson

L’Islande a déposé sa candidature à l’adhésion à l’UE en juillet 2009, au lendemain de la crise financière. Les négociations s’ouvrirent en 2010 et progressèrent rapidement grâce à son statut de membre de l’Espace économique européen. En 2013, un nouveau gouvernement eurosceptique gela les discussions. En mars 2015, le ministre des Affaires étrangères Gunnar Bragi Sveinsson adressa une lettre à l’UE signifiant que l’Islande ne souhaitait plus être considérée comme pays candidat.

Pour Reykjavik, c’était un retrait. Bruxelles soutient que la candidature n’a jamais été formellement retirée et demeure juridiquement valide — dormante, mais bien vivante. En janvier 2025, un porte-parole de l’UE l’a confirmé sans ambages : la candidature islandaise reste active.

Après les élections générales de 2024, le nouveau gouvernement a remis le sujet sur la table. Un référendum est désormais prévu le 29 août 2026 sur la reprise des négociations. L’UE, de son côté, se dit prête à reprendre les discussions si le oui l’emporte.

Aucune préoccupation nationale

Selon la loi islandaise, ce référendum n’est que consultatif — et pourtant le gouvernement prétend qu’il lui confère un mandat pour poursuivre l’alignement sur l’UE en parallèle du processus de négociation. Il s’agira de déterminer si les Islandais veulent franchir le pas vers la participation à une union politique qui n’a jamais été aussi proche de l’implosion.

Ce référendum a ceci de singulier qu’il ne reflète ni la majorité populaire ni la majorité parlementaire, pas en faveur de l’adhésion à l’UE. Ce n’est pas un agenda national. Les politiciens islandais sont des marionnettes — et les fils sont tirés depuis l’étranger.

Le débat mené jusqu’ici ressemble à un manuel sur l’art d’esquiver les vraies questions. Il a tourné en grande partie autour de la monnaie, des taux d’intérêt et de la « stabilité » économique. Les partisans de l’adhésion promettent des taux plus bas et l’euro comme solution miracle. Les opposants agitent la volatilité de la couronne et craignent la perte d’une politique monétaire autonome. Les deux camps parlent comme si l’adhésion à l’UE était avant tout une affaire technique destinée à résoudre des problèmes domestiques.

C’est un mensonge par omission. Les taux d’intérêt en Islande résultent en premier chef de décisions politiques intérieures — politique budgétaire, pressions inflationnistes, décisions de la Banque centrale. L’adhésion à l’UE ne changera rien à la réalité fondamentale : un gouvernement peut continuer à dépenser plus qu’il ne perçoit, et une banque centrale peut continuer à chercher à en atténuer les conséquences en relevant ses taux.

Le gouvernement islandais a renoncé à s’attaquer sérieusement à ces problèmes, et Bruxelles ne les résoudra pas. Cela déplacera simplement la responsabilité — tout en réduisant la capacité des Islandais à corriger le tir par les urnes.

Le Parti démocrate islandais a défendu des solutions concrètes pour les ménages islandais : retirer les prix du logement de l’indice des prix à la consommation, abolir l’indexation des prêts et des crédits immobiliers, plafonner les taux d’intérêts de la Banque centrale. Ces mesures n’ont jamais été sérieusement considérées ou testées.

Encore moins d’attention a été accordée à l’abandon de la souveraineté sur les ressources naturelles. La pêche est la colonne vertébrale de l’économie islandaise et de son identité nationale. La Politique commune de la pêche a démontré ses limites pour de nombreux États côtiers — quotas, allocations et contrôle migrent vers des cénacles à Bruxelles et au Luxembourg.

L’énergie, l’agriculture et l’exploitation des ressources naturelles sont également en jeu. Ce ne sont pas des questions secondaires. Elles portent sur l’identité même du pays : qui possède l’Islande — la nation, ou des institutions supranationales régies par des règles sur lesquelles les Islandais n’ont qu’un droit de regard limité ?

Une pression sourde sur les libertés fondamentales

Ce qui brille le plus par son absence dans ce débat, c’est la question vraiment importante : qu’advient-il de nos droits fondamentaux ?

La démocratie, la liberté d’expression, le droit à la vie privée ne sont pas des acquis immuables. Ils ont évolué continuellement en Occident — pas toujours dans le bon sens. Ces dernières années, l’UE a développé des instruments présentés comme des remparts pour la démocratie qui peuvent, en pratique, servir à la restreindre.

Citons le « Bouclier européen pour la démocratie » et le Centre pour la résilience démocratique. Ces dispositifs sont présentés comme une réponse aux ingérences étrangères, à la désinformation et aux « menaces contre la démocratie ». Ils sont censés mutualiser l’information, renforcer la capacité à détecter et contrer les récits « indésirables », et consolider la « résilience » démocratique.

Cela sonne noble. En réalité, le danger est que de telles institutions servent à définir ce qui constitue une opinion légitime — et ce qui ne l’est pas — souvent en fonction de l’alignement sur les politiques de Bruxelles. Quand des institutions peuplées de gens non élus reçoivent le pouvoir de « défendre » la démocratie contre des représentants élus et des citoyens qui pensent différemment, c’est la démocratie elle-même qui est en péril.

Ce n’est pas un phénomène isolé. Il s’inscrit dans un mouvement plus vaste et plus systématique souvent désigné sous les termes de complexe industriel des ONG et complexe industriel de la censure.

L’UE a bâti un vaste système de financement d’organisations non gouvernementales qui fonctionnent comme agents d’influence, lobbyistes et « représentants de la société civile ». Ces organisations reçoivent des subventions de l’UE pour travailler sur des questions telles que la migration, la politique climatique, la gouvernance numérique et la « justice sociale ». Elles participent aux consultations, façonnent les propositions et se présentent comme des voix « indépendantes » — alors même que leurs financements et leurs discours sont étroitement arrimés à Bruxelles.

Cette logique engendre une boîte de Pétri dans laquelle les ONG se multiplient, perçoivent davantage de fonds et génèrent continuellement de nouveaux « défis » réclamant davantage d’intervention et de financements.

Parallèlement, un complexe industriel de la censure a émergé, dans lequel gouvernements, organismes de fact-checking financés par des fonds publics, milieux universitaires, médias et entreprises technologiques collaborent pour définir, étiqueter et restreindre la « désinformation » et les « discours haineux ». Des réglementations comme le Digital Services Act (DSA) et le Code de bonnes pratiques contre la désinformation ont renforcé cette coopération, accordant aux « signaleurs de confiance » et aux organisations partenaires une influence privilégiée sur ce qui circule en ligne.

Le Bouclier européen pour la démocratie et le Centre pour la résilience démocratique s’inscrivent directement dans cette tendance. Le document qui les institue fait référence à une « plateforme de parties prenantes » à laquelle participent des organisations de la société civile, des fact-checkers et des prestataires médiatiques.

L’UE devient ainsi partie prenante de la même industrie qui opère déjà sous la bannière de la lutte contre les « menaces ». Il en résulte un système dans lequel le pouvoir se déplace, loin des électeurs et des parlements nationaux, vers des organisations financées par la manne publique et des réseaux informels qui ont tout intérêt à pérenniser et à étendre leur financements, donc leur existence.

Lorsque les « menaces contre la démocratie » sont définies par ceux qui reçoivent leur financement du système même qu’ils sont censés défendre, le danger est évident : toute critique légitime d’une politique de l’UE, de l’immigration ou de la centralisation peut être étiquetée comme « désinformation » ou « ingérence étrangère » — et ainsi réduite au silence, sans que les électeurs n’aient leur mot à dire.

Le silence assourdissant des deux camps

Pourquoi l’un ou l’autre camp en Islande n’aborde-t-il pas ces questions ouvertement ? Les partisans de l’adhésion préfèrent parler de bénéfices économiques et de « coopération européenne ». Ils savent que tout débat sur ce système supranational, sur la centralisation et sur les restrictions de la liberté d’expression effraie les gens. Les opposants à l’adhésion se sont concentrés sur les questions de souveraineté traditionnelles — la pêche, l’indépendance — mais ont évité de creuser plus avant la manière dont l’UE s’est transformée en un système capable de limiter les droits qu’elle prétend protéger.

Les deux camps semblent s’être tacitement entendus pour maintenir le débat en surface : l’argent et les quotas de pếche, mais pas la question de savoir qui détient réellement le droit de décider ce qui peut être dit, ce qui peut être su, et comment la démocratie doit fonctionner.

Les Islandais ont longtemps été fiers de leur solide tradition démocratique, de leur liberté d’expression et de leur respect de la vie privée. Ces droits ne sont pas garantis au sein d’une union centralisée où les décisions s’éloignent toujours davantage des électeurs, et où des organisations financées par l’UE et des systèmes de censure peuvent exercer plus d’influence que des représentants élus.

Si nous devons nous prononcer sur l’adhésion à l’UE, discutons-en honnêtement — pas seulement de ce que nous gagnons en argent sonnant et trébuchant, mais aussi de ce que nous sacrifions de ce qui fait de nous un peuple libre.

Le référendum du 29 août ne porte pas sur l’euro. Il porte sur la question de savoir si nous voulons continuer à débattre de notre avenir selon nos propres termes — ou si nous préférons enfouir les questions essentielles derrière des promesses économiques et un système qui rogne nos libertés. La démocratie commence par poser toutes les questions difficiles. L’heure est venue de le faire.

Un article invité par
Eldur Smári Kristinsson

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[ Iceland ] The EU Referendum: Our Currency, Our Resources, and the Loud Silence on Fundamental Rights

On 29 August 2026, Icelanders will go to the polls and answer a simple question: Should negotiations on Iceland’s accession to the European Union be resumed?

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Eldur Smari Kristinsson is an Islandic politician. He ran for the Democracy Party in the Northwest constituency of Iceland in the last parliamentary elections.

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Iceland applied for EU membership in July 2009 after the financial crisis. Negotiations opened in 2010 and advanced rapidly thanks to its European Economic Area membership.

In 2013, a new eurosceptic government froze the talks. In March 2015, Foreign Minister Gunnar Bragi Sveinsson sent a letter to the EU stating Iceland no longer wanted to be considered a candidate country.

For Iceland, the letter was a withdrawal. However, the EU claims the application was never formally withdrawn and remains legally valid and dormant.

In January 2025, an EU spokesperson confirmed: “Iceland’s membership application is still valid; it was never formally withdrawn, so legally, it remains active.”

After the 2024 general elections, the new government revived the issue. A referendum is now scheduled for 29 August 2026 on whether to resume negotiations.

The EU has stated it is ready to restart talks if Iceland votes yes.

No domestic agenda

According to our law on referenda, this poll is advisory — yet the government claims it provides a mandate to continue aligning with the EU alongside the negotiation process. It will establish whether we want to take the next step toward becoming part of a political union that has never been as close to falling apart.

What makes this referendum quite out of the ordinary is that there is neither a popular majority nor a parliamentary one for joining the European Union.

This is not a domestic agenda. Icelandic politicians are puppets on a string - and the strings are being pulled from abroad.

Yet the debate that has taken place so far reads like a manual on how to avoid the real questions. It has mostly revolved around our currency, interest rates, and economic “stability.” Supporters of membership promise lower interest rates and the euro as a magic solution. Opponents point to the volatility of the króna and fear the loss of an independent monetary policy. Both sides speak as if EU membership were primarily a technical economic matter that would solve domestic problems.

This is misleading. Interest rates in Iceland are first and foremost the result of domestic governance — fiscal policy, inflationary pressures, and decisions by the Central Bank of Iceland. EU membership does not change the fundamental fact that governments can continue to spend more than they take in, or that the Central Bank can continue to respond to the consequences with high interest rates.

If the government has given up on tackling these issues responsibly at home, Brussels will not solve them. It will merely shift the responsibility elsewhere — while simultaneously reducing Icelanders’ ability to correct the course through elections.

The Democracy Party advocated specific solutions for Icelandic households by removing the housing component from the consumer price index, abolishing indexation of lending and mortgages, and imposing a cap on the Central Bank’s interest rates. These measures have never been properly tested.

Even less attention has been given to the ceding of sovereignty over natural resources. Fisheries are a cornerstone of Iceland’s economy and national identity. The EU’s Common Fisheries Policy has proved difficult for many coastal states — quotas, allocation, and oversight shift to Brussels and Luxembourg. Energy, agriculture, and the use of natural resources are also at stake. These are not side issues. They are questions about who owns Iceland — the nation or joint institutions operating under rules over which Icelanders have little say.

Pressure on civil rights

What is most absent from the debate is the truly profound question: What happens to our fundamental civil rights?

Democracy, freedom of expression, and the right to privacy are not self-evident. They have evolved continuously in the West — but not always in the right direction. In recent years, the EU has developed tools presented as safeguards for democracy that can, in practice, serve to restrict it.

Examples include the so-called European Democracy Shield and the Centre for Democratic Resilience. These ideas are framed as a response to foreign influence, disinformation, and “threats to democracy.” They are supposed to pool information, build capacity to detect and counter “undesirable” narratives, and strengthen the “resilience” of democracy.

This sounds noble. In reality, the danger is that such institutions will be used to define what counts as a legitimate opinion and what does not — often based on whether it aligns with Brussels’ policies and narratives. When unelected institutions are given the power to “defend” democracy against elected representatives and voters who hold different views, democracy itself is at risk.

This is not an isolated phenomenon. It is part of a larger and more systematic network often described as the NGO industrial complex and the censorship industrial complex. The EU has built an extensive system for funding non-governmental organisations (NGOs) that function as influence agents, lobbyists, and “representatives of civil society.”

These organisations receive grants from the Union’s common funds to work on issues such as migration, climate policy, digital governance, and “social justice.” They participate in consultations, shape proposals, and present themselves as an “independent” voice — even though their funding and incentives are closely tied to Brussels. This creates an industry in which organisations multiply, receive more money, and continually generate new “challenges” that require more intervention and funding.

At the same time, a censorship industrial complex has emerged in which governments, publicly funded fact-checking organisations, academia, media outlets, and tech companies collaborate to define, label, and restrict “disinformation” and “hate speech.”

Rules such as the Digital Services Act (DSA) and the Code of Practice on Disinformation have strengthened this cooperation, giving “trusted flaggers” and partner organisations privileged influence over what appears online.

The European Democracy Shield and the Centre for Democratic Resilience are directly linked to this network. The document establishing them refers to a “stakeholder platform” in which civil society organisations, fact-checkers, and media providers are to participate.

In this way, the EU’s official tool becomes part of the same industry that already operates under the banner of fighting “threats.” The result is a system in which power shifts away from voters and national parliaments toward funded organisations and informal networks that have a strong incentive to maintain and expand their own existence.

When “threats to democracy” are defined by those who receive funding from the very system they are supposed to defend, the danger is obvious: legitimate criticism of any EU policy, immigration, or centralisation can be labelled as “disinformation” or “foreign interference”, and thereby silenced — without voters having any direct say in the matter.

Silence on both sides is deafening

Why does either side in Iceland discuss this openly? Supporters of membership prefer to talk about economic benefits and “European cooperation.” They know that any debate about this industrial system, centralisation, and restrictions of freedom of expression frightens people. Opponents to EU Membership have focused on traditional sovereignty issues — fisheries and independence — but have avoided digging deeper into how the EU has evolved into a system capable of limiting even the rights it claims to protect.

Both sides of the board appear to agree on keeping the debate on the surface: money and quotas, but not the question of who actually has the right to decide what may be said, what may be known, and how democracy should function.

Icelanders have long prided themselves of a strong democratic tradition, freedom of expression, and respect for privacy. These rights are not guaranteed in a large, centralised union where decisions are increasingly moved further away from voters and where EU funded organisations and censorship systems can wield more influence than elected representatives.

If we are to take a position on EU membership, we should discuss these matters honestly — not only what we gain in our pockets, but also what we give up of what makes us a free nation.

The 29 August referendum is not about the euro. It is about whether we want to continue debating our future on our own terms — or whether we want to hide key issues behind economic promises and a system that restricts our freedom. Democracy begins with asking all difficult questions. Now is the opportunity to do so.

Un article invité par
Eldur Smári Kristinsson

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