Le Point.fr - Publié le
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mercredi 3 avril 2013
Zapping : "On a un chef du budget qui fraude lui-même, qui ment les yeux dans les yeux"
Zapping : "On a un chef du budget qui fraude lui-même, qui ment les yeux dans les yeux"
Le Monde | • Mis à jour le
Durée : 01:37 | Images : iTélé, BFM, LCI
Après avoir soutenu le contraire, à maintes reprises, sur les réseaux sociaux ou à l'Assemblée nationale, l'ancien ministre du budget Jérôme Cahuzac a finalement reconnu mardi après-midi sur son blog qu'il détenait bien un compte bancaire à l'étranger depuis vingt ans.
Les réactions se sont multipliées sur les chaînes de télévision. Gérard Filoche a exprimé son indignation, au bord des larmes. Zapping.
Les réactions se sont multipliées sur les chaînes de télévision. Gérard Filoche a exprimé son indignation, au bord des larmes. Zapping.
LE DESSIN DU JOUR de PLANTU , Le MONDE du 4/04/2013
LE DESSIN DU JOUR de PLANTU
Le MONDE du 4/04/2013
Cahuzac, la triple déflagration
Cahuzac, la triple déflagration
Mardi 2 Avril 2013 à 22:24
JOSEPH MACÉ-SCARON
Même attendu, même guetté, même redouté, même espéré, l’aveu de l’ancien ministre du Budget a provoqué un choc. Un de ses chocs telluriques dont on ne peut juger les conséquences que plusieurs mois, voire plusieurs années après la secousse provoquée.
La chute de Cahuzac est bien davantage que la chute de Cahuzac et chacun comprend bien, aujourd’hui, qu’aucun élément de langage, aucune contorsion sémantique, aucune habileté de congrès, aucune stratégie de crise ne parviendront à effacer cette annonce qui va demeurer comme une lettre écarlate sur le début du quinquennat de François Hollande. Cela est sans doute injuste, mais l’arbitraire n’est pas que le privilège des princes, elle est aussi le hochet de l’opinion publique.
Reprenons : la première déflagration est, sans conteste, la débâcle totale, absolue, brutale de la parole politique. On sait depuis longtemps que les politiques, tout comme les journalistes, mais avec des conséquences bien plus importantes, ont un discours démonétisé. Et ce, parce qu’ils sont à des années-lumière de la vie quotidienne des Français, parce qu’ils sont jugés impuissants à juguler la grande crise qui frappe nos sociétés industrielles depuis 2008, parce qu’ils ne mettent pas en accord leurs paroles et leurs actes et parce qu’ils paraissent incapables de tracer un chemin, de proposer des solutions qui ne soient pas des rustines techniques sorties d’une boîte à outils idéologique.
Or l’affaire Cahuzac porte à un point d’incandescence jamais égalé jusqu’à présent tous ces éléments. Celui qui fut ministre du Budget fut l’homme qui porta une des politiques d’austérité les plus drastiques de ces dernières années sans daigner se l’appliquer à lui-même. Celui qui prôna la rigueur fut celui qui l’appliqua le moins dans ses comptes propres. Celui qui parlait haut et fort à l’Assemblée nationale et assurait, droit dans ses bottes, qu’il était le champion de la vérité était celui qui cachait le mensonge le plus grossier. Celui qui enterra la révolution fiscale de Hollande d’un mot, fut celui qui, jadis, cajolait son évasion fiscale.
Et c’est là la deuxième déflagration après l’aveu de Cahuzac. Comment François Hollande et son premier ministre, Jean-Marc Ayrault, ont-ils pu prendre le risque de s’en remettre, pieds et poings liés, à un seul homme qui, en quelques mois, était devenu l’arbitre des élégances économiques ? Le président de la République que l’on décrit si habile a fait un pari insensé en faisant de Cahuzac le héraut de ce social libéralisme naissant. C’est bien lui qui affronta Jean-Luc Mélenchon dans un singulier combat à défaut d’être un combat singulier et traita le leader du Parti de gauche de « clown » et d’« homme seul ». Des attaques qui résonnent cruellement aujourd’hui.
Car il faut bien se rendre à l’évidence : ce n’est pas Cahuzac qui a seulement fait Cahuzac. C’est la faiblesse et l’indétermination de ceux qui l’entouraient, la pusillanimité des choix de ceux qui étaient censés le cadrer, le contrôler. Embarqué dans une stratégie de crise qui le pressait dans sa riposte à Mediapart d’aller toujours plus haut et plus fort, encouragé par des communicants qui, pour la seconde fois après l’affaire Strauss-Kahn, prouvent ici leurs limites, Cahuzac n’a rencontré en face de lui aucun obstacle ou même aucune personne pour tenter de le raisonner. Et c’est vrai que l’homme s’est trouvé, comme il le dit, lui-même prisonnier de son propre piège.
Car la troisième déflagration pour les humanistes que nous voulons être à Marianne n’est pas anecdotique : elle touche une personne. Dès la connaissance de cet aveu, Edwy Plenel a eu cette phrase juste : « Je me méfie des médias qui après avoir critiqué Mediapart chercheraient à piétiner Cahuzac »....
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Les sondages disparus de l'Elysée
RÉVÉLATIONS
Les sondages disparus de l'Elysée
Mardi 2 Avril 2013 à 05:00 |
Journaliste politique à Marianne chargé du suivi des partis de gauche. En savoir plus sur cet auteur
Au Palais, on ne trouve plus trace des sondages commandés par l'ex-président entre 2011 et 2012. Serait-ce parce que, payés par le contribuable, ils venaient informer... le candidat? Enquête.
Disparus, envolés, évanouis dans la nature. Les sondages payés par l'Elysée lors de la dernière année du quinquennat Sarkozy sont... introuvables ! Raymond Avrillier, militant écologiste grenoblois, a pourtant essayé de mettre la main dessus. Requérant méticuleux, citoyen acharné, l'homme avait réussi jusque-là un joli coup : il était parvenu, au prix d'un long bras de fer avec l'administration, à se faire communiquer par les services de la présidence de la République les enquêtes d'opinion commandées au début du quinquennat auprès, notamment, du cabinet Publifact de Patrick Buisson, le Docteur Folamour ès sondages de Nicolas Sarkozy. Il avait reçu par cartons entiers les documents de la première affaire de cet épique quinquennat : l'affaire dite « des sondages de l'Elysée ». ...
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Baby Loup : comment on trahit une crèche exemplaire
Baby Loup : comment on trahit une crèche exemplaire
Mardi 2 Avril 2013 à 05:00 |
Journaliste à Marianne, entre société et culture En savoir plus sur cet auteur
Ouverte 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, cette crèche privée d'un quartier difficile vit sous pression depuis qu'une employée refusant de quitter son voile a été licenciée.
Implantée dans la cité Noé de Chanteloup-les-vignes, la crèche Baby Loup est ouverte nuit et jour, 7jour sur 7- POUZET20MN/WPA/SIPA
Tout était prêt, jusqu'au cocktail de vin rosé au pamplemousse qui attendait les convives à l'entrée de la salle. Ce mardi 19 mars, les soutiens de la crèche Baby Loup, réunis dans la Maison des associations de solidarité, à Paris, espéraient pouvoir trinquer à la fin d'un éprouvant feuilleton judiciaire. Raté ! Le vin servira à consoler plutôt qu'à célébrer.
Plus tôt dans la journée, la Cour de cassation a, en effet, rendu un jugement qui a semé la consternation : le licenciement de la salariée de Baby Loup qui refusait d'ôter son voile islamique «constitue une discrimination en raison des convictions religieuses et doit être déclaré nul». Au contraire du conseil de prud'hommes et de la cour d'appel de Versailles qui avaient déjà jugé l'affaire - et débouté la plaignante -, les magistrats ont considéré que les règles de laïcité en vigueur dans le service public ne s'appliquent pas au sein de la crèche, qui est une entreprise privée.
«C'est incompréhensible... Cela fait vingt ans qu'on se bat pour le soutien et l'intégration des femmes ! Aujourd'hui, c'est la République qui a perdu», déplore Natalia Baleato, la directrice de l'établissement, situé à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. Dans cette ville de 9 500 habitants, ni bibliothèque municipale, ni piscine, ni cinéma. Seulement 30 % des foyers sont imposables. Dans ce paysage, Baby Loup fait figure de «havre de paix», pour reprendre les termes d'une collaboratrice de la crèche. «On croyait que c'était terminé, que ce soir, ce serait la victoire, enfin...» reconnaît une employée. ...
Plus tôt dans la journée, la Cour de cassation a, en effet, rendu un jugement qui a semé la consternation : le licenciement de la salariée de Baby Loup qui refusait d'ôter son voile islamique «constitue une discrimination en raison des convictions religieuses et doit être déclaré nul». Au contraire du conseil de prud'hommes et de la cour d'appel de Versailles qui avaient déjà jugé l'affaire - et débouté la plaignante -, les magistrats ont considéré que les règles de laïcité en vigueur dans le service public ne s'appliquent pas au sein de la crèche, qui est une entreprise privée.
«C'est incompréhensible... Cela fait vingt ans qu'on se bat pour le soutien et l'intégration des femmes ! Aujourd'hui, c'est la République qui a perdu», déplore Natalia Baleato, la directrice de l'établissement, situé à Chanteloup-les-Vignes, dans les Yvelines. Dans cette ville de 9 500 habitants, ni bibliothèque municipale, ni piscine, ni cinéma. Seulement 30 % des foyers sont imposables. Dans ce paysage, Baby Loup fait figure de «havre de paix», pour reprendre les termes d'une collaboratrice de la crèche. «On croyait que c'était terminé, que ce soir, ce serait la victoire, enfin...» reconnaît une employée. ...
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Allocations familiales: les familles sont-elles responsables de la crise ?
BLOG
Allocations familiales: les familles sont-elles responsables de la crise ?
Mardi 2 Avril 2013 à 16:00
HENRI STERDYNIAK
Le gouvernement s’est donné comme objectif d’atteindre l’équilibre des finances publiques en 2017 ; il envisage pour cela de baisser d’environ 60 milliards le montant des dépenses publiques. Ainsi, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a-t-il demandé à Bernard Fragonard, le Président du Haut Conseil à la Famille, de lui proposer un plan de restructuration de la politique familiale, permettant le retour à l’équilibre de la branche famille en 2016. Il faudrait donc réduire les aides aux familles, de 2,5 milliards (soit de 6,25 % des prestations familiales), le montant du déficit de la CNAF en 2012.
En 2012, les comptes de la CNAF souffrent de la récession, qui diminue les montants des cotisations sociales et de la CSG, qu’elle reçoit. Comme la masse salariale est inférieure de 5 % à son niveau normal, la perte de recettes pour la CNAF peut être évaluée à 2,5 milliards. La totalité du déficit de la CNAF est donc conjoncturelle. Prétendre le réduire en diminuant les prestations revient à mettre en cause le rôle stabilisateur des finances publiques. Comme l’ensemble de la protection sociale, la CNAF doit être gérée en considérant son solde structurel, or celui-ci est équilibré en 2012. Sur le plan économique, en situation de profonde dépression, quand la consommation et l’activité stagnent, rien ne peut justifier une ponction sur le pouvoir d’achat des familles.
Par ailleurs, les gouvernements successifs ont progressivement mis à la charge de la CNAF, et l’assurance vieillesse des personnes au foyer (pour 4,4 milliards en 2012) et les majorations familiales de retraite (pour 4,5 milliards en 2012). Ainsi, sur les 54 milliards de ressources de la CNAF, près de 9 milliards sont détournés vers l’assurance-retraite et ne profitent pas directement aux enfants.
Lire la suite sur le blog Les économistes atterrés
L’incohérent Monsieur Borloo Mardi 2 Avril 2013 à 14:51 |
L’incohérent Monsieur Borloo
Mardi 2 Avril 2013 à 14:51 |
LAURENT NEUMANN - MARIANNE
Sacré Jean-Louis Borloo ! Depuis quelques jours, le président de l’UDI est parti en guerre contre François Hollande. « Il y a le feu à la maison et le chef regarde sa boîte à outil », a-t-il encore expliqué ce matin même sur Europe 1. Se moquer de l’artisan Hollande et de sa « boîte à outil » quand on a soi-même prétendu construire des maisons à bas prix qui n’ont jamais vu le jour et dont les rares qui sont sorties de terre prennent l’eau , voilà qui pourrait prêter à sourire.
Mais il y a plus drôle : Jean-Louis Borloo - qui, rappelons-le, a piteusement renoncé à se présenter à l’élection présidentielle – exige désormais un débat public avec le Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Il sait, lui, le patron de l’UDI, comment faire pour remettre le pays sur les bons rails. Il sait, lui, les bonnes décisions qu’il faudrait prendre. Lesquelles ? Motus. Pas un mot, non plus, sur l’état dans lequel l’ancienne majorité – à laquelle il appartenait – a laissé le pays. Pas un mot sur les 600 milliards de dettes supplémentaires accumulés par le gouvernement Fillon dont il a fait partie pendant de longs mois. Non, mais comme ce Hollande « désemparé » et ce Ayrault « qui a totalement perdu la main » sont incapables de diriger la France, il compte, lui Borloo, leur expliquer comment faire. "Pour qu'il ne soit pas inquiet, je vais lui envoyer les sujets à l'avance. Je lui ai déjà écrit l'autre jour, il ne m'a pas répondu. S'il veut être aidé par son ministre des Finances, du Budget, de l'Emploi, il n'y a pas de problème", a-t-il ajouté avec une morgue toute sarkozyste.
La manœuvre politique est assez grossière : alors qu’aucun leader naturel n’émerge du côté de l’UMP, alors que le fantôme de Nicolas Sarkozy continue de tétaniser ses supposés héritiers, Jean-Louis Borloo se verrait bien incarner le rôle de chef de l’opposition. Alors il fait feu de tout bois : interview au Parisien, interview sur Europe 1… Après tout, que Borloo, allié de l’UMP, critique la politique du gouvernement, rien de plus normal. La majorité gouverne, l’opposition s’oppose : logique ! Encore que, lorsque le gouvernement annonce des mesures que la droite a elle-même défendues, on serait en droit d’attendre qu’elle ne leur trouve pas que des défauts. Mais sans doute est-ce trop demander !
L’augmentation de la TVA en 2014, par exemple : un scandale, disent-ils, alors que c’est exactement ce qu’avait prôné Nicolas Sarkozy avec sa fameuse TVA sociale. Mais l’on pourrait en dire autant de l’allègement de charges pour les entreprises, de la réforme à venir des retraites ou de la baisse des droits de succession pour la transmission des entreprises… Et l’on ne parle pas des hausses d’impôts, critiquées « matin, midi et soir » par Borloo, Copé et consorts qui oublient de rappeler que, de 2007 à 2012, les prélèvements obligatoires ont augmenté de 4 points. Etonnez-vous après cela que les Français se détournent de la parole politique…
La manœuvre politique est assez grossière : alors qu’aucun leader naturel n’émerge du côté de l’UMP, alors que le fantôme de Nicolas Sarkozy continue de tétaniser ses supposés héritiers, Jean-Louis Borloo se verrait bien incarner le rôle de chef de l’opposition. Alors il fait feu de tout bois : interview au Parisien, interview sur Europe 1… Après tout, que Borloo, allié de l’UMP, critique la politique du gouvernement, rien de plus normal. La majorité gouverne, l’opposition s’oppose : logique ! Encore que, lorsque le gouvernement annonce des mesures que la droite a elle-même défendues, on serait en droit d’attendre qu’elle ne leur trouve pas que des défauts. Mais sans doute est-ce trop demander !
L’augmentation de la TVA en 2014, par exemple : un scandale, disent-ils, alors que c’est exactement ce qu’avait prôné Nicolas Sarkozy avec sa fameuse TVA sociale. Mais l’on pourrait en dire autant de l’allègement de charges pour les entreprises, de la réforme à venir des retraites ou de la baisse des droits de succession pour la transmission des entreprises… Et l’on ne parle pas des hausses d’impôts, critiquées « matin, midi et soir » par Borloo, Copé et consorts qui oublient de rappeler que, de 2007 à 2012, les prélèvements obligatoires ont augmenté de 4 points. Etonnez-vous après cela que les Français se détournent de la parole politique…
Non, ce qui étonne, dans les propos de Jean-Louis Borloo, c’est qu’ils participent avec une égale intensité de la même surenchère verbale, de la même outrance, de la même hystérie, que celle des leaders de l’UMP. Il fallait voir, jeudi dernier, en direct du siège de l’UDI, Jean-Louis Borloo critiquer la prestation télévisée de François Hollande. Déchaîné ! Drôle de centrisme en vérité, incapable de s’affranchir de son allié l’UMP. Incapable surtout d’esquisser la moindre prise de distance avec la politique économique et sociale menée durant le précédent quinquennat. Attention Borloo, à trop vouloir singer Sarkozy, c’est la maison UDI qui risque de prendre l’eau !
Penser contre nous-mêmes
Penser contre nous-mêmes
Mardi 2 Avril 2013 à 05:00 |
MAURICE SZAFRAN
La politique est faite aussi de symboles. Comme le sparadrap du capitaine Haddock, lesdits symboles collent à la peau, parfois à tout jamais. Ainsi, le fameux 75 % de François Hollande devant taxer la part des revenus supérieure à 1 million d'euros annuel. Quand le futur président émit cette idée, la plupart des observateurs de la campagne présidentielle étaient ébaubis de ce coup tactique de génie. Une façon de coincer Jean-Luc Mélenchon alors au zénith de sa popularité ; une réponse à la demande de justice sociale exprimée par des millions de Français de sondage en sondage, sans répit ni lassitude. Bien joué, Hollande... C'était le credo. Hormis le Figaro qui, dès le premier jour, vitupéra les 75 %, jouant ainsi son rôle de défenseur des plus riches. Ce que nul ne pouvait reprocher au grand quotidien conservateur.
A cette époque - il y a plus d'un an déjà -, je veux en convenir ici, Marianne avait manqué de courage. Nous nous étions rangés mécaniquement parmi les tenants de la pensée (de gauche) convenable, celle qui trouvait toutes vertus de justice, d'égalité et d'exemplarité aux 75 %. C'était trop beau. C'était trop simple. Nous avons eu tort. Nous aurions dû avoir le courage de penser contre nous-mêmes, contre nos réflexes, contre nos idées convenues. Il aurait été indispensable que nous ne nous laissions pas emporter par une réaction aussi primaire que contre-productive.
Car le projet, dès le premier jour, était mal conçu, mal pensé, mal ajusté. Il ne fait aucun doute dans notre esprit que les «hyperriches» doivent être «hyperfiscalisés» et qu'il faut mettre fin à des revenus obscènes qui, en pleine crise, donnent le sentiment de ne plus vivre dans une société de semblables. Mais il est indispensable de trouver les formules efficaces, de les expliquer, de les pédagogiser, et non pas seulement de faire un «coup» qui, in fine, s'est retourné en faveur de ces «hyperriches» qu'une partie de l'opinion publique (un comble !) a fini par prendre en pitié - immense défaite de communication du gouvernement. Plutôt qu'approuver les yeux fermés cette annonce des 75 % pour répondre à ceux qui s'y opposaient par simple réflexe de classe, nous aurions dû dénoncer un gadget impossible et réclamer la vraie réforme fiscale d'ensemble à laquelle François Hollande, nous le savions, avait déjà renoncé.
J'y reviens et nous y reviendrons encore : l'un des devoirs de notre journal doit être de savoir non pas seulement raisonner contre la pensée unique - nous avons montré à de multiples reprises que nous étions en mesure d'y réussir, et fortement -, mais aussi contre nous-mêmes, contre nos propres ratiocinations, contre la pensée convenue (la nôtre !) que, parfois, nous développons sans même nous en rendre tout à fait compte.
Ainsi, le sort que chaque semaine quasiment nous réservons au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Il a certes bien des défauts, l'absence de charisme notamment. Mais prenons aussi la peine de le lire, de l'écouter sans boules Quiès ni a priori : il en dit parfois, et même souvent, davantage que le... président de la République, à propos du modèle français notamment. Or, nous adoptons la même attitude que nos confrères : feu sur Ayrault, la cible idéale. Parce qu'ainsi l'exige la tradition de la Ve République ? Un président protégé, un chef du gouvernement fusible. Marianne, pourtant, devrait se moquer des convenances, notamment politiques. Ce n'est pas toujours le cas.
Penser contre les autres ? Cela va de soi.
Penser contre nous-mêmes ? Cela devrait aussi être la règle.
A cette époque - il y a plus d'un an déjà -, je veux en convenir ici, Marianne avait manqué de courage. Nous nous étions rangés mécaniquement parmi les tenants de la pensée (de gauche) convenable, celle qui trouvait toutes vertus de justice, d'égalité et d'exemplarité aux 75 %. C'était trop beau. C'était trop simple. Nous avons eu tort. Nous aurions dû avoir le courage de penser contre nous-mêmes, contre nos réflexes, contre nos idées convenues. Il aurait été indispensable que nous ne nous laissions pas emporter par une réaction aussi primaire que contre-productive.
Car le projet, dès le premier jour, était mal conçu, mal pensé, mal ajusté. Il ne fait aucun doute dans notre esprit que les «hyperriches» doivent être «hyperfiscalisés» et qu'il faut mettre fin à des revenus obscènes qui, en pleine crise, donnent le sentiment de ne plus vivre dans une société de semblables. Mais il est indispensable de trouver les formules efficaces, de les expliquer, de les pédagogiser, et non pas seulement de faire un «coup» qui, in fine, s'est retourné en faveur de ces «hyperriches» qu'une partie de l'opinion publique (un comble !) a fini par prendre en pitié - immense défaite de communication du gouvernement. Plutôt qu'approuver les yeux fermés cette annonce des 75 % pour répondre à ceux qui s'y opposaient par simple réflexe de classe, nous aurions dû dénoncer un gadget impossible et réclamer la vraie réforme fiscale d'ensemble à laquelle François Hollande, nous le savions, avait déjà renoncé.
J'y reviens et nous y reviendrons encore : l'un des devoirs de notre journal doit être de savoir non pas seulement raisonner contre la pensée unique - nous avons montré à de multiples reprises que nous étions en mesure d'y réussir, et fortement -, mais aussi contre nous-mêmes, contre nos propres ratiocinations, contre la pensée convenue (la nôtre !) que, parfois, nous développons sans même nous en rendre tout à fait compte.
Ainsi, le sort que chaque semaine quasiment nous réservons au Premier ministre, Jean-Marc Ayrault. Il a certes bien des défauts, l'absence de charisme notamment. Mais prenons aussi la peine de le lire, de l'écouter sans boules Quiès ni a priori : il en dit parfois, et même souvent, davantage que le... président de la République, à propos du modèle français notamment. Or, nous adoptons la même attitude que nos confrères : feu sur Ayrault, la cible idéale. Parce qu'ainsi l'exige la tradition de la Ve République ? Un président protégé, un chef du gouvernement fusible. Marianne, pourtant, devrait se moquer des convenances, notamment politiques. Ce n'est pas toujours le cas.
Penser contre les autres ? Cela va de soi.
Penser contre nous-mêmes ? Cela devrait aussi être la règle.
Les leçons de l'affaire Cahuzac
BLOG
Les leçons de l'affaire Cahuzac
Mardi 2 Avril 2013 à 21:58
JUAN S
Jérôme Cahuzac a patiemment attendu le lendemain du 1er avril 2013 pour avouer qu'il avait bien détenu un compte bancaire à l'étranger, pour 600.000 euros, et depuis longtemps ("une vingtaine d'années"). Plusieurs "leçons", à chaud, peuvent être tirées de cette (lamentable) affaire:
1. Rarement scandale de ce genre n'aura été aussi rapidement traité. Cahuzac avoue avant tout procès. Hollande réagit aussi rapidement. La gauche de gouvernement a-t-elle compris quel bénéfice elle avait à agir vite ? Après les 3 mois de "Mediapartie" intensive, voici un ministre démissionné puis qui avoue, l'affaire semble quasiment classée. L'Elysée a bien fait de couper dans le vif.
2. L'une des raisons de cette rapidité est sans doute la précision chirurgicale de l'affaire: un compte en Suisse, rien de plus et c'est déjà suffisant. D'autres affaires - plus graves, plus lourdes, plus ambitieuses - ont fini par s'enliser à force de rebondissements et de polémiques.
3. Faut-il reconnaître ce "droit au soupçon" ? Evidemment, quand l'issue conforte l'accusation, on se réjouit que le soupçon ait permis cette révélation de la vérité. Mais insistons quand même, pour la gloire et les principes: nous persistons à écrire qu'il faut que l'accusateur soit irréprochable dans son positionnement. Si l'accusateur est soupçonné voire - pire - reconnaît un agenda politique personnel, il alimente la cause de l'adversaire. Mediapart nous a fait peur parce que le site semble incapable de reconnaître cette contradiction qui pourtant le dessert.
4. Vivons-nous un tournant vers une américanisation supplémentaire de nos moeurs politique ? A quand les confessions en direct, la larme à l'oeil en prononçant l'inévitable "j'ai menti".
5. Cahuzac s'est dit dévasté. Combien sont-ils celles et ceux capables d'endurer tel choc médiatique ? L'affaire étant réglée, au moins médiatiquement et sur l'essentiel, la Justice pourra-t-elle reprendre un cours normal et serein ? Pas sûr. C'est allé trop vite pour que certains se sentent rassasiés.
L'article complet est à lire sur le blog de Juan Chroniques (Politiques)
1. Rarement scandale de ce genre n'aura été aussi rapidement traité. Cahuzac avoue avant tout procès. Hollande réagit aussi rapidement. La gauche de gouvernement a-t-elle compris quel bénéfice elle avait à agir vite ? Après les 3 mois de "Mediapartie" intensive, voici un ministre démissionné puis qui avoue, l'affaire semble quasiment classée. L'Elysée a bien fait de couper dans le vif.
2. L'une des raisons de cette rapidité est sans doute la précision chirurgicale de l'affaire: un compte en Suisse, rien de plus et c'est déjà suffisant. D'autres affaires - plus graves, plus lourdes, plus ambitieuses - ont fini par s'enliser à force de rebondissements et de polémiques.
3. Faut-il reconnaître ce "droit au soupçon" ? Evidemment, quand l'issue conforte l'accusation, on se réjouit que le soupçon ait permis cette révélation de la vérité. Mais insistons quand même, pour la gloire et les principes: nous persistons à écrire qu'il faut que l'accusateur soit irréprochable dans son positionnement. Si l'accusateur est soupçonné voire - pire - reconnaît un agenda politique personnel, il alimente la cause de l'adversaire. Mediapart nous a fait peur parce que le site semble incapable de reconnaître cette contradiction qui pourtant le dessert.
4. Vivons-nous un tournant vers une américanisation supplémentaire de nos moeurs politique ? A quand les confessions en direct, la larme à l'oeil en prononçant l'inévitable "j'ai menti".
5. Cahuzac s'est dit dévasté. Combien sont-ils celles et ceux capables d'endurer tel choc médiatique ? L'affaire étant réglée, au moins médiatiquement et sur l'essentiel, la Justice pourra-t-elle reprendre un cours normal et serein ? Pas sûr. C'est allé trop vite pour que certains se sentent rassasiés.
L'article complet est à lire sur le blog de Juan Chroniques (Politiques)
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