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Partir pour un voyage au Vietnam, histoire d’y retrouver mon fils qui y réside plusieurs semaines, c’était bien sûr l’envie d’une virée de découverte touristique assortie d’une bouffée de soleil d’hiver.
À peine arrivé à Saïgon, devenue Ho-Chi-Minh-Ville, et d’une façon qui m’a surpris, j’ai été saisi par l’émotion.
D’abord, j’ai su que j’étais dans une ville normale dans un pays normal. Vivant, bruyant, développé, à peine original dans notre monde globalisé.
Je n’ai pas été dérouté au spectacle que donnait cette ville ni même par celui des 3 milliards de scooters parfois couverts de familles entières qui circulent bruyamment dans les rues, pas plus que par celui d’une population jeune et joyeuse toute au plaisir de la préparation de la fête du Têt.
Mais l’émotion est venue, parce que j’ai été assailli par les fantômes.
À commencer par celui de mon père, dont mon premier souvenir fut celui du visage d’un étranger vu à l’âge de cinq ans, de retour d’une guerre, que celle-là il avait perdue. Et qui marqua mon enfance.
Puis ceux de l’autre fête du Têt, premier des formidables événements qui allaient marquer l’année 1968, l’année terrible, celle de mes 18 ans. Pendant cette guerre américaine, décrite, filmée, photographiée, qui hanta le monde de ma jeunesse. Où les Américains devenus fous, comme l’expliqua si bien Francis Coppola, essayèrent de briser un petit peuple d’un courage sans nom qui voulait redevenir maître chez lui. « Nous étions dans la jungle, nous étions trop nombreux, nous avions trop d’argent, trop de matériel, et petit à petit, nous sommes devenus fous. »
Sont revenus les Morrison, eux aussi. Le père d’abord, l’amiral de la Navy exécutant du « faux drapeau » du golfe du Tonkin, prétexte utilisé pour l’engagement militaire américain et les bombardements du Nord. Le fils ensuite, le roi lézard, celui qui accompagnait de sa chanson « the end », la fabuleuse ouverture du film de Coppola. Devenu ainsi un emblème sonore de la guerre du Vietnam. Mort le 3 juillet 1971 dans cet appartement du quatrième arrondissement de Paris que le hasard de la vie me fit ensuite, étrange cohabitation, occuper pendant des années.
Et parmi tous ces fantômes comment oublier ceux de cette partie américaine de ma famille ? Où les cousins de mon âge ne parvenaient pas à comprendre l’obstination de leur pays déployant contre un petit peuple toute sa puissance meurtrière, et une brutalité sans limite, pour conjurer un risque dont dès cette époque, on savait qu’il n’existait pas.
j’ai revu cette grille du palais présidentiel renversée le 30 avril 1975 par le T 54 No 390 piloté par Nguyễn Văn Tạp.
Je me suis ensuite rendu au « Musée de la guerre », dont la visite a ravivé les souvenirs de ce qui fut une violence sans limite, celle de la guerre, mais une violence montrée, Donnant la guerre et ses horreurs inesthétiques troublantes. Comme la fameuse salle consacrée aux photographes morts, qui affiche des centaines de photos devenues des icônes pour les contemporains, mais aujourd’hui oubliées.
Le musée était plein. D’un public presque exclusivement occidental. Où les Américains étaient les plus nombreux. Quelques vétérans peut-être, mais tous les autres qui contemplaient ce qui ne peut qu’apparaître aujourd’hui et de toute façon que comme une absurdité. Qui devrait renvoyer bien sûr aux absurdités américaines d’aujourd’hui. Donnant le sentiment étrange que finalement l’expérience ne sert à rien.
En sortant, utilisation du Uber local pour se rendre en taxi électrique à Cholon au quartier chinois pour y déjeuner. Les Rues sont remplies, il y a toujours entre 2 et 3 milliards de scooters qui klaxonnent, les femmes sont belles, beaucoup dans cette magnifique tenue traditionnelle vietnamienne pour les fêtes du Têt. Il y a pas mal d’enfants, même si on sait que leur taux de fécondité a lui aussi considérablement baissé, comme partout. Il fait terriblement chaud. Mais maintenant, il y a la clim à peu près partout.
« Mais dis donc toi, tu viens en fait de t’attendrir sur ta jeunesse en nous racontant cette histoire qui s’est déroulée pendant tes 20 ans.
• Peut-être, peut être, mais pas seulement… »
Avant de partir, merci de m’offrir un café.
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