Comment les municipales offrent un avant-goût de la recomposition pour 2027
TELMO PINTO / NurPhoto via AFP
Comment les municipales offrent un avant-goût de la recomposition pour 2027

Derniers préparatifs avant le grand saut. Les partis politiques entrent pleinement dans la campagne des municipales, un mois avant cette épreuve à valeur de test (même imparfait) pour la présidentielle de 2027. Le calendrier est singulier : deux fois, seulement (en 1965 et 2001), ces scrutins locaux ont précédé d’un an l’élection phare de la Ve République.

Une particularité qui n’est pas sans conséquences. Certains résultats, du côté d’Édouard Philippe au Havre par exemple, pourraient effectivement se transformer en tremplin ou en mouroir politique, à l’orée de la course à l’Élysée. Surtout, certains événements offrent une forme de bande-annonce des grandes recompositions qui guettent le printemps 2027.

C’est vrai pour les mouvements épars, ces ralliements qui jalonnent la campagne depuis quelques semaines, des écologistes aux insoumis ou des Républicains vers l’extrême droite. Ça le sera encore plus avec les alliances qui se noueront dans les seconds tours à plusieurs, puisque de nombreuses triangulaires, voire quadrangulaires sont à prévoir.

La gauche en ébullition bien avant le second tour

Cette double détonation est bien visible à gauche, Marine Tondelier et ses troupes en savent quelque chose. Alors que les partis hors-LFI se sont regroupés dans de nombreuses grandes villes, derrière un socialiste à Paris, un communiste au Havre ou un écologiste à Lyon, la stratégie de la direction des Verts est contestée par sa frange plus radicale.

Ainsi, plusieurs élus locaux ont décidé de rompre les rangs en rejoignant des listes insoumises, souvent marginalisées dans cette campagne, sous la bannière « Verts populaires ». C’est le cas dans la capitale, ou à Montpellier. Un début de fuite, téléguidée par les mélenchonistes, selon les proches de Marine Tondelier, qui n’en illustre pas moins la fragilité du mouvement, lequel s’attache, dans les mots, à mettre à égal distance le Parti socialiste et la France insoumise.

Comme un avant-goût du tiraillement qui les attend pour 2027 ? C’est sans nul doute ce qu’espère la formation de Jean-Luc Mélenchon, gourmande de voir deux offres principales se formaliser à gauche (la leur, et celle sociale-démocrate, incarnée par Raphaël Glucksmann), qui forcerait les prétendants et partis plus modeste à choisir qui rallier. Un risque que ces derniers veulent éviter, à travers la primaire, tant il serait synonyme de divisions. Et in fine de péril mortel.

Dans ce contexte, le second tour des élections municipales s’annonce déterminant. Les alliances que les candidats et les directions nationales décideront de nouer, sur la base des résultats du premier tour, seront effectivement un bon indicateur des rapports de force et des possibilités les mois qui suivront.

En clair, les formations qui auront cherché à s’affaiblir mutuellement, le Parti socialiste et France insoumise, sauront-ils se retrouver face à la droite et l’extrême droite ? Surtout, les électeurs suivront-ils les « consignes » le cas échéant ? Autant de questions qui permettront de mesurer l’état de santé du front républicain, toujours cher à la gauche, et de dégager quelques pistes stratégiques pour la présidentielle.

Quelle porosité entre la droite et l’extrême droite ?

La situation est assez similaire de l’autre côté du spectre politique, où l’extrême droite essaie de se servir de ces scrutins locaux pour renforcer son image de force d’attraction. Outre les ralliements divers (de LR à l’UDR d’Éric Ciotti) et les espoirs de victoires à Toulon ou Marseille, le Rassemblement national entend mettre les troupes de Bruno Retailleau sous pression pour le second tour. Pour cause : chaque candidat gratifié de minimum 10 % des voix le 15 mars, pourra se maintenir.

Les jeux d’entente seront donc là aussi à scruter. Que ce soit sur la Côte d’Azur, où les cadors du territoire, jadis tous LR, se déchirent dans un ballet complexe régi autant par la recomposition à tribord que par les amitiés et inimitiés personnelles. Ou à Paris, avec une campagne marquée par la poussée de Sarah Knafo, contrariante pour Rachida Dati (qui doit déjà ferrailler avec Pierre-Yves Bournazel). De quoi imaginer un test grandeur nature de la porosité, ou non, de la droite avec l’extrême droite, à l’heure où certaines voix plaident pour un nouveau périmètre d’alliance.

En ce sens, l’attitude des Républicains sera également éclairante pour le bloc central, qui en a fait son partenaire privilégié depuis des années, jusqu’à ces élections municipales. En clair, si le parti de Bruno Retailleau (fraîchement candidat à la présidentielle) assume sans coup férir des alliances avec le RN et ses satellites, l’entente avec les macronistes deviendrait plus que périlleuse.

Pour l’heure, le patron LR exclut tout accord d’appareil, même au second tour. Mais il se montre bien moins offensif avec ses ouailles qui ont déjà franchi le Rubicon, en soutenant des candidats UDR (comme l’eurodéputé Christophe Gomart à Nice) ou en revendiquant le soutien de partis d’extrême droite à Dijon, en Côte d’Or, ou au Pradet, dans le Var. Quelle sera son attitude si des listes locales décident de fusionner avec les ciottistes ou le parti à la flamme avant le 22 mars ? Comment, en cas de bénédiction, plaider ensuite une candidature ou une aventure commune au « socle commun » pour 2027 ? Encore quelques semaines pour connaître la couleur des parachutes.

https://www.huffingtonpost.fr/politique/article/comment-les-municipales-2026-offrent-un-avant-gout-de-la-recomposition-pour-la-presidentielle-2027_260347.html