Des autocollants nationalistes placardés dans les rues de Lyon. (Photo by Matthieu Delaty / Hans Lucas via AFP)
MATTHIEU DELATY / Hans Lucas via AFP
Des autocollants nationalistes placardés dans les rues de Lyon. (Photo by Matthieu Delaty / Hans Lucas via AFP)

Les mots sont pondérés, et la prudence de rigueur. Après les événement survenus à Lyon ce vendredi, à l’issue desquels un jeune homme de 23 ans, Quentin, a été grièvement blessé, le parquet de Lyon s’échine à faire redescendre la pression, en insistant sur le fait que les circonstances doivent encore « être déterminées ». Mais une autre partie de la communication de la justice en dit long sur l’ambiance locale.

Auprès de l’AFP, une source proche de l’enquête souligne en effet que ce type d’événements, décrits comme « des échauffourées et une rixe entre des militants d’extrême droite et d’extrême gauche », se produisent « très régulièrement » dans la capitale des Gaules. Un rappel qui relève presque de l’euphémisme, tant la préfecture du Rhône sert souvent, et depuis des années, de décor au militantisme radical et violent. « Ce qui se passe à Lyon depuis des années, c’est qu’il y a des groupes d’ultra-droite, comme Génération Identitaire, qui s’appelle aujourd’hui Les Remparts, qui sèment la terreur dans les rues de Lyon, ils attaquent des bars », a souligné ce samedi 14 février sur franceinfo le député LFI Eric Coquerel, insistant sur ce « contexte lyonnais ».

Une façon pour l’élu de Seine-Saint-Denis de répondre aux attaques dont la France insoumise fait l’objet en raison de sa proximité assumée avec le mouvement antifascite la Jeune Garde, mais aussi de rappeler que l’extrême droite, sur place, est régulièrement impliquée dans des affrontements violents. Les exemples sont effectivements nombreux. En 2023, le groupuscule nationaliste « Guignol Squad » avait attaqué une conférence sur la Palestine. Bilan : trois blessés. Deux ans plus tôt, c’est une librairie libertaire qui avait été prise pour cible, en pleine journée, par l’extrême droite locale.

Plus d’une centaine d’actes violents depuis 2010

La situation est telle que la préfecture a lancé, en 2021, un groupe de suivi des « mouvances radicales violentes ». Un dispositif qui associe justice, renseignement et police administrative et qui vise à prévenir, autant que possible, les actes violents menés par les mouvances radicales. Et c’est peu dire qu’il était temps. Au mois d’octobre, le site d’investigation local, Rue 89 ’yon, a publié un recenscement précis qui donne une idée de l’ampleur du phénomène : 102 actes violents commis par des militants d’extrême droite depuis le début des années 2010.

En outre, c’est à Lyon que les indentitaires ont leur repaire, La Traboule, situé dans le Ve arrondissement de la ville, fief de l’extrême droite locale, comme l’expliquait à BFMTV Romain Meltz, politologue à l’université Lyon 2. Cette forte de présence de l’extrême droite groupusculaire se retrouve parfois autour de l’Olympique lyonnais, à travers notamment le groupe de hooligans la Mezza Lyon, adeptes du salut nazi et des cris de singes en tribunes.

C’est dans ce contexte que La Jeune Garde antifasciste a été créée en 2018 dans cette même ville, en réaction aux actions menées par le Bastion social (une organisation d’extrême droite créée en 2017 aujourd’hui dissoute). Le mouvement antifa aussi a été dissous en Conseil des ministres, mais ses militants ont contesté cette décision devant le Conseil d’Etat. Selon le décret de dissolution publié au Journal officiel, les autorités reprochent à cette association de participer « à des actions très violentes à l’encontre de groupements relevant de la mouvance ultra-droite ».

Soit la description administrative du contexte très tendu qui prospère à Lyon. Au point que, selon Le Progrès, un regain de violences est redouté sur place. Sur Telegram, l’un des principaux canaux réunissant les militants nationalistes, et comptant près de 20 000 abonnés, a publié un message dans la journée de vendredi. Une croix celtique barrée du slogan : « justice pour Quentin ». Le tout accompagné du mot d’ordre suivant flanqué d’un drapeau noir : « préparez-vous pour la suite ».


Romain Herreros