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jeudi 12 mars 2026

Le Monde Moderne - La Quotidienne - Les Etats-Unis face au spectre d'une guerre sans fin contre l'Iran - Jeudi 12 mars 2026

 

Les Etats-Unis face au spectre d'une guerre sans fin contre l'Iran

Bilan du 12e jour du conflit au Moyen-Orient, attaque de deux pétroliers au large de l’Irak, Zelensky à Paris, Bayrou devant la justice dans l'affaire des assistants parlementaires du Modem.

 
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Les Etats-Unis face au spectre d’une guerre sans fin contre l’Iran

Donald Trump a multiplié les déclarations contradictoires, assurant tour à tour vouloir mettre fin au programme nucléaire iranien, éradiquer les capacités balistiques du pays, aboutir à un changement de régime, ou encore contrer une menace imminente. Les choses semblent échapper au leader américain, qui a voulu dupliquer le modèle de la guerre des douze jours contre l’Iran en juin 2025, sans avoir les mêmes cartes en main. Or la République islamiste résiste, et a déjà désigné Mojtaba Khamenei comme nouveau guide.

Il y a un manque total de préparation de l’administration américaine, comme l’a démontré le rapatriement des ressortissants, qui n’avait pas été anticipé. Washington fait face à un risque d’enlisement en Iran. La guerre en Irak, décidée par George W. Bush en 2003, a ainsi duré près de huit ans et a déstabilisé la région pour deux décennies, causant la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes. La décision américaine d’intervenir en Afghanistan pour chasser les talibans, après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, a finalement mené à leur retour au pouvoir, par la force, en 2021.

En face, l’Iran ne cherche pas de victoire militaire immédiate mais veut garder la face le plus longtemps possible, notamment en élargissant la guerre au Liban ou aux pays du Golfe. L’objectif : installer une guerre d’usure.

Cette perspective inquiète le reste du monde, notamment sur le plan économique. Le prix du baril de pétrole a frôlé les 120 dollars en début de semaine, avant de redescendre. Mais le blocage du détroit d’Ormuz, contrôlé de facto par le pouvoir iranien et par lequel transite un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié, fait craindre une flambée durable du coût de l’énergie.

Les Etats-Unis ont laissé entendre qu’ils pourraient escorter les pétroliers transitant dans le détroit. Mais la promesse est jugée irréaliste par les spécialistes, alors que Téhéran laisse entendre qu’il pourrait miner le passage.

Plus largement, le conflit risque de déstabiliser un peu plus le Moyen-Orient. Un enlisement du conflit poserait aussi la question de la crédibilité et de la validité des garanties de sécurité américaine pour les Etats de la région, dont certains sont des alliés de Washington.

Du côté des Etats-Unis, se pose par ailleurs la question de l’opinion publique, alors que plusieurs soldats américains ont perdu la vie depuis le début du conflit. Seuls 29% des Américains approuvent l’opération en Iran. L’unité nationale sur ce sujet n’existe pas aux Etats-Unis, contrairement à ce qu’il se passe en Israël. La guerre pourrait réduire les chances des candidats républicains aux élections de mi-mandat, prévues en novembre, déjà traditionnellement défavorables au pouvoir en place.

Il est difficile de trouver un scénario dans lequel Donald Trump pourra dire : “J’ai obtenu ce que je souhaitais”. La suite du conflit dépendra aussi de l’attitude du gouvernement israélien et de sa stratégie jusqu’au-boutiste.

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Bilan du douzième jour du conflit au Moyen-Orient

Donald Trump a assuré qu'il “ne restait pratiquement rien à frapper” en Iran. Le président américain a par ailleurs promis qu'une “grande sécurité” règnerait bientôt dans le détroit d'Ormuz. “Nous avons frappé 28 navires poseurs de mines jusqu'ici”, a encore déclaré Donald Trump, qui a fréquemment recours à des chiffres gonflés ou inventés. Le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient a averti les civils iraniens de se tenir éloignés des ports du détroit d'Ormuz utilisés, selon Washington, à des fins militaires par Téhéran. Les forces iraniennes ont elles menacé de cibler des ports au Moyen-Orient si les siens étaient attaqués par Israël et les Etats-Unis.

L’armée israélienne a annoncé avoir lancé une série de frappes “à grande échelle” sur la banlieue sud de Beyrouth “contre des infrastructures du Hezbollah” et a promis d’agir “avec une force considérable” contre le mouvement libanais pro-iranien. Au moins huit personnes ont également été tuées dans une nouvelle frappe israélienne dans l’est du Liban.

Après dix jours de guerre entre Israël et le Hezbollah, les autorités libanaises font état de 634 morts et plus de 800 000 personnes déplacées dans le pays. Une vingtaine d’Etats soutenant la force de maintien de la paix de l’ONU au Liban ont fait part de leur “profonde inquiétude face à l’escalade des hostilités” dans ce pays.

L’Iran a réalisé une opération de frappes “conjointe et intégrée” avec son allié du Hezbollah sur Israël, ont annoncé les Gardiens de la Révolution, dans un communiqué diffusé par les médias iraniens. Cette opération a consisté en “un feu continu pendant une période de cinq heures” contre “plus de 50 cibles” sur le territoire israélien. Un haut conseiller militaire du nouveau guide suprême iranien a pour sa part qualifié Donald Trump de “Satan en personne”, tout en promettant que l’Iran détruirait Israël.

De son côté, le Hezbollah a affirmé avoir lancé une nouvelle opération contre Israël, en tirant un barrage de roquettes vers le nord du pays.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a adopté une résolution réclamant la “cessation immédiate” des attaques de l’Iran contre les Etats du Golfe et la Jordanie. Le texte condamne aussi “toute action ou menace” de Téhéran “visant à fermer, entraver ou interférer de quelque manière que ce soit avec la navigation internationale dans le détroit d’Ormuz”.

Le texte soumis au vote des 15 membres du Conseil de sécurité était porté par Bahreïn avec les autres membres du Conseil de coopération du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar) ainsi que la Jordanie. Treize pays ont voté pour. La Russie et la Chine se sont abstenues. Désignant uniquement les actions de l’Iran, la résolution ne mentionne pas celles des Etats-Unis et Israël, qui ont ouvert les hostilités.

Le représentant de l’Iran au Conseil de sécurité de l’ONU a dénoncé un “détournement flagrant” de l’institution, après le vote d’une résolution exigeant que Téhéran cesse ses attaques contre les pays du Golfe. Alors que le Conseil de sécurité de l’ONU est présidé par les Etats-Unis, l’ambassadeur iranien Amir Saeid Iravani a jugé que ceux-ci avaient “abusé de leur position” pour pousser ce vote.

Les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie ont décidé à l’unanimité de libérer sur les marchés 400 millions de barils de pétrole provenant de leurs réserves stratégiques “pour compenser la perte d’approvisionnement due à la fermeture effective du détroit d’Ormuz”. L’AIE a précisé qu’il s’agissait du déblocage “le plus important” de l’histoire de l’institution. Cette annonce n’a toutefois pas permis d’apaiser les tensions sur les marchés.

Par ailleurs, Emmanuel Macron a estimé que le blocage du détroit d’Ormuz, qui empêche la circulation de 20% de la production mondiale de pétrole, “ne justifie en aucun cas de lever les sanctions” exercées contre la Russie.

Attaque de deux pétroliers au large de l’Irak

Deux pétroliers ont été attaqués au large du sud de l’Irak, ont annoncé les autorités portuaires irakiennes. Dans un premier temps, le directeur des autorités portuaires Farhan al-Fartousi a confirmé à l’agence de presse irakienne INA “le sauvetage de l’équipage d’un pétrolier étranger, pris pour cible dans une attaque dans les eaux territoriales” irakiennes. Il a aussi précisé que l’un des deux navires vogue sous pavillon maltais.

Les deux navires ont été “attaqués” alors qu’ils se trouvaient dans une zone de chargement latéral, selon un communiqué de la compagnie publique de commercialisation du pétrole irakien. Le pétrolier maltais, le Zefyros, s’apprêtait à entrer dans le port de Khor Al-Zoubeir où il comptait charger 30 000 tonnes supplémentaires de carburant pétrolier liquide Naphta après avoir déchargé une cargaison précédente. Le deuxième navire, le Safesea Vishnu Marshall, voguait sous pavillon des îles Marshall et était affretté par une entreprise irakienne.

Plus tard dans la soirée, la télévision al-Ikhbariya a fait état d’au moins un mort, “un membre d’équipage”, citant le directeur de l’Autorité portuaire. La télévision rapporte aussi le sauvetage de 38 personnes, précisant que “les recherches se poursuivent pour des disparus”. Elle a également diffusé des images d’un navire en mer d’où s’élèvent d’impressionnantes boules de feu et des volutes de fumée.

Volodymyr Zelensky reçu par Emmanuel Macron à Paris

Le président français Emmanuel Macron recevra son homologue ukrainien à Paris, où ils évoqueront, entre autres, “les moyens visant à renforcer la pression sur la Russie” après quatre années de guerre, “notamment par la lutte contre sa flotte fantôme”. Les deux dirigeants “échangeront également sur les conditions d’une paix juste durable et feront le point, à ce titre, sur les engagements pris dans le cadre de la Coalition des volontaires sur les garanties de sécurité”, a précisé la présidence française dans un communiqué.

Les alliés de l’Ukraine, réunis au sein de cette coalition de 35 pays, avaient encore appelé le 24 février dernier la Russie à un “cessez-le-feu inconditionnel”. Et ce, même si Emmanuel Macron s’était dit à cette occasion “très sceptique” sur la possibilité de parvenir à la “paix à court terme”. Ils s’étaient aussi mis d’accord en janvier pour déployer une force multinationale en Ukraine en cas de traité de paix, avec le “soutien” de Washington, et avaient acté qu’un cessez-le-feu serait surveillé par un mécanisme sous leadership américain.

Volodymyr Zelensky évoquera également avec son homologue français le “soutien de la France et des partenaires européens pour aider l’Ukraine à se défendre”. Donald Trump a laissé entendre qu’il pourrait lever des sanctions sur le pétrole en raison de l’envolée des prix liée à la guerre au Moyen-Orient. Les pays du G7 ont répété que cette situation ne justifiait “en aucun cas” d’alléger celles frappant Moscou. Dans ce contexte, Emmanuel Macron et Volodymyr Zelensky se pencheront sur le cas de la flotte fantôme de la Russie, composée de navires dont la propriété est opaque, utilisés pour contourner les sanctions occidentales, pour le pétrole, les céréales ou d’autres produits.

François Bayrou devant la justice pour l’affaire des assistants parlementaires du MoDem

Deux ans et demi après sa relaxe en première instance, François Bayrou sera jugé du 9 septembre au 5 octobre en appel dans l’affaire des assistants parlementaires européens du MoDem. L’ancien Premier ministre et patron du parti centriste faisait partie des trois prévenus relaxés en février 2024 dans ce dossier, tandis que dix autres avaient été condamnés.

Les prévenus étaient poursuivis pour avoir participé à un système “frauduleux”, qui consistait à rémunérer des assistants parlementaires d’eurodéputés avec les fonds du Parlement européen, alors qu’en réalité, ils travaillaient au profit du parti. Le tribunal correctionnel a considéré qu’il y avait bien eu détournement de fonds publics, mais qu’“il ne ressort d’aucune pièce” du dossier que François Bayrou ait demandé aux cinq députés européens “d’employer fictivement des assistants parlementaires”.

Au total, treize prévenus comparaîtront en appel, dont le MoDem comme personne morale, et l’UDF, la formation politique qui l’avait précédé. Tous les condamnés ont fait eux-mêmes appel, et le parquet a fait appel des trois relaxes. En première instance, les cinq anciens eurodéputés poursuivis ont tous été reconnus coupables de détournement de fonds publics et condamnés à des peines de 10 à 18 mois de prison avec sursis et à des amendes de 10 000 à 50 000 euros. Ils ont en outre été condamnés à deux ans d’inéligibilité avec sursis.

L’ex-garde des Sceaux Michel Mercier, 76 ans, ancien trésorier du parti de François Bayrou, a été condamné pour sa part à 18 mois de prison avec sursis, à 20 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité avec sursis pour complicité de détournement de fonds publics. L’UDF a été condamnée à 150 000 euros d’amende dont 100 000 euros ferme, et le MoDem à 350 000 euros dont 300 000 ferme.


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